Pollution génétique

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L'expression pollution génétique désigne le phénomène d'introduction (volontaire ou involontaire) de gènes modifiés ou étrangers à une espèce ou à une variété dans une autre variété ou dans une population sauvage par transmission verticale, ou un transfert horizontal (On parle aussi de "présence fortuite" et de "flux de gènes" des cultivars vers l'environnement[1] ou d'autres espèces cultivées[2]).

Sommaire

Histoire [modifier]

Cette notion est apparue dans le domaine de la biologie des populations, de la génétique des populations et de l'étude de l'autochtonie[3] et de la naturalité dans le champs de la biodiversité, du génie écologique et des études de réintroduction[3] ; elle concerne alors surtout les croisements d'une population sauvage avec des lignées exotiques ou domestiquées.

Elle a aussi été reprise dans le cadre de l'étude de risques de transfert (horizontaux ou verticaux chez les bactéries ou via des bactéries) de gènes nouveaux à partir d'une souches transgéniques (OGM)[4], dans le cadre d'études et évaluations scientifiques[5], et de la controverse et du débat sur les organismes génétiquement modifiés[6].

La modification de génotypes d'espèces domestiques (animales ou végétales) par croisement est ancienne ainsi que l'introduction de gènes modifiés ou provenant de sous-espèces exotiques dans la population sauvage d'une région. La transgenèse introduit la possibilité de faire passer un gène d'une espèce à une autre[7], voire d'un règne à un autre.

Les nouveaux outils de la biologie moléculaire permettent de mieux détecter et mesurer la pollution génétique, par le suivi de marqueurs génétiques[8] [9]. Des modélisations devraient permettre de mieux appréhender les risques[10]

Enjeux [modifier]

Ils sont de natures différentes :

  • Le risque existe d'une aggravation de l'érosion générale de la biodiversité[11] [3], à une moindre adaptation de l'espèce à son environnement et d'une moindre résilience écologique induites par l'apport d'allèles étrangers, par exemple chez les abeilles[12][13] ou dans la sylviculture d'arbres plantés à grande échelle et sous forme de clones et d'hytbrides tels que le peuplier ou l'eucalyptus par exemple[14]. En Europe, on observe fréquemment chez les espèces sauvages du canard colvert, du sanglier, du pigeon biset et de la caille (Coturnix coturnix), des hybridations avec les congénères domestiques de ces espèces, qui sont respectivement le canard domestique, le porc, le pigeon domestique et la caille du Japon. Ces animaux de souches domestiques qui s'introduisent dans les population sauvages sont issus de marronnage ou bien de lâcher de repeuplement pour la chasse. Chez les poissons, mais également la carpe commune et plus récemment le saumon atlantique sont également susceptibles d'être influencées par croisement avec des lignées modifiées issues d'élevage.
    En Asie, le coq sauvage (Gallus gallus) peut se reproduire avec les poules domestiques et voir ainsi ses caractères modifiés.
  • Inversement, un autre risque est craint ; c'est la possibilité pour les espèces parentes ou proches d'espèces transgéniques cultivées ou élevés en plein champs ou en contact possible avec des espèces sauvages, de produire par croisement ou transferts de gènes, des organismes nouveaux et suradaptés, par exemple « super-mauvaise herbe » résistante à un désherbant total et productrice d'insecticide Bt dont on a plus de mal à se débarrasser et qui pourrait éventuellement devenir invasive[10], ou simplement que des espèces ayant intégré un transgène colonisent des milieux naturels avec des impacts anormaux en termes de pression sélective[15] (en raison de la production de Bt par exemple)[16], et/ou éventuellement en s'hybridant avec des espèces sauvages[17] [18] [19].
  • Enjeux juridiques : les gènes brevetés posent des problèmes de sécurité juridique en cas de « présence fortuite » dans la production d'un agriculteur ou éleveur qui n'a pas payé le droit d'en disposer. Un agriculteur bio peut ainsi perdre son label et être poursuivi par le détenteur des droits. Inversement des producteurs de gènes transgéniques pourraient être attaqués pour n'avoir pas pu contenir leurs transgènes[20]. Le problème se pose aussi de la persistance[21] de graines viables dans les champs après une culture transgénique (ex : Colza[22]) ;
  • Enjeux d'organisation des cultures et élevages. Certaines procédures d'isolation destinés à limiter la dispersion de pollens ou propagules peuvent être nécessaires ou souhaitables, qui posent encore des questions complexes d'évaluation et de précaution
  • La pollution génétique interfère aussi avec la conservation de la nature, l'écologie de la restauration[3] en rendant notamment le travail des conservatoires génétiques plus difficile[23]

OGM [modifier]

L'industrialisation récente du procédé, sa généralisation et le caractère plus « commercial » et « breveté » des gènes mis en œuvre (résistance à des herbicides par exemple) ont modifié la donne et les modalités d'appréciation du risque ; divers acteurs, dont les opposants à ces techniques parlent de « pollution génétique » pour évoquer la diffusion de caractères modifiés à partir de lignées de laboratoire {{Référence nécessaire|vers des lignées sauvages ou domestiquées (cultivées sous le label agriculture biologique en particulier, label qui interdit les organismes transgéniques).

La diffusion non contrôlée des gènes modifiés n'est cependant pas l'objectif des producteurs d'OGM, certains organismes végétaux étant au contraire conçus pour ne pas produire de graines fertiles, afin de s'assurer un marché captif de semences.

Cette diffusion est donc par nature accidentelle. La crainte des opposants aux OGM est qu'elle ne mette en danger des espèces sauvages, supprime la variabilité génétique, ou bien représente un risque pour la santé.

Notes et références [modifier]

  1. Luby JJ, McNicol RJ (1995) Gene flow from cultivated to wild raspberries in Scotland: developing a basis for risk assessment for testing and deployment of transgenic cultivars. Theor Appl Genet 90:1133–1137
  2. Chevre AM, Eber F, Baranger A, Renard M (1997) Gene flow from transgenic crops. Nature 389:924
  3. a, b, c et d McKay, J. K., Christian, C. E., Harrison, S. and Rice, K. J. (2005), http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/j.1526-100X.2005.00058.x/abstract;jsessionid=DE249DE1C1A93F07D4A08FFC614D515F.d04t04?deniedAccessCustomisedMessage=&userIsAuthenticated=false How Local Is Local?” A Review of Practical and Conceptual Issues in the Genetics of Restoration]; Restoration Ecology, 13: 432–440. doi: 10.1111/j.1526-100X.2005.00058.x
  4. Jeremy Rifkin (1998), The biotech century ("Le siècle biotech") , SCE First, B Last
  5. Daniels RE, Sheail J (1999), Genetic pollution : Concepts, concerns and transgenic crops ; Monographie du British Crop Protection Council ; acte du symposium Gene flow and agriculture : relevance for transgenic crops qui s'est tenu à Keele les 12, 13 et 14 Avril 1999 ISSN:0306-3941 ; (12/04/1999) 1999 n°72, pp. 65-72 ISBN:1-901396-72-X ([résumé Inist CNRS])
  6. Hails (2000) Genetically modified plants – the debate continues. Trends Ecol Evol 15:14–18
  7. Brown J, Brown AP (1996) Gene transfer between canola (Brasica napus L. and B. campestris L) and related weed species. Ann Appl Biol 129:513–522
  8. Jourdren C, Barret P, Horvais R, Foisset N, Delourme R, RenardM (1996) Identification of RAPD markers linked to the locicontrolling erucic acid level in rapeseed. Mol Breed 2:61–71
  9. Paul EM, Capiau K, Jacobs M, Dunwell JM (1995) A study of gene dispersal via pollen in Nicotiana tabacum using introduced genetic markers. J Appl Ecol 32:875–882
  10. a et b Kareiva P, Parker IM, Pascual M (1996) Can we use experiments and models in predicting the invasiveness of genetically engineered organisms. Ecology 77:1670–1675
  11. N Maxted, L Guarino (2006), Genetic erosion and genetic pollution of crop wild relatives ; Genetic Erosion and Pollution , (voir google books)
  12. K Goka (1998), Influence of invasive species on native species—will the European bumble bee, Bombus terrestris, bring genetic pollution into the Japanese native ; Bull. Biograph. Soc. Jpn
  13. JM Cornuet, A Daoudi, C Chevalet (1986), Genetic pollution and number of matings in a black honey bee (Apis mellifera mellifera) population ; Theoretical and Applied Genetics ; Ed : Springer
  14. Potts, BM and Barbour, RC and Hingston, AB, Genetic pollution from farm forestry using eucalypt species and hybrids, Rural Industries Research and Development Corporation, 01/114 (2001) (ref. cit.)
  15. Donald A. Levin (1975)Pest Pressure and Recombination Systems in Plants ; The American Naturalist, Vol. 109, No. 968. (Jul. - Aug., 1975), pp. 437-451. Stable URL: http://links.jstor.org/sici?sici=0003-0147%28197507%2F08%29109%3A968%3C437%3APPARSI%3E2.0.CO%3B2-U
  16. Crawley MJ, Hails RS, Rees M, Kohn D, Buxton J (1993), Ecology of transgenic oilseed rape in natural habitats. Nature 363: 620–623
  17. Darmency H, Lefol E, Fleury A (1998) Spontaneous hybridizations between oilseed rape and wild radish. Mol Ecol 7:1467–1473
  18. Gliddon C (1994) The impact of hybrids between genetically modified crop plants and their related species: biological models and theoretical perspectives. Mol Ecol 3:41–44
  19. Eber F, Chevre AM, Baranger A, Vallee P, Tanguy,X, Renard M (1994) Spontaneous hybridization between a male-sterile oilseed rape and two weeds. Theor Appl Genet 88:362–368
  20. B Hoyle (1999), Canadian farmers seek compensation for" genetic pollution". - Nature biotechnology, ncbi.nlm.nih.gov
  21. Chadoeuf R, Darmency H, Maillet, J, Renard, M (1998) Survival of buried seeds of interspecific hybrids between oilseed rape, hoary mustard and wild radish. Field Crop Res 58:197–204
  22. D Pessel, J Lecomte, V Emeriau, M Krouti,A. Messean P.H. Gouyon (2001), Persistence of oilseed rape (Brassica napus L.) outside of cultivated fields ; heor Appl Genet (2001) 102:841–846
  23. NC Ellstrand (1992), Gene flow by pollen: implications for plant conservation genetics ; Oikos, JSTOR