Vladimir Jabotinsky

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Zeev Vladimir Jabotinsky dans les années 1930.
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Zeev Vladimir Jabotinsky (Жаботинский, Владимир Евгеньевич, Jabotinsky Vladimir Evgenevich), né en Ukraine le 18 octobre 1880 et mort le 4 août 1940, était un leader de l'aile droite du mouvement sioniste et le fondateur de la Légion juive durant la Première Guerre mondiale.

Il crée en 1925 le Parti révisionniste, le principal parti de la droite nationaliste sioniste, qui réclame un État juif sur les deux rives du fleuve Jourdain, intégrant aussi la Transjordanie, l'actuelle Jordanie.

En opposition avec la gauche qui domine alors le mouvement sioniste, lui et son parti quittent l'Organisation sioniste mondiale en 1935.

Il sera le principal inspirateur politique de l'organisation terroriste clandestine sioniste, l'Irgoun.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Jabotinsky est né à Odessa, en Ukraine. Il a reçu un enseignement religieux durant son enfance, mais s'est vite éloigné du judaïsme orthodoxe.

Après des études de droit en Italie et en Suisse, il devient journaliste sous le nom de plume de "Altalena", travaillant pour des journaux en langue russe, puis en yiddish et plus tard en hébreu.

Il rejoint le mouvement sioniste peu après le pogrom de Kichinev en 1903. La même année, il est élu au 6e congrès sioniste. Il acquiert rapidement la réputation d'un brillant orateur, et s'impose comme un des leaders du mouvement. Il se met à l'hébreu moderne, et organise des unités d'auto-défense destinées à répondre aux nombreux pogroms qui sévissent encore en Russie.

De ses études en Italie, Jabotinsky gardera une forte admiration pour le nationalisme italien du risorgimento (unité italienne). Parmi ses héros, on trouve donc Giuseppe Garibaldi, Giuseppe Giusti et le poète Giacomo Leopardi.

La Première Guerre mondiale et la légion juive[modifier | modifier le code]

Durant la Première Guerre mondiale, Jabotinsky considère que les Juifs doivent aider les Britanniques à s'emparer de la Palestine, alors territoire ottoman, dans l'espoir que le Royaume-Uni favorisera l'établissement d'un "Foyer National Juif" dans cette région. Il conçoit alors l'idée d'une force militaire juive, la Légion juive.

Celle-ci n'existera jamais officiellement. Début 1915, Jabotinsky et Joseph Trumpeldor parviennent à convaincre les Britanniques de créer le "corps des muletiers de Sion". Cette unité de 562 hommes se distinguera lors de la bataille de Gallipoli, sous les ordres du lieutenant-colonel Patterson, avant d'être dissoute fin 1915.

Après une intense activité de Jabotinsky, les Britanniques acceptent en 1917 la formation de plusieurs unités juives : les 38e, 39e et 40e bataillons (dans lesquels se battra également David Ben Gourion). Jabotinsky obtient le grade de lieutenant.

Les unités juives ne seront engagées que quelques mois avant la fin de la guerre, à partir de la fin 1917. À cette date, une bonne partie de la Palestine est déjà tombée aux mains des Britanniques.

Jabotinsky lui-même se bat contre les Turcs dans la vallée du Jourdain en 1918.

Entre décembre 1918 et décembre 1919, les Britanniques dissolvent ces unités (5 000 hommes à cette date), à la grande fureur de Jabotinsky, qui voulait en faire l'embryon d'une armée juive. En 1920, Jabotinsky reçoit une décoration pour son rôle pendant la guerre, décoration qu'il rendra peu après.

Il fonde alors à Jérusalem un groupe d'auto-défense autour du club de sport des Maccabées. Celui-ci rassemble environ 200 membres et interviendra lors des émeutes de Jérusalem début avril 1920 afin de défendre les Juifs. À la suite de ces émeutes, Jabotinsky est condamné à 15 ans de prison. Sa peine est rapidement commuée à 1 an de prison, et il est emprisonné à la prison d'Acre[1],[2]. Il sera libéré le 8 juillet 1920 sur ordre du nouveau Haut-Commissaire, Herbert Samuel[3], à la suite de la prise de poste de celui-ci, le 30 juin 1920.

La formation du parti sioniste révisionniste[modifier | modifier le code]

En 1921, Jabotinsky est élu membre de la direction de l'Organisation sioniste mondiale (OSM), direction qu'il quittera en 1923, à la suite de divergences de vue profondes avec Chaim Weizmann, autre père du sionisme, et avec la gauche sioniste.

La divergence débuta par l'acceptation en 1923 par l'OSM du retrait de l'émirat de Transjordanie (actuelle Jordanie), des terres susceptibles d'accueillir l'immigration juive et le « foyer national juif de Palestine ». La gauche comme la droite avaient protesté contre cette interprétation de la Déclaration Balfour mais sous la pression britannique, Chaim Weizmann avait fini par accepter et la ratifier.

Ce n'est cependant pas directement sur cette question que s'est faite la rupture de 1923, mais sur l'affaire Petlioura.

L'affaire Petlioura (1921-1923)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Simon Petlioura.

L' otaman[4] Simon Petlioura fut le chef du gouvernement indépendantiste ukrainien à partir de 1919 pendant la guerre civile russe. Sous le cri de guerre « mort aux Juifs et aux Bolchéviques »[5], ses troupes commirent de nombreux massacres de Juifs, que certains évaluent à 40 000 victimes[5] (elles ne furent pas les seules : toutes les forces participant dans la guerre civile furent impliquées dans les pogroms sanglants de caractère antisémite). Les polémiques sur le nombre de morts, le rôle exact des armées ukrainiennes ou l'implication de Petlioura dans les actions de ses subordonnées ont été et restent aujourd'hui très vives[6]. Mais au-delà de ces divergences sur son rôle exact, Petlioura a été perçu dans les milieux Juifs de l'époque comme un ennemi des Juifs, et cette perception explique l'ampleur de la polémique contre Jabotinsky.

En août 1921, le gouvernement ukrainien en exil prit en effet contact avec ce dernier, sachant qu’il avait des sympathies pour la cause indépendantiste ukrainienne. Petlioura lui annonça une prochaine offensive contre le régime soviétique (prédécesseur de l’URSS) qui finalement n'aura pas lieu. Petlioura proposait à Jabotinsky la création d'une « gendarmerie juive » chargée de sécuriser les zones juives pendant la reconquête de l'Ukraine (sans se mêler aux combats), afin d'éviter des nouveaux pogroms.

En septembre 1921, Jabotinsky signa un accord sans en référer à la direction de l'OSM, dont il était membre. Il le justifia par la volonté de protéger les Juifs contre de nouveaux massacres.

Le rejet de l'accord fut très large au sein de la diaspora. La gauche, mais pas seulement elle, accusa Jabotinsky de se lier à un massacreur de Juifs par anti-communisme.

Le 17 janvier 1923, le Comité d'action sioniste (l'exécutif élargi de l'OSM) décida d'une commission d'enquête, et demanda à auditionner Jabotinsky. Celui-ci refusa et démissionna de l'exécutif, accusant la gauche d'avoir cherché à le détruire.

Jusqu'à sa mort, Jabotinsky défendra avec vigueur cet accord.

La « Muraille d'acier »[modifier | modifier le code]

En novembre 1923, Jabotinsky publie un texte fondamental dans la structuration de sa pensée : la « Muraille d'acier ». Dans ce texte, Jabotinsky critique la démarche du courant sioniste majoritaire, et entend promouvoir une politique alternative en Palestine.

Le cœur de sa réflexion est la résistance arabe au sionisme, qui pour lui ne pourra que s'amplifier avec la colonisation juive. Il se demande quelle réponse le sionisme doit lui apporter : « Sur le plan émotionnel, j'éprouve à l'égard des Arabes les mêmes sentiments qu'envers les autres peuples : une indifférence polie. Sur un plan politique, [...] je considère qu'il est absolument impossible d'expulser de quelque manière que ce soit les Arabes de Palestine, où vivront toujours deux peuples[7] ».

Mais il ne faut pas se faire d'illusion : « les Arabes de Palestine n'accepteront jamais la transformation de la Palestine arabe en un pays à majorité juive. [...] Que le lecteur passe en revue tous les exemples de colonisation dans d'autres contrées. Il n'en trouvera pas un seul où elle se soit faite avec l'accord des indigènes[7] ».

Jabotinsky se moque de ceux qui prendraient les Arabes pour des « imbéciles qu'on peut escroquer. [...] Ils sont aussi fins psychologues que nous. On peut leur raconter ce qu'on voudra, ils lisent aussi bien dans notre cœur que nous dans le leur[7] ».

Ceux qui croient possible un accord avec les Arabes, croient que ceux-ci donneront leur pays aux Juifs en échange de la promesse de l'égalité et d'une amélioration du niveau de vie. Pour Jabotinsky, c'est ridicule, et ils ont au fond un « mépris fondamental » pour les Arabes. Ils ne voient finalement en eux qu'« une populace avide, disposée à vendre sa patrie pour une ligne de chemin de fer. [...] La Palestine n'en demeurerait pas moins aux yeux des Arabes palestiniens le centre et la base de leur existence nationale indépendante[7] ».

Le sionisme devra donc s'imposer grâce à une « Muraille d'Acier », une armée juive. On retrouve ici le thème de la légion juive, qui est au cœur de l'analyse politique de Jabotinsky : le sionisme devra s'imposer par la force.

Jabotinsky ne rejette pas la coopération avec le Royaume-Uni : il souhaite son aide pour ériger cette « Muraille d'acier ». Il ne rejette pas non plus un accord avec les Arabes. On peut au contraire discuter avec eux « d'une garantie contre l'expulsion, de l'égalité des droits. [...] Je crois et j'espère que nous pourrons leur donner ces garanties [...] mais la muraille d'acier est le seul moyen d'y parvenir ». Il n'y aura un accord que lorsque le rapport de force sera clairement établi en faveur des sionistes : « autrement dit, le seul moyen d'obtenir un accord dans l'avenir, c'est de totalement renoncer à en obtenir un dans le présent[7] ».

Vouloir bâtir un rapport de force sur le terrain n'est pas spécifique à Jabotinsky. Les leaders sionistes de toute obédience perçoivent l'immigration juive et la Haganah comme les outils de ce rapport de force. La spécificité de Jabotinsky réside dans la brutalité avec laquelle il pose le problème, et dans son insistance sur le volet militaire du rapport de force à créer.

Les suite de la rupture[modifier | modifier le code]

Jabotinsky (à gauche) et sa famille.

Après la rupture de 1923, Jabotinsky se retrouve le leader de la tendance la plus nationaliste au sein du sionisme, et la plus hostile à la gauche sioniste.

En 1925, il crée formellement l'« Union mondiale des sionistes révisionnistes » ayant son siège à Paris.

Le parti révisionniste va alors se positionner comme le représentant d'une droite nationaliste intransigeante. Il a pour idéologie :

Le parti est lié à une organisation de jeunesse, le Betar (acronyme hébreu de l'expression « Ligue de Joseph Trumpeldor »), encore plus radicale. Le Betar se réclame de l'idéologie révisionniste, mais n'a pas à l'époque de lien institutionnel avec le parti. Il en est indépendant, et ne reconnaît que Jabotinsky comme guide (le Roch Betar). Le Betar reprend certaines formes des mouvements fascistes : uniforme, culte du chef, entraînement paramilitaire, mais sans adhérer officiellement au fascisme.

L'attitude de Jabotinsky vis-à-vis de Mussolini et du fascisme italien est quelque peu ambiguë, parfois admirative mais globalement distante. Fin 1927, il écrit « la revanche du chef est une idée à la mode que je déteste [...]. Passe encore qu'un personnage comme Mussolini enfourche un tel cheval. Du moins cet homme ne manque ni de grandeur ni de sens pratique, bien que je le supporte aussi peu que les autres[8] ». Il fustige le 2 décembre 1928 « la tendance maladive qui existe dans nos rangs à exagérer l'importance du pouvoir personnel[9]. »

L'objectif politique ultime des révisionnistes est l'établissement d'un État juif de part et d'autre du Jourdain, sur le modèle politique et économique du Royaume-Uni.

Expulsion de Palestine[modifier | modifier le code]

En 1928-1929, Jabotinsky se fixe en Palestine. En 1929, à la suite d'un déplacement à l'étranger, les autorités britanniques promulguent un décret lui interdisant le retour. Ce faisant, elles répondent à une demande arabe à l'encontre d'un homme perçu comme particulièrement radical.

La scission de l'Organisation sioniste mondiale[modifier | modifier le code]

En 1933, la gauche prend le contrôle de l'OSM, et les relations avec cette dernière se dégradent rapidement. Jabotinsky déteste la gauche et David Ben Gourion. Ce dernier le traitera d'ailleurs de « Vladimir Hitler », en l'accusant de sympathie fasciste, ce que Jabotinsky niera toujours. Il crée cependant à Civitavecchia en Italie, avec l'aval de Benito Mussolini, la Betar Naval Academy dont la direction revient à Nicolas Fusco assisté par Jeremiah Halpern jusqu'en 1938.

De fait, des sympathisants fascistes proclamés opèrent bien sur l'aile droite du parti révisionniste (Brit Ha'birionim sous l'autorité de Abba Ahiméir, ou le poète Uri Zvi Greenberg). Tout en refusant de les suivre, Jabotinsky refusera aussi de rompre avec eux. En 1933, on verra même Abba Ahiméir approuver certains aspects du nazisme (en particulier « la pulpe anti-marxiste », selon son expression), par anti-communisme. Cette sortie provoquera par contre la fureur de Jabotinsky, très inquiet devant la montée du nazisme.

En 1935, les révisionnistes de Jabotinsky quittent l'OSM, à cause du refus de cette dernière de revendiquer un État juif en Palestine (c'était bien l'objectif des partis de gauche et du centre, membres de l'OSM, mais à l'époque, ceux-ci considéraient que les bonnes relations avec les Britanniques impliquaient de ne pas demander plus qu'une zone autonome juive en Palestine : le « Foyer National Juif »). La scission est en fait la conséquence logique de la dégradation des relations avec la gauche qui contrôle l'OSM.

Après cette scission, Jabotinsky crée en 1935 la « Nouvelle Organisation Sioniste », qui se veut la rivale de l'OSM. Elle n'aura qu'une capacité très réduite à attirer des organisations au-delà des cercles révisionnistes.

Jabotinsky et la violence anti-arabe[modifier | modifier le code]

Fin 1935, c'est le début de la Grande révolte arabe en Palestine, qui durera jusqu'en 1939. Celle-ci est marquée par des attaques contre les Britanniques et les civils juifs.

Jabotinsky accepte progressivement, parfois avec réserves, la décision de la milice juive de droite, proche du parti révisionniste, l'Irgoun, de se livrer à des représailles aveugles contre la population arabe. Il devient le responsable officiel de l'Irgoun (il n'aura qu'un commandement lointain et très général).

Le 16 avril 1936, en réponse à l'assassinat de deux juifs la veille, l'Irgoun tue deux ouvriers agricoles dans une orangeraie[10]. La généralisation des attaques contre les civils date cependant de 1937, après le départ vers la Haganah du responsable de l'Irgoun, Avraham Tehomi, et de ses partisans, plus modérés. En 1936, Jabotinsky joue d'ailleurs encore un rôle modérateur, adjurant « ses partisans de faire preuve de retenue, aussi longtemps qu'il existera une chance de reconstituer une Légion juive avec le soutien de la Grande-Bretagne[11] ».

Mais après la scission, la modération est remise en cause. Jabotinsky écrit à la direction de l'IZL « si les troubles reprennent et s'accompagnent d'attaques contre des juifs, ne vous retenez pas[12] ». À Alexandrie, en juillet 1937, il indique cependant à ses troupes qu'il préfère éviter le terrorisme aveugle : « Je ne vois nul héroïsme à tirer sur un fellah venu vendre ses légumes à Tel Aviv, ni le bénéfice politique que nous pourrions en tirer[13] ».

La question de la violence agite l'organisation tout 1937. Robert Bitker (un ex-officier des armées blanches de la guerre civile russe) devient le nouveau responsable de l'Irgoun d'après la scission, à laquelle sont restés fidèles 1 700 combattants. Peu apprécié de ses hommes, il est remplacé à l'automne 1937 par Moshe Rosenberg. Hostile au terrorisme, celui-ci est rapidement remplacé par David Ratziel. C'est ce dernier qui organise les représailles du « dimanche noir », le 14 novembre 1937, où 8 passants (6 hommes et 2 femmes) sont abattus[14].

Preuve de l'influence lointaine de Jabotinsky, pourtant chef politique officieux de l'organisation, l'Irgoun s'est lancé dans la violence contre les civils palestiniens sans son autorisation. Ces attaques valent à l'Irgoun la réprobation des instances officielles du Yishouv et de la Haganah, ainsi que la qualification d'organisation terroriste par les Britanniques. « Des dizaines de cadres du parti révisionniste et du Betar sont placés en détention administrative. Des tribunaux militaires sont instaurés, la possession illégale d'armes devient passible de la peine de mort. [...] L'Irgoun doit interrompre ses attaques fin 1937[15] ».

Mais le 29 juin 1938, un militant de l'Irgoun, Ben Yosef, arrêté pendant la préparation d'un attentat en 1937 est pendu par les Britanniques. La réaction de l'Irgoun sera violente. Il est décidé de ne pas viser les Britanniques, pour ne pas pousser trop loin l'épreuve de force. Alors que la grande révolte arabe se calmait, il est décidé de cibler la population palestinienne. « Il faut créer une situation ou la vie d'un Arabe ne vaudra pas plus que celle d'un rat. Comme ça, tout le monde comprendra que les Arabes sont de la merde, que nous sommes nous et non eux les véritables maîtres du pays[16] ». Jabotinsky approuve la nouvelle orientation. (Voir aussi L'Irgoun et la question de la violence.)

Le 27 février 1939, 27 Arabes sont tués au hasard dans les rues de Haïfa, Tel Aviv et Jérusalem, ce qui entraîne les félicitations de Jabotinsky : « votre réponse aux manifestations de victoire des ennemis de l'État juif a produit un effet énorme et positif[17]. »

Le bilan politique de ces actions pour le révisionnisme semble finalement plutôt négatif. L'utilisation de la violence aveugle contre les civils est largement condamnée par le Yichouv et isole la droite nationaliste, l'Irgoun et Jabotinsky[18].

Fin 1939, la Seconde Guerre mondiale entraîne l'arrêt des actions de l'Irgoun, qui décide de soutenir le Royaume-Uni contre les Nazis.

Le « plan d'évacuation »[modifier | modifier le code]

Dans les années 1930, Jabotinsky est marqué par une inquiétude croissante pour le sort des Juifs en Europe[19].

En 1936, il présente un « plan d'évacuation ». Ce plan propose l'évacuation de la population juive tout entière de la Pologne vers la Palestine. Le « plan d'évacuation » cause une vive polémique au sein de la communauté juive polonaise, certains l'applaudissant tandis que la majorité le rejette, estimant qu'il fait le jeu des antisémites polonais qui souhaitaient le départ des Juifs. Le fait que le gouvernement polonais (souvent taxé d'antisémitisme) ait apporté un certain soutien à ce plan a d'ailleurs joué contre celui-ci.

De toute façon, les Britanniques n'étaient pas prêts à accepter 3,5 millions de Juifs en Palestine, pas plus que ceux-ci ne voulaient majoritairement partir.

Deux ans après, en 1938, Jabotinsky indique dans un discours que les Juifs polonais « vivaient au-dessus d'un volcan » et avertit qu'une vague de « super-pogroms » sanglants se produiraient en Pologne dans un proche avenir.

La mort[modifier | modifier le code]

Notice nécrologique publiée par le Betar après la mort de Jabotinsky.

Vladimir Jabotinsky décède en août 1940 d'une crise cardiaque, lors d'une visite dans un camp d'été du Betar, aux États-Unis.

Son souhait d'être enterré dans le futur État juif se réalisera grâce aux efforts du premier ministre travailliste, Levi Eshkol, qui succéda à David Ben Gourion, lequel était un ennemi juré de Jabotinsky. Les cendres de Jabotinsky et de sa femme ont ainsi été transférées au mont Herzl en 1964.

L'œuvre littéraire[modifier | modifier le code]

Surtout connu pour être le fondateur de la droite israélienne, Jabotinsky a aussi une œuvre littéraire importante : poésie, articles de journaux, romans et nouvelles.

Héritage politique[modifier | modifier le code]

Un billet de banque israélien datant du gouvernement Begin (1979), et montant son attachement à l'héritage de Jabotinsky.

De nombreuses personnalités politiques de la droite israélienne se réclameront de l'héritage de Jabotinsky. Parmi elles, on peut citer Menahem Begin, qui dirigea l'Irgoun à partir de 1943, avant de devenir, au soir de sa vie, le premier ministre de l'État d'Israël qui signera le premier traité de paix avec un pays arabe, l'Égypte, en 1977.

Le Hérout (liberté) formé par Menahem Begin après l'indépendance d'Israël est l'héritier du parti révisionniste. Créé en 1973, le Likoud, le grand parti de la droite israélienne, formé autour du Hérout, en est le prolongement actuel.

Le rattachement de la Jordanie au territoire juif, qui avait été la raison de la création du sionisme révisionniste par Jabotinsky en 1925 est par contre abandonné depuis longtemps par les héritiers du révisionnisme. On note quand même que sur certaines insignes du Betar, on trouve toujours une carte de Eretz Israël (la terre d'Israël) qui inclut la Jordanie.
L'abandon de la revendication sur la Jordanie a d'ailleurs servi à beaucoup au sein du Likoud pour indiquer qu'un compromis territorial au bénéfice des « palestiniens » d'avant 1922 (les Jordaniens) avait déjà eu lieu. Dès lors, l'abandon de 78 % de la Palestine (la Palestine mandataire d'avant 1922, incluant la Jordanie) aux Arabes avait déjà permis la création d'un État palestinien : la Jordanie. En conséquence, il ne serait pas légitime de créer un second état palestinien à l'ouest du Jourdain. On lit dans cette argumentation un lointain reste de l'ancienne revendication des révisionnistes sur la Jordanie.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres de Jabotinsky[modifier | modifier le code]

  • Romans
  • Les Cinq, éd. des Syrtes, 2006, ISBN 2-84545-121-0
  • Histoire de ma vie", éditions Les Provinciales, traduit de l'hébreu par Pierre Itshak Lurçat,2011.

Études[modifier | modifier le code]

  • Le septième million, Tom Segev, Liana Levi, Col. Piccolo (janvier 2003, première édition, novembre 1993) ISBN 2-86746-317-3

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Benny Morris, Victimes. Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, 2003, pp.113-114.
  2. Tom Segev, One Palestine, Complete, 2001, chap.1.6 - Nebi Mussa.
  3. Tom Segev, One Palestine, Complete, 2001, p.156.
  4. Otaman (отаман en ukrainien) ne doit pas être confondu avec le titre de hetman (гетьман), qui a une signification différente.
  5. a et b Marius Schattner, Histoire de la droite israélienne, 1991, P.70.
  6. Voir sur ces sujets Marius Schattner, Histoire de la droite israélienne, 1991, P.70, ou Saul S. Friedman, Pogromchik: The assassination of Simon Petlura, 1976
  7. a, b, c, d et e Cité par Marius Schattner, Histoire de la droite israélienne, 1991, P.84-86.
  8. Lettre à Oscar Grunzberg, 3 octobre 1927 - cité par Marius Schattner, Histoire de la droite israélienne, 1991, P.346.
  9. « je crois », un article publié dans Doar Ha'yom le 2 décembre 1928 - cité par Marius Schattner, Histoire de la droite israélienne, 1991, P.97.
  10. Histoire de la droite israélienne, P.159
  11. Histoire de la droite israélienne, P.162
  12. Directives à l'organisation, Johannesburg, 30 avril 1937, publié in-extenso par Ben Yerouham, Sefer Betar, Tel-Aviv, 1975, P.647.
  13. Histoire de la droite israélienne, P.169
  14. Histoire de la droite israélienne, P.162
  15. Histoire de la droite israélienne, P.171-172.
  16. Phrase d'un responsable du parti révisionniste - Cf Daniel Levine - Cité par Marius Schatner, Histoire de la droite israélienne, P. 173.
  17. Lettre de Jabotinsky à David Ratziel, chef de l'Irgoun – archives Jabotinsky.
  18. Histoire de la droite israélienne, P.176.
  19. 'Ticha Bé'Av 1938 – Appel de Zeev Jabotinsky aux Juifs de Pologne', sur le site Vu de Jerusalem, http://vudejerusalem.20minutes-blogs.fr/archive/2009/07/30/ticha-be-av-1938-–-appel-de-zeev-jabotinsky-aux-juifs-de-pol.html]