Âge d'argent des comics

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Âge d'argent des comics
Pays États-Unis
Période 1956 — env. 1970
Période liée
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Exemple de comic romantique- Brides Romances no 17

L'Âge d'argent des comics est une période de l'histoire de la bande dessinée américaine où la qualité artistique des principaux comic books, surtout ceux du genre super-héros, rencontre le succès public. Succédant à l'Âge d'or des comics et à un interrègne dans la première moitié des années 1950 parfois nommé âge atomique, l'âge d'argent recouvre la période allant de 1956 aux années 1970, date à laquelle il est remplacé par l'âge de bronze puis l'âge moderne[1]. Un certain nombre d'auteurs et d'artistes importants ont contribué à la première partie de l'époque, notamment les écrivains Stan Lee, Gardner Fox, John Broome et Robert Kanigher, et les artistes Curt Swan, Jack Kirby, Gil Kane, Steve Ditko, Mike Sekowsky, Carmine Infantino, John Buscema et John Romita, Sr.. À la fin de l'Âge d'Argent, une nouvelle génération de talents était entrée sur le terrain, dont les écrivains Denny O'Neil, Mike Friedrich, Roy Thomas, Archie Goodwin et des artistes tels que Neal Adams, Jim Steranko et Barry Windsor-Smith.

La popularité et la diffusion de comics sur les superhéros ont diminué après la Seconde Guerre mondiale, et ceux sur l'horreur, le crime et le romantisme ont pris de plus grandes parts du marché. Cependant une controverse a éclaté sur les liens présumés entre les comics et la délinquance juvénile, centrée en particulier sur les titres du crime et de l'horreur. En 1954, les éditeurs mirent en œuvre la Comics Code Authority pour en réglementer le contenu. Dans la foulée, les éditeurs ont de nouveau commencé à introduire des histoires de super-héros, un changement qui a commencé avec l'introduction d'une nouvelle version de Flash de DC Comics dans Showcase no 4 (octobre 1956). En réponse à la forte demande, DC a commencé à publier davantage de titres de super-héros, incitant Marvel Comics à suivre cet exemple en commençant par les Quatre Fantastiques dans Fantastic Four no 1. Les comics de l'Âge d'argent sont devenus collector ; à partir de 2008, le comic le plus recherché de cette époque est celui où apparaît Spider-Man, Amazing Fantasy no 15.

Origine du terme[modifier | modifier le code]

L'historien des comics Michael Uslan a retracé l'origine du terme jusqu'au courrier des lecteurs du Justice League of America no 42 (février 1966). Le lecteur Scott Taylor of Westport, Connecticut, avait écrit "Si vous continuez de ressusciter les héros de l'âge d'or des années 1930-1940, dans 20 ans les gens appelleront cette décennie les Sixties d'argent!"[2]. Ceci est une référence à la hiérarchie des médailles olympiques. Uslan indique que "les fans s'accaparèrent de suite ce terme, et parlèrent plus distinctement d'un âge d'argent, remplaçant ainsi des expressions telles que « Second Âge héroïque des comics » ou « Âge moderne des comics ». Ainsi, même les détaillants parlèrent d'âge d'or ou d'âge d'argent de vente des comics."[2]

Histoire[modifier | modifier le code]

L'âge d'or[modifier | modifier le code]

Couvrant toute la Seconde Guerre mondiale, lorsque la bande dessinée de divertissement fournit de l'évasion bon marché et jetable pour tous, quels que soient l'âge et le sexe[3], l'Âge d'or des comics dure de 1938, année de l'apparition de Superman dans le no 1 d'Action Comics, à 1954 quand les éditeurs créent le Comics Code Authority, organe d'auto-censure qui amène plusieurs maisons d'édition à cesser leurs activités[4]. Un grand nombre des principaux super-héros sont créés durant cette période, dont Superman, Batman, Wonder Woman chez DC Comics, Captain Marvel chez Fawcett Comics, et Captain America chez Timely Comics[5].

Après guerre, les comics sont accusés de favoriser la montée de la délinquance juvénile. Cependant il a été démontré depuis que cette hausse était directement proportionnelle à celle de la démographie[6]. Lorsque des mineurs délinquants admettent qu'ils lisent des bandes dessinées, cela est pris comme dénominateur commun[7] ; un critique remarquable est le psychologue Fredric Wertham, auteur du livre Seduction of the Innocent (1954)[7], qui tente de remplacer la responsabilité des parents de ces enfants dans la délinquance juvénile par celle des comics qu'ils lisent. Le résultat est un déclin de l'industrie des comics[7]. En 1954, craignant l'instauration d'une censure d'état, les éditeurs décident la création du Comics Code Authority pour réglementer et limiter la violence dans la bande dessinée et ceci marque le début d'une ère nouvelle[8].

L'inter-âge[modifier | modifier le code]

Les années 1954 à 1956 sont un inter-âge où de nombreux succès de l'âge d'or ont disparu sans encore être remplacés. Ce sont des années de crise qui voient de nombreuses maisons d'édition disparaître. Les comics de romance, d'horreur et de crime ont disparu ou ne sont que l'ombre de ce qu'ils étaient les années antérieures. Les comics de super-héros sont minoritaires. Il y a bien des tentatives pour raviver ou créer des super-héros comme Captain Comet, qui fait ses débuts dans Strange Adventures no 9 (juin 1951) et que l'éditorialiste de Comic Book Resources Steven Grant considère être le premier super-héros de l'Âge d'argent[9] ou encore Fighting American, créé en 1954 par l'équipe de Captain America de Joe Simon et Jack Kirby, mais qui ne connaît que 9 numéros. D'autres personnages inclus Nature Boy de Charlton Comics, introduit en mars 1956, et les éphémères remaniements d'Atlas Comics pour Captain America, la Torche Humaine, et Namor, commençant dans le Young Men Comics no 24 de décembre 1953. Mais ces dernières tentatives de ressusciter les super-héros se soldent par des échecs et de guerre lasse, Timely sort son dernier comics de super-héros, un numéro de Submariner Comics, en octobre 1955[10].

L'instauration du comics code est la première épreuve que doivent subir les éditeurs de comics mais s'y ajoute une seconde en 1956 lorsque la société de distribution American News Company cesse toute activité. Cette entreprise est jusqu'à cette date la plus importante du secteur dans le pays. Pour des raisons difficilement compréhensible cette société florissante décide brusquement de ne plus distribuer aucun magazine ce qui oblige les éditeurs à chercher rapidement d'autres distributeurs qui en profitent pour imposer des conditions défavorables aux éditeurs[11]. Ainsi Timely Comics en 1957 est encore une des maisons d'éditions de comics les plus importantes et publie 85 magazines. Malheureusement Martin Goodman décide, en 1956, de ne plus distribuer ses propres comics et de passer plutôt par la société American News Company. Lorsque six mois plus tard American News disparaît, Martin Goodman décide de confier la distribution de ses comics à Independent News Company, qui est une division de DC Comics. Le contrat entre les deux parties est léonin car il impose à Atlas de ne publier que 8 comics par mois. Goodman et son neveu Stan Lee choisissent de publier 16 bimensuels surtout consacrés aux genres du western, de la romance et de la guerre[12].

D'autres maisons d'édition traversent cependant ces crises sans difficultés majeures. La plus importante de l'époque Dell Comics continue à vendre des comics à plus d'un million d'exemplaires. Le propriétaire de Dell, George T. Delacorte a toujours refusé de publier des comics d'horreur ou de crime et préféré des comics inoffensifs pour les plus jeunes. Dell publie des comics mettant en scène les animaux humanisés des dessins animés, des adaptations de films, des reprises de comic strips, etc. Leurs plus grands succès sont les adaptations de dessins animés que l'on trouve dans Walt Disney's Comics and Stories et les westerns. Après les films ce sont les séries telles que Gunsmoke en 1956 ou Maverick en 1958 qui sont reprises dans les comics de Dell[13].

Renaissance des super-héros[modifier | modifier le code]

DC Comics[modifier | modifier le code]

Alors que les éditeurs font plus ou moins facilement face aux crises rapprochées que sont l'instauration du Comic Code et la disparition de American News Company, l'éditeur DC Comics, qui publie toujours les aventures de Superman, Batman et Wonder Woman[14] tente de relancer les super-héros. La première tentative est celle du Limier Martien dans le Detective Comics no 225. Certains historiens considèrent ce personnage comme le premier super-héros de la période[15]. Toutefois, l’historien en comics Craig Shutt, auteur de la colonne "Ask Mister Silver Age"[n 1] dans le Comics Buyer's Guide (en), n'est pas d'accord[16]. Shutt note que lorsque le Limier Martien fait ses débuts, il est un détective utilisant ses capacités particulières pour résoudre des crimes. Il s'agit à l’origine d’un simple « détective excentrique » dans la veine des autres personnages contemporains de DC qui sont des « détectives de télévision, des détectives indiens, des détectives surnaturels, et des animaux détectives»[16]. Schutt pense que le Limier Martien devient un super-héros dans Detective Comics no 273 (novembre 1959), quand il reçoit une identité secrète et ses autres accoutrements de super-héros[16]. Schutt déclare que « si Flash n’avait pas accompagné le mouvement, je doute que le Limier Martien aurait mené le mouvement depuis sa position de repli dans Detective vers une nouvelle ère pour les super-héros »[n 2],[16].

Le no 225 de Detective Comics n'est dpnc généralement pas considéré comme le premier comics de l'âge d'argent. Cemérite est attribué au quatrième numéro du comic book Showcase daté d'octobre 1956[17] dans lequel apparaît une nouvelle version du super-héros Flash[18],[19]. Si, selon le critique Will Jacobs, Superman est disponible en « grande quantité, mais en petite qualité »[14]. Batman fait mieux, mais ses aventures sont « ternes » si on les compare avec ses « aventures atmosphériques » des années 1940[14], et Wonder Woman, ayant perdu son auteur et artiste original, n'est pas plus « idiosyncrasique » ou « intéressante »[14], au contraire, Jacobs présente Showcase no 4 dans les kiosques comme « suppli[ant] pour être acheté » ; la couverture montre un morceau de pellicule d'où s'échappe Flash[14]. L'éditeur Julius Schwartz, le scénariste Gardner Fox, et l'artiste Carmine Infantino sont quelque-unes des personnes derrière la recréation de Flash[20]. Robert Kanigher écrit les premières histoires de ce nouveau Flash, et John Broome est l'auteur d'un nombre important des suivantes[21],[22].

Julius Schwartz, une figure emblématique de DC lors de l'Âge d'argent.

Avec le succès de Showcase no 4, plusieurs autres super-héros des années 1940 reviennent sous une forme remaniée au cours du mandat de Schwartz. Un nouveau Green Lantern est créé dans le no 22 de Showcase par John Broome au scénario et Gil Kane au dessin. Gil Kane participe aussi au retour d'Atom dans le no 34 de Showcase[23]. Hawkman[24] revient peu après avec des scénarios de Gardner Fox et des dessins de Joe Kubert qui avaient déjà travaillé ensemble sur le personnage durant l'âge d'or[25]. Cependant il ne reste que peu d'éléments des héros passés : les noms des personnages sont conservés mais leurs costumes, leurs identités et les lieux de leurs aventures sont altérées. Alor que la magie jouait un rôle important dans l'explication des pouvoirs des héros dans les années 1930, dans les années 1960 ce sont plutôt des expériences scientifiques qui sont à l'origine de ces pouvoirs[24]. Schwartz, fan de science-fiction tout au long de sa vie, est l'inspiration pour le remaniement de Green Lantern[26] — le personnage de l'âge d'or, l'ingénieur de chemin de fer Alan Scott, possédait un anneau alimenté par une lanterne magique[26], mais son remplaçant dans l'âge d'argent, le pilote d'essai Hal Jordan, a un anneau alimenté par une batterie extraterrestre et créé par une force de police intergalactique[26].

En 1960, dans le no 28 de The Brave and the Bold Flash et Green Lantern s'associent au Limer Martien, à Wonder Woman et à Aquaman pour former la Ligue de justice d'Amérique qui est l'héritière du groupe de l'âge d'or nommé la Société de justice d'Amérique. Batman et Superman sont aussi membres de l'équipe mais dans les premiers temps ils ne font que des apparitions [12]. L'équipe reçoit un si bon accueil qu'en 1961 elle gagne son propre titre, meilleures ventes de l'année pour un nouveau comics[27].

En 1956 toujours, DC rachète la maison d'édition Quality Comics et devient propriétaire de plusieurs héros comme Blackhawk, Plastic Man de Jack Cole ou encore d'Uncle Sam[13].

Dans le milieu des années 1960, DC établit que les personnages apparaissant dans les comices publiés avant l'âge d'argent vivent sur un Terre parallèle que la compagnie baptise Terre-Deux. Les personnages introduits dans l'âge d'argent et par la suite vivent sur Terre-Un[28]. Il est établi que les deux réalités sont séparées par un champ vibratoire qui peut être franchi, ce qui permet d'imaginer des histoires dans lesquelles les super-héros issus des mondes différents s'associent[28].

L'arrivée de Mort Weisinger au poste de responsable éditorial de Superman allait signaler une continuité renforcée et la période la plus créative pour le personnage[réf. nécessaire].

Le succès de ces séries établit une formule à suivre pour DC face aux restrictions du Comics Code Authority. Elles injectèrent une bouffée d'air frais dans les comics et cela se ressentit dans les ventes et fut remarqué par leurs concurrents.

Marvel Comics[modifier | modifier le code]

La renaissance des super-héros chez DC Comics à partir de 1956 et surtout le succès de ces séries est remarqué par d'autres éditeurs. L'un d'entre eux est Martin Goodman, propriétaire d'Atlas Comics rebaptisé depuis juin 1961 Marvel Comics[n 3],[29]. Lorsqu'en 1961 le comic book Justice League of America devient le numéro 1 des ventes de comics, Goodman demande à Stan Lee, son neveu et dernier salarié à plein temps de l'entreprise, d'écrire un comics mettant en scène une équipe de super-héros. Stan Lee, lassé d'écrire des histoires de monstres qui constituaient une part importante des derniers comics d'Atlas s'apprêtaient alors à quitter le monde de l'édition. Il accepte cependant le travail que lui confie son oncle mais sur les conseils de son épouse, il écrit un scénario original qui tranche avec les habitudes héritées de l'âge d'or. En effet, dans ce comics, publié en août 1961[30] et intitulé Fantastic Four, les héros ne sont pas taillés dans le marbre, ils doutent, se mettent en colère et montrent leurs émotions comme des êtres humains normaux[31]. Le scénario est servi par le dessin de Jack Kirby qui travaille depuis 1959 pour Atlas où il a déjà créé en 1940 avec Joe Simon Captain America lorsque l'entreprise s'appelait encore Timely[32]. Lee et Kirby commencent ainsi à créer des séries à succès qui sont construites sur cette idée de montrer des héros aux pouvoirs fantastiques combattant des génies du mal mais aussi des êtres qui souffrent, qui sont confrontés aux mêmes difficultés de la vie quotidienne que les lecteurs. Après les Quatre Fantastiques surgissent Hulk, Thor, L'Homme-fourmi, Les Vengeurs et Captain America qui est ressuscité[33]. Si Jack Kirby travaille très vite, il ne peut tout dessiner et Stan Lee doit faire appel à d'autres dessinateurs pour mettre en image ses séries à succès. Kirby participe souvent à la création du héros avant de laisser la main à un autre artiste. Ainsi en 1962 apparaît dans les pages du dernier numéro du comic book Amazing Fantasy Spider-Man dessiné par Steve Ditko[34] et en 1963 Iron Man dessiné par Don Heck[35].

Autres éditeurs[modifier | modifier le code]

DC Comics et Marvel en relançant les comics de super-héros s'assurent une place importante sur le marché des comics mais d'autres éditeurs tirent leur épingle du jeu, souvent en proposant une offre différente. Archie Comics continue à publier les aventures de Archie Andrews mais tente aussi de profiter de l'engouement pour les super-héros en créant The Fly, Jaguar et en relançant des super-héros de l'âge d'or comme The Shield. Dell Comics, Gold Key Comics et Harvey Comics continuent à publier des comics destinés aux enfants. Charlton Comics publient des comics dans tous les genres dont celui des super-héros[36]. Toutefois, les comics de super-héros n'eurent pas un grand succès. Tower Comics fut une exception, car leur courte série T.H.U.N.D.E.R. Agents de Wally Wood eut un accueil favorable[réf. nécessaire].

Le point culminant de cette période fut 1966-1968 avec la série télévisée Batman, qui aida à populariser les comics auprès d'un plus large public.

De plus, vers la fin de cette période, de nouveaux artistes s'essayèrent à inclure d'autres formes d'art dans le genre. Par exemple Neal Adams mit des touches de naturalisme, et Jim Steranko essaya d'ajouter du pop art, du surréalisme et des éléments de design graphique.

Comics underground[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Comics underground.

Selon John Strausbaugh du journal The New York Times, les historiens «traditionnel» des comic books estiment que même si l'âge d'or mérite une étude, le seul aspect remarquable de l'âge d'argent a été l'avènement des comics underground[5]. Un commentateur a suggéré que, « Peut-être que l'une des raisons pour lesquelles les comics underground en sont venus à être considérés comme un art légitime est dû au fait que le travail de ces artistes incarne plus ce que beaucoup de public considère comme des véritables strips de presse - qu'ils sont écrits et dessinés par (i.e., authentiquement signé par) une seule personne. »[n 4],[37]. Tandis que de nombreux professionnels des comics dominants ont à la fois écrit et dessiné leur propre matériel au cours de l'âge d'argent, comme beaucoup l'avaient fait depuis le début des comic books américains, leur travail est distinct de ce qu'un autre historien décrit comme "le brut sur le journal" de Robert Crumb et Gilbert Shelton[38]. Le plus souvent publiés en noir et blanc avec couverture couleur sur papier glacé et distribués dans les librairies et magasins principaux de contre-culture, les comics underground visent un public adulte et reflète le mouvement de la contre-culture de l'époque[38],[39],[40].

Fin et conséquences[modifier | modifier le code]

L'artiste Neal Adams, qui travailla avec le scénariste Denny O'Neil sur Green Lantern et Green Arrow, marque une des possibles fin de l'Âge d'argent.

L'Âge d'argent des comics fut suivi par l'Âge de bronze[41]. La limite n'est pas clairement définie, mais plusieurs évènements sont souvent cités pour marquer le changement de période[41] et surtout une différence dans le style d'écriture permet de distinguer ces deux périodes. En effet, les histoires et la psychologie des personnages tendent vers plus de réalisme[42]. Parmi les évènements qui servent de repère se trouve la publication en 1969 des derniers comics à 12 cents[43]. Différents numéros de Amazing Spider-Man sont aussi cités : les numéros 96 à 98 de mai à juillet 1971, écrits par Stan Lee et dessinés par Gil Kane, publiés sans le sceau du comics code afin de pouvoir faire référence à l'usage de drogues, ce qui était totalement interdit par le CCA[44] le numéro 100 d'octobre 1971[45], qui fut tant le dernier mois des parutions à 15 cents, que le dernier avant l'introduction de Morbius, le vampire vivant. La Comics Code Authority avait en effet levé son embargo sur les vampires (ainsi que sur d'autres créatures surnaturelles) plus tôt dans l'année[46]. Une des caractéristiques de l'Âge de bronze a été la prolifération des titres de comics de monstres supernaturels comme Swamp Thing, Werewolf by Night, et The Tomb of Dracula. L'expert en comics Arnold T. Blumberg place la fin de l'Âge d'argent en juin 1973, lorsque la petite amie de Spider-Man, Gwen Stacy, fut tuée dans un arc narratif surnommé « La mort de Gwen Stacy » (en anglais, "The Night Gwen Stacy Died" publié dans Amazing Spider-Man #121), disant que la fin de l'ère de l'innocence s'acheva par « le clac entendu tout autour dans le monde de la bande dessinée — le saisissant, écœurant claquement d'os annonçant la mort de Gwen Stacy[47]. »

L'historien Will Jacobs suggère la fin de l'Âge d'argent en avril 1970 lorsque l'homme qui le commença, Julius Schwartz, remit Green Lantern — qui mettait en avant un des premiers héros ravivés de l'ère — entre les mains de la nouvelle équipe de Denny O'Neil et Neal Adams suite à des chiffres de vente en baisse[48]. John Strausbaugh lie aussi la fin de l'Âge d'argent à Green Lantern. Il observe que le personnage incarnait en 1960 l'optimisme can-do de l'époque, déclarant, « Personne dans le monde soupçonne que, à tout moment je peux devenir le puissant Green Lantern - avec ma bague d'une puissance incroyable et de mon faisceau vert invincible ! Golly, quel sentiment[5]! » Cependant, en 1972, Green Lantern était devenu las du monde ; « Ces jours sont partis — partis pour toujours — les jours où j'était confiant, déterminé... J'étais si jeune... si sûr que je ne pouvais pas faire d'erreur ! Jeune et arrogant, c'était Grenn Lantern. Eh bien, j'ai changé. Je suis maintenant plus vieux... peut-être plus sage, aussi... et bien moins heureux[5]. » Strausbaugh écrit que l'Âge d'argent « s'est éteint avec ce gémissement »[5]. Cette nouvelle ligne éditoriale chez DC est complétée par l'arrivée de Jack Kirby chez cet éditeur qui est aussi parfois une date retenue pour le changement de période[49],[50] ainsi que le départ à la retraite, en 1970, de Mort Weisinger, responsable des titres Superman.

Arnold T. Blumberg défend la position que la transition fut un processus graduel depuis la fin des années 1960 jusqu'en 1973, s'achevant avec la mort de Gwen Stacy, un « évènement dont beaucoup en parlent comme le moment émouvant le plus unique et mémorable dont la communauté de fans se souvient[47]. » Il écrit qu'il y avait une volonté des créateurs et des éditeurs d'aborder des thèmes plus matures, même s'ils étaient « filtrés à travers l'objectif un peu simpliste du super-héros », mettant ainsi un terme à « l'Âge d'argent léger et insouciant[47] ».

L'âge d'argent s'achève donc non sur une crise mais par une transformation progressive des comics. Il est remplacé par l'âge de bronze des comics qui est marqué par un ancrage des super-héros dans le réel, l'essor des éditeurs indépendants, nés de la presse underground, la création d'un nouveau système de distribution et le développement des magasins spécialisés en comics, l'arrivée de jeunes créateurs tels que les scénaristes Gerry Conway, Steve Englehart, Mike Friedrich, Marv Wolfman, Steve Gerber, Don McGregor, Doug Moench, et Len Wein, et des dessinateurs comme John Byrne, Marshall Rogers, P. Craig Russell, et Bernie Wrightson qui vont développer de nouveaux genres et utiliser de nouveaux formats de bandes dessinées.

Aspects économiques[modifier | modifier le code]

Après-guerre, le nombre de page a été divisé par deux passant de 64 à 32 pages. Ceci a pour conséquence la diminution du nombre d'histoires courtes dans les anthologies et dans les comics ne racontant qu'une histoire, celle-ci occupe toutes les pages et le récit est continu. Ainsi chez Marvel, Lee abandonne le récit en plusieurs parties à partir du no 15 du comic book Fantastic Four au profit d'une histoire d'un seul tenant. À côté de ce format de comics apparaît l'annual qui est un numéro exceptionnel paraissant 1 fois par an et qui comporte 72 pages dont 64 de bandes-dessinées[51].

Les comics ne perdent pas seulement des pages, ils voient aussi leur prix monter passant de 10 à 12[51].

Les coloristes touchent à l'époque 2 $ par page ce qui est très faible et explique pourquoi les dessinateurs délaissent cet aspect du travail pour se consacrer à leurs planches qui sont mieux payées[52].

Aspects artistiques[modifier | modifier le code]

Écriture[modifier | modifier le code]

Les comics de super-héros de l'âge d'argent sont dominés par deux sociétés DC Comics et Marvel Comics. L'opposition entre les deux ne se fait pas seulement par les héros mais aussi par deux approches du récit opposées. Les responsables éditoriaux de DC insistent sur l'importance du récit qui doit être maîtrisé alors que Stan Lee, qui est responsable de tous les comics Marvel préfère se focaliser sur les personnages. Dans un cas, l'idée générale de l'histoire semble préexister au héros alors que dans le second c'est le héros qui est à l'origine du récit[53]. Quelle que soit la solution choisie elle est le fruit d'une décision du directeur de la publication qui est alors, comme pendant la période de l'âge d'or, un auteur dictant aux artistes et aux scénaristes le thème général de chaque épisode. Cependant, cette omnipotence du responsable éditorial s'érode peu à peu à partir du moment où Stan Lee décide de créditer toutes les personnes ayant participé à la création du comics. Ceci révèle les noms des scénaristes qui prennent plus d'importance[54].

La méthode Marvel[modifier | modifier le code]

Stan Lee, lorsqu'il commence à créer ses comics de super-héros abandonne les règles non-écrites du genre. Il ne cesse d'innover et ce dans plusieurs domaines. Tout d'abord il descend les super-héros de leur piédestal et en fait de simples humains, avec tous les soucis que ceux-ci peuvent éprouver dans la vie quotidienne, dotés en plus de super-pouvoirs. De plus si, auparavant, dans les univers fictionnels les relations entre les personnages étaient rares, elles deviennent une évidence dans les années 1960 sous l'influence de Stan Lee. Les héros de l'univers Marvel se rencontrent, se combattent et s'allient et les éléments nouveaux apportés à cet univers sont rapidement connus par les lecteurs quel que soit le comics qu'ils lisent[55]. Enfin, comme il est le seul scénariste de Marvel, il décide de confier une part importante de l'écriture des comics aux dessinateurs. Il discute avec le dessinateur du synopsis du point d'arrivé à la résolution du conflit mais laisse l'artiste organiser ses planches comme il le souhaite. Les textes sont ajoutés par Lee après-coup. Cette méthode est d'autant plus facile à mettre en œuvre que Lee travaille avec des artistes tels que Jack Kirby, Steve Ditko, Wally Wood ou Bill Everett qui maîtrisent parfaitement l'art du récit dessiné[56].

Cartouches et phylactères[modifier | modifier le code]

Deux écoles s'opposent dans l'usage des cartouches. Chez DC, ils peuvent être l'outil utilisé par le narrateur omniscient pour raconter l'histoire alors que chez Marvel il peuvent permettent au scénariste (Stan Lee) de dialoguer avec le lecteur. On retrouve dans le premier choix l'influence de l'écriture de nouvelles ou de romans de science-fiction puisque les scénaristes John Broome ou Otto Binder sont aussi des écrivains alors que le second est à relier avec la volonté de Lee de créer une relation amicale entre les auteurs et les lecteurs[57].

Les dialogues, parfois grandiloquents, ne brillent guère par leurs qualités littéraires. et les discours des personnages servent trop souvent à expliquer ce qui est en fait déjà visible dans le cadre. Les phylactères utilisés pour les pensées des personnages ont le même rôle, ils donnent au lecteur les informations que celui-ci a déjà pu tirer du dessin[58]. Toutefois, ces bulles de pensées peuvent donner de temps en temps des informations complémentaires en servant de contre-point au discours. Enfin certaines cases sont croisées avec la forme habituelle de la bulle de pensée et introduisent ainsi un flashback[59].

Dessin[modifier | modifier le code]

Les maisons d'éditions se créent une identité forgée sur un style artistique. Ainsi DC Comics est représenté par le style élégant de Gil Kane qui est adopté par les autres artistes de la maison[23] et qui donne des dessins très clairs et au service du scénario. Chez Marvel les dessinateurs sont invités à imiter le style énergique de Jack Kirby[60], bien que certains, comme Steve Ditko dont le dessin plus anguleux est apprécié sur le comics de Spiderman, impriment leur personnalité aux scénarios de Stan Lee[56].

La composition des cases est longtemps semblable à celle qui régnait durant l'âge d'or des comics. Les actions sont le plus souvent montrées à hauteur d'homme faisant du lecteur un témoin de la scène. Peu à peu les artistes inventent de nouvelles façons de décrire l'action. Les plongées et contre-plongées sont ainsi plus fréquentes. Les artistes, surtout chez Marvel, adoptent un style plus expressif. Jack Kirby abandonne le formalisme du gaufrier et insère dans le récit des pleines pages[61] parfois construites à partir de photographies découpées dans des magazines qui constituent un décor fantastique où il place par la suite ses personnages[62]. À la fin de l'âge d'argent, des dessinateurs tels que Jim Steranko, Neal Adams ou Gene Colan se libèrent du cadre antérieur par un art plus expressif[63].

Certaines conventions de styles étaient implicitement établies sur les titres de l'âge d'argent. Par exemple, il était fréquent que la première page (appelée "splash page") serve de seconde couverture, donnant un avant-goût de ce qu'il allait se passer dans le prochain numéro. La plupart des histoires commençaient à la page deux.

Les couvertures[modifier | modifier le code]

Chez DC Julius Schwartz décide de faire dessiner les couvertures avant l'écriture du script en indiquant au dessinateur quel est l'intrigue générale. La couverture est donc nécessairement liée à l'aventure racontée dans le comics et met en avant ses éléments les plus fantastiques[64]. Les couvertures de l'âge d'argent chez DC comics sont reconnues pour leur abondance de bulles. Marvel, quant à eux, adoptèrent des couvertures représentant des scènes d'action, ou une image dramatique, et ne faisaient appel aux bulles qu'en de rares occasions. Il est rare de nos jours de voir des bulles de dialogue sur des couvertures, sauf en cas d'hommage ou de parodie[réf. nécessaire].

Raisons du succès[modifier | modifier le code]

En contraste par rapport aux périodes précédentes, les personnages de l'âge d'argent sont « imparfaits et doutaient d'eux-même »[65] et cela est surtout visible dans les comics publiés par Marvel Comics où les faiblesses des héros permettent aux lecteurs de plus facilement s'y identifier. De plus, Stan Lee organise une politique éditoriale qui s'adresse aux lecteurs : il choisit de promouvoir les artistes qui participent à la création de ces histoires, il s'adresse au lecteur dans certains phylactères et propose des conférences dans les universités. Le lecteur devient ainsi membre d'une communauté constituée autour des comics Marvel[33] et celle-ci s'officialise en février 1965 lorsque Stan Lee crée le fan club la M.M.M.S (acronyme pour Merry Marvel Marching Society) qui en 1969 devient la Marvelmania International[66]. Stan Lee, en agissant ainsi, innove moins qu'il ne développe des idées qui déjà existaient auparavant. EC Comics, dans les années 1950, avait été le premier éditeur à créer un fan-club, The EC Fan-Addict Club[67]. Dans les pulps publiés par Hugo Gernsback et les comics de DC Comics, le courrier des lecteurs n'était plus anonyme, ce qui permettait de créer des réseaux de fans. Enfin, certains éditeurs, dont Charlton Comics organisent des concours d'écritures qui participent de l'interactivité entre l'éditeur et le lecteur[68].

Aspects idéologiques[modifier | modifier le code]

L'origine des pouvoirs des super-héros de DC Comics, recréés dans cet âge d'argent, est liée à la science, que ce soit grâce à un instrument extra-terrestre pour Green Lantern ou un effet d'une expérience scientifique pour Flash ou The Atom. Cet aspect a été lié à l'importance grandissante de la science dans la société américaine qui connaît déjà la bombe atomique et qui s'apprête à entrer dans l'ère de la conquête spatiale. De plus, ils incarnent une forme du rêve américain dans laquelle le monde est ordonné, compréhensible et maîtrisable. Ils s'accordent avec une société dans laquelle l'état fédéral est fort pour une middle class prospère et ne cherchent pas à s'opposer à des criminels issus du milieu des affaires. Au contraire, ils défendent le capitalisme et se soumettent au pouvoir militaro-industriel. Les comics proposent ainsi des personnages forts, optimistes et tournés vers l'avenir[23].

Ces héros sont toujours blancs et sont surtout des hommes. En effet les super-héroïnes sont toujours aussi rares qu'elles l'étaient dans les décennies précédentes et elles trouvent leur place lorsqu'elles sont des répliques de héros masculins (Supergirl est ainsi une version féminine de Superman). Si les femmes sont minoritaires dans un monde masculin elles sont cependant visibles alors que les personnages noirs ne parviennent même pas à exister. Alors que les États-Unis connaissent des troubles raciaux liés à la conquête des droits civils par les noirs, rien de tout cela ne transparaît dans les comics. Il faut attendre 1966 et l'apparition de la Panthère noire, créé par Stan Lee et Jack Kirby dans le comic book des Quatre Fantastiques pour qu'un super-héros noir existe enfin[69]. Il faut cependant noter qu'une équipe de super-héros fait référence aux luttes des minorités même si ce n'est pas le comics n'est pas créé dans cette seule fin. En effet, en septembre 1963 sort le premier numéro des X-men de Stan Lee et Jack Kirby qui présente des super-héros détestés pour ce qu'ils sont, à savoir des mutants. En éditant ce comics, Marvel s'attaque au racisme et ouvre la voie à une nouvelle façon de voir les comics de super-héros qui au delà des combats des gentils contre les méchants peuvent aussi aborder des sujets sérieux[70].

Influence sur d'autres médias[modifier | modifier le code]

Les comics connaissent un très grand succès et ce phénomène amènent des producteurs de télévision à s'y intéresser et à créer des séries inspirées par les aventures des super-héros. Batman est sur les écrans de télévision à partir du 12 janvier 1966[71] dans une série qui porte son nom et qui dure trois saisons de 1966 à 1968. Alors que le comics retrouvait un aspect sombre, proche de celui des années 1940, la série, produite avec un ton humoristique[72], connaît un succès immédiat qui se maintient lorsqu'un film tiré de cette série est distribuée à l'été 1966[73]. D'autres super-héros ont droit à une série animée comme Spider-Man et d'autres personnages Marvel et bien que l'animation soit loin d'être valable, ces dessins animés parviennent à garder l'énergie qui transparait dans les pages des comics[74].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Demandez à Monsieur l’Âge d’Argent
  2. (en) « Had Flash not come along, I doubt that the Martian Manhunter would've led the charge from his backup position in Detective to a new super-hero age. »
  3. En juin 1961 le comics no 95 de Patsy Walker porte le symbole MC pour Marvel Comics
  4. (en) « Perhaps one of the reasons underground comics have come to be considered legitimate art is due to the fact that the work of these artists more truly embodies what much of the public believes is true of newspaper strips — that they are written and drawn (i.e., authentically signed by) a single person. »

Références[modifier | modifier le code]

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Ouvrages[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article source utilisée pour la rédaction de cet article

  • Gérard Courtial, À la rencontre des SUPER-HÉROS, Bédésup,‎ 1985, 152 p. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Randy Duncan et Matthew J. Smith, The Power of Comics : History, Form & Culture, The Continuum International Publishing Group Inc.,‎ 2009, 346 p. (ISBN 978-0826429360, lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Will Jacobs, Gerard Jones, The Comic Book Heroes : From the Silver Age to the Present, New York, New York, Crown Publishing Group,‎ 1985, 1e éd., poche (ISBN 978-0-517-55440-1, LCCN 85007721)
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  • (en) Tyler Weaver, Comics for Film, Games, and Animation : Using Comics to Construct Your Transmedia Storyworld, Taylor & Francis,‎ 2013, 352 p. (ISBN 9781136145742, lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]