Ereshkigal

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Ereshkigal
Mésopotamie
La Plaque Burney également appelée Queen of the Night représente fort probablement la déesse Ereshkigal[1]. British Museum - Londres
La Plaque Burney également appelée Queen of the Night représente fort probablement la déesse Ereshkigal[1]. British Museum - Londres
Caractéristiques
Fonction principale Reine des Enfers
Résidence Kutha
Lieu d'origine Sumer
Période d'origine XXIIIe siècle av. J.-C.
Parèdre Nergal, Ninazu
Associé(s) les sept Anunnaki, Dumuzi, Geshtinanna, Namtar,
Culte
Région de culte Kutha, Assur, Umma en Mésopotamie
Temple(s) Kutha, Assur, Umma

Ereshkigal, la « Dame de la Grande Terre » est la déesse du monde des morts, les Enfers mésopotamiens. Elle est présente dans des récits comme la Descente d'Inanna aux Enfers ou Nergal et Ereshkigal ou dans les Hymnes aux temples. Jusqu'à son mariage avec le dieu Nergal, elle y règne seule, dans le palais du Ganzer, coupée de toutes relations avec les vivants et les dieux d'en haut et seulement assistée de quelques autres dieux infernaux. Même si elle est une déesse importante dans le panthéon mésopotamien, seulement quelques temples et quelques rites semblent lui être dédiés.

Étymologie et origines[modifier | modifier le code]

Ereshkigal signifie en sumérien la « Dame (ERES) de la Grande Terre (KI GAL) ». Elle est la « Reine du monde d'en dessous », la « Reine des morts »[2],[3]. Elle apparaît pour la première fois dans les Hymnes aux temples où elle semble souveraine des Enfers en même temps que son fils Ninazu[4]. Sœur aînée de la déesse Inanna[5], elle est également connue comme la mère de la déesse Manungal[3].

D'autre part, il est fort possible d’interpréter une des nombreuses dénominations des Enfers mésopotamiens « Irkalla » comme étant à la fois le lieu des Enfers et le nom d'une divinité maîtresse des lieux. Dans une liste des dieux paléo-babylonienne, « Irkalla » est également identifié comme nom de la déesse Allatum, assimilée à Ereshkigal[6].

Pendant la Troisième dynastie d'Ur, Ninazu semble disparaître de la gouvernance des Enfers pour progressivement laisser le pouvoir à la déesse : Ereshkigal figure, en effet, sans Ninazu en tête des listes des dieux auxquels Gilgamesh et Ur-Nammu offrent des présents à leur entrée aux Enfers. Elle règne ensuite sans partage, au début de la période paléo-babylonienne, dans la Descente d'Inanna aux Enfers[4]. Dans ce mythe, elle porte le deuil[7] de son mari Gugalanna (le « Taureau du Ciel » sous sa forme populaire) et celui-ci est associé à Ereshkigal dans la liste AN = Anum[Note 1] (sous une forme phonétiquement similaire signifiant ici « Inspecteur des canaux du ciel ») mais semble n'avoir jamais régné sur le monde des morts[9].

Reine des Enfers[modifier | modifier le code]

Dans la Descente d'Inanna aux enfers, Ereshkigal règne dans un « palais de lapis-lazuli », le Ganzer, et donne naissance à des enfants : les jeunes gens qui meurent sur Terre avant leur temps. Ce qui cause les douleurs d'enfantement qu'elle ressent dans la Descente d'Inanna aux Enfers[2]. Mais pour Francis Joannes, cette affliction trouve sa source dans le malheur et la tristesse de ces humains fauchés avant qu'ils aient vécu les meilleurs moments de leur existence[7],[Note 2]. Elle règne loin de tous contacts avec les vivants, assistée par son vizir Namtar, dieu de la maladie et des épidémies[12], et par la scribe des Enfers, Geshtinanna, sœur de Dumuzi et parfois épouse de Ningishzida. Ereshkigal s'accompagne également des sept Anunnaki — les juges des Enfers[3].

Nergal et Ereshkigal[modifier | modifier le code]

Une lamentation de la période paléo-babylonienne[Note 3] fait de Nergal l'« Enlil des Enfers » et ne mentionne aucunement Ereshkigal. Cependant, une liste de dieux de la même période indique Ereshkigal sans aucun parèdre, la déesse semble y être mise en équivalence avec la déesse Allatum tandis que Nergal, indiqué plus loin dans cette même liste, est associé à la déesse Mammîtum. L'historienne Dina Katz voit dans ces deux sources l’existence de deux traditions différentes[14]. Celle qui place Nergal à la tête des Enfers est probablement d'origine akkadienne[15],[7].

À la fin de la période paléo-babylonienne le mythe akkadien Nergal et Ereshkigal fait de Nergal l'époux d'Ereshkigal et place ainsi le dieu aux commandes du monde des morts. Cette passation de pouvoir vers une divinité masculine s'observe dans un mouvement général vers une masculinisation du panthéon mésopotamien[3]. Cependant, le récit plus tardif de la Descente d'Ishtar aux Enfers écrit en akkadien au début du Ier millénaire av. J.‑C. rétablit Ereshkigal seule sur le trône des Enfers sans qu'il y soit fait mention de Nergal alors que ce dernier est à nouveau présenté comme seul seigneur des Enfers dans le texte néo-assyrien Une vision du monde infernal[16].

Temples et rituels[modifier | modifier le code]

Associé à l'Emeslam (temple de Nergal), Ereshkigal dispose d'un temple à Kuta : l'Eshurugal restauré par Nabuchodonosor II. D'autres temples sont connus à Assur et à Umma. Aucun culte à Ereshkigal ne semble pourtant avoir été rendu dans ces temples, cela s'explique, sans doute, par la spécificité funèbre de la déesse principalement orientée vers le deuil perpétuel[17]. Mais il semble, cependant, qu'au cours du IIIe millénaire av. J.‑C., la déesse Ereshkigal soit célébrée au cours du quatrième jour d'un festival nommé Kizzu qui a lieu à Emar, pendant lequel une offrande lui est adressée[18].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Liste écrite pendant la Dynastie kassite de Babylone qui répertorie les nombreuses divinités mésopotamiennes. Afin de se repérer à travers les différents noms des dieux mésopotamiens, ou pour les étudier dans leurs écoles, les anciens scribes en compilent de longues listes. La liste des dieux An = Anum comprend un total de sept tablettes. C'est une liste en deux colonnes : la colonne de gauche contient les noms des divinités sumériennes et la colonne de droite leurs équivalents akkadiens. Le titre est inspiré de sa première entrée qui nomme An, le dieu sumérien du ciel, et son équivalent akkadien Anum[8].
  2. La seule source d'indignation ou de scandale moral que la mort entraîne auprès des mésopotamiens semble être la disparition de jeunes gens qui n'ont pas encore « accompli leur destin »[10],[11].
  3. Les Élégies du Musée Pouchkine (au nombre de deux) est une tablette en sumérien découverte à Nippur qui date de . Elle a été donnée par la veuve de l'assyriologue Vladimir Chileïko au Musée des beaux-arts Pouchkine de Moscou en [13].

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Dominique Collon, The Queen of the Night., London, British Museum Press, coll. « British Museum Objects in Focus », , 47 p. (ISBN 978-0-7141-5043-7), p. 43
  2. a et b (en) Tzvi Abusch, « Ishtar », dans Dictionary of Deities and Demons in the Bilble, Leiden Boston Cologne, Brill Academic Publishers, , 190 p. (ISBN 978-0802824912), p. 452 456.
  3. a b c et d Joannès 2001, Article « Ereshkigal » - Francis Joannès, p. 302.
  4. a et b Véronique Van der Stede 2007, p. 56-57.
  5. Joannès 2001, Article « Ishtar » - Francis Joannès, p. 422.
  6. (en) Wayne Horowitz, Mesopotamian Cosmic Geography, Eisenbrauns, , 426 p. (ISBN 9780931464997), p. 288 - 289.
  7. a b et c Joannès 2001, Article « Descente d'Ishtar aux Enfers » - Francis Joannès, p. 232.
  8. (en) « Ancient Mesopotamian Gods and Goddesses - Technical terms », sur oracc.museum.upenn.edu (consulté le 13 novembre 2017).
  9. Véronique Van der Stede 2007, p. 57.
  10. Joannès 2001, Article « Mort » - Francis Joannès, p. 540.
  11. Véronique Van der Stede 2007, p. 69.
  12. Bottéro et Kramer 1989, p. 325.
  13. Parrot André, « S. N. Kramer. — Two Elegies on a Pushkin Museum Tablet. A New Sumerian Literary Genre. », Syria, vol. 39, no 3,‎ , p. 325-325 (lire en ligne).
  14. (en) Dina Katz, The Image of the Netherworld in the Sumerian Sources, CDL Press, , 520 p. (ISBN 9781883053772), p. 171 et 379-380.
  15. Véronique Van der Stede 2007, p. 58.
  16. Véronique Van der Stede 2007, p. 62.
  17. Joannès 2001, Article « Ereshkigal » - Francis Joannès, p. 303.
  18. (en) Mark E. Cohen, The Cultic Calendars of the Ancient Near East, Bethesda, CDL Press, , p. 190 et 191.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Francis Joannès (dir.), Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », , 974 p. (ISBN 2-2210-9207-4) ;
  • Véronique Van der Stede, Mourir au pays des deux fleuves : L'au-delà mésopotamien d'après les sources sumériennes et akkadiennes, Leuven, Peeters, coll. « Lettres Orientales » (no 12), , 172 p. (ISBN 9789042919471)

Articles connexes[modifier | modifier le code]