Perséphone

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Statue d'Isis / Perséphone, statue en marbre, IIe siècle, Musée archéologique d’Héraklion, Grèce

Dans la mythologie grecque, Perséphone (en grec ancien Περσεφόνη / Persephónê, chez Homère et Pamphos d'Athènes Περσεφόνεια / Persephóneia) est une des principales divinités chthoniennes, fille de Zeus et de Déméter et aussi épouse d'Hadès. Elle est d'abord connue sous le simple nom de Coré (Κόρη / Kórê, « la jeune fille »[1]), ou encore « la fille », par opposition à Déméter, « la mère » (ἡ Μήτηρ / hê Mếtêr). Déesse du monde souterrain (les Enfers), elle est également associée au retour de la végétation lors du printemps dans la mesure où chaque année, elle revient six mois sur Terre puis six mois dans le royaume souterrain avec Hadès, notamment dans les mystères d'Éleusis. Elle est assimilée à Proserpine (en latin Proserpina) dans la mythologie romaine.

Mythe[modifier | modifier le code]

Perséphone chez Hadès, médaillon d'un kylix attique, v. -440--430, British Museum.

Perséphone est une des principales divinités chthoniennes des Grecs. Son histoire est contée notamment dans l’Hymne homérique à Déméter. Perséphone est une très belle femme, et sa mère Déméter l'élève en secret en Sicile, son île favorite, où la jeune fille est en sécurité. Dans les bois d'Enna, Perséphone se divertit en compagnie des Océanides. Un jour, alors qu'elles sont occupées à cueillir des fleurs, Perséphone s'écarte du groupe, pour cueillir un narcisse. Là, elle est remarquée par le puissant Hadès, son oncle, qui souhaite en faire sa reine. Il enlève la jeune fille qui d'un cri alerte sa mère mais celle-ci arrive trop tard. La scène se serait déroulée près du lac de Pergusa, en Sicile. Personne n'ayant rien vu, Déméter partira à la recherche de sa fille unique pendant neuf jours et neuf nuits avant de déclarer : « La Terre sera affamée tant que je n'aurai pas retrouvé ma fille ». Hélios, le Soleil, décidera alors de révéler à Déméter qu'Hadès a enlevé sa fille. La déesse ira jusqu'aux Enfers afin d'aller la chercher, mais Hadès refusera de la rendre. L'affaire est portée devant Zeus.

Zeus n'est pas capable de prendre une décision car il ne veut froisser ni Déméter, ni Hadès. Zeus pense que Perséphone doit rester aux Enfers. Cependant il décide de faire un compromis. La jeune fille passera six mois (les périodes automnale et hivernale) aux côtés de son époux en tant que reine des Enfers. Les six autres mois de l'année, elle retournera sur Terre et dans l'Olympe en tant que Coré, pour redonner la joie à sa mère, ce qui provoque le printemps et l'été. Déméter, elle, souhaitait profiter de sa fille plus que 6 mois par an. Elle prit donc comme argument que Perséphone était sa fille et aurait voulu que celle-ci reste huit mois sur terre et 4 mois aux Enfers. Zeus et Hadès acceptèrent.

Enlèvement de Perséphone. Peinture à l’huile sur fond de dorure sur bois, XVIIIe siècle.

Perséphone semble avoir accepté son rôle de reine des Morts, puisque dans les légendes, elle agit toujours en accord avec son époux. Elle se montre même dure et inflexible. Toutefois, certains auteurs ne la reconnaissent pas comme la fille de Déméter, mais comme celle du Styx, et selon eux, Perséphone est depuis toujours la déesse des Enfers[2].

Selon Homère, Perséphone cultive aux enfers un magnifique jardin de fleurs qui sont en fait des pierres précieuses, ce qui met en relation la forme romaine de Hadès, Pluton, qui est aussi dieu des richesses souterraines[réf. nécessaire][3].

Perséphone intervient peu dans les légendes (voir cependant Adonis et Pirithoos).

Quand Lyncos brise le char de Triptolème, employé de Déméter, sa mère, elle le transforme (d'autres sources disent qu'il s'agit de Triptolème) en lynx, car il était l'un des fils illégitimes d'Hadès[réf. nécessaire].

Il faut ajouter que Perséphone n'est pas seulement la Déesse des Enfers. Elle est généreuse pour les habitants de la Terre lorsqu'elle revient des Enfers. Elle apporte aux paysans la fertilité de leurs terres.

Culte[modifier | modifier le code]

Perséphone occupe une place importante dans les cultes de nombreuses villes, en particulier ceux d'Éleusis, de Thèbes et de Mégare, ainsi qu'en Sicile et en Arcadie. Le culte éleunisien (culte à mystères) ainsi que le culte des thesmophories (fêtes en l'honneur de la déesse Déméter)[4] sont les deux axes du culte de la déesse Coré Perséphone en Attique. Perséphone, associée à Déméter, est vénérée tout particulièrement dans le cadre de fêtes féminines promouvant la fertilité de la terre ainsi que la fécondité des femmes. L'image de la déesse Perséphone dans les cultes, n'est donc pas effrayante, puisque c'est sous cet aspect de Coré qu'elle est honorée et non en tant que souveraine des morts.Le mythe de Perséphone est également célébré aux mystères de Samothrace où celle-ci est identifiée à la déesse Axiokersa, ainsi qu'à Pella en relation avec des mystères dionysiaques[5].

Interprétations du mythe[modifier | modifier le code]

Enlèvement de Perséphone par Hadès, fresque de la tombe de Vergina, Grèce. 340 av. J.-C.

Divinité infernale, Perséphone est aussi à l'origine une déesse de l'agriculture tout comme sa mère. Chez les Grecs, la fertilité du sol est étroitement liée à la mort, et les grains de semence sont conservés dans l'obscurité pendant les mois d'été, avant les semailles de l'automne. Ce retour de la vie après l'ensevelissement est symbolisé par le mythe de Perséphone autrefois enlevée, puis restituée grâce aux rites des mystères d'Éleusis se caractérisant comme des cultes à mystères dont on ignore le contenu[6].

Mais aucun mythe ne se contente de symboliser la matérialité de la vie, et cet allégorisme agraire n'a rien de mystérieux : il est parfaitement clair que pour devenir épi, le grain doit être enseveli dans la terre. Cette signification agraire ne justifie donc pas à elle seule qu'une initiation ait été nécessaire pour participer aux mystères d'Éleusis. Une intéressante interprétation psychologique et morale du mythe a été donnée par Paul Diel : « Pour que les Mystères d'Éleusis aient un sens profond dont la compréhension exige l'initiation, il faut que l'allégorisme initial ait subi la transformation en symbolisme mythique chargé d'une secrète signification psychologique », écrit-il[7]. C'est-à-dire, qu'en langage mythique, la région souterraine, dont Hadès est le souverain, est toujours le symbole du subconscient: c'est-à-dire dans l’ambiguïté, l'obscurité. Or, tout refoulement d'un désir exalté et coupable subit inexorablement son châtiment. Précisément, dans la tradition orphique, les filles du couple infernal (Perséphone-Hadès) sont des Érinyes en d'autres termes , des divinités chargées du châtiment des coupables : D'un point de vue symbolique, la culpabilité est la conséquence (c'est-à-dire la fille) du désir refoulé (Perséphone) est tombée sous l'emprise de la loi souveraine du subconscient (Hadès). Mais le désir refoulé peut être libéré de la poursuite par les Érinyes, grâce à l'intervention de l'esprit qui permet la prise de conscience de l'erreur et de la coulpe : c'est cette solution que symbolise l'intervention de Zeus (l'esprit illuminant) sur l'ordre duquel Perséphone quitte pour une partie de l'année la région souterraine, et renaît (le grain devient épi), pour rejoindre Déméter parmi les divinités olympiennes : cette aventure rend également compte du symbolisme profond du pain, nourriture terrestre fondamentale qui se trouve être, dans tous les mythes, le symbole de la nourriture de l'âme et de l'esprit.

Une autre interprétation, de nature métaphysique et religieuse, a été donnée par la philosophe Simone Weil, pour qui « la beauté est le piège le plus fréquent dont se sert Dieu pour ouvrir l'âme au souffle d'en-haut. » Perséphone serait le symbole de l'âme séduite par la beauté du monde, l'Hymne homérique à Déméter décrit en effet une très belle prairie dans une nature riante : « Le parfum du narcisse faisait sourire le ciel tout entier là-haut, et la terre entière, et tout le gonflement de la mer. À peine la pauvre jeune fille eut-elle tendu la main qu'elle fut prise au piège. Elle était tombée aux mains du Dieu vivant. Quand elle en sortit, elle avait mangé le grain de grenade qui la liait pour toujours. Elle n'était plus vierge. Elle était l'épouse de Dieu »[8]. Le monde souterrain où Perséphone a été entraînée et a dû séjourner symbolise la souffrance expiatrice, la « Nuit des Sens » et le grain de grenade est la semence de la grâce dans l'âme.

Dans sa portée métaphysique, inhérente au mythe avec le mystère de la mort (le grain enseveli meurt), le mythe du retour sur terre de la déesse offre aussi aux fidèles une promesse formelle de leur propre résurrection. Or, cette signification métaphysique est inséparable de la signification morale, dans la mesure où Hadès, frère de Zeus, est le juge des morts : un jugement des morts n'aurait aucun sens si la vie humaine se résumait uniquement à se nourrir de pain terrestre ; il en prend un au contraire si la vie humaine consiste à « ne pas exalter de manière insensée le besoin matériel »[9].

Représentations artistiques[modifier | modifier le code]

La triade éleusinienne : Déméter, Perséphone et Triptolème, relief votif, v. 440-430 av. J.-C., musée national archéologique d'Athènes.

Sculpture[modifier | modifier le code]

L'enlèvement de Perséphone est un sujet fréquent dans l'art :

Peinture[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

Art contemporain[modifier | modifier le code]

  • Perséphone est une des 1 038 femmes représentées dans l'œuvre contemporaine de Judy Chicago, The Dinner Party, aujourd'hui exposée au Brooklyn Museum. Cette œuvre se présente sous la forme d'une table triangulaire de 39 convives (13 par côté). Chaque convive étant une femme, figure historique ou mythique. Les noms des 999 autres femmes figurent sur le socle de l'œuvre. Le nom de Perséphone figure sur le socle, elle y est associée à la déesse serpent, cinquième convive de l'aile I de la table[11].

Orchestres et chants lyriques[modifier | modifier le code]

Perséphone a inspiré plusieurs tragédies et opéra, à l'exemple de Jean-Baptiste Lully qui a composé une tragédie lyrique nommée Proserpine en 1680. Plusieurs siècles plus tard, c'est Igor Stravinski dans les années 1930 qui compose un opéra nommé Perséphone. Enfin, le compositeur britannique George Lloyd s'est inspiré du mythe de Perséphone (Proserpine) pour sa septième symphonie au XXe siècle.

Musiques modernes[modifier | modifier le code]

  • Perséphone est le titre d'une chanson de Dead Can Dance.
  • Persefone est un groupe de metal progressif. Leur album Core (en) sorti en 2006 raconte l'histoire du mythe.
  • Persephone est le titre d'une chanson du groupe britannique Wishbone Ash issue de leur sixième album There's The Rub.
  • Persephone est le titre d'une chanson du groupe Cocteau Twins, issue de leur album Treasure.
  • Persephone dreams est le titre d'une chanson de l'artiste britannique NZCA Lines, issu de son album Infinite Summer de 2016.
  • Perséphone est le titre d'une musique en deux parties (Enna et Coré) du groupe Year Of No Light issue de leur second album Ausserwelt
  • Persephone est le titre de la première et de la dernière piste de l'album Sorceress (2016) du groupe de rock progressif Opeth.

Cinéma[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Sources antiques[modifier | modifier le code]

Sources contemporaines[modifier | modifier le code]

  • Delphine Ackermann , La déesse Koré Perséphone : mythe, culte et magie en Attique Koreas, 2017
  • Neil Philip, Encyclopédie de la mythologie, Dieux, héros et croyances du monde entier, 2010
  • Silvia S.M. De Carvalho, Les Mystères d'Eleusis, 1992
  • Günter Zuntz, Persephone : Three Essays on Religion and Thought in Magna Graecia, 1973.
  • Karl Kerenyi, Eleusis : Archetypal Image of Mother and Daughter, 1967.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Encyclopædia Universalis, « PERSÉPHONE ou KORÈ », sur Encyclopædia Universalis (consulté le 12 mars 2018)
  2. Apollodore, Bibliothèque [détail des éditions] [lire en ligne], I, 13.
  3. © Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite., « Perséphone. », sur www.cosmovisions.com (consulté le 12 mars 2018)
  4. « Les-Thesmophories | Les Editions de Londres », sur www.editionsdelondres.com (consulté le 12 mars 2018)
  5. M. W. Dickie, «The Dionysiac mysteries in Pella», ZPE 109 (1995), p. 81-86.
  6. « Article Eleusinia du dictionnaire Daremberg et Saglio (1877) - I. Origine et histoire des mystères d'Eleusis », sur mediterranees.net (consulté le 12 mars 2018)
  7. Paul Diel, Le symbolisme dans la mythologie grecque, Petite Bibliothèque Payot, 1966, p. 196-197 et La divinité, Petite Bibliothèque Payot, 1971, p. 98-99.
  8. Simone Weil, Attente de Dieu, Fayard, 1977, p. 152-153.
  9. Paul Diel, La divinité, Petite Bibliothèque Payot, 1971, p. 97.
  10. Locatelli Kournwsky, Loïc, 1987-...., Perséphone, Delcourt, dl 2017 (ISBN 9782756095516, OCLC 993049027, lire en ligne)
  11. Musée de Brooklyn - Perséphone