Poche de Lorient

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Ne doit pas être confondu avec Siège de Lorient.

La poche de Lorient est une zone de résistance allemande à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Elle s’étendait des rives de la Laïta à l’ouest à Plouharnel à l’est et englobait les îles morbihannaises de Groix et de Belle-Île-en-Mer, ainsi que la presqu’île de Quiberon. Les limites de la poche de Lorient resteront relativement stables durant toute la durée de son existence. Elle se met en place début août 1944 et est libérée officiellement le .

Présentation[modifier | modifier le code]

Le débarquement en Normandie débute le 6 juin 1944 et se poursuit par la bataille de Normandie marquant une forte percée et une progression des Alliés dans la moitié Nord de la France occupée.

Le front en Bretagne entre le 1 et le 12 août 1944

Le 1er août 1944, à la suite de la percée d'Avranches, les troupes américaines du général Patton entrent dans la péninsule bretonne. Hitler donne alors l’ordre à ses troupes stationnées en Bretagne de se replier dans les ports d’intérêt stratégique de Brest, Lorient et Saint-Nazaire.

Lorient est alors une place forte de première importance. Elle abrite la première base de sous-marins allemands, les fameux U-Boote, et a servi de quartier général à l’amiral Karl Dönitz. Deux mille soldats allemands se replient en direction de Lorient. Le général Wilhelm Fahrmbacher, commandant de la place forte, donne l’ordre de miner les ponts conduisant à la ville. 26 000 soldats allemands se trouvent dans la forteresse de Lorient[3].

Les contours de la poche sont stabilisés le 12 août. Au moment de sa formation, 20 000 civils s’y retrouvent piégés. Les troupes américaines, qui étaient aux portes de la ville dès le 10 août, auraient pu donner l’assaut comme à Brest. Mais la libération de Berlin était alors prioritaire et la prise de la ville aurait sans doute été très coûteuse en vies humaines comme cela a été le cas à Brest puisqu'il y eut 10 000 victimes. Les résistants français et une division américaine seront chargés de faire le blocus pendant neuf longs mois, jusqu’à l'acte de reddition signé le 7 mai 1945 au café breton à Étel. Le 10 mai, le général Fahrmbacher remet son arme au général Kramer dans un champ à Caudan.

Présentation de la forteresse et de la défense allemande[modifier | modifier le code]

Présentation de la forteresse[modifier | modifier le code]

En plus du secteur défensif protégeant la base sous-marine, la forteresse de Lorient englobe la presqu'île de Quiberon, les îles de Groix, Belle-Île, Houat et Hoëdic[4].

Communes concernées[modifier | modifier le code]

La défense allemande[modifier | modifier le code]

Encuvement d’une pièce d’artillerie du camp de Bégo.

Les deux piliers de la défense lointaine sont situés en avant du continent : le premier dans la presqu'île de Quiberon est constitué de trois pièces de marine, d'origine française, installées dans l'ancien camp de Bégo et d'une portée de 40 km, le second situé dans l'île de Groix et installé dans l'ancien fort de Grognon constitué de deux tourelles doubles d'un calibre de 203 mm d'une portée de 35 km. Ces pièces interdisent toute navigation entre l'archipel des Glénan et Belle-Île[5].

En plus de ces deux positions, on trouve tout le long du littoral de la forteresse de nombreuses batteries côtières en général équipées de canons de 155 mm. Le général Fahrmbacher estime dans son ouvrage (voir bibliographie), qu'il y avait dans la poche environ 250 canons d'un calibre égal ou supérieur à 75 mm et 120 grosses pièces antiaériennes (flak)[5].

La ligne de défense terrestre est longue de 25 km, comporte de nombreux points d'appui et nids de résistance. On trouve également des fossés antichar et des champs de mines, notamment sur deux lignes, l'une part du fort du Talud, rejoint l'aérodrome de Lann-Bihoué, puis Quéven, passe le Scorff et rejoint la route entre Caudan et Lanester, l'autre, plus réduite, part de la côte au sud de Plouhinec et rejoint la rivière d'Étel[6].

Parmi les défenseurs on trouve le Gruppe Geheime Feldpolizei 7, un groupe de la police secrète militaire nazie.

Les forces alliées devant la poche et le début des opérations militaires[modifier | modifier le code]

Plusieurs dizaines de milliers de résistants français étaient déjà présents aux environs de Lorient lors de l'arrivée début août des premiers Américains, en l'occurrence la 4e division blindée américaine[7].

Les forces américaines[modifier | modifier le code]

La 4e division blindée du général Wood arrive près de Rennes le 1er août 1944[8]. À partir du , la 4e DB est remplacée devant Rennes par la 8e DI[9]. Le général Wood reçoit l'ordre de foncer au sud-ouest vers Quiberon, mais il désobéit aux ordres et prend son temps[9]. Le , le Combat command A (CCA) du colonel Clarke atteint Bain-de-Bretagne, tandis que le CCB du colonel Dager[10] bivouaque à Derval[9]. Wood envisage de s'emparer de Châteaubriant, d'Angers et de Chartres[11]. Le temps perdu est utile aux Allemands pour rejoindre Lorient et Saint-Nazaire[11]. Enfin le 4 août, un télégramme incendiaire du général Gaffey rappelle à Wood la mission initiale de prendre Vannes, Quiberon et Lorient[11].

Le à 14 h, le CCA du colonel Clarke quitte Bain-de-Bretagne et entre dans Vannes à 21 h[11]. Une contre-offensive allemande part d'Hennebont avec la mission de reprendre Vannes, elle échoue dans sa tentative[11].
Le , le CCA prend Auray, mais bute sous Hennebont, face aux lignes allemandes déployées le long du Blavet[12]. Il se dirige alors vers Lochrist mais est à nouveau bloqué. Il se replie vers Caudan le . Il abandonne le front de Lorient pour Nantes[3].

Le CCB bloqué à Châteaubriant depuis le , contourne Redon le et arrive sur Lorient vers 19 h 30 entre Caudan et Pont-Scorff[12]. Le CCB fait irruption à Pont-scorff sans trouver de résistance. « De même, on annonça à 10 h que des blindés s'approchaient de Quéven. Un feu violent de notre artillerie les obligea à s'arrêter, puis à faire demi-tour, ainsi que quelques chars qui avaient essayé de passer par Gestel pour attaquer l'aérodrome »[13]. Ainsi les tirs de la batterie allemande de Moustoir-Flamm causent 20 morts et plus de 80 blessés aux forces américaines[3].
Les pièces lourdes de marine qui tirent depuis Lorient empêchent la progression des chars du colonel Dager[12]. Au Perroquet vert, au nord de Lorient, les blindés subissent les tirs d'artillerie de la DCA allemande, perdent 3 chars et sont contraints de se replier à Kerruisseau[3].

Comme à Rennes, le général Wood ne souhaite pas engager les blindés dans la zone urbaine de Lorient et demande à être relevé par la 8e DI, mais celle-ci est engagée dans la bataille de Brest. C'est finalement la 6e DB du général Grow, venant de Brest, qui relève le la 4e DB[12],[7].

La situation s'enlise pendant un mois, et la 6e DB est elle-même remplacée le par la 94e division d'infanterie du général Malony[12]. La 94e DI est présente sur les fronts des poches de Lorient et de Saint-Nazaire. Son quartier général est à Châteaubriant[14]. Les unités à Lorient sont commandées par le brigadier général Rollins[14].

Le , la 94e DI est remplacée par la 66e division d'infanterie du général Kramer venue directement des États-Unis. Elle restera devant la poche de Lorient jusqu'à la capitulation.

Les forces françaises[modifier | modifier le code]

Le Gouvernement provisoire crée le les Forces françaises de l'Ouest dont le commandement est confié au général de Larminat. Les forces françaises du Morbihan sont commandées par le général Borgnis-Desbordes, ils sont constituées de 12 000 hommes. Le général Borgnis-Desbordes prend son commandement le et installe son QG à Vannes le [15].

Le secteur de Lorient est divisé en quatre sous-secteurs[16],[3] :

Les opérations militaires[modifier | modifier le code]

Sur la ligne de front, les accrochages sont fréquents et les tirs d'artillerie quotidiens[22]. Les combats les plus importants ont lieu le long de la Laïta et surtout de part et d'autre de la rivière d'Étel[22]. À la fin du mois d'octobre, un bataillon allemand lance une offensive en direction de Nostang, bouscule les forces françaises et s'empare du village de Sainte-Hélène. Ce fait d'armes sera monté en épingle par la radio allemande :

« Les forces d'occupation de la forteresse de Lorient [...] ont fait face à un assaut ennemi et, au moyen d'une vigoureuse contre-attaque repoussé la ligne de front jusqu'au delà de la ville de Sainte-Hélène, en direction du nord et de l'est. »

— Communiqué radio de l'armée allemande en date du 1er novembre 1944 (Wehrmachtbericht)[22].

Texte alternatif pour l'image
Le bourg de Belz et la rivière d'Étel

Quelques jours plus tard, le , l'aviation alliée détruit le pont Lorois, unique passage pour passer d'une rive à l'autre de la rivière d'Étel. Ainsi, les Allemands ne disposent plus de liaison terrestre avec la garnison de la presqu'île de Quiberon[22].

En novembre, la flak allemande parvient à couler deux bateaux de guerre américains qui patrouillent en bordure de la côte en prévision d'un débarquement sur les côtes bretonnes d'un important détachement allemand en provenance des îles Anglo-Normandes. Le débarquement n'eut jamais lieu[23],[22]. En novembre également, une petite force française tente en vain de débarquer sur Houat et Hoëdic, petites îles à l'est de Belle-Île[22].

Début décembre, dans le but d'isoler la garnison de Quiberon de la forteresse de Lorient, un groupe d'assaut de la 94e DI américaine chasse les Allemands des bourgs d'Erdeven, d'Étel et de Belz, situés sur la rive gauche de la ria d'Étel. Ainsi, la presqu'île de Quiberon mis à part, la ria d'Étel constituera la frontière est de la poche jusqu'à la fin de la guerre[22].

La vie dans la poche et sur le front[modifier | modifier le code]

Les civils[modifier | modifier le code]

Malgré l'évacuation d'une grande partie de population lorientaise en 1943 à la suite des bombardements alliés massifs, il reste de nombreux habitants dans la poche, 9 200 habitants entre la Laïta et Carnac et 10 500 entre Quiberon, Belle-Île et Groix[3].

Dans ces zones dévastées par la guerre, le principal souci est le ravitaillement. La population connaît la faim, le froid, l'inconfort et la privation. La pénurie alimentaire atteint par endroits, comme à Groix, un seuil limite. Les Allemands procèdent à des réquisitions sévères à l'intérieur de la poche. Les civils partent peu à peu. Des trêves temporaires sont décrétées pour la durée des transferts. 90 % des habitants de la poche quittent les lieux avant février 1945[3].

Les Allemands[modifier | modifier le code]

Malgré le blocus, les Allemands ne furent jamais isolés. La communication avec la poche de Saint-Nazaire permet l'envoi de vivres, de matériels et de courrier[3].

Les Allemands installent une boucherie, une boulangerie, un moulin à céréales, une presse à huile, une distillerie qui produit, selon Fahrmbacher, 5000 litres de "calvados", une brûlerie à café. Une station électrique et des éoliennes sont mis en place. La base aéro-navale de Kerlin-Bastard, devenue obsolète, accueille 7 200 bœufs, 400 veaux et un potager[3].

La vie sur le front[modifier | modifier le code]

Sales, mal habillés, peu formés, oubliés de tous, les soldats subissent le froid (l'hiver 44-45 est particulièrement dur), au sommeil interrompu par les tirs de l'artillerie, à la faim quand le ravitaillement se fait attendre, à l'ennui dans les tranchées humides et puantes et au découragement[3].

La reddition[modifier | modifier le code]

Plaque commémorant la reddition au « bar breton » à Étel.

Le , après avoir traversé sur un canot la ria d'Étel, la délégation allemande prend connaissance, dans le café du port du Magouer à Plouhinec, des termes de l'acte de reddition, dont les clauses sont identiques à l'acte utilisé pour la poche de Saint-Nazaire. Le lendemain, le , l'acte de reddition est signé à Étel[24],[Note 1].

La cérémonie officielle de la capitulation des troupes allemandes se tient quant à elle le dans un champ de la commune de Caudan à cheval sur la ligne de front. La délégation allemande est conduite par le général Fahrmbacher accompagné de l'amiral Mirow. La délégation alliée est composée du général Kramer et du général Borgnis-Desbordes[24],[Note 2].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Wilhelm Fahrmbacher et Walter Matthiae, Lorient : Entstehung und Verteidigung des Marine-Stützpunktes 1940/1945, Weissenburg, Prinz-Eugen-Verlag, , 135 p.
    • L'ouvrage a été traduit en français par Jean Aubertin (voir également ci-après) :
Wilhelm Fahrmbacher et Walter Matthiae (trad. Jean Aubertin, capitaine de frégate), Lorient 1940-1945, DTM et DCAN du port de Lorient, , 174 p.
  • Annik Le Guen, 277 jours dans la "Poche" de Lorient, à compte d'auteur, , 112 p.
  • Patrick Andersen Bö, Le Mur de l'Atlantique : en Bretagne, Rennes, Éd. Ouest-France, , 1re éd., 126 p. (ISBN 2-7373-1291-4)
  • « La poche de Lorient vécue par les Plœmeurois : Témoignages », Les cahiers du pays de Plœmeur, no 6 (hors série),‎ , p. 1-44 (ISSN 1157-2574)
  • Philippe Lamarque, Lorient : L'acharnement des poches de l'Atlantique, Éd. Sides, , 120 p. (ISBN 2-86861-117-6) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Randolph Bradham, Hitler's U-boat Fortresses, Westport, Praeger Press, , 1re éd., 207 p. (ISBN 978-0-275-98133-4, présentation en ligne)
    • (en) Randolph Bradham, Hitler's U-boat Fortresses, The Lyons Press, , 2e éd., 224 p. (ISBN 978-1-59228680-5)
  • La poche de Lorient : Histoire & Patrimoine, Ville de lorient, , 32 p. (ISBN 2-95074746-9)
    À l'occasion du 60e anniversaire de la libération de la Poche de Lorient - Livret accompagné d'une carte détaillée.
  • Archives municipales de Lorient, Exposition Lorient dans la guerre : La poche de Lorient 10 août 1944 - 10 mai 1945 (présentation en ligne, lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Éric Rondel, Les poches de l'Atlantique : Lorient Saint-Nazaire, Sables-d'Or-les-Pins, Éd. Astoure, coll. « Guerre & Conflits », (ISBN 978-2-84583-254-1)
  • Rémy Desquesnes, Les poches de résistance allemandes sur le littoral français : août 1944 - mai 1945, Rennes, Éd. Ouest-France, coll. « Histoire », (ISBN 978-2-7373-4685-9) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Wilhelm Fahrmbacher (trad. Jean Aubertin, capitaine de frégate), Souvenirs de la base : Keroman, 1940-1945, Le Faouët, Liv'Éditions, coll. « Mémoire du pays de Lorient », , 224 p. (ISBN 978-2-84497-084-8) Document utilisé pour la rédaction de l’article

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Films[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]