Canon biblique

Un canon biblique est un ensemble de textes considérés comme faisant partie de la Bible par les différentes confessions juives ou chrétiennes.
On distingue les canons de la Bible hébraïque (ou Tanakh), de la Septante et des autres traductions en grec de la Bible juive, de la Peshitta et des versions en araméen de la Bible juive. Il existe également différents canons de l'Ancien Testament et du Nouveau Testament dans le christianisme (Églises d'Orient, orthodoxes, catholiques et protestants), puis les canons des Églises. Par exemple, le canon biblique de l'Église catholique a été fixé à 46 livres pour l'Ancien Testament et 27 livres pour le Nouveau Testament.
Étymologie et premières utilisations du terme
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Le mot canon vient du grec ancien κανών / kanṓn, signifiant « tige de roseau, toute barre de bois longue et droite » et par métaphore « modèle, principe »[1]. Le grammairien et helléniste français Pierre Chantraine donne au mot grec une origine sémitique et le rapproche de l'hébreu qanē et de l'akkadien qanu. Encore plus anciennement les termes sémitiques viendraient du sumérien gin[2].
Paul utilise le terme κανών / kanṓn pour désigner à la fois les limites des territoires à évangéliser qui lui sont impartis (2 Co 10,13-16) et la règle de conduite impartie aux chrétiens (Ga 6,16).
Au IVe siècle, le sens de ce mot est mis en rapport avec la Bible. Il s'agit alors des livres de l'Ancien Testament et du Nouveau Testament reconnus par l'Église et qui sont deux expressions nouvelles signalées :
- En 363, au concile de Laodicée dans le canon 59 (concile régional)[3].
- En 367, dans sa Lettre festale[n 1] Athanase d'Alexandrie désigne l'ensemble des livres reconnus par l'Église comme étant inspirés par Dieu sous le nom de canon[4].
Un livre mais plusieurs canons
[modifier | modifier le code]Textes présents
[modifier | modifier le code]La Bible hébraïque et la Bible chrétienne diffèrent de par la présence ou l'absence de plusieurs textes. La différence la plus significative est, dans la Bible chrétienne, l'ajout du Nouveau Testament mais d'autres textes antérieurs à l'apparition du christianisme se retrouvent dans le canon chrétien mais non pas dans l'hébraïque. Ces textes sont appelés deutérocanoniques. Par ailleurs, l'ordre et le classement des textes varient entre les deux traditions. La Bible hébraïque appelée Tanakh est divisée en trois parties : La Torah (Loi), les Nevi'im (Prophètes) et les Ketouvim (Écrits). La traduction grecque de la Bible hébraïque, la Septante, comprend quatre parties : le Pentateuque (équivalent de la Torah), les livres historiques, les hagiographes et les livres des prophètes[4]. Cet ordre chrétien est ordinairement expliqué par la volonté de voir les textes des prophètes comme des annonces de la venue du Christ[5]. Enfin, des livres sont cités dans la Bible mais ne font pas partie du canon et ont disparu[6].
Textes du canon
[modifier | modifier le code]La canonicité d'un ouvrage n'implique pas que son texte soit immuable. Ainsi entre le troisième et le premier siècle avant notre ère, les textes ont pu connaître des réécritures importantes. C'est le cas pour la Torah samaritaine qui diffère sur plusieurs points de celle des Hébreux[7]. Et pour cette dernière, des « corrections de scribes » ont changé des parties de texte[8]. D'autres réécritures ont lieu par la suite. Entre le premier et le deuxième siècle de notre ère, des traducteurs[n 2] reprennent le texte de la Septante et le corrigent pour qu'il soit plus proche du texte prémassorétique[7].
Canon de la Bible hébraïque
[modifier | modifier le code]Le concept de canon hébraïque
[modifier | modifier le code]La constitution d'un canon n'existe pas jusqu'au premier siècle. Flavius Josèphe dans son ouvrage Contre Apion, écrit à la fin du Ier siècle nomme 22 livres divisés en trois partie : les cinq livres de la Torah, treize livres prophétiques et quatre livres d'hymnes ou de préceptes (les Psaumes, le Cantique des cantiques, les Proverbes et Qohélet)[9]. Il n'est cependant pas question d'un canon définitif. Si la Torah n'est jamais remis en cause, en revanche les textes prophétiques ne sont pas toujours mis dans le même ordre et certains des Ketouvim sont remis en cause. Les Proverbes, Esther, le Cantique des cantiques et Qohélet sont sujets à des discussions. Celles-ci ont lieu dans les cercles rabbiniques mais il semble que ces textes soient bien diffusés chez le peuple juif. C'est justement parce qu'ils sont lus que les rabbins essaient de voir s'ils sont des livres inspirés[9].
L'idée d'un canon de la Bible hébraïque ne s'impose qu'après l'assemblée de Yabneh aussi appelée synode de Jamnia, c'est-à-dire à la fin du Ier siècle, après la destruction du Second Temple par les Romains[10]. Auparavant, le concept d'une liste close, au sens de complète et définitive, des livres repris dans la Septante est inconcevable[11].
Théories anciennes abandonnées
[modifier | modifier le code]Élie Lévita en 1538 explique comment le canon juif s'est imposé. En -450 Esdras et la Grande Assemblée auraient établi le canon du Tanakh et divisé celui-ci en ses trois parties. Ce canon aurait exclu tous les livres deutérocanoniques et aurait été accepté par l'ensemble des Juifs. Cette hypothèse est la plupart du temps acceptée jusqu'au XIXe siècle[12].
En 1715, le théologien John Ernest Grabe nuance ce consensus et propose une autre théorie, celle d'un canon alexandrin. Si la base reste celle de Lévita, il suggère que chez les juifs de la Diaspora et surtout à Alexandrie aurait existé un ensemble de livres plus important. Le Tanakh décrit par Lévita aurait été complété par les textes rédigés en grec, que ce soit des livres complets ou des ajouts de textes grecs au texte hébreu. C'est ce canon élargi qui aurait été celui connu par les premiers chrétiens et cela expliquerait que les livres deutérocanoniques aient été reconnus comme inspirés[12].
Le synode de Jamnia
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Ces théories classiques sont abandonnées au XIXe siècle lorsque Heinrich Graetz propose une nouvelle hypothèse. Selon lui le canon hébreu a été établi au premier siècle de notre ère au synode de Jamnia fondé par Yoḥanan ben Zakkaï. Lors de cette assemblée, les rabbins présents discutent de plusieurs sujets liés à la foi. Entre autres, il semble qu'ils aient proposé pour la première fois une liste des livres inspirés. Cette hypothèse est cependant combattue, entre autres par le docteur écossais William M. Christie, qui juge qu'elle ne repose sur aucune source. Si l'hypothèse d'un canon établi à Jamnia est retenue, cela ne signifie pas qu'il s'impose aussitôt à tout le peuple juif. Il aurait été accepté seulement par un groupe de rabbins et, quoi qu'il en soit, les discussions pour juger de la validité de certains livres ont continué au moins jusqu'au IVe siècle[13]. Il semble que sur ce sujet, les rabbins se souciaient surtout de lister les livres sacrés pour savoir s'il fallait se purifier avant de les prendre en main[14].
Canon samaritain
[modifier | modifier le code]À côté du canon hébreu existe aussi un canon bien plus restreint reconnu par les Samaritains. Ceux-ci ne reconnaissent comme inspiré par Dieu les seuls premiers cinq livres (Genèse, Exode, Lévitique, Nombres et Deutéronome). De plus le texte connaît près de 6000 variantes avec le texte massorétique et de nombreux points importants divergent entre eux deux. Le plus important est la place accordé au mont Garizim qui est selon les Samaritains celui où devait se trouver le temple de Dieu. Cette extrême importance accordée à ce lieu expliquerait pourquoi tous les autres livres de la Bible sont rejetés. En effet, dans ceux-ci c'est Jérusalem qui est le centre religieux et c'est là que le temple des Juifs est construit[15].
Livres deutérocanoniques
[modifier | modifier le code]Aux 39 livres qui se retrouvent dans le Tanakh, l'Église catholique en ajoute sept, appelés livres deutérocanoniques. Deutéro vient d'un mot grec qui signifie "deuxième" ; cela sert à montrer que ces livres font partie d'un second canon de livres qui ne sont pas acceptés par les juifs. Ces sept livres sont plus récents que ceux du Tanakh et ont été écrits en grec, ou bien, s'ils ont été auparavant écrits en hébreu, il ne reste que leur traduction grecque[16]. Ces sept livres sont appelés apocryphes et ne sont donc pas reconnus comme inspirés par les protestants mais sont souvent, dans les premiers temps du mouvement, placés entre l'Ancien et le Nouveau Testament[17]. Ils font partie des antilegomena, terme générique qui inclut aussi les livres d'inspiration chrétienne mais qui ne font pas partie du canon.
L'opinion ancienne des biblistes était que le canon chrétien, avec les livres deutérocanoniques, était issu du choix des livres en cours dans la communauté juive d'Alexandrie. Ce dernier aurait donc compris plus de livres que le canon resserré qu'on trouvait à Jérusalem. La découverte des manuscrits de la mer Morte a entraîné la remise en cause de cette théorie puisque certains de ces livres, comme Le Siracide ou le livre de Tobie, étaient présents à Qumrân. Il semble donc que plusieurs «canons» coexistaient dans les lieux où vivaient les communautés juives. Cette idée est renforcée par le fait que des choix textuels de la Bible des Septante se retrouvent dans les Bibles découvertes à Qumrân[18]. Les chrétiens auraient gardé ces textes deutérocanoniques pour deux raisons. La première est que les livres auraient été utilisés pour montrer que la venue du Christ était annoncée dans plusieurs livres du Tanakh[19]. La seconde était de faire le lien entre l'histoire des hébreux et la nouvelle alliance. Les textes de Tobie, Judith et des Maccabées permettent de ne pas arrêter l'histoire des Hébreux à la reconstruction du Temple et à Esdras et de montrer que le christianisme naissant s'intègre au récit historique des Hébreux. Les textes sapientiaux comme le livre de la Sagesse montrent quant à eux que l'inspiration divine n'a pas cessé avec la réforme d'Esdras, alors que c'était la position dominante chez les Juifs[19].
Un dernier point qui peut expliquer la présence de ces livres dans la Bible chrétienne et son absence dans le Tanakh est que les premiers chrétiens lisaient surtout le texte grec de la Septante alors que les Juifs se référaient plutôt à la Bible en hébreu. Or, les livres deutérocanoniques sont à cette époque surtout disponibles en grec. Les Juifs affirment leur fidélité à la tradition en rejetant ce qui vient du monde grec païen et en même temps à tout ce qui pourrait justifier les prétentions des premiers chrétiens. Dans un mouvement contraire à celui des communautés chrétiennes, qui voient dans les livres deutérocanoniques une annonce de la venue du Christ, en rejetant ceux-ci les Juifs refusent les lectures chrétiennes de la Bible[20].
Construction du canon du Nouveau Testament
[modifier | modifier le code]Après la crucifixion de Jésus, son message est diffusé à l'oral. La mise par écrit de sa biographie et de ses paroles n'est pas immédiate. Les premiers textes chrétiens apparaissent dans la deuxième moitié du premier siècle avec les lettres de Paul de Tarse. D'autres lettres évangéliques sont écrites durant la même période comme la Première épître de Clément et l'épître de Barnabé. C'est de la même période que date la Didachè. Viennent ensuite les Évangiles, les Actes des Apôtres, l'Apocalypse mais aussi des textes comme le Pasteur d'Hermas. Ainsi d'une tradition orale passe-t-on à une multiplication d'écrits chrétiens entre la deuxième moitié du premier siècle et celle du deuxième siècle. Ces textes ne sont pas tous reconnus comme inspirés par Dieu et pour certains la décision de les considérer comme saints ou de les rejeter comme apocryphes a pris du temps[21]. Par ailleurs, l'Église fait face à des discours considérés comme hérétiques qui s'appuient sur des textes jugés de ce fait mensongers. Faire une liste des seuls textes reconnus par l'Église s'impose donc[22] pour que ce soient seulement ceux-ci qui soient lus lors des cérémonies religieuses[23].
Le canon de Marcion (vers 150)
[modifier | modifier le code]Le premier canon de livres chrétiens est dû à Marcion. Celui-ci rejette tous les textes hébreux au motif que la parole du Christ les rend caducs. Seuls importent les textes qui reprennent ou expliquent les paroles de Jésus. Il garde seulement l'évangile selon Luc et dix lettres attribuées à Paul (l'épître aux Galates, la première et la deuxième épître aux Corinthiens, l'épître aux Romains,la première et la deuxième épître aux Thessaloniciens, l'épître aux Éphésiens, l'Épître aux Colossiens, l'épître aux Philippiens et l'épître à Philémon)[24]. Par ailleurs, il procède à un travail d'édition sur l'évangile de Luc et certaines des lettres en ôtant tout ce qui pourrait provenir de la tradition juive. Ce faisant, il n'innove pas car certains de ses retraits ont été identifié comme remontant à une époque antérieure et il est dans le droit fil d'une tradition classique qui consiste à retrouver le texte d'origine en retirant les interpolations ou les ajouts faits par les scribes. Comme sa doctrine est considérée comme hérétique, le canon de Marcion n'a cependant pas d'effet sur le choix des textes considérés comme saints dans l'Église[25].
La lente formation du canon
[modifier | modifier le code]La mise en place du canon du Nouveau Testament a longtemps été datée de la deuxième moitié du IIe siècle. Ce sont Adolf von Harnack suivi par Hans von Campenhausen qui développent cette thèse. À cette date, les quatre évangiles, les Actes des Apôtres, les épîtres de Paul, la première épître de Pierre et la première de Jean forment le canon et les autres livres sont encore sujet de discussion. La liste finale est établie dans la deuxième moitié du IVe siècle av. J.-C. comme le montre la lettre festale d'Athanase. Contre cette opinion, Albert Sundberg tend à démontrer que la clôture du canon du Tanakh dans la communauté juive au premier siècle a influencé le choix des livres gardés par l'Église. Cela s'est cependant fait lentement et c'est seulement au IVe siècle av. J.-C. qu'il est achevé. Ce processus lent a fait que le canon des textes chrétiens a été décidé en même temps. Auparavant, si certains textes étaient reconnus comme inspirés et avaient une autorité religieuse, ils n'étaient pas encore inscrits dans une liste fermée. Selon Jean-Daniel Kaestli, l'opposition dans la chronologie tient plutôt à une vision différente du terme canon. Dans le premier cas, il s'agit d'une série de livres considérés comme inspirés mais dans une liste qui n'est pas nécessairement close, alors que dans le second, on parle de canon seulement si aucun livre ne peut être ajouté ou supprimé de la liste[26].
Les évangiles
[modifier | modifier le code]Les plus anciennes traces des évangiles datent de la première moitié du 2e siècle ; Le papyrus P52 qui contient quelques phrases de l'évangile selon Jean est habituellement daté vers 130[27]. Cependant des témoignages de pères de l'Église montrent que d'autres évangiles étaient déjà diffusés au 2e siècle. En effet, Justin de Naplouse dans sa première apologie écrit « les apôtres dans les mémoires qu'ils ont écrites, que l'on appelle évangiles »[28]. De plus dans son Dialogue avec Tryphon il cite des passage de l'évangile selon Matthieu et de celui de Marc[29]. Les quatre évangiles canoniques sont donc utilisés dans les églises dés la première partie du 2e siècle au plus tard[29].
- Papyrus P52
-
Recto
-
Verso
Le Diatessaron de Tatien
[modifier | modifier le code]En 172 ou après Tatien écrit le Diatessaron qui est une harmonie des évangiles dont il ne reste que des fragments. Il semble être parti d'une harmonie des évangiles utilisée par Justin de Naplouse qui ne gardait que les trois évangiles synoptiques[30]. Partant de ce document, il aurait ajouté l'Évangile selon Jean et peut-être des parties d'autres évangiles qui ne sont pas reconnus comme canoniques[31],[32]. Cela signifie qu'il n'existait pas encore à l'époque de Tatien un canon des quatre évangiles[33].
Vers une canonisation des quatre évangiles
[modifier | modifier le code]Selon Theodor Zahn (1838-1933) et Adolf von Harnack (1851-1930)[n 3] les quatre évangiles sont établis et forment une partie du canon dès le début du IIe siècle. Cependant, la recherche actuelle met à mal cette opinion en montrant que l'importance de la tradition orale chez les pères de l'Eglise et la multiplication d'autres évangiles, plus tard catalogués comme apocryphes[34].
Vers 180, Irénée de Lyon écrit Adversus hæreses. Même s'il ne s'agit pas d'une réponse au Diatessaron, ce texte aborde la question de la pluralité des évangiles et justifie l'existence de quatre textes différents dont aucun ne peut être retiré et auxquels aucun autre ne peut être ajouté[35],[n 4] .
« Par ailleurs, il ne peut y avoir ni un plus grand ni un plus petit nombre d'Évangiles [quatre]. En effet, puisqu'il existe quatre régions du monde dans lequel nous sommes et quatre vents principaux, et puisque, d'autre part, l'Église est répandue sur toute la terre et qu'elle a pour colonne et pour soutien l'Évangile et l'Esprit de vie, il est naturel qu'elle ait quatre colonnes qui soufflent de toutes parts l'incorruptibilité et rendent la vie aux hommes. D'où il appert que le Verbe, Artisan de l'univers, qui siège sur les Chérubins et maintient toutes choses, lorsqu'il s'est manifesté aux hommes, nous a donné un Évangile à quadruple forme, encore que maintenu par un unique Esprit »[36].
Lettres
[modifier | modifier le code]épîtres pauliniennes
[modifier | modifier le code]L'ensemble des lettres de Paul est le plus ancien texte chrétien. Elles ont été écrites avant les évangiles puisqu'elles sont habituellement datées entre 50 et 60[37]. Le corpus comprend quatorze lettres[38]. De celles-ci sept sont considérées comme authentiques (l'épître aux Romains, les deux épîtres aux Corinthiens, l'épître aux Galates, l'épître aux Philippiens, la Première épître aux Thessaloniciens et l'épître à Philémon) les autres auraient été écrites par des disciples de Paul[39]. Cependant, dans les premiers temps du christianisme elles sont le plus souvent considérées comme étant de la main de Paul[38]. Cependant, Marcion ne reconnaît que dix épîtres sur ces quatorze[24].
L'épître aux Hébreux, dont l'attribution à Paul a été longtemps discutée, n'a pas été accepté immédiatement dans le canon et n'est pas présente dans les premiers recueils des lettres de Paul[40]. Encore au IIIe siècle, à Rome, Caïus rejette cette lettre alors que dans les églises d'Orient, elle fait déjà partie du corpus paulinien depuis la fin du IIe siècle[41].
Thèse de Harnack et de Campenhausen
[modifier | modifier le code]Cette thèse est développée par :
- Hans von Campenhausen (en) (1903-1989) dans La Formation de la Bible chrétienne (1971)[42].
Vers 200 émerge l'idée d'un catalogue des livres composant le Nouveau Testament :
- 4 évangiles
- 13 lettres de Paul
- les Actes
- la première lettre de Jean
- la première lettre de Pierre
Outre les indices du cheminement dans la lente constitution du corpus, des témoins plus concrets sont donnés dans :
- Le Fragment de Muratori (v. 170), d'origine romaine, plus ancienne liste connue d'écrits considérés comme authentiques par les chrétiens
- Irénée de Lyon, originaire d'Anatolie
- Tertullien
- Clément d'Alexandrie
Thèse d'Albert C. Steinberg
[modifier | modifier le code]Selon l'ouvrage The Old Testament of the Early Church d'Albert C. Steinberg, il n'y eut jamais de canon alexandrin de la Septante.
L'opportunité d'une liste close n'interroge les chrétiens qu'à partir de la toute fin du IVe siècle. Elle n'intéresse réellement que les Églises occidentales. Les canons de l'Ancien Testament des Églises latines et des Églises grecques évoluent parallèlement. Jusqu'au IVe siècle, on parle de canon ouvert et postérieurement de canon fermé.
Toutefois, Steinberg date le fragment de Muratori du IVe siècle et lui donne une origine orientale. Ces caractéristiques en font une liste parmi les autres et lui retirent son statut de liste inaugurale. Cette conception élimine le long débat entre les Églises et attribue la fermeture du canon à une autorité ecclésiastique.
Canon d'Orient, canon d'Occident
[modifier | modifier le code]La définition d'un canon n'est pas une priorité pour les premiers chrétiens. En revanche, lorsque le christianisme est reconnu dans l'empire romain au IVe siècle, plusieurs conciles en définissent un. C'est le cas lors du concile d'Hippone en 393 et ceux de Carthage en 397 et 419. La liste complète et officielle établie à Carthage en 397 est la plus ancienne qui nous soit parvenue. Cependant, malgré ces listes, les discussions pour savoir s'il faut garder tel ou tel livre ne cessent pas[17].
Canon catholique
[modifier | modifier le code]Dans le cas de l'Église catholique, c'est le concile de Trente (1545-1563) qui a définitivement confirmé le canon des Écritures, en énumérant par le De canonis scripturis du les livres reconnus comme inspirés. Font partie de ce canon quarante cinq livres (ce chiffre sera porté à quarante six lorsque le livre des Lamentations sera distingué du livre de Jérémie) pour l'Ancien Testament et vingt-sept pour le Nouveau Testament. En revanche, aucune version du texte biblique (vulgate ou septante) n'est jugé canonique[43].
Les titres et les attributions de ces livres se conforment aux attributions et titres traditionnels. Ces titres et ces attributions ne requièrent pas une adhésion dogmatique, dite de foi. Seul le contenu des livres requiert l'adhésion de foi. Le Catéchisme de l'Église catholique (1991) qualifie ce canon de « liste intégrale » (art. 120), c'est-à-dire fixe et pour toujours.
Canon orthodoxe
[modifier | modifier le code]Dans sa Lettre festale XXXIX, en 367, Athanase d'Alexandrie cite les vingt-sept livres du Nouveau Testament. Il indique que les livres qui seront beaucoup plus tard appelés deutérocanoniques par Luther au XVIe siècle dans son désaccord avec l'Église catholique, ainsi que la Doctrine des douze apôtres (la Didachè), et le Pasteur d'Hermas, (aujourd'hui rangés parmi les écrits des Pères apostoliques), ne sont pas inclus dans le canon mais doivent « être lus ».
Les Grecs finissent par accepter l'intégralité du canon occidental au concile in Trullo en 692[44], c'est-à-dire tous les livres présents dans la Bible catholique, y compris les deutérocanoniques, et recommandent également la lecture des livres d'Esdras 3 et 4, Maccabées 3 et 4, le psaume 151, et la "prière de Manassé". Toutefois, après la réforme luthérienne, la tendance a été de revenir à un canon court reprenant le canon hébraïque sans que cela empêche que des livres jugés apocryphes par les catholiques et les protestants comme le second livre d'Esdras ou le troisième livre des Maccabées soit utilisé lors de la liturgie. Il n'y a finalement pas de règle établie formellement pour définir le canon des écritures. C'est seulement l'habitude d'utiliser les mêmes livres que ceux définis par le concile de Trente qui forme le canon orthodoxe[45].
Canon orthodoxe tewahedo
[modifier | modifier le code]L'Église éthiopienne orthodoxe a, de toutes les Églises, le canon biblique le plus large, qui inclut notamment l'Ascension d'Isaïe, le Livre des Jubilés, le Livre d'Hénoch ou l'Apocalypse d'Esdras.
Canon protestant
[modifier | modifier le code]Le canon protestant de l'Ancien Testament comprend les mêmes livres que le canon juif de la Bible hébraïque, bien qu'il divise certains livres et les ordonne différemment, ce qui le distingue des canons orthodoxe et catholique, qui ont fait le choix de suivre la Septante. Le canon protestant de l'Ancien Testament comprend ainsi 39 livres[46].
Les raisons qui ont conduit les réformateurs à adopter le canon hébreu des Écritures plutôt que le canon élargi des livres de la Septante grecque ou de la Vulgate latine sont les suivantes :
- 1 Pour ce qui concerne le texte lui-même, ni Jésus ni aucun des auteurs du Nouveau Testament ne font de citations directes de la Vulgate ou de la Septante.
- 2 Pour ce qui concerne les dogmes, certains des livres deutérocanoniques contiennent des textes qui soutiennent le purgatoire (2 Macc. 12:43-45) et l'efficacité de l'aumône pour couvrir ses péchés (Tobie 4:7-11 ; 12:8-9 ; 14:10-11 ; Siracide 3:30 ; 35:2)[47].
L'article 4 de la Confession de la Foi belge, l'article 2 de la Confession de foi de Westminster ou encore les Confessions helvétiques confirment les 66 livres du canon protestant. Les réformés reconnaissent ces livres comme étant inspirés par Dieu.
La liste des livres est la suivante :
- Ancien Testament : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome, Josué, Juges, Ruth, I Samuel, II Samuel, I Rois, II Rois, I Chroniques, II Chroniques, Esdras, Néhémie, Esther, Job, Psaumes, Proverbes, Ecclésiaste, Cantique des Cantiques, Ésaïe, Jérémie, Lamentations de Jérémie, Ézéchiel, Daniel, Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habaquq, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie.
- Nouveau Testament : Évangiles selon Matthieu, Marc, Luc, Jean; Actes des Apôtres, Épîtres de Paul aux: Romains, Corinthiens I, Corinthiens II, Galates, Éphésiens, Philippiens, Colossiens, Thessaloniciens I, Thessaloniciens II, Timothée I, Timothée II, Tite, Philémon; Hébreux, Jacques, I et II Pierre, I, II et III Jean, Épître de Jude, Apocalypse[48],[49].
Selon les églises réformées, le canon est une collection de livres faisant autorité par eux-mêmes . Ces livres avaient leur autorité avant d'être canonisés par l'Église. Mais dans le sens le plus élémentaire, ni les individus ni les conciles n'ont créé le canon. Au contraire, ils en sont venus à percevoir et à reconnaître la qualité de ces écrits, qui se sont imposés comme canoniques. Cette conviction de leur autorité divine "vient de l'œuvre intérieure du Saint-Esprit, témoignant par, et avec, la Parole dans nos cœurs" (Confession de Westminster, 1.5)[50].
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- ↑ La lettre festale est un écrit envoyé par l'évêque aux fidèles de son diocèse à l'occasion de la fête de Pâques et dans laquelle il leur mande diverses choses
- ↑ Ce sont les traducteurs dit « hexaplaires » car Origène dans son ouvrage Hexaples réunit leur travail.
- ↑ cf. l'ouvrage de Von Harnack Origin of the New Testament
- ↑ L'évangile selon Luc et les Actes des Apôtres constituent alors un seul texte
Références
[modifier | modifier le code]- ↑ Anatole Bailly ; 2020 : Hugo Chávez, Gérard Gréco, André Charbonnet, Mark De Wilde, Bernard Maréchal & contributeurs, « Le Bailly », (consulté le ).
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- ↑ Ska 2011, p. 125
- ↑ F. F. Bruce, The Canon of Scripture,
- ↑ R. Beckwith, The Old Testament Canon of the New Testament Church,
- ↑ « La Confession de la Foi Belge (Confessio Belgica) »
- ↑ « Confession de foi de Westminster »
- ↑ B. M. Metzger, The Canon of the NewTestament,
Bibliographie utilisée
[modifier | modifier le code]- Régis Burnet, Le Nouveau Testament, Paris, Presses Universitaires de France, , 127 p. (ISBN 978-2-7154-0626-1)
- Jean-Daniel Kaestli, « Histoire du canon du Nouveau Testament », dans Corina Combet-Galland et Daniel Marguerat, Introduction au Nouveau Testament, Labor et Fides, , 547 p. (ISBN 9782830912890, lire en ligne)
- François Vouga, « Le corpus paulinien », dans Corina Combet-Galland et Daniel Marguerat, Introduction au Nouveau Testament, Labor et Fides, , 547 p. (ISBN 9782830912890, lire en ligne)
- Harry Y. Gamble, Livres et lecteurs aux premiers temps du christianisme : usage et production des textes chrétiens antiques, Genève, Labor et Fides, , 346 p. (ISBN 9782830914641)
- Simon Claude Mimouni et Pierre Maraval, Le christianisme des origines à Constantin, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Nouvelle Clio », , 528 p. (ISBN 978-2-13-052877-7).
- Enrico Norelli, La naissance du christianisme : Comment tout à commencer, Paris, Bayard, coll. « Folio Histoire », , 443 p. (ISBN 978-2-07-279868-9).
- William L. Petersen, « Canonicité, autorité ecclésiastique et Diatessaron de Tatien », dans Frédéric Amsler, Le canon du Nouveau Testament : regards nouveaux sur l'histoire de sa formation, Labor et Fides, , 322 p. (ISBN 9782830911770, lire en ligne)
- Albert de Pury, « Le canon de l'ancien testament », dans Thomas Römer, Introduction à l'Ancien Testament, Labor et Fides, , 902 p. (ISBN 9782830913682, lire en ligne)
- Thomas Römer, « Les livres deutérocanoniques », dans Thomas Römer, Introduction à l'Ancien Testament, Labor et Fides, , 902 p. (ISBN 9782830913682, lire en ligne)
- Adrian Schenker, « Histoire du texte de l'Ancien Testament », dans Thomas Römer, Introduction à l'Ancien Testament, Labor et Fides, , 902 p. (ISBN 9782830913682, lire en ligne)
- Jean-Louis Ska, Le livre scellé et le livre ouvert : Comment lire la Bible aujourd'hui, Paris, Bayard, , 508 p. (ISBN 978-2-227-48133-6)
Bibliographie complémentaire
[modifier | modifier le code]- Le canon du Nouveau Testament : Regards nouveaux sur l'histoire de sa formation, sous la direction de G. Aragione, É. Junod et E. Norelli, Labor & Fides, 2005.
- Marie-Françoise Baslez, Bible et histoire, coll. « Folio histoire », Gallimard, 1998.
- Aux sources du Canon, le témoignage d'Irénée, Yves-Marie Blanchard, avec le concours de l'Institut catholique de Paris, juin 1993.
- Hans von Campenhausen, La formation de la Bible chrétienne, Delachaux & Niestlé, 1971.
- Wilfrid Harrington, Nouvelle introduction à la Bible, Seuil, 1970
- Bruce Metzger, The Canon of the New Testament: Its Origin, Development, and Significance, Clarendon Press, Oxford, 1987 (ISBN 0198269544)
- Étienne Nodet et Justin Taylor, Essai sur les origines du christianisme, Cerf, 1998.
- Marcel Simon (historien), La Civilisation de l’Antiquité et le christianisme, Arthaud, 1972.
- Odon Vallet, Une nouvelle histoire des religions, Seuil, 2000.
Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Bible
- Développement du canon biblique chrétien
- Tanakh
- Exégèse biblique
- Histoire de la recherche sur le Pentateuque
- Antilegomena
- Liste des livres de la Bible
- Livres deutérocanoniques
- Traductions de la Bible
- Apocryphe biblique
- Saintes Écritures
- Période intertestamentaire
- Canons des Apôtres, texte chrétien syrien du IVe siècle, collection de décrets ecclésiastiques anciens attribuée aux Apôtres.