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Saudosismo

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Teixeira de Pascoaes en compagnie du peintre António Carneiro.

Le saudosismo [sɐwðuˈʒiʒmu][1], parfois nommé « nostalgisme » en français, est un mouvement littéraire et philosophique apparu au Portugal dans le premier quart du XXe siècle. Inspiré d'une vision du monde fondée sur le sentiment de saudade, le concept est créé par le poète Teixeira de Pascoaes[2]. Il rassemble des intellectuels et des artistes tels que Jaime Cortesão, Leonardo Coimbra, António Carneiro et António Sérgio, ainsi que Fernando Pessoa[2].

Aux yeux de Pascoaes, la saudade représente la quintessence de l'âme et de la littérature portugaises[3].

Le saudosisme est né dans le climat de décadence nationale, culturelle, institutionnelle, sociale et intellectuelle qui régnait au Portugal au début du XXe siècle. Loin de la splendeur de l'ère des Découvertes (XVe et XVIe siècles), la nation lusitanienne était en proie à des convulsions politiques internes depuis près d'un siècle, tandis que sur le plan géopolitique, elle venait de subir l'humiliation de l'ultimatum britannique de 1890. L'aboutissement fut la dictature de João Franco, le régicide de 1908 et, en 1910, la fin de la monarchie et l'instauration de la République.

Dans ce contexte, le poète et penseur Teixeira de Pascoaes se proposa de refonder la mentalité et la culture portugaises, afin de ressusciter la patrie à travers la définition et le développement d'une essence (ou âme) nationale, qui constituerait à la fois le noyau idéal et l'ancrage pratique de la renaissance du Portugal.

Le saudosisme est donc né dans les années où le républicanisme s'affirmait au Portugal et est devenu, au début des années 1910, la tendance culturelle de référence du mouvement de la Renasceça Portuguesa et de la revue A Águia, dont Pascoaes était l'un des protagonistes[2].

Selon les saudosistes, l'essence ou l'âme nationale portugaise est la saudade, typique, selon Pascoaes, de la littérature, de la pensée et de la mentalité lusitaniennes. La saudade des saudosistes est toutefois plus qu'un sentiment individuel ou collectif. Elle est la synthèse universelle et harmonieuse entre la douleur et le souvenir, entre la douleur et le désir, donc entre la matière et l'esprit, entre l'immanent et le transcendant, entre la terre et le ciel, entre le paganisme et le christianisme, entre les atavismes celtiques-ariens et arabo-sémitiques. Il s'ensuit que, dans cette optique, la saudade se constitue - et se révèle, dans un sens spiritualiste à travers la littérature portugaise - à la fois comme un élément typique de la portugaisité et comme une dimension ontologique universelle[2], tant de l'être humain que de la nature et de Dieu lui-même. Il s'agit d'une pensée qui, à travers la poésie, exprime et théorise l'angoisse et le désir d'unité et de divinité que tout l'Être porte en lui dans l'existence divisée et déchue du monde.

Sébastianisme

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Cette philosophie de la saudade[2] est précisément le cœur du saudosismo, qui s'affirme donc comme une tendance esthétique, une philosophie, une perspective religieuse et spirituelle et une "attente messianique" du Portugal, dans la perspective d'une ère Lusíada prophétisée, sorte de nouvel âge d'or du Portugal lui-même. À ce propos, on parle de sébastianisme, un mythe messianique portugais, basé sur la croyance qui consiste à espérer le retour sur le trône du Portugal du jeune roi Sébastien Ier, disparu lors de la bataille des Trois Rois, dont la légende rapporte qu'il ne serait pas mort. Progressivement, l'espoir d'un retour du roi se transforme en mythe de l'homme providentiel, réincarnation du souverain disparu en plein Âge d'or du Portugal, qui doit venir pour permettre à la nation d'accomplir son destin exceptionnel.

En effet, l'écrivain Fernando Pessoa utilise abondamment la mythologie sébastianiste dans son recueil Message, dédiant notamment le poème D. Sebastião, Rei de Portugal au roi disparu. Pour Malheiro Dias le sébastianisme est « l'expression de la foi portugaise en sa destinée »[4].

Notes et références

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  1. Prononciation en portugais du Portugal retranscrite selon la norme API.
  2. a b c d et e (pt) António Cândido Franco, « Saudosismo », sur Modern!smo, 29 ottobre 2019
  3. "Elegia do amor", v. 76/77 in Vida etérea, 1906.
  4. Histoire cachée entre histoire révélée et histoire critique, Jean-Pierre Brach

Bibliographie

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  • Eduardo Lourcenço, Mitologia da saudade (Seguido de Portugal como destino), São Paulo, Companhia das Letras, 1999 (ISBN 85-7164-922-7)
  • A. Pereira-Ruivo, « La Genèse du sensationnisme », Boîte aux Lettres n°11, p. 69, Presses Sorbonne Nouvelle, Paris, 2004 (ISBN 2-87854-297-5)
  • Jacinto do Prado Coelho, Prefácio a "Teixeira de Pascoaes, Obras Completas", Volume I, Bertrand, Lisboa, 1965

Articles connexes

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