RT France

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RT France
Image illustrative de l’article RT France

Création
Propriétaire RT France (SAS)[1]
Slogan « Osez questionner »
Langue français
Pays Drapeau de la France France
Statut Chaîne d'information internationale en continu
Siège social 23 rue Balzac
75008 Paris[2]

18 quai du Point-du-Jour
92100 Boulogne-Billancourt

Site web francais.rt.com
Diffusion
Aire Drapeau de la France France
Drapeau de la Suisse Suisse
Diffusion Satellite, câble, IPTV et web

RT France (ou RT en français) est la branche francophone, située en France, de la chaîne russe d'information internationale RT. Suivant une ligne éditoriale résolument pro-russe, la neutralité de son information est régulièrement remise en question par des personnalités et médias occidentaux. Elle est régulièrement qualifiée d'instrument de la propagande du Kremlin.

Dans le cadre du mouvement des Gilets jaunes, son audience devient très importante, en particulier sur YouTube, où elle devance la plupart des médias d'information classique.

Création[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

Durant les années 2000 et 2010, les chaînes d'information internationales se multiplient ; elles ont très souvent un ancrage national et diffusent dans un certain nombre de langues, assurant des missions de rayonnement culturel ou d'influence.

La Russie participe de ce mouvement et crée deux groupes de chaîne d'information : RT (Russia Today, 2005, abrégée en RT à partir de 2009) et Rossia Segodnia (2013). Bien que la traduction de Rossia Segodnia en anglais soit Russia Today, la direction de RT affirme qu'il n'y a aucun lien entre les deux réseaux[3]. L'Europe et l'Amérique du Nord sont les deux cibles principales de ces programmes qui transmettent une critique globale des démocraties libérales résumée dans le slogan de RT « Question more » (« Osez questionner ») et adaptée selon les sensibilités nationales des audiences[4].

En France, ces canaux d'informations russes créent des chaînes en français : après l'éphémère ProRussia (2012-2014), Sputnik, dépendant de Rossia Segodnia, entre en activité en 2014. RT France, créée en 2017, est donc une deuxième chaîne d'information russe en français. Le contexte politique est particulier, puisque si l'information russe de Sputnik et de RT trouve un certain écho dans les milieux conservateurs et nationalistes, elle est généralement dénoncée comme un outil de soft power du pouvoir russe[5].

Comité d'éthique[modifier | modifier le code]

Dans la perspective du développement de ses activités en France, le CSA fait savoir, par la voix de son président Olivier Schrameck, qu'il observerait « constamment » les programmes de RT et agirait avec « promptitude » en cas d'« anomalies ». Le CSA signe ainsi en 2015 avec RT une convention qui impose à la chaîne RT France des engagements renforcés en matière « d'honnêteté et d'indépendance de l'information »[6]. Dans le cadre de ce conventionnement, RT créé le comité d'éthique requis par le CSA. Sont membres de celui-ci le député Thierry Mariani[7], connu pour sa russophilie, le journaliste Jacques-Marie Bourget, l'ancien président de Radio France (2009-2014) Jean-Luc Hees, Anne Gazeau-Secret, ancienne diplomate et Majed Nehmé rédacteur en chef d'Afrique Asie[8]. Initialement pressentis pour ce comité, l'historienne Hélène Carrère d’Encausse[9] et l'économiste Jacques Sapir n'y siègent finalement pas. Thierry Mariani démissionne de son poste fin 2018[10].

En , le comité d'éthique s'est réuni deux fois depuis sa création[10].

Émissions[modifier | modifier le code]

Elle commence à émettre en France le . Elle compte une cinquantaine de journalistes et compte à terme 150 employés[11]. Sa directrice est Xenia Fedorova.

En , un nouveau programme Interdit d'interdire avec le premier présentateur-vedette de RT France Frédéric Taddeï est lancé[12]. Il a affirmé que c'était la seule chaîne[13] de télévision à lui donner carte blanche dans [...] un paysage télévisuel sinistré, où les intellectuels, les chercheurs, les savants, les contestataires n'ont plus la parole et où les vrais débats ont totalement disparu.[14]

Présentateurs[modifier | modifier le code]

Audiences[modifier | modifier le code]

Fin 2018, les chiffres d'audience de la chaîne augmentent fortement, notamment sur Internet, dans le contexte du mouvement des Gilets jaunes. Selon des chiffres fournis par RT France au quotidien Libération, la chaîne aurait totalisé 22 millions de vues sur Facebook entre le et le , soit une augmentation de 283 % sur un an[20]. D'après le quotidien algérien L'Expression, RT France a réalisé sa meilleure audience historique le , avec 763 000 visiteurs uniques[21]. Ces audiences en hausse s'expliquent par plusieurs facteurs sur lesquels la chaîne a réussi à capitaliser, comme l'instrumentalisation de la colère populaire[22].

En mars, une étude de l'ONG Avaaz, confirme la forte augmentation de l'audience depuis la crise des Gilets jaunes. Le média en ligne s'est ainsi hissé en tête des médias français sur la plateforme vidéo YouTube  et ses reportages mis en ligne ont été vus 23  millions de fois, ce qui constituerait près du double de l'audience cumulée de quatre médias comme Le Monde, Le Figaro, L’Obs et le Huffington Post sur le même sujet. Depuis l'automne 2018, l'audience du site a quasiment doublé, dépassant celle de la chaîne d'info CNews et concurrençant BFM TV[23].

S'indignant que Aujourd'hui, sur YouTube, la chaîne qui a le plus de visibilité ce n'est pas BFM [...] c'est RT, Cédric O, secrétaire d'État chargé du Numérique, souhaite créer un Conseil de l'ordre des journalistes qui pourra retirer l'agrément de tel ou tel canard, mettre des avertissements afin de lutter contre le média russe, qui fragilise volontairement la démocratie pour aboutir à l'arrivée au pouvoir de tel ou tel parti politique[24]. Face à la polémique, il revient sur sa proposition deux jours plus tard[25].

Controverses[modifier | modifier le code]

Critiques sur la fiabilité[modifier | modifier le code]

Le chercheur en science politique Maxime Audinet évoque la fiabilité de ce média en déclarant : Il n'est aujourd'hui pas du tout évident de débusquer des fakes [sic] news, ou du moins des tentatives grossières de désinformation sur les sites de RT, par exemple. Ils ont certes un passé conspirationniste, mais il me paraît nettement plus intéressant d'observer la nature de leur ligne éditoriale, très sélective et conforme à la vision du monde qui domine à Moscou[26].

Le , RT France est avertie par le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) pour des manquements à l'honnêteté, à la rigueur de l'information et à la diversité des points de vue dans un sujet sur la Syrie. Dans un sujet diffusé le , contestant la réalité des attaques à l'arme chimique dans la région syrienne de la Ghouta orientale, le CSA a notamment observé que la traduction orale des propos tenus par un témoin syrien ne correspondait en rien à ce qu'il exprimait à l'antenne, pour justifier cette mise en demeure, décision préalable à une éventuelle sanction[27],[28],[29]. Selon le CSA et RT, cette traduction française se rapportait en fait à une autre version plus longue de la vidéo, non diffusée. La chaîne plaide « l'erreur purement technique », et conteste également le déséquilibre des points de vue[30]. Par ailleurs, RT France avait substitué au pronom « ils », employé par un interviewé, les mots « Jaych al Islam », ce qui avait pour effet d'attribuer à ce groupe armé des simulations d'attaques à l'arme chimique, alors qu'une telle attribution ne ressortait pas des propos réellement tenus[28]. RT France annonce une semaine plus tard son intention de saisir le Conseil d'État pour casser la décision du CSA[30], et fait publier un droit de réponse par l'agence Reuters[31]. Le , le Conseil d'État valide en tous points la décision du CSA[32].

Refus d'accrédition de la part de l'Élysée et de LREM[modifier | modifier le code]

Le , le Syndicat national des journalistes (SNJ), premier syndicat des journalistes de France, dénonce, dans un communiqué, les obstacles mis en place par l'Élysée contre les journalistes de RT France, citant plusieurs cas de refus injustifiés d'accréditation[33]. Le SNJ, évoquant un parfum de censure d’État, dénonce une guerre puérile menée par l’Élysée contre l’antenne française de la chaîne de télévision russe Russia Today, montrée régulièrement du doigt au plus haut niveau de l’État, comme supposé outil de propagande et de désinformation[34].

Le , au cours d'un entretien avec un journaliste de puremedia, le porte-parole du Gouvernement, Benjamin Griveaux, réitère son refus d'ouvrir sa salle de presse à RT France et au site russe Sputnik, déclarant : Ce ne sont pas des organes de presse. C'est de la propagande financée par un État étranger[35].

En , RT France est accréditée et peut assister à certaines conférences de presse du palais présidentiel[36]. Mais en , LREM refuse de l’accréditer pour couvrir sa campagne des européennes, estimant que la chaîne et Sputnik ne doivent pas être assimilés à des médias, qui vérifient ou recoupent l'information[37].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir les mentions légales.
  2. Voir sur francais.rt.com.
  3. Communiqué de RT, 9 décembre 2013.
  4. Maxime Audinet, « La voix de Moscou trouble le concert de l’information internationale », Le Monde diplomatique, avril 2017.
  5. Vincent Coquaz, « RT, le site prorusse financé par le Kremlin (mais qui n'aime pas qu'on le dise) », Libération.fr,‎ , p. 2 (lire en ligne, consulté le 31 janvier 2018)
  6. Le Point, magazine, « Reportage sur la Syrie : RT France avertie par le CSA », Le Point,‎ (lire en ligne, consulté le 28 juin 2018)
  7. Marion Van Renterghem, « Comment Vladimir Poutine s'invite dans la présidentielle française », Vanity Fair, 21 avril 2017.
  8. « Jean-Luc Hees au comité d’éthique de RT : « Si un truc me dérange, je partirai dans l’instant » », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 13 novembre 2018)
  9. « “Nous avons été prudents” vis-à-vis de la chaîne RT France, affirme le CSA », Le Monde, 22 septembre 2017.
  10. a et b « Thierry Mariani démissionne du comité d'éthique de RT France pour... passer à l'antenne », sur La Lettre A.fr, (consulté le 25 novembre 2018).
  11. Article de La Croix, 18/12/2017.
  12. « Frédéric Taddeï : "RT m’a proposé de faire ce dont j’avais envie !" », Paris Match,‎ (lire en ligne, consulté le 23 septembre 2018)
  13. « Frédéric Taddeï : «[Russia Today], c’est la seule chaîne de télévision qui m’ait donné carte blanche.» », Libération.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 23 septembre 2018)
  14. « La chaîne russe RT France recrute Frédéric Taddeï », ladepeche.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 23 septembre 2018)
  15. Le Parisien, « Stéphanie de Muru rejoint Russia Today : «Je n’ai de leçon d’intégrité à recevoir de personne» », sur leparisien.fr, (consulté en août 2018)
  16. Le Parisien, « Frédéric Taddeï rejoint Russia Today France : «Les injures, je m’en fiche» », sur leparisien.fr, (consulté en août 2018)
  17. RT France, « Frédéric Taddeï sur RT France : «En 2018, il faut aller sur une chaîne russe» pour de vrais débats », sur francais.rt.com, (consulté en août 2018)
  18. « Une journaliste visée par un canon à eau pendant une interview sur les Champs-Élysées », (consulté le 4 septembre 2019)
  19. Par Thierry LevêqueLe 14 février 2019 à 17h20 et Modifié Le 5 Mars 2019 À 13h06, « RT France, le nouvel œil de Moscou », sur leparisien.fr, (consulté le 4 septembre 2019)
  20. Jérôme Lefilliâtre, De la critique des médias à la passion de l’immédiat, liberation.fr, 4 janvier 2019.
  21. Amira Soltane, Les Gilets jaunes offrent "une forte audience"à RT France et diminuent celle de BFM TV, lexpressiondz.com, 14 janvier 2019.
  22. « Gilets jaunes et RT France, une histoire d'opportunisme », sur LExpress.fr, (consulté le 2 juin 2019)
  23. RT, la chaîne russe qui bouscule les médias français, vanityfair.fr, 19 juin 2019
  24. « Le secrétaire d'Etat au Numérique souhaite la création d'un "Conseil de l’ordre des journalistes", sinon "l'Etat s'en chargera" », France Info, 26 juin 2019.
  25. « Après une polémique sur un « conseil de l’ordre » des journalistes, Cédric O tente de rectifier le tir », Le Monde, 28 juin 2019.
  26. Russia Today se lance en France: "Ce n'est pas une propagande grossière" article d'Audrey Kucinskas, publié le 17/12/2017 sur l’Express
  27. « RT France avertie par le CSA pour un sujet sur la Syrie », sur L'Obs (consulté le 28 juin 2018)
  28. a et b « RT France plaide l'erreur technique face au CSA », sur Stratégies, (consulté le 30 mars 2020)
  29. « Manquements à l’honnêteté, à la rigueur de l’information et à la diversité des points de vue : la chaîne RT France mise en demeure », sur CSA, (consulté le 30 mars 2020)
  30. a et b Le Figaro, « La chaîne russe RT France saisit le Conseil d'État », sur lefigaro.fr, (consulté en août 2018)
  31. « Droit de réponse de RT France », sur Boursorama, (consulté le 30 mars 2020)
  32. https://www.legifrance.gouv.fr/affichJuriAdmin.do?oldAction=rechJuriAdmin&idTexte=CETATEXT000039417378
  33. Élysée vs RT France : un parfum de censure d’État, communiqué de presse du SNJ, 12 juillet 2018.
  34. Frédéric Taddéï aura son émission culturelle sur la chaîne russe RT France à la rentrée, The Huffington Post, 16 juillet 2018.
  35. Benjamin Meffre, « Benjamin Griveaux : "RT France et Sputnik ne sont pas des organes de presse. C'est de la propagande" », sur pure médias, (consulté le 23 octobre 2018)
  36. « RT France et Sputnik de nouveau acceptés à l'Elysée », sur LExpress.fr, (consulté le 22 février 2019)
  37. « LREM refuse d'accréditer Sputnik et RT pour les européennes », sur LExpress.fr, (consulté le 22 février 2019)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]