Matthieu (apôtre)

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Matthieu, du grec Matthaios, transcrit de l'hébreu mattai ou mattay, abréviation de mattithyahû (mattith = don et Yâhû = Yavhé), ou Matthieu-Lévi ou saint Matthieu, est un personnage juif qui apparaît dans les Évangiles, où il est présenté comme l'un de ses douze apôtres du Christ.

Selon les historiens modernes, il convient de dissocier l'apôtre Matthieu et le rédacteur de l'évangile dit « selon Matthieu ». Ce livre a été composé dans les années 80-90, par deux ou plusieurs rédacteurs, probablement à partir d'une version de l'Évangile attribué à Marc auquel ont été adjointes des paroles de Jésus issues de ce que les spécialistes appellent la Source Q.

Au sujet de l'apôtre Matthieu, qui figure comme personnage dans le Nouveau testament, les historiens des origines du christianisme sont muets pour la plupart[1] : il n'y a pas d'autre élément pour étayer l'historicité de ce personnage que le récit des évangiles.

Saint Matthieu, miniature extraite des Grandes Heures d'Anne de Bretagne (1503-1508)
Saint Mathieu et l'Ange, de Rembrandt (1661), musée du Louvre
Saint Mathieu, icône.

Sa vie[modifier | modifier le code]

Selon les évangiles[modifier | modifier le code]

Les éléments biographiques concernant l'apôtre de Jésus nommé Matthieu proviennent des évangiles uniquement.

Né en Galilée, appelé aussi Lévi (donc un lévite), il était publicain (percepteur des impôts) à Capharnaüm ou Bethsaïde, responsable du péage d'Hérode, ou plus probablement de Philippe le Tétrarque, puisque Bethsaïde est située, de l'autre côté du Jourdain et donc en Batanée.

« Étant sorti, Jésus vit en passant, un homme assis au bureau de la douane ; son nom était Matthieu. Il lui dit : “Suis-moi !” Et, se levant, il le suivit[2] ».

L'évangile attribué à Marc l'appelle Lévi-Alphée[3]. Pour Robert Eisenman Ἁλφαίου (Alphée) pourrait-être une forme grecque par laquelle on désignait le fils qui dans les familles pieuses était consacré à Dieu dès sa naissance[4]. Un autre apôtre est distingué du titre d'Alphèe, l'apôtre Jacques et il n'y a aucune indication que les deux aient été des frères ou des demi-frères[4]. L'interprétation traditionnelle, selon laquelle Alphée désignerait le père de ces personnages n'est pas confortée[4].

Il devint l'un des douze apôtres. Selon la tradition chrétienne, il est celui qui occupe le rang social le plus élevé, comparé aux pêcheurs du lac, tels Pierre et André ou Jacques et Jean, fils de Zébédée[5]. Cultivé, parlant par nécessité professionnelle aussi bien l'araméen que le grec, lisant l'hébreu, c'était un homme de lettres et de chiffres[6].

Selon diverses légendes (IIIe-XIIIe siècles)[modifier | modifier le code]

Sur la question de la fin de sa mission et de sa mort, coexistent de nombreuses traditions concurrentes : la Tradition apostolique d'Hippolyte de Rome (IIIe siècle) le rattache à la Parthie, dans l'Iran actuel, où il meurt à Hiérapolis (possible confusion avec la Hiérapolis de Syrie)[7]. Le Martyrologe hiéronymien le fait également mourir en Perse et donne comme lieu de sa sépulture la ville de Tarrium (Tarsium ou Tarseum, confusion avec Tarse ?)[8]. Isidore de Séville (VIIe siècle) le fait prêcher en Macédoine.

Selon une tradition qui apparaît dans les Virtutes Apostolorum (au VIe siècle, reprise au XIIIe siècle dans la légende dorée), il partit évangéliser l'Éthiopie où il fut secondé par l'eunuque de la reine (le ministre des Finances baptisé dont parle le diacre Philippe). Deux sorciers Zaroès et Arfaxar annoncèrent au roi qu'ils ne pouvaient sauver son fils Euphranor, mourant, mais l'eunuque amena à la cour Matthieu, qui parvint à le ressusciter. Le roi et sa famille se convertirent, favorisant la christianisation du pays[9]. Le roi suivant Hyrtaque voulut se marier à Iphigénie, vierge consacrée au Christ, mais Matthieu refusa. Après 23 ans de mission en Éthiopie, il mourut martyr à Naddarer, en 61, après que le roi eût envoyé un de ses soldats passer l'apôtre au fil de l'épée. Le martyrologe romain reprend la légende[10] de la tradition éthiopienne et développe une nouvelle tradition selon laquelle son corps fut transféré à Salerne où une basilique fut érigée sur ses restes[11].

L'absence de tradition consistante s'explique en partie par des légendes de saint Matthieu qui sont souvent confondues avec celles de Mathias et se sont opérées très tôt dans la tradition manuscrite[12].

Le rédacteur de l'évangile dit « selon Matthieu »[modifier | modifier le code]

Les historiens modernes[modifier | modifier le code]

L'Évangile selon Matthieu est traditionnellement attribué au disciple de Jésus, autrement dit, à un témoin oculaire des événements qu'il raconte, mais « la paternité de l'apôtre Matthieu n'est généralement pas retenue aujourd'hui », écrit le théologien E. Cuvillier[13].

« Les exégètes pensent que l'auteur est un Juif d'origine. L'hypothèse la plus couramment admise, c'est que les auteurs de l'évangile attribué à Matthieu ont utilisé deux sources, l'Évangile selon Marc — peut-être dans une version antérieure à celle que nous connaissons — et une source ne comportant que des paroles de Jésus, appelée « Source Q » ("Q" étant l'initiale du mot allemand « quelle » qui signifie « source »). Comme pour les autres évangiles composés à la fin du Ier siècle, les auteurs sont imprégnés des concepts juifs. L'image du judaïsme qu'il renvoie reflète la situation qui suit la Grande révolte juive (66-73)[14].

La tradition chrétienne[modifier | modifier le code]

La tradition chrétienne a identifié au contraire le témoin oculaire et l'évangéliste.

Selon Irénée de Lyon (IIe siècle), à l'époque où Pierre et Paul affermissaient la communauté « chrétienne »[15] de Rome (vers l'an 60 ou 61), Matthieu qui annonçait la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ aux « Hébreux » de Palestine et de Syrie, fut prié de rédiger une version synthétique de la vie et de l'enseignement de Jésus[16], « une forme écrite de l'évangile »[17]. Ainsi, Eusèbe de Césarée affirme au IVe siècle : « Matthieu prêcha d'abord aux Hébreux. Comme il devait aussi aller vers d'autres, il confia à l'écriture, dans sa langue maternelle, son évangile, suppléant du reste à sa présence par le moyen de l'écriture, pour ceux dont il s'éloignait[18]. » C'est donc la perspective de son départ qui déclencha le processus. Pour ce travail, l'intervention d'un témoin de la première heure avait paru indispensable. Le premier évangile, condensé de la catéchèse apostolique, était plus réduit que l'évangile selon Matthieu actuel. Philippe Rolland a proposé une reconstitution de ce texte[19].

Cependant, cette catéchèse issue de Jérusalem ne pouvant être exportée telle quelle, on l'adapta aux besoins des nouveaux auditoires non juifs. « Chacun, écrit Papias vers 120, les traduisit comme il en était capable. » Il y eut au moins deux traductions, avec des retouches et des additions. L'une d'elles fut conçue à Antioche, l'un des lieux d'évangélisation les plus importants du Proche-Orient[6].

Après le départ de Matthieu, un de ses disciples, scribe, appartenant à un milieu juif hellénophone, vivant probablement en Syrie, très attaché à la Bible hébraïque, compléta le préévangile grec d'Antioche et lui donna sa touche finale[20]. Il insista sur les paroles antipharisiennes. Il se servit également de la source Q, remontant probablement aux années 50. Il s'adressait aux craignant-Dieu, ces païens séduits par la religion de Moïse mais non circoncis[21]. Très universaliste de ton, peut-être rédigé en grec[22], il insistait sur les paroles ou les exemples de Jésus, appelant au dépassement de l'horizon juif, interprétant en ce sens une exhortation du livre d'Isaïe[23].

Selon Eusèbe de Césarée, Pantène (v. 240-v. 306), docteur chrétien qui dirigea l'Académie d'Alexandrie, trouva à son arrivée aux Indes cet évangile en caractères hébreux. Il aurait été apporté par l'apôtre Barthélémy aux populations locales, qui l'avaient depuis précieusement conservé[24].

Célébration[modifier | modifier le code]

Saint Matthieu est fêté par l’Église catholique le 21 septembre et par l’Église orthodoxe le 16 novembre comme le saint patron des percepteurs, des comptables, des fiscalistes, des agents des douanes et des banquiers[25].

Représentation[modifier | modifier le code]

On lui attribue comme symbole l'homme ailé (parfois qualifié à tort d'ange) parce que son évangile commence par la généalogie de Jésus, ou, plus exactement, celle de Joseph, père légal de Jésus. Selon qu’il apparaît comme collecteur d’impôts, apôtre ou évangéliste, Matthieu est représenté avec des balances de peseur d’or, l’épée du martyre ou le livre de l’Évangile qui, finalement, est son attribut le plus ordinaire.

Film[modifier | modifier le code]

Pier Paolo Pasolini a tiré un film noir et blanc d'un grand dépouillement (à l'opposé du Roi des rois hollywoodien) nommé L'Évangile selon Saint Matthieu. Ce film est par ailleurs parfaitement conforme au texte d'origine.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Il n'y a rien sur l'apôtre Matthieu dans l'ouvrage de Simon Mimouni et Pierre Maraval, Le Christianisme des origines à Constantin (2006), dans Paul Mattéi, Le Christianisme antique, de Jésus à Constantin (2011), dans Michel Rouche, Les Origines du christianisme (2007), dans Le Dictionnaire encyclopédique du christianisme ancien (dir. A. Di Berardino, 1990), ni dans Aux origines du christianisme (dir. Pierre Geoltrain, 2000).
  2. Matthieu 9.9.
  3. Marc 2.14.
  4. a, b et c Robert Eisenman, James the Brother of Jesus: The Key to Unlocking the Secrets of Early Christianity and the Dead Sea Scrolls, éd. GDP, Nashville, 2012, p. 77-81.
  5. Jean-Christian Petitfils, Jésus, éd. Fayard, décembre 2011, p. 513-514.
  6. a et b Jean-Christian Petitfils, Jésus, éd. Fayard, décembre 2011, p. 514.
  7. Christelle Jullien, Apôtres des confins : processus missionnaires chrétiens dans l'Empire Iranien, Groupe pour l'Étude de la Civilisation du Moyen-Orient, , p. 56
  8. (en) William David Davies, Dale C. Allison, A critical and exegetical commentary on the Gospel according to Saint Matthew, T. & T. Clark, , p. 146
  9. Christelle Jullien, Apôtres des confins, Groupe pour l'Étude de la Civilisation du Moyen-Orient, , p. 55
  10. Baudouin de Gaiffier, « Hagiographie salernitaine : la Translation de saint Matthieu », Analecta Bollandiana, vol. LXXX,‎ , p. 82-110
  11. Henry Martin, Les quatre évangélistes : saint Matthieu, saint Marc, saint Luc, saint Jean, Laurens, , p. 58
  12. Louis Leloir, Écrits apocryphes sur les apôtres, Brepols, , p. 193
  13. Le Nouveau Testament commenté, sous la direction de Camille Focant et Daniel Marguerat, Bayard, Labor et Fides, 2012, p.22.
  14. Le Nouveau Testament commenté, sous la direction de Camille Focant et Daniel Marguerat, Bayard, Labor et Fides, 2012, p.22
  15. C'est par anachronisme que l'on emploie le mot « chrétien » pour les années 60 ; il s'agissait d'une communauté juive qui reconnaissait en Jésus le Messie.
  16. C'est ce que l'on appellera plus tard l'évangélisation.
  17. Irénée, Adversus haereses, III, 1, 1, trad. Rousseau, coll. « Sources chrétiennes », Cerf.
  18. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, éd. Bardy, Le Cerf, 2003, livre V, chap. VIII, no 2-4.
  19. Philippe Rolland, Jésus et les historiens, p. 59-78.
  20. Jean-Christian Petitfils, Jésus, éd. Fayard, décembre 2011, p. 515.
  21. Philippe Rolland, L'origine et la date des évangiles. Les témoins oculaires de Jésus, Paris, 1994, p. 33-34.
  22. Graham Stanton, Parole d'évangile ? Un éclairage nouveau sur Jésus et les évangiles, Paris-Montréal, Cerf-Novalis, p. 86.
  23. Isaïe 49, 6 : "Il dit: C'est peu que tu sois mon serviteur Pour relever les tribus de Jacob Et pour ramener les restes d'Israël: Je t'établis pour être la lumière des nations, Pour porter mon salut jusqu'aux extrémités de la terre"
  24. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, éd. Bardy, Le Cerf, 2003, livre V, chap. X, no 3, p. 40.
  25. Saint Matthieu sur nominis.cef.fr

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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