Marceau Long

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Marceau Long
Illustration.
Fonctions
Vice-président du Conseil d'État

(8 ans, 1 mois et 28 jours)
Prédécesseur Pierre Nicolaÿ
Successeur Renaud Denoix de Saint Marc
5e secrétaire général du gouvernement

(7 ans, 4 mois et 17 jours)
Prédécesseur Jean Donnedieu de Vabres
Successeur Jacques Fournier
Président de l'ORTF

(1 an, 2 mois et 8 jours)
Prédécesseur Arthur Conte
Successeur Aucun (Dissolution de l'ORTF)
Biographie
Nom de naissance Marceau Marius Eugène Long
Date de naissance
Lieu de naissance Aix-en-Provence (France)
Date de décès (à 90 ans)
Lieu de décès Saint-Maur-des-Fossés (France)
Sépulture Puyricard
Nationalité Drapeau de la France Française
Diplômé de Université d'Aix-en-Provence
ENA

Marceau Long, né le à Aix-en-Provence et mort le [1] à Saint-Maur-des-Fossés[2], est un haut fonctionnaire français. Marié et père de cinq enfants[3], il a été, succédant à Arthur Conte, le deuxième PDG de l'ORTF d'octobre 1973 jusqu'à son démantèlement en janvier 1975, puis secrétaire général du gouvernement de 1975 à 1982, puis vice-président du Conseil d'État de 1987 à 1995, qui est le poste le plus élevé de la fonction publique en France. Il était, selon Marc Guillaume, secrétaire général du gouvernement lors de son décès, « l'un des plus grands serviteurs de l’État de la seconde moitié du XXe siècle. »[4]

Du fait de son œuvre de juriste, notamment sur la notion de service public, et sa participation à des débats publics majeurs, Marceau Long « a été l’un des plus éminents vice-présidents du Conseil d’État depuis sa fondation »[1] et un « immense serviteur de l’Etat »[5].

Biographie[modifier | modifier le code]

Un rénovateur du droit public[modifier | modifier le code]

Fils de Lucien Long et Marcelle Seymard, Marceau Marius Eugène Long naît en 1926 à Aix-en-Provence, dans les Bouches-du-Rhône[6].

Licencié ès lettres et diplômé d'études supérieures en droit public[7] à l'université d'Aix-en-Provence[4], Marceau Long est major de l'École nationale d'administration (promotion Europe, 1951). À sa sortie, il est nommé auditeur au Conseil d'État en 1952, puis maître des requêtes en 1957.

Il est ensuite commissaire du gouvernement, en particulier lors de plusieurs arrêts majeurs du droit des services publics (Conseil d’État, Sect., 20 avril 1956, Époux Bertin et Ministre de l’agriculture contre consorts Grimouard[8] et Conseil d’État, Sect., 19 octobre 1956, Société Le Béton[9]), au sein de la troisième sous-section de la Section du contentieux du Conseil d'État, alors présidée par Roger Latournerie. Il fait partie des rédacteurs du GAJA dès sa première édition, en 1956. Cet ouvrage a un rayonnement sans pareil sur le droit public[4]. Il est nommé conseiller d’État en 1976[10].

Marceau Long sera ensuite conseiller technique au cabinet des secrétaires d’État aux affaires étrangères Maurice Faure (1956-1957) puis Émile Claparède[10], conseiller juridique à l'ambassade de France au Maroc à partir de 1958[10], pour aider à la transition consécutive à l'indépendance[4].

Nommé directeur général de l'administration et de la fonction publique à seulement 35 ans (1961-1967), notamment chargé du retour des fonctionnaires des colonies en métropole[4], puis en 1967 il est appelé par Pierre Messmer[4] pour être le secrétaire général pour l'administration du ministère de la Défense. Avec sa force de travail et sa volonté de réforme[4], Marceau Long est à l'origine de la plupart des grandes réformes mises à l'étude et parfois même appliquées dans la fonction publique tant civile que militaire, notamment dans la modernisation de l'administration des armées, en y introduisant l'informatique[11], ou le statut général des militaires (loi du 13 juillet 1972)[4].

En novembre 1970, il est nommé membre du Comité de l'énergie atomique[12]. Au cours de sa carrière, il a également présidé le conseil d'administration de l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence (1990-1999[13]), et a été maître de conférences à l'IEP de Paris et à l'ENA.

Un réformateur au sein de la haute fonction publique[modifier | modifier le code]

Après la démission d'Arthur Conte, Marceau Long est nommé, en octobre 1973, PDG de l'ORTF « en raison de ses qualités de gestionnaire »[10], par le président Georges Pompidou. Puis, en 1974, il organise le démantèlement de l'ORTF. Il quitte l'ORTF désormais en liquidation le 1er janvier 1975, date à laquelle il est réintégré au conseil d’État, et le 12 février 1975, sur proposition du Premier ministre Jacques Chirac, il est nommé secrétaire général du gouvernement par le président Giscard d'Estaing[14], poste qu'il conserve après l'arrivée de la gauche au pouvoir, à la demande du Premier ministre Pierre Mauroy[15]. « Heureusement que de hauts responsables de l'appareil d'État comme le secrétaire général du gouvernement ou le gouverneur de la Banque de France ont, de leur mission, une conception plus haute [ de l’État ]. Ils ont permis et ils permettent que la nécessaire continuité soit assurée. Je tiens, une fois encore, à les en remercier » (Pierre Mauroy[16]). À cette occasion, il est l'un des rares fonctionnaires travaillant pour le gouvernement ayant conservé son poste lors de l'élection en 1981 de François Mitterrand et a assuré la continuité de l’État, son action étant unanimement saluée[10],[4]. « Nul autre que M. Marceau Long n'était qualifié » (Louis Favoreu[17]). Il favorise notamment le développement des services de l'information du Premier ministre. Il informe Pierre Mauroy de la conduite des affaires, évite aux nouveaux dirigeants de nombreuses erreurs et met, selon la conception française du service public, ses connaissances et ses compétences à la disposition du pouvoir légitime et légal[18].

Le gouvernement Pierre Mauroy le nomme ensuite PDG d'Air Inter de 1982 à 1984, puis PDG d'Air France de 1983 à 1987.

Vice-président du Conseil d’État[modifier | modifier le code]

Bureau du Vice-président du Conseil d’État (2009) au Palais-Royal.

En 1987, pendant la première cohabitation, François Mitterrand et Jacques Chirac se mettent d'accord sur son nom pour diriger le Conseil d'État, en remplacement de Pierre Nicolay[19] (sa nomination avait été évoquée dès 1980[10]). Il est le vice-président du Conseil d’État du au , date à laquelle il est admis à faire valoir ses droits à la retraite. Il est remplacé par Renaud Denoix de Saint-Marc[20], ancien secrétaire général du gouvernement.

En tant que vice-président du Conseil d’État, Marceau Long participe à la préparation de la loi portant réforme du contentieux administratif du 31 décembre 1987[1] (création des cours administratives d'appel, modernisation des procédures contentieuses, création de la procédure d'avis...) et à celle de la loi du 8 février 1995 sur l'exécution des décisions de la justice administrative[21],[1]. Il également durant son mandat président du conseil d'administration de l'ENA[22].

C'est également pendant son mandat de vice-président que le Conseil d’État fait évoluer son contrôle de conventionnalité avec l'arrêt Nicolo du 19 octobre 1989, et admet la possibilité, pour un administré, de demander l'abrogation d'un règlement administratif illégal en cas de contrariété avec les objectifs d'une directive, avec l'arrêt Alitalia du 3 février 1989. Il est nommé vice-président honoraire du Conseil d'Etat après son mandat.

Dans son ouvrage Portalis, l'esprit de justice (1997), Marceau Long souligne que celui-ci est « le père de la justice moderne, en tout cas celui qui pressent le mieux à son époque le rôle toujours plus large qui sera progressivement reconnu au juge dans l'application de la loi aux situations particulières », défendant ainsi la tradition jurisprudentielle de l'ordre administratif en France.

Marceau Long est ensuite désigné président la commission sur la réforme de la nationalité française, qui porte son nom, en 1987. Cette commission s'oppose à l'abandon du droit du sol, aux quotas d'immigration et refusant de « réduire une politique de nationalité et une politique d'intégration au contrôle des flux de l'immigration »[23]. Il était préconisé la fin du caractère automatique de la nationalité pour les mineurs, mais sur leur déclaration, l'allongement de six mois à un an de mariage pour une transmission de la nationalité par mariage, et l'émergence d'un Islam de France. Ce travail sera repris par la réforme du code de la nationalité du 24 août 1993.

Enfin, il est désigné membre de la Cour permanente d'arbitrage de la Haye (1991-1998). Sa nomination au Conseil constitutionnel avait également été évoquée[24].

De nombreuses contributions aux débats publics[modifier | modifier le code]

Selon l'un de ses successeurs, Marc Guillaume, « Marceau Long [a mené] une carrière administrative exemplaire et symbolise l'homme du service public »[4]. Modeste, bienveillant, serviteur de l'intérêt général[4], ses qualités reconnues le conduisent à contribuer à de très importants débats publics sur l'évolution des institutions et des valeurs républicaines[1], y compris après sa retraite.

Marceau Long est pendant plusieurs années président de l'Institut français des sciences administratives, association reconnue d'utilité publique et ayant pour but de promouvoir le modèle français de sciences administratives par l'organisation de colloques et la participation aux activités de l'Institut international des sciences administratives. Il sera également président du Haut Conseil à l'intégration (1990-1997), de l'Institut des hautes études de la justice (1994-1996), de l'Institut français des relations internationales (1998-2004), ainsi que vice-président de l'Alliance française (1995-2007) et de de l'Institut international des droits de l'homme (2002-2016)[10].

Marceau Long a également présidé le Club Le Siècle de janvier 1982 à décembre 1984 et la fondation franco-américaine de 1990 à 1993[10].

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Décorations et distinctions[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Coll., Le Service public : mélanges en l'honneur de Marceau Long, Paris, Dalloz, coll. « Mélanges », , 528 p. (ISBN 978-2-247-15965-9, notice BnF no FRBNF45062821)
  • Jean-Marc Sauvé, " Marceau Long ", AJDA, 2016, p. 1593.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e « Décès de Marceau Long, vice-président honoraire du Conseil d'État », sur www.conseil-etat.fr (consulté le 26 juillet 2016)
  2. « Saint-Maur : Marceau Long, ancien vice-président du Conseil d’Etat, est décédé », sur http://www.leparisien.fr (consulté le 28 juillet 2016)
  3. a, b et c Avis de décès paru le 27 juillet 2016 dans La Provence.
  4. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Marceau Long, nécrologie du journal Le Monde, par Marc Guillaume, mardi 2 août 2016.
  5. Communiqué de presse du Président de la république, sur elysee.fr, le 27 juillet 2016
  6. « Marceau Long », sur whoswho.fr.
  7. « Marceau Long Vice-président du Conseil d'État de 1987 à 1995 », sur conseil-etat.fr
  8. CE, 20 avril 1956, Époux Bertin et ministre de l’agriculture c/ consorts Grimouard sur legifrance.gouv.fr, Légifrance. Consulté le 27 juillet 2016.
  9. CE, 19 octobre 1956, Société Lebéton sur legifrance.gouv.fr, Légifrance. Consulté le 27 juillet 2016.
  10. a, b, c, d, e, f, g et h Bulletin quotidien du 27 juillet 2016 n°10908, pages 20, 21 et 22.
  11. « Un P.D.G. technocrate », Le Monde, 25 octobre 1973.
  12. « Nominations au Comité de l'énergie atomique », Le Monde, 26 novembre 1970.
  13. « Disparition de Marceau Long », sur http://www.sciencespo-aix.fr (consulté le 28 juillet 2016)
  14. « M. Marceau Long secrétaire général du gouvernement », Le Monde, 13 février 1975.
  15. « M. Marceau Long conserve ses fonctions de secrétaire général du gouvernement », Le Monde, 26 mai 1981.
  16. « M. Mauroy : nous avons trouvé les ministères systématiquement vidés », Le Monde, 9 juin 1981.
  17. Préface de l'ouvrage les services du Premier ministre.
  18. « Un commis légaliste », André Passeron, Le Monde, 26 juin 1982.
  19. « Fac-similé JO du 13/02/1987, page 01669 | Legifrance », sur www.legifrance.gouv.fr (consulté le 26 juillet 2016)
  20. « Fac-similé JO numéro 92 d du 19/04/1995, page 06110 | Legifrance », sur www.legifrance.gouv.fr (consulté le 26 juillet 2016)
  21. « Lettre de Jean-Marc Sauvé aux membres du Conseil d’État », sur http://www.conseil-etat.fr (consulté le 27 juillet 2016)
  22. « Marceau Long. Mes regards sur l'ENA, 1949-1995 De l'élève au président du conseil d'administration La documentation Françaises » (consulté le 29 août 2016)
  23. Sylvaine Pasquier et Sylviane Stein, « « Parions sur l'intégration » », L'Express,‎ (lire en ligne).
  24. Patrick Coquide, Yves Deguilheme et Jérôme Thorel, « Qui présidera le Conseil constitutionnel ? », L'Express,‎ (lire en ligne).
  25. Décret du 11 juillet 2003.
  26. Décret du 26 mars 1962 (BO PTT 1962, Document 129 Cab. 6, page 27)

Liens externes[modifier | modifier le code]