Matthieu (apôtre)

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Matthieu, du grec Matthaios, transcrit de l'hébreu mattai ou mattay, abréviation de mattithyahû (mattith = don et Yâhû = Yavhé), ou Matthieu-Lévi ou saint Matthieu, est un Juif du Ier siècle devenu disciple de Jésus, et l'un des douze apôtres du Christ cités par les Évangiles. Selon les historiens modernes, il convient de dissocier l'apôtre Matthieu et le rédacteur de l'évangile dit « selon Matthieu », dont on considère aujourd'hui qu'ils sont deux individus appartenant à des générations différentes.

Saint Matthieu, miniature extraite des Grandes Heures d'Anne de Bretagne (1503-1508)
Saint Mathieu et l'Ange, de Rembrandt (1661), musée du Louvre
Saint Mathieu, icône.

Éléments biographiques[modifier | modifier le code]

Né en Galilée, appelé aussi Lévi (donc un lévite), il était publicain (percepteur des impôts) à Capharnaüm ou Bethsaïde, responsable du péage d'Hérode, ou plus probablement de Philippe le Tétrarque, puisque Bethsaïde est située, de l'autre côté du Jourdain et donc en Batanée.

« Étant sorti, Jésus vit en passant, un homme assis au bureau de la douane ; son nom était Matthieu. Il lui dit : “Suis-moi !” Et, se levant, il le suivit[1] ».

L'évangile attribué à Marc l'appelle Lévi-Alphée[2]. Pour Robert Eisenman Ἁλφαίου (Alphée) pourrait-être une forme grecque par laquelle on désignait le fils qui dans les familles pieuses était consacré à Dieu dès sa naissance[3]. Un autre apôtre est distingué du titre d'Alphèe, l'apôtre Jacques et il n'y a aucune indication que les deux aient été des frères ou des demi-frères[3]. L'interprétation traditionnelle, selon laquelle Alphée désignerait le père de ces personnages n'est pas confortée[3].

Il devint l'un des douze apôtres. Selon la tradition chrétienne, il est celui qui occupe le rang social le plus élevé, comparé aux pêcheurs du lac, tels Pierre et André ou Jacques et Jean, fils de Zébédée[4]. Cultivé, parlant par nécessité professionnelle aussi bien l'araméen que le grec, lisant l'hébreu, c'était un homme de lettres et de chiffres[5].

Sur la question de la fin de sa mission et de sa mort, coexistent de nombreuses traditions concurrentes : Isidore de Séville le fait prêcher en Macédoine ; la Tradition apostolique d'Hippolyte de Rome le rattache à la Parthie où il meurt à Hiérapolis (possible confusion avec la Hiérapolis de Syrie)[6]. Le Martyrologe hiéronymien le fait également mourir en Perse et donne comme lieu de sa sépulture la ville de Tarrium (Tarsium ou Tarseum, confusion avec Tarse ?)[7].

Selon la légende dorée qui reprend une tradition qui apparaît dans les Virtutes Apostolorum, il partit évangéliser l'Éthiopie où il fut secondé par l'eunuque de la reine (le ministre des Finances baptisé dont parle le diacre Philippe). Deux sorciers Zaroès et Arfaxar annoncèrent au roi qu'ils ne pouvaient sauver son fils Euphranor, mourant, mais l'eunuque amena à la cour Matthieu, qui parvint à le ressusciter. Le roi et sa famille se convertirent, favorisant la christianisation du pays[8]. Le roi suivant Hyrtaque voulut se marier à Iphigénie, vierge consacrée au Christ, mais Matthieu refusa. Après 23 ans de mission en Éthiopie, il mourut martyr à Naddarer, en 61, après que le roi eût envoyé un de ses soldats passer l'apôtre au fil de l'épée. Le martyrologe romain reprend la légende[9] de la tradition éthiopienne et développe une nouvelle tradition selon laquelle son corps fut transféré à Salerne où une basilique fut érigée sur ses restes[10].

L'absence de tradition consistante s'explique en partie par des légendes de saint Matthieu qui sont souvent confondues avec celles de Mathias et se sont opérées très tôt dans la tradition manuscrite[11].

Le rédacteur de l'évangile dit « selon Matthieu »[modifier | modifier le code]

Les historiens modernes[modifier | modifier le code]

L'Évangile selon Matthieu est traditionnellement attribué au disciple de Jésus, autrement dit, à un témoin oculaire des événements qu'il raconte, mais « la paternité de l'apôtre Matthieu n'est généralement pas retenue aujourd'hui », écrit le théologien E. Cuvillier. « Les exégètes pensent que l'auteur est un Juif d'origine. L'hypothèse la plus couramment admise, c'est que les auteurs de l'évangile attribué à Matthieu ont utilisé deux sources, l'Évangile selon Marc — peut-être dans une version antérieure à celle que nous connaissons — et une source ne comportant que des paroles de Jésus, appelée « Source Q » ("Q" étant l'initiale du mot allemand « quelle » qui signifie « source »). Comme pour les autres évangiles composés à la fin du Ier siècle, les auteurs sont imprégnés des concepts juifs. L'image du judaïsme qu'il renvoie reflète la situation qui suit la Grande révolte juive (66-73)[12].

La tradition chrétienne[modifier | modifier le code]

La tradition chrétienne a identifié au contraire le témoin oculaire et l'évangéliste. Selon Irénée de Lyon (IIe siècle), à l'époque où Pierre et Paul affermissaient la communauté « chrétienne »[13] de Rome (vers l'an 60 ou 61), Matthieu qui annonçait la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ aux « Hébreux » de Palestine et de Syrie, fut prié de rédiger une version synthétique de la vie et de l'enseignement de Jésus[14], « une forme écrite de l'évangile »[15]. Ainsi, Eusèbe de Césarée affirme : « Matthieu prêcha d'abord aux Hébreux. Comme il devait aussi aller vers d'autres, il confia à l'écriture, dans sa langue maternelle, son évangile, suppléant du reste à sa présence par le moyen de l'écriture, pour ceux dont il s'éloignait[16]. » C'est donc la perspective de son départ qui déclencha le processus. Pour ce travail, l'intervention d'un témoin de la première heure avait paru indispensable. Le premier évangile, condensé de la catéchèse apostolique, était plus réduit que l'évangile selon Matthieu actuel. Philippe Rolland en a donné une reconstitution vraisemblable[17]. Pantène (v. 240-v. 306), docteur chrétien qui dirigea l'Académie d'Alexandrie, trouva à son arrivée aux Indes cet évangile en caractères hébreux. Il aurait été apporté par l'apôtre Barthélémy aux populations locales, qui l'avaient depuis précieusement conservé[18].

Cependant, cette catéchèse hiérosolymitaine ne pouvait être exportée telle quelle. Sans en trahir l'esprit général, il fallait l'adapter aux besoins des nouveaux auditoires non juifs. « Chacun, écrit Papias vers 120, les traduisit comme il en était capable. » Il y eut au moins deux traductions, avec des retouches et des additions. L'une d'elles fut conçue à Antioche, l'un des lieux d'évangélisation les plus importants du Proche-Orient[5].

Après le départ de Matthieu, un de ses disciples, scribe, appartenant à un milieu juif hellénophone, vivant probablement en Syrie, très attaché à la Bible hébraïque, compléta le préévangile grec d'Antioche et lui donna sa touche finale[19]. Il insista sur les paroles à résonance universaliste et les traditions antipharisiennes. Il se servit également de la source Q, remontant probablement aux années 50. Il s'adressait aux craignant-Dieu, ces païens séduits par la religion de Moïse mais non circoncis[20]. Très universaliste de ton, peut-être rédigé en grec[21], il insistait sur les paroles ou les exemples de Jésus, appelant au dépassement de l'horizon juif, conformément à la prophétie d'Isaïe[22].

Saint patron des percepteurs, des comptables, des fiscalistes, des agents des douanes et des banquiers, il est fêté le 21 septembre en Occident, le 16 novembre en Orient. Il est toujours fêté en Basse-Sambre (Province de Namur en Belgique) par les comptables le 4e vendredi de septembre[23].

Célébration[modifier | modifier le code]

Saint Matthieu est fêté par l’Église catholique le 21 septembre et par l’Église orthodoxe le 16 novembre.

Représentation[modifier | modifier le code]

On lui attribue comme symbole l'homme ailé (parfois qualifié à tort d'ange) parce que son évangile commence par la généalogie de Jésus, ou, plus exactement, celle de Joseph, père légal de Jésus. Selon qu’il apparaît comme collecteur d’impôts, apôtre ou évangéliste, Matthieu est représenté avec des balances de peseur d’or, l’épée du martyre ou le livre de l’Évangile qui, finalement, est son attribut le plus ordinaire.

Le plan de l'évangile attribué à Matthieu[modifier | modifier le code]

Plusieurs plans de l'évangile peuvent être proposés. Par exemple :

  1. Le discours sur la montagne,
  2. La mission des disciples,
  3. Les paraboles du royaume,
  4. Les conseils communautaires,
  5. Le discours eschatologique.

Un autre plan peut être le suivant : en suivant Ulrich Luz et Andreas Dettwiler on peut envisager cinq grandes parties à cet évangile.

  • un prélude christologique (chapitre 1 à 4) avec l'évangile de l'enfance et la préparation du ministère de Jésus,
  • Les actes de Jésus et ses paroles (5 à 11) avec le Sermon sur la montagne,
  • Jésus fonde et instruit la communauté (16 à 20),
  • Jésus à Jérusalem (22 à 25),
  • La passion et la résurrection (28)

Film[modifier | modifier le code]

Pier Paolo Pasolini a tiré un film noir et blanc d'un grand dépouillement (à l'opposé du Roi des rois hollywoodien) nommé L'Évangile selon Saint Matthieu. Ce film est par ailleurs parfaitement conforme au texte d'origine.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Matthieu 9.9.
  2. Marc 2.14.
  3. a, b et c Robert Eisenman, James the Brother of Jesus: The Key to Unlocking the Secrets of Early Christianity and the Dead Sea Scrolls, éd. GDP, Nashville, 2012, p. 77-81.
  4. Jean-Christian Petitfils, Jésus, éd. Fayard, décembre 2011, p. 513-514.
  5. a et b Jean-Christian Petitfils, Jésus, éd. Fayard, décembre 2011, p. 514.
  6. Christelle Jullien, Apôtres des confins : processus missionnaires chrétiens dans l'Empire Iranien, Groupe pour l'Étude de la Civilisation du Moyen-Orient,‎ , p. 56
  7. (en) William David Davies, Dale C. Allison, A critical and exegetical commentary on the Gospel according to Saint Matthew, T. & T. Clark,‎ , p. 146
  8. Christelle Jullien, Apôtres des confins, Groupe pour l'Étude de la Civilisation du Moyen-Orient,‎ , p. 55
  9. Baudouin de Gaiffier, « Hagiographie salernitaine : la Translation de saint Matthieu », Analecta Bollandiana, vol. LXXX,‎ , p. 82-110
  10. Henry Martin, Les quatre évangélistes : saint Matthieu, saint Marc, saint Luc, saint Jean, Laurens,‎ , p. 58
  11. Louis Leloir, Écrits apocryphes sur les apôtres, Brepols,‎ , p. 193
  12. Le Nouveau Testament commenté, sous la direction de Camille Focant et Daniel Marguerat, Bayard, Labor et Fides, 2012, p.22
  13. C'est par anachronisme que l'on emploie le mot « chrétien » pour les années 60 ; il s'agissait d'une communauté juive qui reconnaissait en Jésus le Messie.
  14. C'est ce que l'on appellera plus tard l'évangélisation.
  15. Irénée, Adversus haereses, III, 1, 1, trad. Rousseau, coll. « Sources chrétiennes », Cerf.
  16. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, éd. Bardy, Le Cerf, 2003, livre V, chap. VIII, no 2-4.
  17. Philippe Rolland, Jésus et les historiens, p. 59-78.
  18. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, éd. Bardy, Le Cerf, 2003, livre V, chap. X, no 3, p. 40.
  19. Jean-Christian Petitfils, Jésus, éd. Fayard, décembre 2011, p. 515.
  20. Philippe Rolland, L'origine et la date des évangiles. Les témoins oculaires de Jésus, Paris, 1994, p. 33-34.
  21. Graham Stanton, Parole d'évangile ? Un éclairage nouveau sur Jésus et les évangiles, Paris-Montréal, Cerf-Novalis, p. 86.
  22. Isaïe 49, 6
  23. Saint Matthieu sur nominis.cef.fr

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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