Kibboutz

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Kibboutz Kfar Masaryk

La kibboutz (de l'hébreu : קיבוץ, au pluriel : קיבוצים : kibboutzim ; « assemblée » ou « ensemble ») est une communauté ou village collectiviste d'Israël développée par le mouvement sioniste d'influence socialiste. Le premier kibboutz est fondé à Degania en 1910.

Il s'agit à l'origine de communautés rurales, mais des activités industrielles ont commencé à y être développées dès les années 1940-1950.

Historiquement, les membres des kibboutzim ont été perçus comme une élite, particulièrement militante et engagée. Ainsi, dans les années 1980, les officiers issus des kibboutzim représentaient près de 25 % du corps des officiers, pour à peine 3 % de la population.

Cependant le poids idéologique ou humain des kibboutzim est clairement en baisse relative depuis les années 1970, et ils ne pèsent plus que 1,8 % de la population israélienne en 2005. Leur population ne se réduit pas vraiment (sauf entre 1990 et 1998, baisse de 7 %, voir données ci-dessous), mais surtout elle ne progresse plus dans une société israélienne en développement démographique rapide[1]. Malgré cette baisse du poids démographique, ils représentent encore 10 % de la production industrielle israélienne, 40 % de sa production agricole et 6 % de son PIB en 2010.

Une personne vivant dans un kibboutz est appelée kibboutznik (pluriel kibboutznikim).

Définitions[modifier | modifier le code]

Le kibboutz est, par définition :

  • « une communauté délibérément formée par ses membres, à vocation essentiellement agricole, où il n'existe pas de propriété privée et qui est censée pourvoir à tous les besoins de ses membres et de leurs familles »[2]. Le caractère principalement agricole est aujourd'hui largement dépassé.
  • « une unité de peuplement dont les membres sont organisés en collectivité sur la base de la propriété commune des biens, préconisant le travail individuel, l'égalité entre tous et la coopération de tous les membres dans tous les domaines de la production, de la consommation et de l'éducation »[3].

Sa principale force vient de l'engagement individuel de tous les membres. L'esprit d'entreprise collective compte pour beaucoup et contribue à la création et à la maturation de communautés qui réussissent économiquement sur le marché libre. Enfin, le niveau de vie élevé aujourd'hui, atteint grâce aux succès économiques, favorise aussi le maintien des communautés.

Organisation, principes et fonctionnement[modifier | modifier le code]

Physiquement parlant, la plupart des kibboutzim sont conçus sur le même modèle : au centre se déploient les édifices communs tels que réfectoire, auditorium, bureaux et bibliothèque, entourés par des jardins et les maisons de leurs membres ; légèrement décentrés sont les bâtiments et les équipements sportifs ; les champs, vergers et bâtiments industriels enfin se trouvent à la périphérie.

Il n'y a généralement pas vraiment de structure élue : les décisions sont prises par l'assemblée générale. Avec le temps, des organes élus sont apparus, mais l'idéal kibboutznik impose qu'ils aient peu de pouvoir.

La laïcité et l'égalité des sexes sont revendiquées depuis les débuts (sauf dans les kibboutzim religieux), ce qui explique les relations historiquement très tendues avec les religieux juifs. Les membres des kibboutzim ont même été accusés de ne plus être Juifs, même si cette accusation, qui avait été portée par le rabbin Eliezer Menahem Schach (en) (ou Chakh), un des principaux rabbins haredi israéliens de la fin du XXe siècle, reste relativement isolée. Mais même quand ces accusations ne sont pas reprises par les autres haredim, les relations sont très mauvaises. De nombreuses accusations ont ainsi fleuri dans les milieux ultra-orthodoxes. On verra même, lors de l'affaire des « enfants de Téhéran » (des orphelins placés dans des Kibboutzim), les haredim créer « une organisation secrète, les activistes, pour tenter par tous les moyens de contrer l'action et l'influence des partis laïques dans les camps d'immigrants. […] C'est une cicatrice historique qui marquera deux générations successives de haredim qui se raconteront des histoires infernales de livres sacrés trouvés en lambeaux dans des clapiers à lapins, de douches communes où jeunes filles et garçons des kibboutzim se lavent ensemble, d'immigrants forcés de manger du porc. […] En 1990, le rav Eliezer Menahem Schach interdira à ses ouailles [les partis ultra-orthodoxes Degel HaTorah et Shass] de se joindre à une coalition de gauche […]. Il justifiera sa position par le vieil argument selon lequel le Kibboutz est l'ennemi de la foi[4] ».

Bien qu'il y ait quelques exceptions, les membres des kibboutzim sont normalement juifs. Il y a eu des tentatives avortées d'organisation de kibboutzim musulmans, mais les kibboutzim juifs ont vocation à rester des organisations nationalistes juives, dont la base est presque exclusivement juive.

Indépendamment des membres permanents du kibboutz, des travailleurs extérieurs (sans droit de vote) juifs ou non-juifs ne sont pas rares : volontaires étrangers (pour des périodes temporaires), salariés arabes israéliens ou travailleurs immigrés (est-européens, pays du Sud-Est asiatique…).

Entre membres (hors salariés extérieurs), il n'y a normalement pas de salaire : la communauté fournit gratuitement et de façon strictement égalitaire les biens collectifs (piscines, écoles, etc.) et les biens de consommation individuels (logements, télévisions, ordinateurs). Aucune différence n'est faite selon le statut, la qualification ou le poste de travail des membres.

L'activité économique du kibboutz est collectiviste : les moyens de production et d'échanges sont la propriété de tous, et il n'y a pas d'entrepreneurs privés dans un kibboutz.

Des sommes modérées permettant à chacun d'aller dans le monde extérieur au kibboutz pour y consommer librement sont également remises aux membres, sur une base égalitaire.

Panorama du Kibbutz Barkai dans la région de Wadi Ara

Fédérations[modifier | modifier le code]

Chaque kibboutz est autogéré. Il a donc l'autonomie politique propre à une municipalité. Il bénéficie aussi de l'autonomie économique propre à une entreprise opérant sur le marché libre, et devant s'y adapter rapidement.

Mais les kibboutzim ont ressenti le besoin de se regrouper en fédérations :

  • pour défendre leurs intérêts devant les institutions étatiques ;
  • pour mettre en œuvre des services bénéficiant à tous (aide juridique, financement…).

Ces regroupements se sont faits sur une base idéologique :

  • Mouvement kibboutznik unifié, (acronyme hébreu TAKAM) : c'est la principale fédération. Elle est proche du parti travailliste israélien (ou Mapaï). Environ 60 % des kibboutzim y sont affiliés.
  • Kibboutz Artzi : c'est une fédération proche du Mapam (extrême-gauche sioniste), avec 32 % des kibboutzim. Elle a fusionné avec TAKAM en 2000, mais conserve une certaine spécificité.
  • Kibboutz Dati (kibboutz religieux) : c'est la troisième fédération, avec 6 % des kibboutzim. Elle est issue du Hapoel Hamizrahi, un sous-courant sioniste religieux, à l'origine influencé par certaines idées de gauche.
  • Enfin, deux kibboutzim ultra-orthodoxes ont été créés par le parti Poalei Agoudat Israël, branche (ou dissidence, selon les époques) "ouvrière" du parti Agoudat Israël.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le modèle qui finalement s'imposa, n'est apparu qu'après une dizaine d'expérimentations, qui toutes ont périclité. Il y a eu au début du XXe siècle, des essais non-égalitaires et (semi-)capitalistes de villages collectivistes avec des classes d'ouvriers, d'ingénieurs, de cadres, etc., ne possédant pas les mêmes droits ou le même salaire. La « possession » par le biais d'un salaire, et les privilèges accordés aux plus diplômés n'apportèrent que tensions et incohérences, incompatibles avec l'idéal socialiste des nouveaux émigrants. Ce qui fait dire à certains auteurs que le kibboutz fut une nécessité et non la réalisation d'un idéal. L'expérience néanmoins dégagea suffisamment d'enseignement pour perfectionner les principes qui en grandes lignes subsistent aujourd'hui.

Le modèle du Mochav, moins communautaire, date aussi de cette époque de bouillonnements idéalistes.

Les origines agricoles[modifier | modifier le code]

L'origine des Kibboutz se trouve au sein du parti Ha'poel Hatzaïr, un parti politique non marxiste, influencé par le socialisme populiste russe et l'œuvre de Tolstoï, dont le principal inspirateur est Aharon David Gordon. L'idéal est celui d'un socialisme rural, anti-industriel et anti-autoritaire, très marqué par l'anarchisme (refus des structures élues).

En 1909, un petit groupe de jeunes immigrants juifs originaires d'Europe de l'Est, mus par les idéaux sionistes et socialistes, fondaient sur les rives du lac de Tibériade la première kvoutza (groupe en hébreu, groupement auquel fut ultérieurement donné le nom de kibboutz, communauté basée sur l'adhésion à un même mode de vie rural et collectiviste). Ils appelèrent ce kibboutz Degania, qui est depuis considéré comme la mère des kibboutzim. Kinneret est le second kibboutz, né en 1912.

Leur kvoutza se voulait démocratique et égalitaire, fondée sur la propriété collective des moyens de production et de consommation. Un cadre de vie où tous les membres prenaient les décisions de concert et à la majorité, et se partageaient équitablement droits et devoirs.

À l'origine, les kibboutzim ont été formés par de jeunes immigrants pauvres et sans subventions. Pendant longtemps, la vie y a été extrêmement difficile, loin du niveau de vie enviable atteint aujourd'hui.

À l'origine aussi, les communautés sont de petites tailles (quelques dizaines de personnes). Dès le début des années 1920, elles grandissent, comptant maintenant plusieurs centaines de membres. Cette taille plus importante a été jugée à l'époque nécessaire pour le développement économique et humain du projet, et est devenue la norme.

Les kibboutzim ne se sont pas conçus à l'origine pour être une simple « expérience » collectiviste. Issus de l'extrême gauche radicale, leurs membres souhaitaient au contraire offrir un modèle social qui finirait par absorber tout le Yichouv. Il s'agissait de créer un "homme nouveau" et une « société nouvelle », débarrassés de la propriété privée. Il fallait aussi briser la « famille bourgeoise », ce qui explique que les enfants étaient élevés en commun, et ne vivaient pas avec leurs parents.

Le développement de l'industrie et des services[modifier | modifier le code]

À partir des années 1920 et 1930, les sionistes du Achdut Ha'avoda lancent à leur tour des kibboutzim. C'est en partie sous leur influence que se développeront les premières activités industrielles, qui seront à l'origine très critiquées par les partisans de communautés purement rurales.

Le Ha'poel Hatzaïr et le Achdut Ha'avoda fusionnent en 1930 au sein du Mapaï, unifiant ainsi partiellement les mouvements politiques soutenant les kibboutzim, et contribuant à faire accepter le développement industriel par le mouvement kibboutzique.

À partir des années 1960 et 1970, les kibboutzim ajouteront à l'industrie et à l'agriculture le tourisme et les services, développant ainsi leur privatisation et hiérarchisation économique[5].

La confiscation des terres arabes[modifier | modifier le code]

Lors de la Seconde Guerre mondiale, il y avait environ 80 kibboutzim, contre 269 en 2003. Leur croissance après la Seconde Guerre mondiale et l'indépendance d'Israël a donc été spectaculaire.

Avant la création d'Israël, les kibboutzim se créaient essentiellement sur des terres achetées.

Après la guerre d'indépendance de 1947-1949,

l'État d'Israël a confisqué les terres des réfugiés palestiniens (et parfois aussi celles des Arabes palestiniens restés en Israël). Ces terres sont devenues la propriété collective de l'État, à travers le Keren Kayemeth LeIsrael ou KKL. Celui-ci les donne à exploiter aux communautés rurales (mochavim ou aux kibboutzim).

Après la guerre, de nombreux kibboutzim ont donc été installés sur d'anciennes terres arabes, ce qui a créé :

  • des conflits parfois aigus avec les anciens propriétaires restés en Israël ;
  • des conflits avec les anciens propriétaires ou locataires devenus des réfugiés : pendant les années 1950, surtout, on notera de fréquentes tentatives d'infiltrations de réfugiés tentant d'exploiter clandestinement leurs anciennes terres, ou attaquant les nouveaux occupants ;
  • des contradictions idéologiques : certains kibboutzim installés sur d'anciennes terres arabes confisquées relèvent du parti d'extrême-gauche Mapam, lequel revendiquait un État judéo-arabe avant la création d'Israël, et a une attitude de soutien aux droits de la minorité arabe depuis. Cette contradiction a parfois fortement gêné les militants de cette tendance.

[réf. nécessaire]

L'intégration des immigrants[modifier | modifier le code]

Le kibboutz a été un des outils d'intégration de milliers d'immigrés juifs, et d'expulsés juifs des pays arabes. D'une part en intégrant à ses structures de nouveaux arrivants, d'autre part en servant de centres d'absorption temporaires, où des cours (hébreu, sionisme, apprentissage d'un métier) sont dispensés.

Crise et évolution[modifier | modifier le code]

La période pionnière est loin, et les kibboutzim ne sont aujourd'hui plus la référence incontournable de la construction du socialisme à l'israélienne.

Crise économique[modifier | modifier le code]

À compter des années 1970, les kibboutzim ont connu des difficultés économiques énormes, renforcées par la quasi disparition des subventions sous les gouvernements Likoud (droite).

Les années 1980 ont donc été une période où les kibboutzim ont dû réorganiser en profondeur leurs activités économiques. Les secteurs les plus porteurs : industrie, tourisme et services ont été développés. L'agriculture des origines a été reléguée au second rang (15 % des membres seulement y sont encore affectés). Il y eut d'ailleurs quelques faillites. Cependant, au début des années 1990, les kibboutzim avaient surmonté la crise, qui reste sans doute la plus rude de leur histoire.

Aujourd'hui, malgré quelques exceptions, les kibboutzim sont considérés comme en bonne santé économique et financière. Le niveau de vie des membres des kibboutzim est l'un des plus élevés d'Israël, ce qui suscite d'ailleurs parfois la rancœur des communautés environnantes.

Crise des valeurs[modifier | modifier le code]

Au-delà de la gestion collective et égalitaire du travail, les kibboutzim avaient également à l'origine développé un mode de vie collectiviste : prise des repas en commun, absence totale de propriété privée (même les vêtements étaient au moins théoriquement collectivisés), éducation en commun des enfants, qui ne vivaient pas avec leur parents.

Depuis les années 1970-80, de nouvelles valeurs individuelles et familiales se développent dans les kibboutzim. La propriété collective, le travail collectif, l'égalitarisme social et la démocratie directe ne sont pas vraiment remis en cause. Mais des évolutions sont apparues, en particulier l'acceptation de la vie privée et de la vie de famille. Ainsi, aujourd'hui, il n'y a guère que le repas du midi qui soit pris en commun au réfectoire, et les enfants dorment chez leurs parents.

Toujours dans le développement de cette sphère du privé, une allocation de « budget personnel » est apparue. Il ne s'agit pas d'un salaire, et l'allocation est normalement égale pour tous. Mais elle permet de participer à la société de consommation, et de s'acheter divers biens non fournis par le kibboutz, qui deviennent dès lors une propriété privée.

Certains kibboutzim (minoritaires) ont même été plus loin en introduisant une échelle de salaires différenciés entre les membres, ce qui est une rupture énorme par rapport à la tradition égalitariste.

Autre facteur de remise en cause, l'industrialisation des kibboutzim a entraîné le recours à de la main-d'œuvre extérieure, salariée. Elle est importante : 50 à 60 % des travailleurs employés par l'ensemble des kibboutzim. Ces travailleurs peuvent être des Juifs, mais aussi des arabes ou des travailleurs immigrés de diverses origines (Chine, Europe orientale…). Cette main d'œuvre, surtout concentrée dans les tâches d'exécution, perçoit parfois le kibboutz où elle travaille comme un « patron » collectif, avec lequel des conflits peuvent surgir. Elle touche évidemment des salaires, notion qui n'existe normalement pas dans un kibboutz (mais qui s'y développe, voir plus haut). Et elle ne participe pas vraiment à la définition des politiques du kibboutz, ce qui viole les principes égalitaires du projet.

Enfin, certains membres des kibboutzim travaillent maintenant à l'extérieur. Le salaire est normalement intégralement versé au kibboutz (qui reverse l'allocation mentionnée ci-dessus). Cette situation a toujours existé (le corps des officiers a toujours été riche en membres des kibboutzim). Mais cette tendance se renforce, et entraîne trois conséquences :

  • certains liens communautaires se distendent quelque peu ;
  • des membres deviennent économiquement indépendants du kibboutz et peuvent donc le quitter à tout moment. Ce qu'ils font parfois ;
  • certains revenus échappent au kibboutz, et introduisent parfois quelques différences sociales (modérées) entre les membres.

Anarchisme et kibboutz[modifier | modifier le code]

Le kibboutz s'est beaucoup inspiré dans ses principes originels des idées anarcho-communistes : absence de propriété privée des moyens de production, accès aux biens égal pour tous, refus du salariat, éducation communautaire des enfants, rejet de la religion (sauf dans les Kibboutzim religieux), refus des structures élues, démocratie directe.

Cependant, le mouvement kibboutzique ne se réclame pas de l'anarchisme, et la fidélité aux principes venus de l'anarchisme n'est donc pas parfaite : utilisation de salariés non membres, apparitions de certaines structures élues.

De même que le mouvement kibboutzique ne se déclare pas anarchiste, le mouvement anarchiste contemporain est volontiers critique sur certains aspects des kibboutzim. Exemple de ces critiques anarchistes, l'essayiste et « anarchiste socialiste » (selon la définition qu'il donne de lui-même) américain Noam Chomsky a ainsi exprimé sa vision dans deux interviews, la première, disponible sur internet, dans l'émission de radio américaine Democracy Now présentée par Amy Goodman[6], la seconde dans un livre d'entretiens[7]. Chomsky s'est lui-même installé en 1953, pour une durée de six semaines, dans un kibboutz près de Haïfa.

Les critiques faites par les anarchistes sont pour les plus importantes :

  • Le kibboutz demande normalement à ses membres l'appartenance à la communauté juive (il existe des exceptions, comme celle de Joseph Ribas, militant de la CNT anarchiste espagnole, ancien combattant de la Guerre d'Espagne, qui s'installa après la Seconde Guerre mondiale avec femme et enfants dans le Kibboutz Hahotrim, au sud de Haïfa). L'anarchisme de son côté insiste généralement sur les principes d'universalisme et d'antinationalisme[8].
  • Les kibboutzim ont une relation très poussée avec l'État : la réussite économique des kibboutzim est partiellement due aux subventions de l'État israélien, et ceux-ci lui fournissent des troupes d’élite : pilotes, agents de renseignement, officiers gradés, etc. L'anarchisme rejette quant à lui le principe même d'État[9].
  • Chomsky considérait qu'il existe dans le kibboutz un « autoritarisme du groupe » extrêmement fort, engendrant un machisme et un conformisme très puissant : par exemple, presque aucun habitant de kibboutzim ne refuse de faire son service militaire.
  • L'utilisation de salariés non membres dans les entreprises des kibboutz réintroduit des inégalités sociales et de pouvoir (ils ne votent pas dans les prises de décisions collectives) que combat l'anarchisme.

Aujourd'hui[modifier | modifier le code]

En dépit de certains problèmes économiques (globalement bien surmontés), de la perte d'une partie de son prestige au sein de la société israélienne (qui ne considère plus les kibboutzim comme un modèle à atteindre) et de l'acceptation d'une sphère privée importante (vie familiale et consommation), l'institution du kibboutz demeure, de nos jours encore, le plus grand mouvement communautaire au monde.

En 2005, près de 120 500 personnes (1,8 % de la population israélienne) vivent dans les 269 kibboutzim d'Israël disséminés depuis le plateau du Golan au Nord jusqu'à la mer Rouge au Sud. Leurs effectifs varient de moins de 100 membres à plus de 1000 pour certains, la majorité recensant une population de quelques centaines de membres. Malgré cette baisse du poids démographique, ils représentent encore 10 % de la production industrielle israélienne, 40 % de sa production agricole et 6 % de son PIB en 2010[10].

Une trentaine de ces kibboutzim est installée dans les territoires palestiniens occupés.

La population des kibboutzim en chiffres[11] :

Année Nombre Population
1910 1 ?
1920 12 805
1930 29 3 900
1940 82 26 550
1950 214 67 550
1960 229 77 950
1970 229 85 100
1980 255 111 200
1990 270 125 100
1998 269 116 500

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Monographies générales[modifier | modifier le code]

  • Céline Matge, Kibboutz : la fin d'un rêve ? : essai sur l'évolution du kibboutz israélien : 1910-1996, Grenoble, Saint-Martin-d'Hères,‎ 1996, 126 p.
  • Géraldine Gudefin, Quel avenir pour les kibboutzim d'Israël ?, Paris, Harmattan,‎ 2007, 169 p.
  • Eliezer Ben Rafael, Maurice Konopnicki et Placide Rambaud, Le Kibboutz, Paris, Presses universitaires de France,‎ 1983, 127 p.
  • David Catarivas Catarivas, Vivre au kibboutz, Paris, Stock,‎ 1983, 253 p.
  • Nicos Andréou, Le collectivisme israélien, Athènes, Centre national de recherches sociales,‎ 1973, 286 p.
  • Gilbert Pascaraut, Le kibboutz, Limoges,‎ 1983, 60 p.

Articles spécialisés[modifier | modifier le code]

  • Ouriel Zohar, "La magie du kibboutz : l'improvisation", in Théâtres du Monde, Revue Interdisciplinaire de l'Université d'Avignon, Institut de Recherches Internationales sur les Arts du Spectacle, Faculté des lettres et des sciences humaines, No.19, p. 193–197 2009.
  • Ouriel Zohar, « La nouvelle mode du théâtre Collectif de A. D. Gordon», in « Reeh », Revue européenne des études hébraïques, (IEEH) Université de Paris VIII, No. 9, p. 129–143 2005.
  • Ouriel Zohar, « Le passage du Théâtre de la fête au Kibbutz vers un théâtre moderne », in Théâtres du Monde, Revue Interdisciplinaire de l'Université d'Avignon, Institut de Recherches Internationales sur les Arts du Spectacle, Faculté des lettres et des sciences humaines, No.14, pp. 245-252 2004.
  • Ouriel Zohar, « Le théâtre dans le kibboutz et la société du kibboutz dans le théâtre », in « Reeh » Revue Européenne des Etudes Hébraïques, (IEEH) Université de Paris VIII, No. 5 pp. 84-94 2001.
  • Ouriel Zohar, « L'oublie et la promesse de la joie traditionnelle dans le Théâtre Collectif au Kibboutz », in Théâtres du Monde, Revue de l'Université d'Avignon, Institut de Recherches Internationales sur les Arts du Spectacle, Faculté des lettres et des sciences humaines, No.10, pp.155-169, 2000.
  • Ouriel Zohar, « Shamosh, L'homme de théâtre au Kibboutz, et le bon usage des voyages », in Théâtres du Monde, Revue de l'Université d'Avignon, Institut de Recherches Internationales sur les Arts du Spectacle, Faculté des lettres et des sciences humaines, No. 9, p. 161-167, 1999.
  • Ouriel Zohar, « Les éléments du sacré dans le théâtre au Kibboutz », in Théâtre du Monde, Revue de l'Université d'Avignon, Institut de Recherches Internationales sur les Arts du Spectacle, Faculté des lettres et des sciences humaines, No.8,pp. 183-197, 1998.
  • Ouriel Zohar, « Un Living Theatre collectif, inspiré par l'idéologie du Kibboutz », dans Théâtre du Monde, Revue interdisciplinaire de l'Université d'Avignon, Institut de recherches internationales sur les arts du spectacle, Faculté des lettres et des sciences humaines, No.7, p. 201-209, 1997.
  • Ouriel Zohar, « Bimate Ha'kibbutz, le théâtre d'une société collective » in Théâtres du Monde[12], Revue Interdisciplinaire de l'Université d'Avignon, Institut de recherches internationales sur les arts du spectacle, Faculté des lettres et des sciences humaines, No.6, p. 187-201, 1996.
  • Ouriel Zohar, « Comparaison du Théâtre ‘Bimate Ha'Kibbutz’ et du Théâtre national israélien ‘Habima’ et du théâtre ‘Habima’ avec la Comédie-Française », in Théâtres du Monde Revue Interdisciplinaire de l'Université d'Avignon,Institut de Recherches Internationales sur les Arts du Spectacle, Faculté des lettres et des sciences humaines, No.6, p. 203-210, 1996.
  • Ouriel Zohar, « La fête dans la société du kibboutz » in Revue de la société d'histoire du Théâtre II, No. 174, p. 162-179, CNRS (Centre national de la recherche scientifique) Paris, 1992.
  • Marion Sigaut, « Les deux coeurs du monde: Du Kibboutz à l'Intifada ». Flammarion, 1991. ISBN 978-2080665287.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. israel.org
  2. Encyclopedia Judaica, 1969
  3. Définition juridique figurant dans le Registre des sociétés coopératives
  4. Ilan Greilsammer, Israël, les hommes en noir, Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, 01/1991, (ISBN 2-7246-0592-6), page 67.
  5. Jean Lebrun, « Les kibboutz », émission La Marche de l'Histoire sur France Inter, 18 octobre 2012
  6. democracynow.org
  7. Understanding Power : The Indispensible Chomsky écrit par Noam Chomsky, Peter R. Mitchell, et John Schoeffel, paru en février 2002 chez New Press en anglais.
  8. Si les fondateurs de l'anarchisme étaient hostiles à l'État, ils ne l'étaient pas forcément à l'idée de nation : les communautés humaines, tant qu'elles sont à adhésions volontaires, sont pleinement intégrées dans le projet anarchiste. Au cours du XXe siècle, l'attitude des anarchistes vis-à-vis de la nation est cependant devenue de plus en plus critique.
  9. « En Palestine, l’État apporte l’indiscutable preuve qu’il provoque la guerre du fait même de sa présence » : Eric-Albert, « Palestine terre stratégique », no 133 du Libertaire, 11 juin 1948.
  10. (en)« Kibbutz reinvents itself after 100 years of history », sur Taipei Times,‎ 16 novembre 2010
  11. Source : Yad Tabenkin, Centre de recherche et de documentation du Mouvement kibboutzique unifié
  12. Revue Théâtres du Monde