Ariel Sharon

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Ariel Sharon
אריאל שרון
Ariel Sharon, en 1998.
Ariel Sharon, en 1998.
Fonctions
11e Premier ministre d'Israël
7 mars 200114 avril 2006
(5 ans, 1 mois et 7 jours)
Président Moshe Katsav
Gouvernement 29e, 30e
Législature 16e
Prédécesseur Ehud Barak
Successeur Ehud Olmert
Ministre des Affaires étrangères
13 octobre 19986 juin 1999
Premier ministre Benjamin Netanyahu
Prédécesseur David Levy
Successeur David Levy
Ministre des Infrastructures nationales
8 juillet 19966 juillet 1998
Premier ministre Benjamin Netanyahou
Prédécesseur Yitzhak Levy
Successeur Eli Suissa
Ministre de la Construction et de l'Aménagement
11 juin 199013 juillet 1992
Premier ministre Yitzhak Shamir
Prédécesseur David Levy
Successeur Binyamin Ben-Eliezer
Ministre du Travail, du Commerce et de l'Industrie
13 septembre 198420 février 1990
Premier ministre Shimon Peres (1984-1986)
Yitzhak Shamir (1986-1990)
Prédécesseur Gideon Patt
Successeur Moshe Nissim
Ministre de la Défense
5 août 198114 février 1983
Premier ministre Menahem Begin
Prédécesseur Menahem Begin
Successeur Menahem Begin
Biographie
Nom de naissance Ariel Scheinermann
Date de naissance 26 février 1928
Lieu de naissance Kfar Malal (Palestine sous mandat britannique)
Date de décès 11 janvier 2014 (à 85 ans)
Lieu de décès Ramat Gan (district de Tel-Aviv, Israël)
Nationalité Israélienne
Parti politique Likoud puis Kadima
Conjoint Margalit Sharon († 1962)
Lily Sharon († 2000)
Diplômé de Université hébraïque de Jérusalem
Université de Tel Aviv

Signature

Ariel Sharon
Premiers ministres d'Israël

Ariel Sharon (en hébreu : אריאל שרון), né Ariel Scheinermann[1] le 26 février 1928 à Kfar Malal (Palestine mandataire) et mort le 11 janvier 2014 à Ramat Gan (Israël), est un général et homme d'État israélien.

Il s'est illustré militairement au cours des guerres israélo-arabes de 1948-1949, de Suez, des Six Jours et du Kippour. Il est considéré comme le plus grand commandant de l'armée de terre de l'histoire d'Israël et un des plus grands stratèges militaires du pays[2]. À la suite de son assaut du Sinaï durant la guerre des Six Jours et son encerclement de la troisième armée égyptienne durant la guerre de Kippour, les civils israéliens le surnomment « le roi d'Israël » et « le lion de Dieu »[2].

Après sa retraite militaire, Ariel Sharon débute une carrière politique en cofondant, en 1971, le Likoud, parti sioniste de droite. Il occupe ensuite plusieurs postes ministériels, de 1977 à 1992 et de de 1996 à 1999. La commission Kahan, établie par le gouvernement israélien, considère qu'il est, en tant que ministre de la Défense durant l'intervention militaire israélienne au Liban de 1982, un acteur indirect des massacres de civils palestiniens par des chrétiens libanais dans les camps de Sabra et Chatila[3]. Des années 1970 aux années 1990, Ariel Sharon autorise l'implantation de colonies israéliennes en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

Chef du Likoud à partir de 1999, il devient Premier ministre le 7 mars 2001, après le déclenchement de la seconde Intifada. Reconduit à la suite des élections législatives de 2003, il met en œuvre, en 2004-2005, après la mort de nombreux civils, le retrait israélien unilatéral de la bande de Gaza. Il quitte alors le Likoud, qui s'était divisé sur cette mesure, et crée un parti centriste, Kadima, en vue des élections anticipées de 2006.

En janvier 2006, alors qu'il est pressenti pour obtenir un troisième mandat, il est victime d'une grave attaque cérébrale. Plongé dans un coma artificiel, il est démis de ses fonctions de Premier ministre le 14 avril 2006. Transféré au centre médical pour hospitalisations de longues durées Chaim Sheba, Ariel Sharon y décède le 11 janvier 2014, après huit ans passés dans le coma. Ses défenseurs louent sa stature de « grand homme d'État[4] » et son « pragmatisme[5] », tandis que les critiques qui lui sont destinées évoquent sa « logique de guerre[6] » et les « crimes » qui lui sont attribués[7].

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Son père Shmouel Scheinerman est un technicien agronome originaire de Brest-Litovsk (en pol. Brześć Litewski) alors en Pologne russe. Sa mère Véra est un médecin originaire de Moguilev dans l'ancien grand-duché de Lituanie (actuelle Biélorussie)[8].

Tous deux ont connu dans leur enfance les pogroms antijuifs de 1903-1905 dans la Russie tsariste. Ils émigrent en Palestine en 1920 et s'installent en 1922 dans le moshav (village agricole) de Kfar Malal où naît Ariel Sharon. Il a une sœur aînée, Youdith.

Il entre dans le mouvement de jeunesse paramilitaire Gadna puis s'implique dans l'organisation d'autodéfense Haganah avant qu'elle ne se fonde dans Tsahal après la Première Guerre israélo-arabe.

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

Lors de la guerre israélo-arabe de 1948, il est commandant de détachement dans la brigade Alexandroni dans la Haganah. Il est gravement blessé lors de la première bataille de Latroun contre la Légion arabe.

En 1949, il est promu commandant de compagnie et en 1951, officier dans les services secrets.

Après des études à l'université hébraïque de Jérusalem, on lui demande de reprendre du service actif en prenant le commandement de l’Unité 101, première unité des forces spéciales israéliennes.

Selon Uzi Benziman, Sharon prit une part importante dans la formation de cette unité. Selon lui, en 1952, Ariel Sharon aurait cherché à monter sa propre unité de commandos spécialisés dans les opérations de représailles mais sa hiérarchie s'y serait opposée. Il aurait alors monté une embuscade dans le no man's land sans en informer sa hiérarchie. Ainsi, selon Benziman, Sharon participa à cette époque à une opération au cours de laquelle deux femmes palestiniennes ont été abattues près d'un puits ce qui déclencha des tirs de mortier de l'armée jordanienne sur des villages israéliens[9]. Sharon aurait réitéré ses souhaits, critiquant l'état-major, qui faisait preuve selon lui de trop de « retenue face aux Arabes ». David Ben Gourion lui demande finalement de prendre la tête d'une unité qui agira au-delà de la ligne d'armistice[10].

Le 14 octobre 1953, l’Unité 101 (ou Force 101) commandée par Ariel Sharon[11] rase le village de Qibya (ou Kibia), situé en territoire jordanien[12], à la suite des incursions palestiniennes en Israël et en particulier à un attentat qui fit trois victimes (une femme et ses deux enfants), à Yahoud dans la banlieue de Tel Aviv, les jours précédant le massacre. Durant cette opération baptisée Shoshana par Tsahal, soixante-neuf civils (ou soixante-dix selon les sources) sont tués dans le dynamitage de leurs maisons, principalement des femmes et des enfants. De nombreux pays condamneront ce massacre, dont les États-Unis qui demanderont qu'en soient jugés les auteurs. Ariel Sharon écrira dans son journal qu'il avait reçu des ordres lui demandant d'infliger de lourdes pertes aux habitants de Qibya : « Les ordres étaient tout à fait clairs : Qibya devait être un exemple pour chacun ». Sharon déclarera avoir cru les maisons vidées de leurs habitants, son unité ayant mené, d'après lui, les vérifications nécessaires avant d'actionner les détonateurs[13]. Cette version israélienne a été immédiatement remise en cause par le contre-amiral Vagn Bennike, observateur de l'ONU, arrivé sur les lieux le lendemain du massacre, qui dénonça le mode opératoire de l'Unité 101 lors de son intervention sur les habitations, consistant systématiquement à faire feu sur les maisons, empêchant ainsi les occupants d'en sortir, et les livrant de fait à une mort certaine[14]. Le 24 novembre, le Conseil de sécurité des Nations unies adopte une résolution condamnant Israël, et les États-Unis suspendent temporairement leur aide économique envers l'État hébreu.

En 1956, durant la crise du canal de Suez, les Israéliens coopèrent à la tentative de prise de contrôle du canal de Suez par les corps expéditionnaires franco-britanniques à la suite de sa nationalisation par Nasser. Ariel Sharon commande la 202e brigade parachutiste et se distingue au sein de l'état-major par la promptitude avec laquelle les forces qu'il dirige entrent dans le Sinaï.

Le 890e régiment de parachutistes, lâché au-dessus du « Parker's Memorial », arrive au col de Mitla tenu par une garnison constituée principalement de douaniers et de gardes-frontière, soudanais en majorité. La garnison est en fuite et le col n'est plus défendu. Un massacre de prisonniers aurait eu lieu au cours de ces opérations. Les troupes de parachutistes commandées par Rafaël Eytan (dépendant du commandement d'Ariel Sharon) sont accusées d'avoir exécuté plus de 200 prisonniers égyptiens et civils soudanais capturés et de les avoir jetés dans des fosses communes[15],[16]. La responsabilité d'Ariel Sharon n'a néanmoins jamais été mise en cause pour ces événements.

En 1957, il part pour un an à l'École militaire de Camberley au Royaume-Uni. À son retour, il étudie le droit à l'université de Tel-Aviv.

En 1967, lors de la guerre des Six Jours, il commande une des divisions qui participent à la prise du Sinaï. Ariel Sharon y acquiert un grand prestige auprès de ses hommes et de l'opinion publique israélienne. Le commandement reconnaît en lui un grand stratège mais n'apprécie pas son indiscipline.

En 1971, Ariel Sharon prend en charge le commandement du front sud (Sinaï) et en particulier de la zone le long du canal de Suez (ligne Bar-Lev). Il sera également chargé de mettre un terme aux activités terroristes dans la bande de Gaza. Ses troupes tueront alors plus de 100 civils palestiniens et en emprisonneront des centaines d'autres.

En 1973, l'Égypte et la Syrie lancent une attaque surprise contre Israël le jour de la fête juive du Yom Kippour. Ariel Sharon est rappelé d'urgence sur le front sud dont il vient d'abandonner le commandement et y prend la tête d'une division de chars. Lors de la guerre de Kippour, il augmente encore son prestige auprès de l'opinion publique et confirme ses talents de tacticien, à la suite notamment de plusieurs manœuvres grâce auxquelles sa division franchit le canal de Suez et qui permettent à Tsahal d'encercler et d'isoler la IIIe armée égyptienne et donne la victoire aux Israéliens.

Plus tard, en 1977, le président égyptien Anouar el-Sadate, en visite à Jérusalem après avoir signé la paix avec Israël, promettait en plaisantant à « Arik » une fessée pour une prochaine visite éventuelle sans invitation.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Débuts[modifier | modifier le code]

Ariel Sharon fonde, en 1971, le Likoud, parti politique sioniste de droite, et est élu, en 1973, à la Knesset, qu'il quitte l'année suivante, après avoir été appelé par le Premier ministre Yitzhak Rabin pour devenir conseiller spécial à la Sécurité.

En 1974, Sharon prend personnellement la tête d'un groupe de colons pour établir un avant-poste illégal près de Naplouse. Cette expérience a ensuite été renouvelée à plusieurs reprises.

Ministre[modifier | modifier le code]

Ariel Sharon (à droite) avec le Premier ministre Menahem Begin, en 1977.

Ministre de l'Agriculture de Menahem Begin en 1977, il permet l'expansion massive des implantations agraires juives en Cisjordanie et à Gaza.

Sous sa houlette, entre 1977 et 1981, plus de 25 000 Juifs s'installent dans les territoires occupés dans des opérations nommées Jumbo, Judée et Samarie ou Meteor.

Il est réélu député de 1977 jusqu'à 2006.

En 1982, il est ministre de la Défense. Il dirige les opérations d'évacuation du Sinaï, notamment de la ville de Yamit, que quelques centaines de colons israéliens irréductibles refusaient d'évacuer. Il envoie l'armée les emmener de force, et démolir leurs maisons (opération Colombe rouge). La diffusion par la télévision qui filme les opérations marque durablement l'opinion israélienne.

À la suite des attaques répétées des organisations palestiniennes le long de la frontière libanaise, l'armée israélienne envahit le Liban (alors en guerre civile) pour en chasser définitivement l'OLP. Lors des opérations, des phalangistes chrétiens libanais attaquent les camps de Sabra et Chatila alors que Tsahal contrôle le périmètre extérieur et y massacrent, suivant les sources, entre 460 et 2 300[17] Palestiniens. Plus de 400 000 Israéliens manifesteront contre ce massacre la semaine suivante[18]. Le 8 février 1983, la commission d'enquête officielle dirigée par le président de la Cour suprême, le juge Yitzhak Kahan, publie son rapport, dans lequel elle évoque la « responsabilité indirecte » d'Ariel Sharon, qui n'aurait « pas ordonné que les mesures adéquates soient prises pour empêcher d'éventuels massacres ». Ariel Sharon est alors contraint de démissionner et est éclipsé de la vie politique pendant plusieurs années.

De 1990 à 1992, il est ministre de la Construction et de l'Aménagement, ainsi que président du Comité ministériel sur l'Immigration et l'Absorption. À la suite de la chute de l'Union soviétique et des vagues d'immigration depuis la Russie, il initie et mène à bien un programme incluant la construction de 144 000 appartements pour absorber les immigrants à travers le pays.

De 1992 à 1996, pendant la période des accords d'Oslo, il est membre du Comité de Défense et des Affaires étrangères de la Knesset.

Ariel Sharon est nommé, en 1996, ministre de l'Infrastructure nationale, et est impliqué dans la stimulation d'entreprises conjointes avec la Jordanie, l'Égypte et les Palestiniens. Il est également président du Comité ministériel pour l'avancement des Bédouins.

En 1998, il est nommé ministre des Affaires étrangères et dirige les négociations avec l'Autorité palestinienne.

En tant que ministre des Affaires étrangères, Ariel Sharon rencontre des leaders américains, européens, palestiniens et arabes pour faire avancer le processus de paix. Il collabore au Flagship Water Project fondé par la communauté internationale pour trouver une solution à long-terme à la crise de l'eau dans la région et servant de bases à des relations pacifiques entre Israël, la Jordanie et les Palestiniens.

Il prend la tête du Likoud en 1999, à la suite de la démission de Benjamin Netanyahou et de l'élection au poste de Premier ministre d'Ehud Barak. Il reste à la tête du parti jusqu'en 2005. Il est également membre du Comité de Défense et des Affaires étrangères à la Knesset.

Sa responsabilité dans le déclenchement de la seconde Intifada est discutée. Bien que cette dernière s'est déclenchée après sa visite sur l'esplanade des mosquées/mont du Temple à Jérusalem, plusieurs commentateurs israéliens et internationaux n'y voient que le prétexte au déclenchement d'une insurrection préparée par Yasser Arafat depuis l'échec des négociations de Camp David à l'été 2000 et après huit ans de négociations infructueuses et dans le contexte des attentats par les groupes extrémistes palestiniens. Selon le journaliste palestinien Khaled Abu Toameh (en), après l’échec des négociations de Camp David, attribuée à l’intransigeance de Yasser Arafat, le mensuel palestinien de l'Autorité palestinienne, Al-Shuhada, publia dans son édition réservée aux agents de sécurité palestiniens, une lettre de Yasser Arafat demandant au « brave peuple palestinien de se préparer pour la libération de Jérusalem » et à une « confrontation totale avec Israël » du fait de son refus d'accepter le « diktat » israélo-américain. Le 30 août, une autre publication palestinienne officielle, Al-Sabah, appelle à l'Intifada et au Jihad à Jérusalem. Le 3 août, une enquête d'opinion publiée par le Palestinian Center for Policy and Survey Research (en) indique que deux tiers des Palestiniens soutiennent le déclenchement d'une nouvelle intifada et la violence contre Israël. Le 3 octobre, la radio israélienne, Kol Israel fait état d'un accord entre le ministre israélien des affaires étrangères, Shlomo Ben Ami et le chef des services de sécurité palestiniens, Jibril Rajoub (en), selon lequel il n'y aura pas de réactions à la visite d'Ariel Sharon sur l'esplanade s'il ne pénètrera dans l'enceinte de la mosquée[19],[20]. Le 22 octobre, Marouane Barghouti admet avoir tenu « un rôle direct » dans son déclenchement.

Premier ministre[modifier | modifier le code]

Ariel Sharon, en 2002.

Le 13 novembre 2000, en préparation à la campagne électorale, il déclare dans une assemblée au New York Post : « Je suis pour une paix durable… Unis, je pense que nous pouvons gagner la bataille de la paix. Mais cela doit être une paix différente, une avec reconnaissance totale des droits des Juifs dans leur seule et unique terre ; une paix avec la sécurité pour des générations et une paix avec Jérusalem unifiée en tant que capitale éternelle et indivisible du peuple juif dans l’État d’Israël pour toujours. » Il précise à plusieurs reprises la nature de son engagement politique, déclarant en avril 2001 au quotidien Haaretz : « la guerre d'indépendance d'Israël n'est pas terminée […] Toute ma vie s'est passée dans ce conflit […] Combattre a été et restera la charge de ma génération (...) Telle sera la charge des générations à venir »[21].

En 2001, Ariel Sharon est élu au poste de Premier ministre de l'État d'Israël sur un programme portant principalement sur la sécurité contre le terrorisme palestinien. Il est réélu en mars 2003, à la suite d'élections anticipées intervenues après la fin du gouvernement d'union nationale, à la suite de la démission des travaillistes, le 30 octobre 2002[22].

Il stoppe toute négociation avec Yasser Arafat qu'il considère responsable de la situation et lance une campagne de répression très dure contre les activistes palestiniens. Il entame également la construction d'une barrière de séparation à l'intérieur de la Cisjordanie et autour de Jérusalem. Fin 2003, on estime que l'activité terroriste a chuté de 90 %, sans que cette baisse puisse être reliée avec certitude à la construction du mur, qui est loin d'être achevé.

En 2004, peu après le décès de Yasser Arafat, il entame des pourparlers de paix avec le nouveau chef de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas.

Parallèlement, Sharon annonce sa détermination à effectuer un retrait unilatéral des colonies israéliennes de la bande de Gaza.

Le 25 octobre 2004, il tient un discours à la Knesset où il déclare : « En tant que quelqu’un qui a combattu dans toutes les guerres d’Israël et appris de ses expériences personnelles que sans la force appropriée, nous n’avons pas une chance de survivre dans cette région qui ne montre aucune pitié envers les faibles, j’ai aussi appris par expérience que l’épée seule ne peut résoudre cette dispute amère pour cette terre»[23]. Le désengagement se déroulera du 15 août au 11 septembre 2005.

Mahmoud Abbas, George W. Bush et Ariel Sharon, le 4 juin 2003.

Après l'opposition d'une partie des membres du Likoud à ce retrait, Sharon doit composer une alliance avec le Parti travailliste de Shimon Peres. L'élection d'Amir Peretz à la place de Shimon Peres en novembre 2005 menace la coalition. Ariel Sharon demande au président Moshe Katsav de dissoudre le Parlement, puis il démissionne du Likoud le 21 novembre 2005. Il crée alors son propre parti, Kadima (« En Avant »), de sensibilité de centre-droit, que Shimon Peres rallie en vue des élections générales anticipées prévues en mars 2006. Il évoque à l'occasion que ce parti a pour but de suivre la « feuille de route » et qu'il ne remet pas en cause l'évacuation déjà réalisée des colonies de la bande de Gaza (évoquant même l'éventualité d'évacuations de colonies de Cisjordanie).

Le 14 avril 2006 à minuit, après constatation trois mois plus tôt de son inaptitude à gouverner en raison de son coma, il perd officiellement son poste de Premier ministre, conformément à la loi israélienne, qui impose une période d'intérim maximale de 100 jours[24]. Le poste reste vacant le temps qu'Ehud Olmert forme un gouvernement et soit investi à son tour le même jour.

Hospitalisations[modifier | modifier le code]

En décembre 2005 et janvier 2006, Ariel Sharon, âgé de 77 ans, est victime de deux attaques cérébrales, la première mineure, l'autre beaucoup plus grave, puisqu'elle le plonge dans le coma et marque la fin de sa carrière politique.

Attaque cérébrale du 18 décembre 2005[modifier | modifier le code]

Dans la soirée du 18 décembre 2005, à trois mois des élections annoncées pour lesquelles il part grand favori, Ariel Sharon est hospitalisé d'urgence à l'hôpital Hadassah Ein Karem de Jérusalem, après avoir été victime d'une attaque cérébrale. Le chef du gouvernement est pris d'un malaise peu après avoir quitté la présidence du Conseil à Jérusalem, sur la route reliant Jérusalem à Tel Aviv, alors que sa voiture roule vers son ranch dans le Néguev. Il est aussitôt admis en service de traumatologie, où il subit des examens médicaux. Le 20 décembre, deux jours après son accident cérébral, Ariel Sharon quitte l'hôpital. Le directeur de l'hôpital explique que les médecins ont retiré un caillot de sang qui gênait sa circulation sanguine et qu'il n'aura pas de séquelles. Une intervention cardiaque est toutefois prévue dans les semaines suivantes.

Attaque cérébrale du 4 janvier 2006[modifier | modifier le code]

Ariel Sharon est de nouveau hospitalisé dans l'urgence le 4 janvier 2006, à Jérusalem, après avoir subi une nouvelle attaque cérébrale, qualifiée de « sérieuse » par son médecin personnel. Il est opéré dans la nuit du 4 au 5 janvier, puis placé dans un « coma profond sous respiration artificielle » afin de « maintenir une faible pression dans la boîte crânienne ». Israel Maimon, le chef de cabinet d'Ariel Sharon annonce rapidement que ses pouvoirs sont transférés au vice-Premier ministre, Ehud Olmert. Alors que son hospitalisation se prolonge, l'opinion publique israélienne suit l'évolution de l'état de santé de Sharon heure par heure. L'hôpital précise régulièrement qu'il est dans un état « grave mais stable ».

Le 1er février, Ariel Sharon subit une gastrostomie, ce qui augure d'une situation de longue durée. Quelques jours plus tard, le 11 février, l'hôpital Hadassah rapporte que l'état de santé du Premier ministre israélien s'est « gravement détérioré ». Après avoir procédé à un examen de son estomac, les médecins ont constaté une forte dégradation de son appareil digestif. Il a alors été décidé de l'opérer pour une septième fois. Après près de cinq mois de coma, il est transféré, le 28 mai 2006, au centre médical de longue durée Sheba de l'hôpital Tel HaShomer, à Ramat Gan, dans la banlieue Est de Tel-Aviv.

Alors que l'espoir de le voir se réveiller un jour s'amenuise, ses fils décident de le maintenir en vie sous assistance médicale[25]. Le 12 novembre 2010, il est transféré dans son ranch « des sycomores », notamment pour vérifier si les équipements médicaux installés à son domicile permettraient d'envisager son traitement dans son cadre de vie familial[26]. Toutefois, le coût de cette hospitalisation à domicile (estimée à presque 300 000 euros par an) est jugé prohibitif et il est retransporté à l'hôpital quelques jours après[27].

Ce long coma dure huit ans[28]. Alimenté par une sonde depuis son hospitalisation, il ne pèse plus que 50 kg en 2013[29]. Bien qu'il n'ait plus besoin d'aide respiratoire (même s'il dort avec un masque à oxygène)[29] et réagisse à certains stimuli[30], ses médecins n'envisagent pas qu'il se réveille un jour[29]. En 2013, des spécialistes des neurosciences israéliens et un neurochirurgien américain détectent « une activité cérébrale importante » chez lui, bien qu'ils ne sachent pas s'il « percevait de façon consciente » les informations qui lui étaient présentées[31].

Le 1er janvier 2014, la radio militaire israélienne indique qu'il est victime de graves problèmes rénaux et que son état de santé s'est brusquement dégradé à la suite d'une intervention chirurgicale[25]. Le lendemain, le directeur de l'hôpital Tel HaShomer annonce que plusieurs de ses organes centraux sont touchés[32]. Il meurt le 11 janvier 2014, à l'âge de 85 ans[33],[34].

Impacts politiques[modifier | modifier le code]

Malgré le retrait forcé de la vie politique d'Ariel Sharon, son successeur à la tête de Kadima, Ehud Olmert, remporte les élections législatives du 28 mars 2006, de manière cependant moins marquée que prévue.

Funérailles[modifier | modifier le code]

Tombes de Ariel et Lily Sharon.
Vice-président Joe Biden prononce une allocution lors des funérailles d'État de l'ancien Premier ministre israélien Ariel Sharon en Jérusalem le 13 janvier 2014.

Des funérailles nationales lui sont organisées. Le 12 janvier, sa dépouille est exposée au Parlement, à Jérusalem. Une cérémonie funèbre a lieu le 13 janvier, dans le bâtiment de la Knesset, en présence de dignitaires étrangers, dont notamment le vice-président américain Joe Biden, le Premier ministre tchèque Jiří Rusnok, le ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov, son homologue allemand Frank-Walter Steinmeier et les anciens Premier ministres britannique Tony Blair et néerlandais Wim Kok. Il est ensuite inhumé dans sa ferme dans le désert du Negev, au sud d'Israël, auprès de son épouse, Lily. Peu après la fin de la cérémonie, deux roquettes ont été tirées depuis la bande de Gaza et se sont abattues non loin sans faire de dégâts. L’armée israélienne avait envisagé l'éventualité de ce type d'attaques et avait sécurisé la cérémonie en installant des batteries anti-missiles Dôme de fer[35].

Détail des mandats et fonctions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le « Sharon » étant sa région de naissance.
  2. a et b Israel's Man of War, Michael Kramer, New York, pages 19–24, August 9, 1982
  3. Schiff, Ze'ev; Ehud Ya'ari (1984). Israel's Lebanon War. Simon and Schuster. pp. 283–284. ISBN 0-671-47991-1.
  4. Elie Barnavi, historien et ancien ambassadeur d'Israël en France, évoque dans Le Figaro daté du 13 janvier 2006 une grille d'analyse qu'il juge, pour sa part, « simplificatrice » qui prévalut longtemps en France à propos du conflit au Moyen-Orient et à propos de Sharon. D'après lui, c'est cette grille qui empêcha de voir en Sharon un grand homme d'État tandis que l'historien pense que : « depuis Ben Gourion, jamais Israël n'avait eu une telle figure tutélaire. Sharon a su allier deux qualités : l'aptitude à “cogner” et celle d'initier du nouveau, de permettre un nouveau commencement. »
  5. L'écrivain israélien Abraham Yehoshua écrit dans l'édition de Libération du 11 janvier 2006 : « le tournant significatif qu'il [Sharon] a pris l'an dernier, et surtout, sa capacité à démanteler des colonies, dont il était le bâtisseur le plus acharné, l'ont rendu acceptable aux yeux du camp de la paix, et c'est pourquoi la crainte est née que ses successeurs n'aient pas la même énergie à démanteler des colonies qui représentent l'obstacle principal (plus que le terrorisme palestinien) à un accord au Proche-Orient. »
  6. À propos de la politique d'Ariel Sharon entre son élection au poste de Premier ministre en février 2001 et sa réélection en 2003, Dominique Vidal, journaliste et historien français, écrit dans Le Monde diplomatique du 7 février 2003 : « […] Mais M. Ariel Sharon a transformé cette répression en une véritable guerre, avec la complicité d'une administration Bush dont il a progressivement gagné les faveurs. Pour lui, l'Autorité palestinienne doit disparaître afin qu'une solution politique redevienne possible : il faut donc, martèle le Likoud, éradiquer le terrorisme par la force. Une “logique” que, mois après mois, chaque attentat-suicide est venue conforter. »
  7. Dominique Vidal : « Le tour de force du Premier ministre, c'est justement d'avoir fait oublier, dans ce domaine aussi, son bilan de faillite : à son arrivée pouvoir, il y a deux ans, l'Intifada avait fait 50 morts israéliens ; on en compte aujourd'hui près de 700 (et près de 2 100 Palestiniens). Pour ne rien dire de l'économie, plongée dans sa première récession depuis 1953. Ni de l'isolement régional d'Israël, dont la normalisation avec le monde arabe, en cours depuis les accords d'Oslo (1993), n'a pas résisté à la réoccupation des territoires autonomes.
  8. portrait sur le site du Centre des Affaires publiques et de l'État
  9. Uzi Benziman, Sharon: an Israeli Caesar, 1985, page 39
  10. Uzi Benziman, Sharon: an Israeli Caesar, 1985, page 42
  11. Ariel Sharon
  12. Qibya est en Cisjordanie, à quelques kilomètres de la ligne verte. En 1953, l'annexion de la Cisjordanie par la Jordanie n'a pas été reconnue internationalement mais uniquement par la Grande-Bretagne. Les habitants de l'époque sont donc, suivant les points de vue, jordaniens, palestiniens, arabes ou apatrides.
  13. Ariel Sharon, Warrior: The Autobiography of Ariel Sharon (New York: Simon & Schuster Inc., 1989), p. 88.
  14. E.H. Hutchison et Uri Milstein, Chomsky, p. 383.
  15. Ronal Fisher, Mass Murders in 1956 Sinai War, notamment basé sur un article de Maariv du 17 août 1995.
  16. Katherine M. Metres, As Evidence Mounts, Toll of Israeli Prisoner of War Massacres Grows, Washington Report on Middle East Affairs, février-mars 1996, pp.17, 104-105.
  17. Benny Morris, Victimes. Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, Éditions Complexe, pp.595-596 rapporte les chiffres de 460 personnes selon les Libanais et de 700 à 800 selon les renseignements israéliens ; Howard Sachar, A History of Israel from the Rise of Zionism to our Time, A. Knopf, 2007, p.914 parle de plus de 2300 morts.
  18. Howard Sachar, A History of Israel from the Rise of Zionism to our Time, A. Knopf, 2007, p.915.
  19. (en)http://www.mafhoum.com/press3/111P55.htm
  20. (en)http://www.imra.org.il/story.php3?id=4750.
  21. http://www.freeman.org/m_online/dec00/sharon.htm
  22. Daniel Haïk, Sharon: un destin inachevé, Archipel, 2006
  23. (en) PM Sharon Knesset speech - Vote on Disengagement Plan 25-Oct-2004
  24. Basic Law: The Government (2001), Acting Prime Minister, 16  : « En cas d'incapacité du Premier ministre, sa charge est occupée par le Premier ministre par intérim. Si au bout de 100 jours, le Premier ministre est incapable de reprendre sa charge, il est démis officiellement de ses fonctions. »
  25. a et b Israël, l'état de santé d'Ariel Sharon s'est aggravé, Le Figaro
  26. « lefigaro » (consulté le 12 novembre 2010)
  27. http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2011/10/22/ariel-sharon-le-survivant_1591755_3218.html
  28. No change in Sharon's vegetative state, says his doctor The Jerusalem Post, 27 octobre 2009.
  29. a, b et c (en) Jason Koutsoukis, « Sharon will never recover: doctors », The Age,‎ 6 janvier 2010 (lire en ligne)
  30. « Ariel Sharon est dans le coma depuis deux ans », Le Soir, 3 janvier 2008. « Alimenté par une sonde, il a une activité cérébrale très limitée, mais il réagit périodiquement aux voix de ses proches. « Il n’est pas dans un coma profond et réagit à certains stimulus », a indiqué le centre médical Sheba de l’hôpital Tel-HaShomer dans un communiqué. »
  31. (en) http://www.foxnews.com/world/2013/01/28/scientists-say-comatose-former-israeli-leader-ariel-sharon-shows-robust-brain/
  32. http://www.europe1.fr/International/Ariel-Sharon-des-organes-centraux-touches-1759989/
  33. (en) « Former Israeli prime minister Ariel Sharon dies »,‎ 11 janvier 2014 (consulté le 11 janvier 2014).
  34. « L'ex-premier ministre israélien Ariel Sharon est mort »,‎ 11 janvier 2014 (consulté le 11 janvier 2014).
  35. (en)http://www.timesofisrael.com/iron-dome-downs-five-rockets-heading-for-ashkelon/

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Uri Dan, Sharon's Bridgehead, E.L. Special Edition, 1975
  • (en) Uri Dan, Blood libel: The inside story of General Ariel Sharon's history-making suit against Time magazine, Simon and Schuster, 1987
  • (en) Uzi Benziman, Sharon: an Israeli Caesar, Adamas, 1985
  • (en) Ariel Sharon, David Chanoff, Warrior : an autobiography, Simon and Schuster, 1989
  • (en) Norman Finkelstein, Ariel Sharon, 21st Century books, 2005
  • Robert Assaraf, Ariel Sharon et ses batailles politiques, Paris, J.-C. Gawsewitch éditeur,‎ 2006, 545 p. (ISBN 2-35013-064-9).
  • Freddy Eytan, Ariel Sharon, le bras de fer, Paris, J. Picollec,‎ 2006, 410 p. (ISBN 2-86477-221-3).
  • Michel Gurfinkiel, Le Testament d'Ariel Sharon, Monaco, éditions du Rocher, coll. « Vladimir Fédorovski présente »,‎ 2006, 199 p. (ISBN 2-268-05861-1).
  • Daniel Haïk et Yves Derai (dir.), Sharon : un destin inachevé, Paris, L'Archipel, coll. « Moisson rouge »,‎ 2006, 492 p. (ISBN 2-84187-770-1).
  • Baruch Kimmerling (trad. Arnaud Regnauld de La Soudière), Politicide : les guerres d'Ariel Sharon contre les Palestiniens, Paris, A. Viénot, coll. « Moisson rouge »,‎ 2003, 340 p. (ISBN 2-914645-37-6).
  • Luc Rosenzweig, Ariel Sharon, Paris, Perrin,‎ 2006, 433 p. (ISBN 2-262-02411-1).
  • Elisabeth Schemla, Ton rêve est mon cauchemar : les six mois qui ont tué la paix, Paris, Flammarion,‎ 2001, 309 p. (ISBN 2-08-068183-4).
  • Ariel Sharon et Uri Dan, Ariel Sharon : entretiens intimes avec Uri Dan, Neuilly-sur-Seine, M. Lafon,‎ 2006, 482 p. (ISBN 2-7499-0459-5).
  • Ariel Sharon et David Chanoff (dir.) (trad. Gabriel Roth), Mémoires, Paris, Stock,‎ 1990, 668 p. (ISBN 2-234-02279-7).

Liens externes[modifier | modifier le code]