Joupan

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Un joupan, parfois ispan désigne en français un hobereau, chef de certaines collectivités, territoriales ou non, en Europe centrale et balkanique, dans l’histoire de la Bosnie-Herzégovine, de la Bulgarie, de la Croatie, de la Hongrie, de la Macédoine, de la Moldavie, de la Roumanie, de la Serbie, de la Slovaquie et de la Slovénie. En langues slaves le nom est župan ou жупынь, en hongrois ispán, en roumain jupân, en grec gypanos / γύπανὀς et en latin : comes. Le nom provient du slavon Жупънь signifiant « maître d’une terre »[1].

Graphie[modifier | modifier le code]

Aujourd’hui, la graphie la plus communément admise en français est joupan empruntée du bulgare жупън et du roumain jupân, mais on rencontre aussi la forme ispan empruntée au hongrois. Ces variantes tiennent essentiellement au fait que le terme a été traduit à partir de plusieurs langues à différentes époques.

À titre d'exemple, sont données ci-après quelques-unes des formes prises par ce terme dans la langue d'origine :

  • formes grecques : γύπανὀς ou ζουπανὀς (gypanos, zoupanos)
  • forme hongroise : ispán
  • forme roumaine : jupân
  • forme vieux slave en cyrillique : жѹпанъ
  • forme vieux slave en lettres romanes : županŭ.

Définition[modifier | modifier le code]

De même que sa graphie, le sens exact du mot évolue selon les époques et les pays.

Usage[modifier | modifier le code]

Dérivé du slavon жѹпанъ (županŭ), le titre de joupan ou ispan était utilisé à l’époque médiévale comme appellation de politesse pour les boyards, les knèzes, les voïvodes et autres détenteurs de charges en Europe centrale et orientale. On y retrouve pan qui signifie "monsieur" dans les langues slaves occidentales modernes.

En magyar, ispán (prononcé "ichpanne") est devenu synonyme de comte.

Le terme d’origine latine correspondant est seigneur (ou Monseigneur).

Hongrie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Főispán.

Transylvanie[modifier | modifier le code]

En Transylvanie, les joupans (жѹпънь - jupâni) étaient initialement[réf. nécessaire] des hobereaux « valaques », orthodoxes et gouvernant leurs communautés selon le Jus Valachorum (en) garanti par la charte des privilèges de 1383[2], en partie révoquée après la révolte de Bobâlna (1437-38) et progressivement supprimée à partir du XVIe siècle, les joupans valaques ou slaves devant choisir entre la perte de leurs privilèges (et le servage) ou bien leur intégration, par passage au catholicisme, dans la noblesse hongroise, avec le titre d’ispán (comte). Le statut et les fonctions des ispans sont par la suite les mêmes que dans le reste de la Hongrie royale.

Dobrogée, Valachie et Moldavie[modifier | modifier le code]

En Dobrogée et dans les Principautés danubiennes de Moldavie et de Valachie, un joupan est un hobereau, chef d’un territoire et vassal d’un boyard, d’un monastère ou du voïvode/hospodar, investi de fonctions administratives (inventaires, répartition des corvées, perception des taxes), judiciaires (nommer les juges, enregistrer les jugements) et militaires (lever la troupe, faire forger les armes) auprès d’une communauté de paysans ou de bergers libres (mocani, moșneni, răzeși)[3]. Autonomes, les joupans disparaissent progressivement durant les XVIe et XVIIe siècles, soit par intégration dans l’aristocratie des boyards, soit par perte des privilèges et chute dans le servage, à mesure que celui-ci progresse et que les voïvodes ou hospodars, ne disposant plus d’armées d’hommes libres, font appel à des mercenaires (souvent arvanites)[4].

Inscription de Dobrogée de 943, mentionnant un joupan Demetrios, vassal du basileus byzantin.

Bosnie, Bulgarie, Macédoine, Monténégro et Serbie[modifier | modifier le code]

En Bulgarie, Bosnie-Herzégovine, Macédoine, Monténégro et Rascie et Serbie, un joupan (жупън, župan) est un hobereau, chef d’un territoire et vassal du monarque, à la fois juge et commandant à la guerre d’une communauté de paysans ou de guerriers libres. Les joupans disparaissent avec la conquête ottomane, soit en passant à l’islam pour devenir aghas, beys (gouverneurs locaux) ou kadis (juges), soit en tombant en servitude dans les timars (seigneuries concédées par les sultans à leurs fidèles).

Croatie[modifier | modifier le code]

En Croatie moderne, le joupan (župan) est le chef de l’exécutif au niveau du comitat, élu par l’assemblée locale et a un rôle comparable au préfet (de région ou de département) en France.

Slovaquie[modifier | modifier le code]

En Slovaquie moderne le joupan est le chef élu de l’exécutif des régions autonomes créées en 2001 qui constituent les collectivités régionales du pays (officiellement président de la région autonome - predseda samosprávneho kraja). Il s’agit de la réutilisation d’un titre utilisé officiellement à l’époque du royaume de Hongrie, de l'Autriche-Hongrie et au début de la république tchécoslovaque (jusqu’en 1928).

Slovénie[modifier | modifier le code]

Les joupans slovènes (župan) sont les maires des communes.

Quand la Slovénie a été partagée entre l’Italie fasciste, la Hongrie fasciste et l’Allemagne nazie le 17 avril 1941, dans la partie italienne appelée province de Lubiana, la nouvelle administration fut dirigée par un haut-commissaire italien, mais il y eut également un président du conseil des joupans.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Miklosich: Slawistische Elementen, 22
  2. János Mihályi de l’université de Budapest : Máramarosi diplomák a XIV és XV századbol (Chartes de Marmatie des XIVe et XVe siècles), Sighet, 1900, pp. 619 et suiv.; Alexandru Filipașcu de l’université de Cluj: L’ancienneté des Roumains de Marmatie (en français), éd. du Centre d’études et de recherches transylvaines de l'Université "Ferdinand I-er" de Sibiu, Bibliotheca rerum Transsilvaniae, 1945, pp. 8 à 33.
  3. Ovidiu Drimba - Istoria culturii şi civilizaţiei româneşti, Editura Ştiinţifică şi Pedagogică, Bucureşti, 1987, vol.2, pag.404
  4. Gilles Veinstein et Mihnea Berindei : L'Empire ottoman et les pays roumains, EHESS, Paris, 1987

Articles connexes[modifier | modifier le code]