Enfers mésopotamiens

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Photo d'une sculpture de forme ovale représentant un homme
Plaquette représentant un dieu mort dans son cercueil, probablement Dumuzi[1]. Époque paléo-babylonienne (IIe millénaire av. J.-C.), terre cuite, musée du Louvre (no OA8823).

Les Enfers mésopotamiens, ou Kur (« montagne » en sumérien), Ershetu (« terre » en akkadien), Irkalla (« grande cité » en akkadien), sont le séjour des morts des Mésopotamiens. Ils sont aussi nommés Arallu (« Grand En-bas ») ou Ganzer. Ce lieu apparaît dans plusieurs mythes ou épopées mésopotamiens comme la Descente d'Inanna aux Enfers, Nergal et Ereshkigal, Enlil et Ninlil ou encore l’Épopée de Gilgamesh ainsi que dans de nombreux textes d'exorcisme.

Selon les époques[Note 1] ou les mythes, les Enfers mésopotamiens, situés sous terre, sont parfois représentés comme une grande citadelle aux sept portails qui donnent accès au séjour des morts. Un grand fleuve coule devant l'un de ces portails : l'Hubur qui sépare le monde des morts de celui des vivants. Les Enfers sont dirigés par la déesse Ereshkigal ou le dieu Nergal. Ils sont gérés par le vizir Namtar ou les juges Anunnaki et l’entrée est surveillée par Petû le portier. Les chemins pour parvenir aux Enfers sont nombreux : une longue traversée du désert aride et sec, une échelle entre Ciel et Enfers, les failles creusées dans la croûte terrestre ou tout simplement la tombe où est placé le mort.

Parmi les différents aspects que la mort peut revêtir, les Mésopotamiens retiennent son caractère inévitable : « il s’en va vers son destin » ou « son destin l’a saisi ». Le mort laisse son cadavre derrière lui et part vers les Enfers, sous la forme d’un Etemmu (ou fantôme). À l'entrée des Enfers, l’Etemmu ne subit pas de jugement. Exception faite des rois et des princes, le sort des morts est le même pour tous : vivre une existence morne, insipide et sans affection dans l’Ershetu. Cependant, l'esprit du mort peut être rappelé parmi les vivants désireux de lui poser des questions ou d'intercéder auprès des dieux. Mais en cas de mauvais renvoi aux Enfers ou en l'absence de tombe ou de rites funéraires, l'esprit du mort erre à travers la steppe à la recherche du Ganzer. Il devient alors indésirable car il peut créer de nombreuses maladies chez les vivants, aussi existe-t-il de nombreux rites d'exorcismes destinés à renvoyer les esprits des morts dans le Grand En-bas.

La morne existence de l’Etemmu aux Enfers peut être allégée par les rites funéraires et par une sépulture confortable. Le mort est toujours enterré. Sa sépulture peut aller de la simple fosse au mausolée royal en passant par la tombe, le caveau, la jarre ou un simple caisson d'argile. Les funérailles et l’exécution des rites sont assurés par le plus vieux descendant masculin. Les vivants répètent quotidiennement le nom des ancêtres morts tout en déposant un peu de nourriture et de boisson sur leur tombe ou le sol. Ils mènent aussi le rituel mensuel du Kispu, un repas funèbre partagé entre vivants et morts. D’où la nécessité pour chaque vivant de laisser derrière lui beaucoup d’enfants. En échange de rituels funèbres, les morts peuvent intercéder auprès des dieux pour protéger leur descendance.

Sources[modifier | modifier le code]

La documentation sur les Enfers mésopotamiens est maigre. Les différents récits, comme l’Épopée de Gilgamesh, Enlil et Ninlil, Nergal et Ereshkigal, et les différentes versions de la Descente d'Inanna aux Enfers qui illustrent plutôt la fuite de la mort ou la recherche de l'immortalité, ne décrivent que quelques aspects formels des Enfers. D'autres textes, comme la Mort d'Ur-Namu (Ur-Nammu est roi d'Ur de à ) ou la Mort de Gilgamesh, qui décrivent les circonstances de la mort de personnages légendaires n'apportent également que quelques informations sur les Enfers[3]. Cependant, des données précieuses à propos des rituels et des esprits liés aux Enfers sont recueillis auprès de textes funéraires, de documents juridiques, de lamentations et de descriptions d'exorcismes visant à renvoyer les morts à leur place[4].

Mis à part un texte néo-assyrien ( - ), La Vision de l'Enfer, qualifié par Jean Bottéro de « pamphlet politique », qui propose une description tardive des Enfers mésopotamiens, aucun traité mésopotamien complet sur la mort ou sur l'En-bas n'est encore découvert et l’archéologie seule ne parvient à fournir que des informations sur le traitement physique des cadavres. En outre, les sources écrites (sous forme de tablettes d'argile) ne recèlent pas beaucoup de descriptions précises des Enfers, celles-ci ne semblent pas beaucoup préoccuper les Mésopotamiens. Aussi le travail de l'historien se concentre-t-il sur la récolte et la compilation d'informations souvent parcellaires trouvées parmi toute une masse de documents cunéiformes très divers dont la continuité linguistique et le classement temporel sur trois millénaires (IIIe millénaire av. J.‑C. - ) est parfois difficile. Il faut donc se garder d’envisager les croyances relatives aux Enfers et à la mort comme un tableau statique et uniforme. Ce n’est qu’en cherchant les concordances entre les éléments de documents parfois contradictoires que les historiens construisent une synthèse fragile et toujours sujette à caution[4].

Les noms des Enfers[modifier | modifier le code]

Les Mésopotamiens nomment le lieu où se retrouvent les morts par une multitude de noms : en sumérien Kur ou Ki, en akkadien Arallu (« Grand En-bas »), Irkalla ou Kigallu (« grande cité » ou « grande terre »), Ershetu La-târi (« pays sans-retour ») ou encore Ganzer[5].

Kur ou la Montagne[modifier | modifier le code]

Le plus ancien nom semble être le terme sumérien Kur, désignant la « Montagne »[Note 2],[7]. Davantage utilisé dans des textes sumériens qu'akkadiens[8], il est plus spécialement présent dans un certain nombre de lamentations et de récits en rapport avec de jeunes dieux à la fois mourants et de la fertilité, comme Dumuzi, Ningishzida de Gizbanda ou Damu de Girsu[7]. L'image du monde des morts assimilé à une montagne est source de plusieurs hypothèses. L'une se base sur l'existence d'un rituel au cours duquel, pendant la période paléo-babylonienne ( - ), la statue d'Inanna semble régulièrement faire le voyage d'Uruk vers Kutha en passant par les sept villes d'Inanna citées dans la Descente d'Inanna aux Enfers[9]. La situation de la ville de Kutha — siège des divinités infernales — au pied des montagnes du nord-est est une hypothèse pour expliquer le rapprochement entre les montagnes et le monde des morts[10].

Certains chercheurs donnent au mot Kur une définition plus large. L'historien Wayne Horowitz propose les Enfers mésopotamiens comme une grande « montagne cosmique » sur laquelle repose le monde des vivants[8]. Françoise Brüschweiler pense qu'il est inutile d'essayer de réunir les deux significations, le Kur étant la totalité de l'Univers. Dans le Kur se trouvent les choses créées et incréées (le monde des vivants, le monde des dieux et le monde des morts) d'où — de cette montagne — émerge tout ce qui existe. Ainsi, lorsque les Mésopotamiens parlent du Kur comme le monde des morts, ils désignent un endroit du monde invisible qui appartient au Kur vers où partent les morts[11]. Véronique Van der Stede, quant à elle, propose la montagne comme une « excroissance » du monde souterrain, ce qui rend chez les Mésopotamiens les deux termes « montagne » et « monde des morts » au même champ sémantique[12].

Dina Katz renvoie le terme Kur au temps où les anciens sumériens (vers - ) pensent que le monde des morts est situé dans les montagnes et au-delà. Les voyages se développant et, avec eux, les connaissances géographiques, les Mésopotamiens déplacent le monde des morts de la montagne vers le sous-sol tout en gardant le terme Kur[7]. De son côté, Francis Joannès remarque qu'à travers la capture de Dumuzi par des agents des Enfers (Gallu qui signifie également « brigands »), la montagne symbolise, d'une certaine manière, les peurs des habitants des plaines face à la menace que représentent les gens de la montagne. Ces derniers ont pour habitude d'attaquer et de piller les villages des plaines de la Basse Mésopotamie et sont donc assimilés à des êtres maléfiques venant de la montagne[13].

Ershetu ou la Terre[modifier | modifier le code]

Écrit avec le logogramme sumérien Ki signifiant la « Terre » [Note 3], Ershetu est, dans les textes en akkadien, le terme le plus utilisé pour désigner à la fois la « terre » et l'En-bas. Il est parfois utilisé de la même manière que le sumérien Kur et, d'après les listes lexicales, il est synonyme de plusieurs termes sumériens qui désignent également les Enfers : Ganzer, Arali ou Urugal. Ershetu sert d'épithète à certains dieux chthoniens (relatifs à la terre), comme Ereshkigal, Namtar ou Nergal, et est utilisé tant dans les documents littéraires, juridiques, magiques, funéraires que dans les corpus de présages[14],[12].

Ershetu désigne également le sol, le territoire situé en surface[8] ; aussi ce terme peut-il être utilisé pour désigner l'Enfer dans des formes composées comme Ershetu La-târi (Pays Sans-retour) en soulignant le caractère définitif de la mort, Ershetu Saplitu (Terre Inférieure), Ershetu Ruqtu (Terre Éloignée) son caractère éloigné des vivants ou Ershetu Rabitu (Grande Terre) le fait qu'elle doit abriter une population de plus en plus dense de morts. Il en va de même avec le terme sumérien Ki, parfois utilisé en Kigallu (Grande Terre)[15] qui entre également dans la composition du nom de la déesse des Enfers Ereshkigal, la « Reine de la Grande terre »[16].

« Si tu es la reine du Ciel,
De là où le soleil se lève,
Pourquoi être venue au Pays-sans-retour ?
Pourquoi ton cœur t'a-t-il poussée
Sur le chemin que nul ne rebrousse ? »

— Descente d’Inanna aux Enfers - XVIIe siècle av. J.-C.[17]

La ville, le palais, le temple ou la maison[modifier | modifier le code]

Urugal, Erigal ou Irigal (Grande ville)[5] sont des mots sumériens qui désignent les Enfers. Ils se rapprochent du terme akkadien Irkalla souvent utilisé sous la forme « maison d’Irkalla » ou « demeure d’Irkalla » notamment dans la Descente d'Ishtar aux Enfers qui, dans ce mythe, peut se comprendre comme « Maison de l'Obscurité ». Il est toutefois fort possible d’interpréter Irkalla comme étant à la fois le lieu des Enfers et le nom d'une divinité (probablement Ereshkigal) maîtresse des lieux. Dans une liste des dieux paléo-babylonienne, Irkalla est également identifié comme un autre nom de la déesse Allatum, assimilée à Ereshkigal[18],[19].

Dans les textes qui décrivent la vie et la mort de Dumuzi, — notamment le Rêve de Dumuzi — le berger a l'habitude de faire paître ses moutons dans une steppe désignée « Arali ». Là, se trouve également la bergerie où le jeune dieu est emmené dans le Kur par les démons. Au cours de la période paléo-babylonienne, le nom de la steppe « Arali » est tellement identifié à la mort de Dumuzi qu'il devient un mot pour désigner les Enfers. Il semble, dès lors, que sa signification originelle en tant que nom géographique concret soit oubliée[20]. Le terme Arali est donc un terme sumérien ayant la signification d'Enfers. Toutefois peu utilisé dans les textes il est assez reconnu pour que les restes d'un temple nommé « Éarali » (que Wayne Horowitz traduit par«  fosse d’Arali »[Note 4] et que Pascal Attinger traduit par « talus d’Arali »[22]) dédié à Dumuzi aient été découverts. Situé près de Bad-Tibira (ou à Isin d’après Dominique Charpin[23]) ce temple ou sanctuaire est considéré comme le lieu où les Gallu emmènent le dieu aux Enfers. Le terme Arallu, peut-être une traduction akkadienne d’Arali, est cependant très utilisé dans les textes akkadiens pour désigner les Enfers[14].

Dans les talus de l’Arali, ils [les Gallu] s'en prennent à lui [Dumuzi].
Les larmes montent aux yeux de Dumuzi, il sanglotte.

— Le Rêve de Dumuzi - Littérature sumérienne[22]

Le Ganzer — mot dont l’étymologie reste encore inconnue[5] — est un nom sumérien utilisé comme lieu en rapport avec l'avant-poste du monde d'en-bas où, dans un épisode de l’Épopée de Gilgamesh, tombent les objets de pouvoir de Gilgamesh. Dans le mythe de la Descente d'Inanna aux Enfers, le Ganzer est un palais qui constitue l'entrée du monde des morts et dont le portier est surnommé le « verrou du Ganzer ». C'est dans le Ganzer que se trouvent les sept portes par lesquelles doivent passer Inanna et aussi le dieu Nergal dans le mythe de Nergal et Ereshkigal[24],[21].

Il reste à signaler la présence de quelques documents et textes lexicaux akkadiens dans lesquels apparaissent plusieurs noms des Enfers construits autour du mot « maison » ou Bîtu comme Bîtu Ekleti (Maison de l'Obscurité), Bît Muti (Maison des Morts), Bît Dumuzi (Maison de Dumuzi) ou Bîtu Epri (Maison de la Poussière)[25].

La géographie des Enfers[modifier | modifier le code]

Selon les Mésopotamiens, le monde est divisé en deux parties : l'« En-haut », dirigé par les dieux des vivants, et l'« En-bas », dirigé par les dieux des morts. Entre les deux, le monde des vivants flotte sur l'Apsû, le lac d'eau douce[26]. D'abord assimilé au IIIe millénaire av. J.‑C. à une montagne[27], à partir du IIe millénaire av. J.‑C., les sources s'accordent pour situer les Enfers sous la terre : dans la Descente d'Inanna aux Enfers, le messager des dieux Papsukkal annonce qu'Ishtar est « descendue » aux Enfers et, dans l’Épopée de Gilgamesh, Enkidu promet à son ami de « remonter » le Pukku et le Mekku[Note 5] tombés aux Enfers. En outre, dans la Vision de l'Enfer, le dieu des Enfers, Nergal, semble renvoyer le prince Kûmma vers le monde d'« En-haut » pour qu'il continue à y mener sa vie d'humain[29].

Une autre source situe les Enfers sous l'Apsû : dans l’Épopée d'Erra, il est question d'un arbre « dont les racines, sous cent lieues d'eau au travers de la vaste mer, atteignent la profondeur des Enfers ». Mais cette dernière semble entrer en contradiction avec des événements d'autres récits comme celui où Gilgamesh essaye de reprendre son Pukku et son Mekku en plongeant ses jambes ou ses bras dans une faille vers les Enfers. D'autre textes de l'époque néo-babylonienne ( - ) indiquent que — pour exprimer l’inébranlable solidité de leurs constructions — des rois auraient construit des bâtiments dont les fondations touchent la « poitrine des Enfers », ce qui laisse penser que les Enfers se situent sous la croûte terrestre mais au-dessus de l'Apsû[30].

Le mythe de la Descente d'Inanna aux Enfers et sa version akkadienne présentent tous deux une longue description des Enfers. À la lecture des deux œuvres, l'entrée du monde des morts, lieu de damnation éternelle, se trouve au palais du Ganzer que l'on atteint après une longue marche vers l'Ouest à travers un large désert et de nombreuses montagnes par « le Chemin à l'aller sans retour ». Pour certains historiens, il semble que, derrière le palais, se trouvent sept murailles percées de sept portes successives qui mènent au cœur des Enfers[31],[32] ; pour d'autres, aucun texte ne fait allusion à ces murailles. Cependant, dans le récit de la Descente d'Inanna aux Enfers, les consignes que le portier des Enfers reçoit de sa maîtresse Ereshkigal indiquent que ces sept portes sont situées dans le palais du Ganzer[33].

« Et n'oublie pas ce que je t'ordonne !
Tire le verrou des Sept-portes du monde d'En-bas :
Ouvre l'une après l'autre
Les portes du palais de Ganzer, … »

— Descente d’Inanna aux Enfers - XVIIe siècle av. J.-C.[34]

Plusieurs chemins mènent aux Enfers, mais ils sont chacun réservés à certaines personnalités[35]. Les morts, dont le corps est enterré, trouvent leur chemin pour l'« En-bas » à partir de leur tombe[36]. Les rois, d'après le texte de la Mort d'Ur-nammu, atteignent le Ganzer après un long chemin sinueux qui ralentit le galop des chevaux. D'autres accès sont fournis par les crevasses ou les failles creusées dans l’écorce terrestre mais sont réservés aux esprits qui viennent et partent des Enfers. Pour les vivants qui désirent rejoindre le palais du Ganzer, les seules sources qui parlent d'un chemin praticable, font état d'un désert torride, lieu de faim et de soif hanté par des fauves et des fantômes, qu'il faut traverser à pied et qui mène finalement, après de nombreuses tentations de retour, au fleuve Hubur qui coule devant la « Grande Porte du soleil couchant ». De nombreux textes d'exorcisme ou de renvoi des morts indiquent également cette porte comme un lieu d'entrée des esprits sans sépulture. Les dieux, quant à eux, disposent d'un chemin qui leur est propre : dans le mythe de Nergal et Ereshkigal, les dieux qui sont autorisés à effectuer les trajets entre Ciel et Enfers empruntent une échelle (ou un escalier[37]) entre les deux mondes[38].

Il y a également un fleuve en Enfer : l'Hubur. Le mythe intitulé Enlil et Ninlil y fait allusion par la présence, à l'entrée des Enfers, d'un « homme à la barque ». Mais si l'existence de ce fleuve ne fait pas de doute, sa situation et son aspect exacts font encore l'objet de contradictions : une incantation au dieu Marduk le décrit comme large et profond tandis que le Voyage de Ningishzida aux Enfers le décrit comme un cours d'eau sec dont l'eau ne peut être bue. En outre, d'après un exorcisme qui vise à confier un esprit à Tammuz pour que celui-ci le conduise vers sa dernière demeure, ce fleuve semble situé en face des Enfers alors que d'autres textes similaires le placent à l’intérieur du monde des morts ou entre deux des sept portes qui y conduisent. D'autres sources comme l'Enuma Elish font de l'Hubur une vaste mer qui entoure la terre où vivent les hommes[39],[40].

Les dieux des Enfers[modifier | modifier le code]

Les dirigeants[modifier | modifier le code]

Ninazu[modifier | modifier le code]

Le dieu Ninazu est le plus ancien dieu des Enfers connu, il est probablement l'équivalent sumérien du dieu Nergal. Dieu tutélaire des villes d'Eshnunna et d'Enegi, il est repris dans une liste des divinités de la Troisième dynastie d'Ur ( - ) avec l’épithète « bel ershetti » ou « seigneur des Enfers ». D'après les Hymnes aux temples (XXIIIe siècle av. J.-C.) qui l'indiquent par ailleurs comme prince des Enfers, il est considéré comme le fils d'Ereshkigal et d'une divinité dont seul l’épithète « en-gal » (grand seigneur) est mentionnée et qui semble être le dieu Gugalanna. Il est aussi connu comme le père de Ningishzida[41],[42]. Après la Troisième dynastie d'Ur, son culte semble disparaître au profit de celui de Nergal ou d'Ereshkigal[43].

Pour l'historienne Dina Katz, Ninazu semble être à l'origine un dieu mourant de la fertilité et voit l'objet de son culte transformé, tout comme d'autres dieux mourants, Ninghizida, Damu ou Dumuzi. La ville dont il est le protecteur, Enegi, est détruite pendant la Troisième dynastie d'Ur, ce qui a pu conduire son clergé à émigrer vers d'autres villes et lui attribuer d'autres fonctions similaires comme la direction des Enfers au côté de sa mère Ereshkigal[Note 6],[44].

Ereshkigal[modifier | modifier le code]

Bas-relief en argile représentant une femme ailée nue avec deux hiboux et deux lions à ses pieds.
La plaque Burney également appelée « Queen of the Night », représente fort probablement la déesse Ereshkigal[46]. British Museum, Londres.

Ereshkigal est souvent dénommée la « Reine du monde d'en dessous »[47], la « Reine des morts » ou « Dame de la Grande Terre »[48]. Elle apparaît dans les Hymnes aux temples où elle semble souveraine des Enfers en même temps que son fils Ninazu. Mais, pendant une partie de la Troisième dynastie d'Ur, une passation de pouvoir en sa faveur semble s’opérer progressivement : elle figure, en effet, sans Ninazu en tête des listes des dieux auxquels Gilgamesh et Ur-Nammu offrent des présents à leur entrée aux Enfers et, plus tard, dans la Descente d'Inanna aux Enfers, texte du début de la période paléo-baylonienne ; elle règne seule sur l'« En-bas »[49]. Dans ce dernier mythe, on lui attribue Gugalanna (le « Taureau du Ciel » sous sa forme populaire) comme mari dont elle porte le deuil[50]. Celui-ci est associé à Ereshkigal dans la liste AN = Anum[Note 7] (sous une forme phonétiquement similaire signifiant ici « Inspecteur des canaux du ciel ») mais semble n'avoir jamais régné sur le monde des morts[52]. Ereshkigal donne naissance à des enfants : les jeunes gens qui meurent sur Terre avant leur temps[47]. Elle règne assistée par son vizir Namtar, dieu de la maladie et des épidémies[53], et par la scribe des Enfers, Geshtinanna, sœur de Dumuzi et parfois épouse de Ningishzida. Elle s'accompagne également des sept Anunnaki — les juges des Enfers[48].

Une liste de dieux de la période paléo-babylonienne indique Ereshkigal sans aucun parèdre, la déesse semble y être mise en équivalence avec la déesse Allatum tandis que Nergal, indiqué plus loin dans cette même liste, est associé à la déesse Mammîtum alors qu'une lamentation de la même époque fait de Nergal l'« Enlil des Enfers » et ne mentionne aucunement Ereshkigal. L'historienne Dina Katz voit dans ces deux sources l’existence de deux traditions différentes[54]. Celle qui place Nergal à la tête des Enfers est probablement d'origine akkadienne[55],[50].

Nergal[modifier | modifier le code]

Les plus anciennes traces de Nergal remontent à la période des dynasties archaïques (d'environ à ) sous le nom sumérien de KISH-U-NU, mais pour cette période il semble être une divinité chthonienne appelée à établir un lien entre le monde souterrain et le monde terrestre[56]. Bien que durant la période de l'empire d'Akkad le dieu soit connu sous le nom de Né-éri-gal « seigneur de la grande cité » pendant le règne de Narâm-Sin (d'environ à ) et que les Hymnes aux temples le décrivent comme « souverain du pays du soleil couchant » — deux appellations clairement reliées aux Enfers —, les sources de cette époque mettent surtout l'accent sur la nature guerrière du dieu. Il est, alors un dieu prié au nord de la Mésopotamie et les prêtres du sud ne l'accepteront comme divinité relative aux Enfers qu'à partir de la Troisième dynastie d'Ur. Et, même lors de son arrivée à Sumer alors que le roi Shulgi (de à ) en fait un des dieux majeurs, c'est à nouveau pour ses qualités de guerrier qu'il est principalement honoré. Les récits de la Descente d'Inanna aux Enfers et La mort de Gilgamesh, récits écrits durant cette époque mais qui appartiennent à une longue tradition, présentent encore Ereshkigal comme la seule souveraine des Enfers[57].

À la fin de la période paléo-babylonienne le mythe akkadien Nergal et Ereshkigal fait de Nergal l'époux d'Ereshkigal et place ainsi le dieu aux commandes du monde des morts. Cependant, le récit plus tardif de la Descente d'Ishtar aux Enfers écrit en akkadien au début du Ier millénaire av. J.‑C. rétablit Ereshkigal seule sur le trône des Enfers sans qu'il y soit fait mention de Nergal alors que ce dernier est à nouveau présenté comme seul seigneur des Enfers dans le texte néo-assyrien La vision de l'Enfer[58].

Le vizir[modifier | modifier le code]

Le dieu Namtar est souvent décrit comme l'ambassadeur des Enfers ou vizir d'Ereshkigal. Dans le mythe de Nergal et Ereshkigal, il représente sa maîtresse auprès des dieux de l'en-haut, là où elle ne peut venir. Malgré son statut d'ambassadeur, les autres dieux lui doivent respect et s’inclinent en sa présence. En outre, les rois Gilgamesh et Ur-Namu le placent dans la liste des dieux à qui ils donnent des présents au moment de leur mort. Son nom signifie « le Destin » et laisse penser qu'il est compris en tant que personnification de l'issue inéluctable vers laquelle se dirige tout humain : la mort[59].

Dans le récit akkadien de la Descente d'Ishtar aux Enfers, Ereshkigal est secondée par Namtar, dieu de la maladie et des épidémies. C'est, d'ailleurs, lui qui est chargé de lâcher les « Soixante maladies » sur Ishtar, la vouant à une mort certaine. Mais il est également chargé de verser l'eau contenue dans l'« Outre » afin, cette fois, de redonner vie à la même déesse[53]. Dans le mythe, Namtar est apparemment aidé par sept juges Anunnaki[Note 8]. Ceux-ci ne jugent pas les morts pour leur conduite morale adoptée durant leur vie, mais bien pour entériner leur arrivée aux Enfers[61]. Dans l’Épopée de Gilgamesh il apparaît avec Asakku comme le démon de la maladie et dans l'Atra-hasis, il est le dieu de la peste qui tente d'aider Enlil à se débarrasser de l'humanité pullulante et bruyante[62],[63].

Certains le considèrent également comme un enfant d'Enlil et d'Ereshkigal[64] ou comme le premier enfant né de la déesse à la suite d'une mort prématurée sur Terre[53],[63]. Le texte de la Mort d'Ur-Nammu lui donne une épouse au nom de Hushbishak tandis que La vision de l'Enfer lui donne comme épouse une certaine Namtartu décrite sous les traits d'une créature maléfique[59].

Les autres fonctions[modifier | modifier le code]

Petû est le gardien des portes des Enfers. Son nom, l'impératif du verbe Petû (« ouvrir »), peut se traduire par « Ouvre! ». Son épithète « Grand portier des Enfers » est déjà utilisé durant l'époque paléo-babylonienne. Dans les mythes de la Descente d'Ishtar aux Enfers et de Nergal et Ereshkigal, il ne porte pas de nom et est désigné par sa fonction : « Portier ». Dans Enlil et Ninlil, il est appelé sous le titre de « l'homme de la porte de la ville, l'homme au verrou ». Dans le texte néo-assyrien La vision de l'Enfer, le portier, qui reprend son nom Petû, est un être composé d'une tête de lion, de pattes d'oiseau et de mains d'homme[64].

« Arrivée au palais de Ganzer, Inanna
Heurta d'un poing menaçant l'huis du monde d'En-bas
Et interpella le palais du monde d'En-bas
D'une voix agressive :
« Ouvre donc le palais, Pêtû ! Ouvre le palais :
J'y veux pénétrer en personne ! »
 »

— Descente d’Inanna aux Enfers - XVIIe siècle av. J.-C.[17]

Le mythe le plus récent de Nergal et Ereshkigal énumère la liste de sept portiers dont Petû. Ils sont nommés avec le titre de Grands portiers d'Ereshkigal. L'existence des sept portiers des enfers dans l'imaginaire mésopotamien est au moins avérée depuis la Troisième dynastie d'Ur puisqu'ils sont bénéficiaires de présents apportés par le roi Ur-Nammu[65].

Il existe aussi un passeur : dans le mythe d'Enli et Ninlil, en chemin vers les Enfers, Enlil est amené à prendre les traits de Siluli « l'homme en charge de la barque » passeur du fleuve infernal et de « l'homme du fleuve infernal dévorateur de gens »[65] ayant pour fonction d'accueillir les nouveaux arrivants aux Enfers[66] et de les passer, tel le dieu grec Charon, vers la rive de la terre des morts[67].

Des incantations qui datent du milieu du IIe millénaire av. J.‑C. attribuent la fonction de passeur à Gilgamesh qu'il semble avoir prise à Ur-shanabi, le batelier d'Utanapishtî qui mène le héros sur les « Eaux de la Mort » afin qu'il rencontre le vieil immortel. Enfin, un dernier passeur est signalé dans le texte néo-assyrien La vision de l'Enfer, Khumut-tabal (qui signifie « Conduis-moi vite là-bas »[68]) décrit comme un être à la tête de l’oiseau Anzû avec quatre mains et quatre pieds[69].

Dessin au trait d'un motif de deux serpents à cornes entrelacés maintenus entre deux animaux fantastiques ailés.
Détail du Gobelet à libation de Gudea, voué à Ningishzida. [70]. Ningishzida est symbolisé par un serpent venimeux à corne parfois représenté sur les épaules du dieu[71].

Ningishzida « Porte-trône » apparaît dans le récit de la Mort d'Ur-Nammu comme un jeune guerrier. Il est pourtant connu jusqu'alors comme un dieu mourant de la végétation[Note 9]. Les circonstances mythologiques de son changement de fonctions sont évoquées dans le récit rédigé en sumérien : le Voyage de Ningishzida aux Enfers. Dans ce récit, le dieu est promu « Porte-trône » — ou « chambellan »[72] — suite à sa capture par des Gallu (envoyés des Enfers) et de son transport en bateau vers les Enfers. Ceci en dépit des tentatives de l'une de ses sœurs pour le sauver de son triste exil. En tant que « Porte-trône », Ningishzida, tout comme Namtar, a comme fonction d'accueillir les fantômes et les êtres maléfiques renvoyés aux Enfers par l'accomplissement d'exorcismes[73]. En tant que personnage infernal, il est symbolisé par un serpent venimeux à corne parfois représenté sur ses épaules. En revanche, c'est en tant que gardien du royaume du Ciel qu'il apparaît aux côtés de Dumuzi dans le mythe d'Adapa[71].

Le rôle de scribe est tenu par deux divinités féminines qui portent le titre de chef scribe des Enfers : Ninazimu'a l'épouse de Ningishzida et Geshtinanna la sœur de Dumuzi. La seule mention de Ninazimu'a est celle trouvée dans le texte de la Mort d'Ur-Nammu. Elle figure dans liste des dieux à qui le roi offre des présents avant de rentrer dans le monde des morts[74].

Mais Geshtinanna, plus connue pour être la sœur de Dumuzi, devient l'épouse de Ningishzida alors que Gudéa (gouverneur de la cité-État de Lagash, de à ) fait de ce dernier l'un de ses dieux personnels et fait des deux déesses une unique déesse à Lagash. Ce qui explique, sans doute, la présence de Ninazimu'a en tant que chef scribe dans la liste de la Mort d'Ur-Nammu. Les deux déesses reprennent ensuite chacune leur chemin respectif : Ninazimu'a comme épouse de Ningishzida et Geshtinanna comme sœur de Dumuzi. Au cours de son voyage onirique, Enkidu décrit Geshtinanna (« Bêlet-Sêri » en akkadien) dans son rôle de scribe des Enfers agenouillée aux pieds d'Ereshkigal. La fonction de scribe apparaît comme celle qui consiste à enregistrer l'entrée des morts dans les Enfers[75].

L'aspect divin de Gilgamesh à tendance à être occulté par la recherche de l'existence historique du roi Gilgamesh qui prend beaucoup d'importance auprès les assyriologues. Héros humain pour qui la mort est une obsession dans les mythes moins connus de La mort de Gilgamesh et Gilgamesh, Enkidu et les Enfers, Gilgamesh est aussi une divinité infernale du pays de Sumer. Sa divinité est signalée pour la première fois pendant la période des dynasties archaïques ( à ) sur l’une des grandes listes de divinités de Fara et, au milieu du IIIe millénaire av. J.‑C., un premier objet votif lui est dédié : une masse d’armes. Des tablettes de comptabilité de la même période provenant de Lagash renseignent sur l'existence de plusieurs sacrifices dédiés au dieu Gilgamesh et attestent de sa présence dans plusieurs rituels de la fête de Baba qui est, avec le mariage sacré, la principale fête de la ville. Ces sacrifices sont encore avérés pendant la Troisième dynastie d'Ur ( à ) pour laquelle il existe un vase funéraire de marbre avec une référence à Gilgamesh lié aux Enfers. C'est durant cette période que l'on retrouve des citations comme « Gilgamesh (est) le concierge » à mettre en relation avec « Gilgamesh concierge aux Enfers ». À cela, il faut ajouter la Mort d'Ur-Namu, un texte qui narre l'arrivée aux Enfers d'un roi ayant régné de à , qui décrit Gilgamesh comme l’un des « sept dieux des Enfers » et, dans la première des Élégies du Musée Pouchkine[Note 10], c’est Gilgamesh qui salue un père décédé à son arrivée aux Enfers[77].

Le dieu du soleil Shamash, pourtant plus rattaché au Ciel qu'aux Enfers, intervient parfois dans des mythes en rapport avec les Enfers : notamment dans la Descente d'Inanna aux Enfers et dans le Rêve de Dumuzi où il sauve le dieu Dumuzi dans sa fuite face aux envoyés des Enfers, Gallu, ou dans l’Épopée de Gilgamesh où il ouvre un chemin vers l'En-bas afin de permettre au héros Gilgamesh de discuter avec son ami Enkidu piégé dans les Enfers. Cela est probablement dû au cycle du soleil de Shamash : le soleil est amené, entre son coucher et son lever, à traverser les sphères de l'En-bas avant d’émerger à l'est au petit matin avant de traverser le ciel pour une nouvelle journée[78].

Les démons[modifier | modifier le code]

Photographie couleur d'une plaque de métal avec trois rangées de personnages en reliefs.
Posée au chevet du malade, cette petite plaque protège ce dernier contre la démone des maladies Lamashtu (visible sur la face avant de la plaque). Pazuzu, représenté au dos (sa tête est visible sur le haut) incite la démone à fuir. Période néo-assyrienne[79]. Musée du Louvre, Paris.

Il n’existe, ni en sumérien, ni en akkadien de terme générique pour désigner les « démons ». Mais il existe des êtres que l'on peut rapprocher de ce concept : les esprits de morts (Etemmu) sans sépulture ou ayant trépassé dans des circonstances stressantes[Note 11]. Ces fantômes tourmenteurs[82] n'ont que rarement fait l’objet de descriptions détaillées mais ils sont considérés par les Mésopotamiens comme la personnification des maux qui sévissent parmi les hommes et sont hiérarchiquement situés entre les hommes et les dieux, plus puissants que les premiers et moins que les seconds. Ils s'introduisent alors dans leurs victimes par les oreilles et provoquent des maladies mentales ou de nombreux malheurs qui ne pourraient être expliqués que par la possession exercée par l'un d'entre eux sur un malchanceux vivant[83],[84].

À part les esprits des morts en colère, il existe d'autres êtres comparables aux démons qui appartiennent directement au monde des Enfers. C'est le cas des sept « Utukku », souvent énumérés dans plusieurs rituels d'exorcisme, des descendants d'Anu qui secondent le dieu Nergal dans ses œuvres guerrières. Les démons « Gallu », viennent aussi des Enfers : également au nombre de sept, ils accompagnent Inanna lors de sa remontée du monde d'en-bas et l'obligent à désigner un substitut pour l'y remplacer. Ils ramènent aussi Dumuzi ou Ningishzida aux Enfers[85],[73].

Ce n'est qu'au début du Ier millénaire av. J.‑C. que les démons apparaissent sous la forme d'entités infernales qui sont, pour ainsi dire, indépendantes — et qui préfigurent l'imagerie médiévale de l'Enfer[86]. Au début de leur apparition dans l'imaginaire mésopotamien, ils sont créés par les dieux afin d’exécuter une sentence dictée par ceux-ci à l'encontre des humains peu respectueux des lois. Ils prennent, par la suite, chacun un nom et une origine infernale. Parmi eux, se trouvent Namtaru le démon des morts — à l'origine Namtar, le vizir d'Ereshkigal —, Lamashtu, démone des maladies accompagnée de ses deux acolytes Labashu démon de la fièvre et Ahhazu qui rend le corps jaune et la langue noire. Le démon Lilu et la démone Lilitu, deux démons stériles qui, privés d’époux, cherchent désespérément un partenaire en la personne d'imprudents hommes et femmes seuls qui auraient la mauvaise idée de dormir la nuit sur une terrasse. Sans oublier Pazuzu chef de tous les démons qui est invoqué dans des rituels d'exorcisme pour imposer aux autres démons de se retirer du corps des malades[85].

La mort chez les Mésopotamiens[modifier | modifier le code]

Le simple fait d'évoquer la mort est, pour les Mésopotamiens, synonyme de danger. Le fait de mourir est donc souvent contourné par une allusion du type « il est allé à son destin », « son destin l'a saisi » ou encore « il est retourné à son argile[87] ». Toutefois, devant les nombreux facteurs de mortalité de l'époque[Note 12], la mort semble être intégrée dans la vie quotidienne : la seule source d'indignation ou de scandale moral paraît être la disparition de jeunes gens qui n'ont pas encore « accompli leur destin »[88],[89].

Impossible immortalité[modifier | modifier le code]

Parmi les différents aspects que la mort peut revêtir, les Mésopotamiens retiennent son caractère inéluctable et inévitable. La mort est le tribut des humains et seuls les dieux sont immortels. Ainsi, Gilgamesh échoue de justesse dans sa tentative de ravir le secret de l'immortalité auprès du seul être humain à échapper au terrible destin de mort, Uta-Napishtim et, dans le mythe d'Adapa, trompé par son maître Éa, Adapa, n'absorbe pas la nourriture d'immortalité pourtant proposée par le dieu Anu lui-même. Ces deux récits prouvent qu'il y aura toujours un dieu pour veiller à ce qu'aucun homme ne s'empare de l'immortalité réservée aux seuls dieux[90].

« À lui (Adapa), il lui donna la sagesse, mais il ne lui donna pas l'immortalité. »

— Mythe d'Adapa[91], fragment A, col. I: 4'

Le mythe du Rêve de Dumuzi, dont le style semble très proche de l'ancienne tradition orale[92],[93] témoigne également du caractère inévitable de la mort. Dumuzi le berger est pourchassé par les envoyés des Enfers après un rêve interprété par sa sœur Geshtinanna comme un présage de sa mort prochaine. Le rêve est considéré comme un des moyens avec lequel les dieux dictent leur volonté aux hommes. Ici, le mythe illustre le destin inéluctable et injuste que porte le jeune berger : il est appelé, à travers sa capture par les Gallu, à mourir sans aucune raison, de manière horrible parce que les dieux en décident ainsi[94].

Pourquoi mourir ?[modifier | modifier le code]

C'est dans l'Épopée d'Atrahasis (ou Poème du Supersage) qu'est définie la mort[95]. Les premiers dieux, les Anunnaki, dirigent le monde et sont servis par les Igigi. Suite au travail épuisant qui leur est demandé par leurs maîtres, ceux-ci se révoltent. Éa (également appelé « Enki » dans le même récit) crée l'Homme afin qu'il continue le travail des Igigi. La création se fait à partir d'une composante divine — le corps d'un dieu mineur, Wé, sacrifié pour l'occasion. Cette composante divine est insufflée dans de l'argile ; ce qui rend l'homme friable et le différencie des autres dieux par sa mortalité. Cependant, aucune limite d’espérance de vie n'est fixée et les dieux imposent des calamités aux hommes afin d'en réguler la population[96]. Finalement, Enlil, fatigué du tapage incessant, décide d'en finir avec l’humanité et provoque le Déluge[97].

Mais Enki prévient les hommes par un rêve qu'il envoie à son ami humain Atrahasis. Il lui conseille de construire une arche, d'y embarquer avec lui les spécimens de chaque être vivant. L'humanité ainsi sauvée peut se reproduire et travailler à nouveau et faire des offrandes aux dieux. Mais, cette fois-ci, Enki demande à Nintu, la mère des hommes, de raccourcir l'espérance de vie de ses enfants et donne aux hommes la mort comme destin[95]. Les dieux inventent également la mortalité infantile et imposent la stérilité à certaines femmes et notamment à trois catégories de prêtresse[98].

Dans le récit, les dieux ne fixent d'abord pas la durée de vie des hommes mais ceux-ci disparaissent suite aux calamités provoquées par les dieux. Pour les Mésopotamiens, il y a donc deux façons de mourir : la mort prématurée seule présente dans les temps d'avant le Déluge et celle, naturelle, qui ne fait son apparition qu'après celui-ci. L'assyriologue Wilfred George Lambert considère la situation antédiluvienne similaire à celle d'Adam et Ève dans l'Éden où l'Homme jouit d'une vie éternelle qui, suite à un écart de conduite, voit sa durée réduite[99].

Mais pour Véronique Van der Stede, rien dans ce récit n'indique qu'il existe de différences entre la mort des hommes d'avant et celle d'après le Déluge et la demande que le dieu Enki formule auprès de la déesse Nintu est l'objet d'extrapolation d'une lacune dans le manuscrit de l'Atrahasis. Pour elle, les hommes, sont dès le départ créés mortels. C'est parce que le nombre de morts n'équivaut pas au nombre de naissances que la population humaine croît au point d'incommoder Enlil. Pour l'historienne, même si le récit de l'épopée d'Atrahasis fournit des informations sur la mort en Mésopotamie, il n'a pas pour but, aux yeux des Mésopotamiens de l'époque, d'expliquer pourquoi elle survient[100].

L'Etemmu[modifier | modifier le code]

Avant de descendre dans les Enfers, le mort se sépare en deux : son cadavre rituellement enterré et son Etemmu (Gedim en sumérien[Note 13]). L’Etemmu correspond à la part divine de l'homme[102]. Insufflée par Enki à l'aide la chair du dieu Wé dans le récit de l’Épopée d'Atrahasis, cette part divine permet à l'homme de travailler pour les dieux. Elle est également sa part immortelle, celle qui survit à la mort de sa partie constituée d'argile[103].

« De par la chair du dieu, il y aura dans l'homme un esprit
qui le démontrera toujours vivant (après sa mort).
Cet esprit sera là pour le garder de l'oubli. »

— Épopée d'Atrahasis[104]

L'historien Tzvi Abush considère que les Mésopotamiens pensent l'Homme formé par trois parties : l'intelligence (temmu) transmise par le sang du dieu Wé (par la réunion du dieu « Wé » et de la « temmu »), la forme humaine (« body soul ») et l’Etemmu ou esprit du mort transmis par le corps du dieu (« death soul »). Le sang du dieu Wé différencie l'humain des choses inertes, lui apporte vie et l'anime. Ce qui tend à amener l’Etemmu à une notion d'âme. Il base son interprétation sur un passage de l'épopée d'Atrahasis qui fait mention de bruits de tambours qu'il assimile aux battements du cœur[105]. Mais cette interprétation se heurte à l'aspect post-mortem de l’Etemmu — que souligne Jean Bottéro [106] — et se base sur une reformulation du terme « uppu » (« son du tambour » pouvant se rapprocher des battements du cœur) pour lequel aucun argument ne permet d'en rapprocher la signification au sang[107].

Pour Jean Bottéro, les Mésopotamiens ne cultivent pas encore l'idée de l'âme qui habite et anime le corps. L’Etemmu est plus une sorte de réponse à l'incompréhension du néant, du vide que laisse la personne disparue. L’Etemmu est une sorte de fantôme basé sur le souvenir que les vivants ont du mort. Entre éveil et sommeil, il apparaît sous forme d'ombres ou d'apparitions fugaces. Par ailleurs, ce fantôme peut être rappelé des Enfers par certaines personnes afin d'être interrogé par les vivants[108] et, s'il devient indésirable, son renvoi vers le Grand En-bas devient l'occasion d'un rite d'exorcisme où l’Etemmu qui hante les vivants est, par exemple, confié au dieu Tammuz lors de sa descente annuelle vers les Enfers afin qu'il les guide, en bon berger, vers l'endroit d'où ils ne devraient plus revenir[Note 14],[109].

Le caractère furtif et immatériel de l’Etemmu rend sa reconnaissance difficile. Si, dans des notes d'exorcismes, l’Etemmu est souvent qualifié de « double du mort », il n'est pas vraiment possible de déterminer s'il possède la même physionomie de son vivant ou s'il est possible de le reconnaître pleinement. Ici, les mythes et les textes d'exorcismes diffèrent presque diamétralement. Si les textes d'exorcisme demandent de nommer le mort avant de réciter une formule magique, il est difficile de savoir par quel critère ce mort est reconnu et, si certains affirment voir un revenant, il est rarement identifié formellement. Un texte d'exorcisme fait, par exemple, état d'un rêveur qui reconnaît son père mais qui, quelques lignes plus loin, doit livrer une liste de personnes pouvant possiblement troubler son sommeil. Les mythes, quant à eux, ne sont pas aussi vagues ; dans l’Épopée de Gilgamesh, le héros recommande à son ami Enkidu de ne pas embrasser ou frapper son épouse et son fils. Ces derniers sont donc supposés reconnaissables. D'autre part, Enkidu remonte des Enfers pour parler à Gilgamesh qui le reconnaît et, même, le touche. De son côté, le roi Ur-nammu reconnaît les anciens prêtres de son clergé et d'anciens souverains venus l’accueillir à son entrée aux Enfers[110].

Le séjour aux Enfers[modifier | modifier le code]

Le même endroit pour tous[modifier | modifier le code]

À l'image d'une grande caverne sombre, silencieuse, humide et froide, les Enfers sont perçus par les Mésopotamiens de manière très pessimiste : le destin du mort n'y est aucunement joyeux, le plaisir et l'affection en sont totalement absents[Note 15] : le mort sous sa forme d’Etemmu, y entre pour y vivre une pâle réplique de sa vie terrestre. D'après l’Épopée de Gilgamesh et la Descente d'Ishtar aux Enfers, le mort s'y « alimente de terre », « s'abreuve d'eau trouble » et y accomplit dans l'obscurité les mêmes gestes que dans sa vie d'avant[112],[113]. Le sort des morts y est fixé pour toujours et il n'est nulle part fait mention d'une éventuelle résurrection finale ou d'une réincarnation[114].

« En la Demeure où les arrivants
Sont privés de lumière,
Ne subsistant plus que d'humus, alimentés de terre,
Affalés dans les ténèbres, sans jamais voir le jour,
Revêtus, comme des oiseaux, d'un accoutrement de plumage. »

— Descente d’Ishtar aux Enfers - Environs du Xe siècle av. J.-C.[115]

L'historienne Jo-Ann Scurlock souligne toutefois que la description des Enfers proposée par les auteurs de la Descente d'Ishtar aux Enfers, représente probablement une vision volontairement altérée des Enfers : une vision présentée d'un point de vue des vivants ou d'Ishtar elle-même. Elle rappelle que le soleil de Shamash, dans sa course entre le jour et la nuit, séjourne alternativement au-dessus et en dessous de la surface de la terre et qu'il illumine donc tant le monde des vivants que le monde des morts. Même si ces derniers subissent un séjour terne, qu'ils reproduisent sans cesse les mêmes gestes produits durant leur vie, il reste possible qu'ils puissent manger du pain et boire de l'eau claire. Tout cela, dans une société similaire à celle des vivants régie par une hiérarchie représentée par le couple Nergal-Ereshkigal qui règne, comme chez les gouverneurs vivants, dans un luxueux palais fait de lapis-lazuli[116].

Rien dans la littérature mésopotamienne ne laisse entendre qu'un mort est jugé à son entrée dans les Enfers pour les actes commis pendant sa vie : exception faite des rois qui gardent leur rang, tous les morts vivent le même destin aux Enfers peu importe la conduite morale adoptée de leur vivant. S'il existe bien des juges des Enfers, les Anunnaki, ceux-ci ne font qu'enregistrer l'arrivée des morts, respecter la loi des Enfers et ne gèrent que les aspects internes et fonctionnels de ceux-ci[117]. Ainsi, le pire qu'il puisse arriver à un esprit face à un Anunnaki, c'est de se voir interdire l'accès au monde des morts, faute de sépulture. Un Anunnaki est plutôt appelé à accueillir les esprits des morts, leur assigner une place et à les instruire à propos des règles des Enfers[118]. Par exemple, dans le récit de la Descente d'Inanna aux Enfers, les sept Anunnaki rappellent à Inanna que, si elle veut remonter sur Terre, elle doit trouver un substitut vivant. C'est leur jugement qui condamne la déesse à rechercher un membre vivant de sa famille ou de ses proches pour la remplacer dans les Enfers[47].

« Mais, alors qu'elle se préparait
À remonter du monde d'En-bas,
Les Anunna la retinrent (et lui dirent) :
« Qui donc, descendu au monde d'En-bas,
En est jamais ressorti quitte ?
Si donc Inanna veut remonter du monde d'En-bas,
Elle doit nous remettre un substitut ! »
 »

— Descente d’Inanna aux Enfers - XVIIe siècle av. J.-C.[119]

Il existe, en parallèle à la cour des Anunnaki, deux autres cours de justice : celle présidée par le héros devenu dieu Gilgamesh et celle présidée par le dieu du soleil Shamash. Il semble que dans la cour de Gilgamesh les fantômes et les démons règlent leurs différends lorsque l'un d'entre eux offense l'autre. La cour de Shamash est, de son côté, compétente en toutes affaires qui concernent les rapports entre les morts et les vivants : Shamash y punit les esprits qui torturent les vivants et autorise les esprits errants à rejoindre le monde des morts[118].

À la lumière du mythe de la Descente d'Inanna aux Enfers, où Inanna est lentement dépouillée de ses vêtements, il est permis de penser qu'après le passage des portes du Ganzer, les morts sont totalement dépouillés[112]. Mais l’historienne Dina Katz met en évidence plusieurs indices qui indiquent le contraire : le roi Ur-Nammu arrive au royaume des morts en char, porteur de somptueux cadeaux faits aux dieux et les cadavres dans les tombes semblent presque tous habillés et pourvus de présents. D'après l'historienne, la nudité d'Inanna/Ishtar est une exception à la règle qui remplit quelques fonctions plutôt internes au mythe[120]. De plus, dans Gilgamesh, Enkidu et les Enfers, Gilgamesh instruit son ami que, pour se déplacer dans les Enfers sans y être retenu, il devra porter un vêtement sale afin d'éviter d'être repéré par les morts[121].

D'autres part, les morts sont souvent comparés à des oiseaux : Enkidu raconte à Gilgamesh qu'il est transformé en oiseau pour être mené aux Enfers, un document de Lagash datant de la fin du IIIe millénaire av. J.‑C. compare les morts à des oiseaux, dans la Descente d'Inanna aux Enfers les morts sont « revêtus, comme des oiseaux, d'un accoutrement de plumage » et les morts sont parfois placés dans leur sépulture parés de bijoux représentant des figures d'oiseaux, comme si ceux-ci devaient emmener leur porteur vers le monde d'en-bas[122].

Des conditions différentes[modifier | modifier le code]

Les tristes conditions d’existence aux Enfers peuvent être allégées. Cela dépend de la façon dont les descendants du mort traitent et célèbrent leurs ancêtres disparus, d'où l'importance apportée, dans le mythe de la Descente d'Inanna aux Enfers, aux rites funéraires qui peuvent alléger le triste destin des disparus[123],[113].

Une sépulture appropriée[modifier | modifier le code]

 Photo prise de haut d'un vaste cimetière. Une route passe à travers l'étendue de constructions.
Les abords des villes mésopotamiennes anciennes sont souvent pourvus de cimetières similaires à celui de Wadi-us-Salaam[124].

Le mort est presque toujours enterré[Note 16] : l’enterrement est considéré comme le seul passage possible vers le pays sans retour. Simplement enterré, dans une jarre, dans un caisson d'argile ou dans une tombe élaborée[36], il est généralement vêtu en rapport avec sa situation sociale. Il semble transporté vers son lieu d'inhumation en cortège funèbre composé des membres de la famille en deuil dans une ambiance de lamentations chantées a cappella et parfois rythmées par le poing frappant sur le torse. Les cérémonies de deuil semblent durer à peu près sept jours pendant lesquels les membres de la famille ne se lavent plus ni ne portent de vêtements d'apparat[Note 17]. Pendant ce temps de deuil les amis du mort, parfois accompagnés de pleureuses professionnelles, sont supposés montrer publiquement leur peine. Enfin, le septième jour est consacré à la purification des membres de la famille endeuillée[126],[127].

Le type de tombe varie en fonction de l'époque et de la région : tantôt des caveaux ou des tombes particulières ou royales dans des nécropoles aux abords des grandes villes. Parfois des caveaux sont confectionnés sous les maisons familiales, mais cette dernière pratique est plus couramment destinée aux enfants. Il semble aussi que dans le sud de la Mésopotamie certains corps sont enfouis dans des marais à roseaux dédiés à Enki[126].

Coiffe dorée et colliers présentés sur un mannequin.
Reconstitution des parures de la Dame Pu-abi retrouvées dans sa tombe à Ur, v. 2500 av. J.-C., British Museum.

Les tombes vont de simples fosses pour les plus modestes aux sépultures plus élaborées pour les morts dont le statut social est plus élevé. Ces dernières sont pourvues de chambres funéraires maçonnées, rocailleuses ou en pierre parfois accessibles à partir d'un puits d'accès. Certaines d'entre elles sont de vrais mausolées en pierres précieuses. Souvent la chambre funéraire, même dans les tombes les plus pauvres, semble être bordée de tapis tissés de roseaux ou de feuilles de palmier[128]. Les plus riches tombes sont les tombes royales construites durant la période des dynasties archaïques (environ à ) découvertes dans le secteur sacré d'Ur : certaines possèdent de nombreuses chambres dont l'occupant principal est accompagné des corps de ses serviteurs, soldats et animaux de combat ou de trait. Dans une tombe baptisée par les archéologues le « Puits de la mort », sont découverts les restes de 74 personnes : des corps, souvent rangés et soigneusement alignés qui font penser que ces personnes sont droguées avant d'être enfermées ou qu'elles accompagnent de leur plein gré le mort dans son dernier voyage vers les Enfers. Il est à noter qu'une telle pratique est cependant très limitée en Mésopotamie : elle n'a plus lieu durant les périodes ultérieures et les sépultures des rois d'autres époques sont souvent situées dans leur palais ou aux abords de celui-ci[129]. Mais ce type de tombes amène les chercheurs à penser que, si tous les morts arrivent au même endroit, les différences sociales et la hiérarchie en place dans le monde des vivants sont conservées dans le monde des morts[130]. Pour les personnes de statut plus moyen, il n'est pas rare de glisser dans la sépulture quelques objets précieux ou, pour les plus démunis, quelques aliments ou talismans destinés à accompagner le mort dans son long voyage à travers la large steppe située entre les vivants et le pays des morts[131].

L'absence de sépulture — synonyme d'oubli du mort [132] — par négligence des héritiers — ou dans le cas où les rites funéraires sont mal exécutés[113] —, parce que le corps est brûlé ou que ce dernier est perdu dans la tourmente de la guerre et laissé au soleil sans ensevelissement, est considérée par les Mésopotamiens comme une véritable malédiction. Dans ce cas, l’Etemmu devient un esprit qui erre à travers la steppe et hante les vivants jusqu'à ce que lui soit donné une sépulture[133]. Ainsi, dans Gilgamesh, Enkidu et le monde des morts, Gilgamesh questionne le fantôme de son ami Enkidu[113] :

« As-tu vu celui qui a été dévoré par un lion ?
– Il pleure amèrement « Oh mes mains ! Oh mes jambes ! »
– As-tu vu celui qui est tombé du toit ?
– Ils ne peuvent [rassembler] ses os.
– As-tu vu le lépreux ?
– Il se crispe nerveusement comme un bœuf tandis que les vers le rongent.
– As-tu vu celui qui est tombé au combat ?
– Je l’ai vu.
– Qu’est-il advenu de lui ?
– Son père et sa mère ne sont pas là pour lui tenir la tête, et sa femme pleure.
– As-tu vu l’esprit de celui qui n’a pas eu d’offrandes funéraires ?
– Je l’ai vu.
– Qu’est-il advenu de lui ?
– Il mange les restes et les miettes […] jetés dans la rue. […]
– As-tu vu celui qui a été consumé par le feu ?
– Je ne l’ai pas vu. Son esprit n’est plus. Sa fumée s’est élevée vers le ciel. »

— Gilgamesh, Enkidu et le monde des morts[113].

Pour envoyer un Etemmu malfaisant aux Enfers il est possible de pallier l'absence de dépouille mortelle ; certains textes d'exorcisme recommandent alors de fabriquer une statuette qui représente le mort et de l'enfouir avec le visage et les pieds orientés vers la « Porte du soleil couchant », à l'ouest, envoyant ainsi l’Etemmu au pays sans retour[38]. La privation de sépulture est en outre considérée comme une punition des plus graves comme celle, assortie du supplice du pal, qui vise à châtier une femme qui commet le crime d'avortement[134].

Le mort enterré est supposé ne pas être dérangé par les vivants et la profanation de sa tombe est considérée comme un grave sacrilège. Malgré tout, certaines familles qui déménagent vers une autre ville ouvrent la tombe de leurs ancêtres et emportent les ossements de ceux-ci pour les déposer à leur nouveau domicile ou dans un caveau qui y est attaché. Il est également rapporté que certains rois néo-babyloniens se livrent au saccage de sépultures des rois vaincus leur infligeant ainsi une dernière torture au-delà de la mort[133].

Rites funéraires et descendance[modifier | modifier le code]

L’observance des rites funéraires fait partie des devoirs familiaux fondamentaux de la société mésopotamienne. Ceux-ci s'exercent sous la responsabilité de l’aîné masculin de la famille, d'où l'intérêt de donner le jour à au moins un héritier mâle avant de rejoindre les Enfers[Note 18],[133],[136].

En fait, avoir beaucoup d'enfants au moment de mourir est une autre façon d’avoir une vie meilleure aux Enfers. Le père ou la mère de nombreux enfants s'assurent un culte funéraire pendant des années, tandis que ceux qui n'ont pas d'héritier courent le risque de n'avoir aucune offrande funéraire. Dans Gilgamesh, Enkidu et le monde des morts, « l’homme qui possède sept fils siège sur un trône », celui sans héritier mange du « pain qui ressemble à une brique cuite au four » et celui qui ne s'est pas uni avec sa femme « pleure continuellement en tressant une corde ». Mais il est courant qu’un individu sans héritier adopte une autre personne à qui il lègue tous ses biens à sa mort. En échange, l'adopté s'engage à perpétuer les rites funéraires adressés à son père adoptif[113]. En retour des bons soins apportés par les héritiers, les morts — parfois inhumés dans une nécropole à proximité du mausolée d'un héros, du temple d'un dieu ou, dans la mort, plus proches des dieux — pouvaient intercéder auprès des divinités afin d'aider leur progéniture dans leur vie sur terre[137].

Certains rites semblent s’exécuter quotidiennement, en versant parfois de l'eau et de la nourriture sur le sol — en bien moindre quantité que celle consommée par un vivant[138] — tout en prononçant plusieurs fois le nom de l'ancêtre mort. Parfois des sacrifices de tortues ou de tourterelles sont effectués et des paniers, pots et objets en argent ou en cuir sont offerts au mort[133],[136]. Certaines sépultures sont pourvues d'une sorte de tuyau partant du sol jusqu'au niveau du corps du mort afin d'y faire couler les boissons nécessaires à son existence aux Enfers[139]. Le rituel du Kispu (en akkadien, partage de la chèvre[140]) consiste en un repas funéraire organisé par la famille du mort où les Etemmu des parents disparus sont invités à partager le repas des vivants[136]. La fréquence de ce type de rituel reste encore l'objet de recherches : pour Jean Bottéro il a lieu à chaque fin de cycle lunaire, moment où toutes les choses se terminent[138]. Jo Ann Scurlock précise qu'il se produit à chaque nouvelle lune et à chaque pleine lune pour la famille royale. Les cérémonies du mois de Abu (juillet/août) sont plus longues : il y est possible de demander directement aux morts de donner des conseils aux vivants ou de les prier d'arrêter de faire du mal aux vivants[141]. Les souverains semblent également offrir le Kispu à leurs ancêtres afin de leur demander de les aider à rendre le pays prospère[Note 19]. Dans de plus grandes sépultures, des entrées spéciales et des escaliers donnent accès à une pièce spécialement aménagée pour le Kispu. Au cours de ces repas, les convives échangent entre eux les souvenirs qu'ils ont des morts, ce qui a généralement pour effet concret de renforcer la solidarité entre les familles/clans[63]. Ces souvenirs, à l’exception des personnages illustres, s'arrêtent pourtant à la troisième génération ; sans doute, seconde et véritable mort dans « l'oubli universel » des hommes[140],[133].

Les Enfers mésopotamiens et d'autres mythes[modifier | modifier le code]

Les Enfers grecs[modifier | modifier le code]

De même que les Enfers mésopotamiens, les Enfers grecs décrits par Homère sont un lieu de corruption et de décadence, un endroit sans lumière où les morts séjournent dans une sombre existence sans la consistance d'un corps, ils sont tous deux dirigés par un couple (Perséphone et Hadès pour les Grecs - Ereshkigal et Nergal pour les Mésopotamiens) et le nom du dirigeant (Hadès et Ereshkigal/Irkalla) est parfois utilisé pour dénommer les Enfers eux-mêmes[142],[143]. Ce sont des caractéristiques qui se retrouvent également dans la description du Sheol des Hébreux[144].

D'autre part, tant du côté des Mésopotamiens que des Grecs, les Enfers utilisent les services de juges, mais si, du côté des Enfers grecs, ceux-ci filtrent et dirigent les morts en fonction de la conduite morale adoptée durant leur vie passée, la condition d'avoir une sépulture correcte est un point commun avec les Enfers mésopotamiens. De plus, l'administration infernale mésopotamienne est beaucoup plus peuplée que celle des Grecs : cela reflète, sans doute, le côté plus théocratique des villes de Mésopotamie. S'il n'y pas vraiment d'équivalent grec aux sept portes du Ganzer mésopotamien, les Enfers sont séparés des vivants par un fleuve (le Styx pour les Grecs) qui, comme en Mésopotamie, doit être traversé avec l'aide d'un passeur (le Grec Charon). En outre, il y a un gardien monstrueux qui garde la porte des Enfers : Cerbère, un chien aux multiples têtes et, du côté mésopotamien, un monstre néo-assyrien à la tête de l’oiseau Anzû avec quatre mains et quatre pieds. D'un point de vue mythologique, les personnages grecs comme Orphée, Héraclès ou Thésée qui effectuent des descentes et des remontées des Enfers n'ont pas beaucoup de points communs avec les personnages mythologiques de Mésopotamie comme Dumuzi, Inanna ou Nergal. La descente d'un personnage comme Inanna dans la Descente d'Inanna aux Enfers et son remplacement par un autre lui permettant de remonter n'a pas d'équivalent dans la mythologie grecque[145]. Cependant, le thème de la disparition et de la renaissance de la végétation en parallèle à la descente de la déesse mésopotamienne se retrouve également dans le mythe grec de Perséphone, fille de Déméter[146],[147].

Pour l'historien Martin L. West, il existe une similarité entre la Mésopotamie et la Grèce sur le thème de l'impossibilité des hommes à atteindre l'immortalité. Dans un poème d'Ibycos, Zeus donne l'élixir d'immortalité aux hommes qui le déposent dans le bât d'un âne. Au cours du voyage, l'âne désire se désaltérer à une fontaine. Mais celle-ci est gardée par un serpent qui demande à l'âne l’élixir qu'il transporte en échange de l'eau de la fontaine. L'âne pour qui l'eau a plus d'importance que l'immortalité accepte et donne au serpent l'élixir comme prix de quelques gorgées d'eau de la fontaine. Le serpent disparaît ensuite avec l'élixir. Cette histoire rappelle le moment où un serpent vole les herbes d'éternelle jeunesse à Gilgamesh alors que celui-ci se baigne à une source[148].

Les Enfers mésopotamiens et la Bible[modifier | modifier le code]

Il semble que le mot babylonien « Shu'aru » se rapporte à une autre appellation des Enfers et constitue l'origine du mot « Sheol ». Mais cette interprétation est vivement contestée dans la communauté des historiens[143],[142].

En revanche, selon l'historien des religions Daniel Faivre, il existe de nombreux points communs entre le Sheol des Hébreux et l’Irkalla akkadien tel qu'il est, entre autres, décrit dans la Descente d'Ishtar aux Enfers : les deux lieux sont de mornes terres souterraines, grises et poussiéreuses où demeurent les morts au cours d'un triste et éternel séjour. En outre, le thème de la mort assimilé au retour à la terre (ou à la poussière) très similaire à l'idée que les Mésopotamiens se font de leur séjour aux Enfers est présent dans l’Ancien Testament. Le séjour des morts y est très souvent désigné par le terme hébreu « èrèts » voulant dire « terre » équivalent à l'akkadien Ershetu ou encore au sumérien Kigallu (Grande Terre). Enfin, les quelques traces subsistantes de la religion hébraïque ancienne laissent également apparaître quelques indications sur des divinités infernales : un couple Bélial-Sheol doté de prérogatives similaires à celles du couple suméro-akkadien Nergal-Ereshkigal[Note 20]. Plus tard, par syncrétisme, Nergal/Bélial devient un ange déchu et Ereshkigal/Shéol devient le lieu même des Enfers[143],[142].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'histoire de la Mésopotamie trouve ses racines dans la période d'Obeïd (VIIe millénaire av. J.‑C.) et s'étend plus particulièrement entre, d'une part, la civilisation d'Uruk au IVe millénaire av. J.‑C. — qui voit l'apparition de l'écriture cunéiforme — et, d'autre part, l'arrivée des Séleucides (-) qui fait suite aux conquêtes d'Alexandre le Grand. Cette large période est traversée par différentes civilisations de langues sumérienne et/ou sémitiques. La Mésopotamie est située dans la région historique du Croissant fertile dans le Proche-Orient ancien, entre les fleuves Tigre et Euphrate. Elle correspond, pour sa plus grande part, à l'Irak actuel[2].
  2. Le symbole du mot Kur est également utilisé pour designer une montagne[6].
  3. Ki est toutefois plus attribué à la surface de la terre[8].
  4. Il semble que de manière générale les mésopotamiens utilisent le terme de « fosse » ou de « tombe » pour désigner les Enfers en relation avec l'endroit où ils sont enterrés[21].
  5. Le Pukku et le Mekku' sont, dans la version sumérienne de l'épopée, deux instruments façonnés par Gilgamesh à l'aide du bois de l'arbre Huluppu. La nature exacte de ces deux objets est sujet de nombreuses conjectures : il pourrait s'agir d'un tambour et de sa baguette, un cercle et de sa baguette faisant partie d'un jeu de cerceau ou encore d'une balle et d'un maillet utilisés dans le cadre d'un jeu de criquet ou de rituels liés au mariage ou qui représentent l’appétit sexuel insatiable de Gilgamesh. Au-delà de leur fonction précise, ils peuvent aussi symboliser les objets de pouvoir à l'aide desquels Gilgamesh opprime le peuple[28].
  6. Un sort similaire est partagé par les autres dieux mourants : Ninghishzida d'une part devient le « Porte-trône » du monde souterrain après la destruction de Gizbanda, la ville dont il est le protecteur et d'autre part, Damu de Girsu devient le dieu guérisseur après qu'un événement qui semble être la destruction de sa ville force les membres de son clergé a émigrer vers Isin. Les deux événements ayant lieu dans le courant de la Troisième dynastie d'Ur. La seule exception à la règle semble être Dumuzi qui finit par assimiler toutes les qualités de ces dieux mourants[44]. Plus tard, après la chute de la dynastie d'Isin (XVIIIe siècle av. J.-C.), c'est au tour de Dumuzi qui, appelé Tammuz par les sémites, devient une divinité secondaire principalement rattachée aux Enfers[45].
  7. Liste écrite pendant la dynastie kassite de Babylone qui répertorie les nombreuses divinités mésopotamiennes. Afin de se repérer à travers les différents noms des dieux mésopotamiens, ou pour les étudier dans leurs écoles, les anciens scribes en compilent de longues listes. La liste des dieux An = Anum comprend un total de sept tablettes. C'est une liste en deux colonnes : la colonne de gauche contient les noms des divinités sumériennes et la colonne de droite leurs équivalents akkadiens. Le titre est inspiré de sa première entrée qui nomme An, le dieu sumérien du ciel, et son équivalent akkadien Anum[51].
  8. Les anunnaki sont également présents dans l'épopée d'Atrahasis. Ce sont les premiers dieux maîtres du ciel et de leurs dieux esclaves les Igigi. La raison et le moment de leur passage du Ciel aux Enfers restent encore inconnus[60].
  9. Comme pour le dieu Ninazu , il semble que Ninghishzida devient le « Porte-trône » du monde souterrain, dans le courant de la Troisième dynastie d'Ur, après la destruction de Gizbanda, la ville dont il est le protecteur[44].
  10. Les Élégies du Musée Pouchkine (au nombre de deux) est une tablette en sumérien découverte à Nippur qui date de . Elle a été donnée par la veuve de l'assyriologue Vladimir Chileïko au musée des beaux-arts Pouchkine de Moscou en [76].
  11. Ou bien le fantôme d'un parent qui a été oublié ou qui n'a pas été invoqué par son nom. Ou d'un fantôme qui erre dans les steppes ou qui est mort à la suite d'une offense contre le roi ou contre un dieu. Le simple fait de mourir de noyade, de froid, de faim ou de soif ou de peur engendre également un fantôme malveillant[80],[81].
  12. Parmi ceux-ci, la sécheresse, les famines souvent créées par les guerres, les épidémies et la mort en couches. Les voyages sont également considérés comme source de risques mortels.
  13. Le signe « Gedim » est, par ailleurs, très proche du signe l’Udug, lequel se rapporte à un type de démon, l'« Utukku », très furtif qui se distingue également à travers des ombres[101].
  14. D'autres rituels exécutés pour expulser des fantômes malveillants se font à l'aide d'incantations complexes incluant l'utilisation de l'urine d'un âne, de l'eau d'un gruau, de l'eau des fossés ou des cendres d'un animal. Ces éléments ne sont pas des offrandes mais bien des éléments nécessaires à la conjuration des maladies. D'autres textes exorcistes demandent de jeter à la rivière une statue de substitution du fantôme, de dessiner des cercles magiques ou de nouer de la laine rouge et blanche[81].
  15. Pessimisme qui trouve peut-être sa source dans les conditions relativement austères de la vie des Mésopotamiens : si la plaine alluviale de Sumer se trouve propice à une production agricole florissante, il n'y a guère d'autres matières premières que de l'argile naturelle[111].
  16. Cependant, l'absence presque complète de sépultures d'adultes durant la période d'Uruk (IVe millénaire av. J.‑C.) laisse penser que l'exposition des cadavres au soleil était, à ce moment-là, une pratique courante[125].
  17. La marque de deuil la plus courante consiste à déchirer son habit et à se couvrir la tête de poussière.
  18. Même si, traditionnellement, l'inhumation est assurée par la famille du mort, il semble, qu'à partir de la moitié du IIe millénaire av. J.‑C., les temples de Nergal commencent à offrir des services d'officiants ou de lamentateurs et peut-être même de fossoyeurs à la population des villes. Peut-être servent-ils aux rites funéraires de prêtresses ou de fonctionnaires royaux n'ayant pas de familles pour assurer leurs obsèques[135].
  19. Des documents datant de la période des dynasties archaïques venant de la ville de Girsu font état d'offrandes faites à des statues de dirigeants décédés qui côtoient celles de membres vivants de la famille régnante. Ces statues n'ont pas grand chose à voir avec les cultes des morts. Situées dans des temples pour être priées sous le regard des dieux, elles sont probablement consacrées, dans un premier temps, à des vivants. Elles ne sont ensuite pas déplacées après la mort de ceux qu'elles sont censées représenter et deviennent les destinataires des offrandes faites aux dirigeants passés de vie à trépas[86].
  20. Le rapprochement avec Geshtinanna/Belili est envisagé mais peu retenu par l'historien.

Références[modifier | modifier le code]

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Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Bottéro, Mésopotamie : L'écriture, la raison et les dieux, Paris, Gallimard, coll. « Folio Histoire », (1re éd. 1987), 560 p. (ISBN 9782070403080) ;
  • Jean Bottéro et Samuel Noah Kramer, Lorsque les dieux faisaient l'homme : Mythologie mésopotamienne, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des Histoires », , 768 p. (ISBN 978-2-0707-1382-0) ;
  • Jean Bottéro, La plus vieille religion : En Mésopotamie, Paris, Gallimard, , 443 p. (ISBN 978-2-07-032863-5) ;
  • Jean Bottéro, Au commencement étaient les dieux, Paris, Tallandier, coll. « Pluriel », , 255 p. (ISBN 9782818503287) ;
  • Francis Joannès (dir.), Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », , 974 p. (ISBN 2-2210-9207-4) ;
  • (en) Dina Katz, The Image of the Netherworld in the Sumerian Sources, CDL Press, , 520 p. (ISBN 9781883053772) ;
  • Véronique Van der Stede, Mourir au pays des deux fleuves : L'au-delà mésopotamien d'après les sources sumériennes et akkadiennes, Louvain, Peeters, coll. « Lettres Orientales » (no 12), , 172 p. (ISBN 9789042919471).

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