MON 810

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MON 810 est une lignée de maïs Bt, OGM (maïs génétiquement modifié) de la firme américaine Monsanto.

Les maïs Bt sont des variétés de maïs auxquelles a été ajouté un gène «le cry1Ab» donnant une résistance aux ravageurs qui ciblent cette céréale, comme la Noctuelle du maïs (Sesamia nonagrioides) et la Pyrale du maïs (Ostrinia nubilalis).

Ce gène permettra à la plante de résister à ces insectes ravageurs par la sécrétion d'un insecticide. Ce gène provient de la bactérie Bacillus thuringiensis (abrégé en Bt) qui produit naturellement la protéine Cry1Ab, un insecticide naturel.

Cette protéine Cry1Ab est sécrétée au sein de tous les tissus de la plante durant toute sa durée de vie. Les taux de protéine sécrétée changent toutefois en fonction du tissu végétal analysé (feuille, graine, etc.) ainsi que du stade de développement de la plante.

Dans une étude de 2009, parue dans Journal of Plant Diseases and Protection, Nguyen et Jehle ont évalué que 5,5 à 6,6 microgrammes de Cry1Ab étaient présents par gramme de tissu frais (µg/g fw) dans la feuille d’un organisme au stade de développement BBCH83 (début de la maturation des graines).

Selon l'Agence France-Presse, en 2013, le seul maïs génétiquement modifié cultivé dans l'Union européenne est le MON 810 (essentiellement en Espagne et au Portugal)[1],[2].

Études et controverses[modifier | modifier le code]

La structure transgène du MON 810 diffère du plasmide conçu pour l'évaluation sanitaire de Monsanto[3] et a changé en comparaison à la protéïne Cry1Ab naturelle[4]. Gilles-Eric Seralini et ses collègues (2007 & 2009) ont analysé une nouvelle fois les données de Monsanto à propos du MON 810 (rendues disponibles après qu'une demande publique ait été formulée). D'après eux le maïs pouvait causer des dégâts au foie, aux reins ainsi qu'au cœur des rats étudiés[5],[6].

Toutefois, l'autorité européenne de sécurité des aliments (AESA), après avoir revu cette analyse, conclut que les différences observées se retrouvaient dans des gammes normales lors de l'étude du rat, considérant que les méthodes de mesures statistiques étaient inadéquates[7]. Séralini fut critiqué de la même façon pour des travaux réalisés par la suite lorsqu'il affirma que des rats avaient développé des cancers après la consommation d'aliments génétiquement modifiés[8].

Plusieurs autres publications montrent des effets du Cry1Ab sur des espèces non ciblées telles que certains insectes et d'autres arthropodes n'appartenant pas au groupe des lépidoptères (papillons)[9],[10][11],[12], la toxine Cry1Ab disposerait donc d'un champ d'action moins réduit qu'on ne pouvait le supposer au départ[13],[4],[11].

Le 5 avril 2012[14], La Pologne annonce qu'elle interdira la culture du MON 810 sur son territoire craignant que le pollen de la souche puisse avoir un effet nocif sur les abeilles. Il n'existe pas à l'heure actuelle de preuves suggérant que le protéïne Bt puisse avoir un quelconque effet nocif sur celles-ci, cependant la recherche se porte prioritairement sur les pesticides impliquant les Néonicotinoïdes. À noter que les cultures d'OGM ont parfois été pointées du doigt pour expliquer le le syndrome d'effondrement des colonies d'abeilles Un autre article paru en 2012 dans le Polish Journal of Veterinary Medicine, ne trouve pas de différence entre le nombre d'abeilles visitant le MON 810 et un maïs étroitement semblable[15].

Un article paru en 2010 rédigé par Agnès Ricroch et al. pour le journal Transgenic Research, qui avait déjà publié plusieurs méta-analyses ainsi que de récentes études, conclut que la décision allemande d'interdire la culture du MON 810 était "injustifiée scientifiquement", allant à l'encontre de plusieurs autres méta-analyses indiquant un effet négatifs de la toxine Cry1Ab sur des organismes non ciblés [16],[17],[18]. Bien que, comparé à la pulvérisation avec des pesticides à large spectre, les effets négatifs sur les organismes non-ciblés par les protéines Bt étaient inférieurs[18] Ricroch et al. déclarent que les preuves substantielles citées dans leur revue sont biaisées du point de vue de la totalité de l'éco-système et que la décision de l'Allemagne aurait dû se baser sur une "approche au cas par cas" employant une liste incomplète de références[19]. Les auteurs de cette revue critiquent également l'interdiction française prise dans des circonstances politiques dans un rapport d'actualité de l'ISB[20],[21] (Après l'interdiction française, il fut révélé par Wikileaks, Révélations de télégrammes de la diplomatie américaine par WikiLeaks lors de la révélation des télégrammes diplomatiques], que l'ambassadeur américain en France recommandait de calibrer une liste de représailles à l'encontre des pays européens réfractaires aux OGM : "we calibrate a target retaliation list that causes some pain across the EU"[22],[23],[24])

En 2012, un article de Bøhn et al., dans Environmental Sciences Europe[25], se trouve en désaccord avec le point de vue de Ricroch et al. à propos du fait que la décision d'interdiction de l'Allemagne était "scientifiquement injustifiée". Dans leur conclusion ils pointent les faiblesses suivantes dans l'article de Ricroch et al. :

  1. Les revendications importantes à propos de la Daphnie magna sont incorrectes (La quantité de toxines utilisée lors de l'expérience n'a pas été présentée)
  2. Des résultats essentiels sont omis de la discussion (Différences de mortalité globale et fécondité totale)

En outre, seulement certaines données sélectionnées dans la littérature (celles montrant des effets négatifs) furent scrutées qualitativement alors que les études ne montrant aucun effet furent décrites uniquement quantitativement sans que leur qualité ne soit assujettie au même niveau de critique. L'effet d'un double standard quant à l'évaluation d'un risque biotechnologique fait que les personnes qui ne liront ou ne feront référence qu'à Ricroch et al. seront sérieusement mal informées par rapport à l'ensemble des autres études et à l'interdiction par l'Allemagne du maïs MON 810 [25] Cependant, Bøhn et al. ne prétendent pas non plus que l'interdiction fut définitivement et irréversiblement justifiée par les sciences puisqu'il semble que la décision fut en fin de compte politique[25].


Analysant la controverse du MON 810 en Europe et particulièrement la question de la qualité des études de sûreté biologique visant à soutenir l'interdiction Allemande, Wickson and Wynne [26] mirent en lumière comment les recherches autour d'un sujet menant à prendre des décisions politiques pouvaient se retrouver différemment encadrées s'agissant des questions posées, de méthodes et d'interprétation des données et comment une fois ces études effectuées, qu'il s'agisse d'être pour ou contre la question, elle pouvaient être légitimement débattues quant à la qualité de procédures de recherche ainsi qu'à l'importance de leurs conclusions. Ainsi, ils suggèrent que le débat impliquant la qualité des études dans le cas du MON 810 n'est pas purement technique mais plutôt intrinsèquement lié à des engagements normatifs comme à des jugements de valeur. Enfin, ils arguent que pour les biotechnologies de l'agriculture, il existe une série de problèmes rendant les pratiques actuelles d'évaluation du risque biotechnologique non éthique. Cela incluant : un manque d'accès au matériel de test, des ressources limitées pour la recherche indépendante et un manque de transparence concernant les constructions transgéniques employées.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Monsanto retire ses demandes de culture d'OGM dans l'Union européenne », http://www.rts.ch (page consultée le 18 juillet 2013).
  2. « Monsanto retire ses demandes d’autorisation de culture OGM en Europe », [1] (page consultée le 18 juillet 2013).
  3. Van Rie J. et al. 1989. Specificity of Bacillius thuringensis delta-endotoxins. Eur J Biochem 186: 239-247
  4. a et b Hilbeck A, Schmidt JEU. 2006. Another view on Bt proteins-how specific are they and what else might they do? Biopesticides Int 2 1:1-50.
  5. Gilles-Éric Séralini, Cellier D, de Vendomois JS (2007). "New analysis of a rat feeding study with a genetically modified maize reveals signs of hepatorenal toxicity". Arch. Environ. Contam. Toxicol. 52 (4): 596–602
  6. Gilles-Éric Séralini, de Vendômois JS, Roullier F, Cellier D. (2009) A comparison of the effects of three GM corn varieties on mammalian health. Int J Biol Sci. 10;5(7):706-26.
  7. Statement of the Scientific Panel on Genetically Modified Organisms on the analysis of data from a 90-day rat feeding study with MON 863 maize
  8. Article détaillé : Long term toxicity of a Roundup herbicide and a Roundup-tolerant genetically modified maize
  9. Schmidt et al. 2008. Effects of activated Bt transgene products (Cry1Ab, Cry2Bb) on immature stages of the ladybird Adalia bipunctata in laboratory ecotoxicity testing. Arch Environ Contam Toxicol. oi: 10.1007/s00244-008-9191-9.voir : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/18712501
  10. Hilbeck, A et al. 1998. Toxicity of Bacillis thuringiensis Cry1Ab toxin to the predator Chrysoperla carnea. Environmental Entomology 275:1255-1263.
  11. a et b Bøhn, T., Primicerio, R., Hessen, D. O. and Traavik, T. 2008. Reduced fitness of Daphnia magna fed a Bt-transgenic maize variety. - Archives of Environmental Contamination and Toxicology 55: 584-592.
  12. Bøhn, T., Traavik, T. and Primicerio, R. 2010. Demographic responses of Daphnia magna fed transgenic Bt-maize. - Ecotoxicology DOI 10.1007/s10646-009-0427-x. (Open Access).: 419-430.
  13. Then, C. 2010. Risk assessment of toxins derived from Bacillus thuringiensis--synergism, efficacy, and selectivity. Environ Sci Pollut Res 17:791-797
  14. Poland bans Mon810
  15. Marcin Grabowski, « Evaluation of the Impact of the Toxic Protein Cry1Ab Expressed by the Genetically Modified Cultivar MON810 on Honey Bee (Apis Mellifera L.) Behavior », MEDYCYNA WETERYNARYJNA, vol. 68, no 10,‎ 2012, p. 630–633
  16. Lövei, G. L. and Arpaia, S. 2005. The impact of transgenic plants on natural enemies: a critical review of laboratory studies. - Entomologia Experimentalis et Applicata 114: 1-14.
  17. Lövei, G. L., Andow, D. A. and Arpaia, S. 2009. Transgenic Insecticidal Crops and Natural Enemies: A Detailed Review of Laboratory Studies. - Environmental Entomology 38: 293-306
  18. a et b Marvier, M., McCreedy, C., Regetz, J. and Kareiva, p. 2007. À Meta-Analysis of Effects of Bt cotton and Maize on Nontarget Invertebrates. - Science 316: 1475-1477.
  19. Ricroch A, Bergé JB, Kuntz M, « Is the German suspension of MON810 maize cultivation scientifically justified? », Transgenic Res., vol. 19, no 1,‎ février 2010, p. 1–12 (PMID 19548100, PMCID 2801845, DOI 10.1007/s11248-009-9297-5)
  20. Information Systems for Biotechnology project at Virginia Tech
  21. Ricroch A, Bergé JB, Kuntz M, « Is the Suspension of MON810 Maize Cultivation by Some European Countries Scientifically Justified? », ISB News Report, no April 2010,‎ 2010, pages 8–11
  22. http://agriculture.greenpeace.fr/wikileaks-les-ogm-au-menu-des-diplomates-americains-en-europe
  23. Vidal, John, « WikiLeaks: US targets EU over GM crops », The Guardian,‎ 3 janvier 2011 (lire en ligne)
  24. « Democracy Now: WikiLeaks Cables Reveal U.S. Sought to Retaliate Against Europe over Monsanto GM Crops », Democracy Now,‎ 23 décembre 2010 (lire en ligne)
  25. a, b et c Bøhn, T., Primicerio, R. and Traavik, T. 2012. The German ban on GM maize MON810: scientifically justified or unjustified? - Environmental Sciences Europe 24:22: 1-7.
  26. Wickson, F. and Wynne, B. 2012. Ethics of Science for Policy in the Environmental Governance of Biotechnology: MON810 Maize in Europe. - Ethics, Policy and Environment 15: 321-340.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]