République démocratique de Géorgie

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République démocratique de Géorgie
საქართველოს დემოკრატიული რესპუბლიკა
Sak'art'velos demokratiouli respoublika géorgien

19181921

Drapeau
Drapeau
Blason
Armoiries

Hymne : Dideba (La Gloire)

Description de cette image, également commentée ci-après

République démocratique de Géorgie dans le Caucase

Informations générales
Statut République
Capitale Tbilissi
Langue Géorgien
Monnaie Manétie
Fuseau horaire +3 (été +4)
Démographie
Population 1919 2 500 000 hab.
Superficie
Superficie 1918 107 600 km²
Histoire et événements
Proclamation de l'indépendance
Annexion par la RSFS de Russie
Président de l'Assemblée parlementaire
1918-1921 Nicolas Tchkhéidzé
Président du Gouvernement
(1er) 1918 Noé Ramichvili
(2e) (3e) 19181921 Noé Jordania

Entités précédentes :

Entités suivantes :

La République démocratique de Géorgie (RDG ; en géorgien საქართველოს დემოკრატიული რესპუბლიკა, Sak'art'velos demokratiouli respoublika), aussi nommée Première République de Géorgie, fut la première entité moderne de la République de Géorgie, de 1918 à 1921.

La RDG est créée après la chute de l'Empire russe, qui commence avec la Révolution russe de 1917 (février à octobre)), celle du Haut commissariat à la Transcaucasie (novembre 1917 à février 1918) et celle de la République démocratique fédérative de Transcaucasie (février à mai 1918). Ses frontières officielles sont la République populaire du Kouban et la République montagnarde du Nord-Caucase au nord, l'Empire ottoman et la République démocratique d'Arménie au sud, et la République démocratique d'Azerbaïdjan au sud-est. Sa superficie totale est d'environ 107 600 km2 (en comparaison, la superficie totale de la Géorgie actuelle est de 69 700 km2), tandis que sa population atteint les 2 500 000 personnes.

La capitale de la Géorgie démocratique est Tbilissi et sa langue est le géorgien. Proclamée le 26 mai 1918, elle est dirigée par le Parti ouvrier social-démocrate géorgien, dit Menchevik. Face à des problèmes internes et externes permanents, le jeune État ne peut résister à l'invasion de l'Armée rouge envoyée par la République socialiste fédérative soviétique de Russie et disparait entre février et mars 1921 : elle laisse place à une république socialiste autonome, au sein de la République socialiste fédérative soviétique de Transcaucasie.

Contexte[modifier | modifier le code]

Après la Révolution russe de février 1917 et la disparition de l'administration tsariste dans le Caucase, la quasi-totalité du pouvoir revient au Haut commissariat à la Transcaucasie (OZAKOM, raccourci d'Osobyi Zakavkazskii Komitet). Le Commissariat est contrôlé par les sociaux-démocrates dits mencheviks, qui suivent la politique du Comité exécutif du Soviet de Petrograd présidé par Nicolas Tchkhéidzé[1] - et qui supportent fermement le Gouvernement provisoire de Russie présidé par Alexandre Kerensky. Le coup d'État bolchévique du mois d'octobre change la situation considérablement. Les Soviets du Caucase refusent de reconnaître le régime de Lénine. À la suite de l'augmentation des déserteurs de l'armée russe du front ottoman, des nettoyages ethniques, de l'anarchie régionale et de l'une des dernières dispositions du Gouvernement provisoire de Russie, les politiciens arméniens, azerbaïdjanais et géorgiens créent une autorité unie régionale connue sous le nom du OZAKOM (14 novembre 1917) dont l'exécutif est présidé par Evguéni Guéguétchkori[2] et plus tard une Assemblée parlementaire provisoire transcaucasienne, le Sejm (23 janvier 1918) présidé par Nicolas Tchkhéidzé de retour de Petrograd. Le 22 avril 1918, le Sejm déclare l'indépendance de la Transcaucasie en tant que République démocratique fédérative et bientôt Akaki Tchenkéli[3] prend la présidence de son exécutif.

Nicolas Tchkhéidzé, président des Assemblées parlementaires géorgiennes de 1918 à 1921

Plusieurs Géorgiens, influencés par les idées d'Ilia Tchavtchavadzé et d'autres intellectuels de la fin du XIXe siècle, militent pour l'indépendance de la Géorgie: ils se rassemblent au sein d'un mouvement national-démocrate en cours de formation et s'appuyent sur certains acquis du mouvement social-fédéraliste. La renaissance culturelle est plus tard renforcée par la restauration de l'autocéphalie de l'Église orthodoxe géorgienne (12 mars 1917) et l'établissement d'une Université nationale à Tbilissi (1918). Les sociaux-démocrates géorgiens regardent d'abord l'indépendance vis-à-vis de la Russie soviétique comme une étape temporaire visant à s'opposer à la révolution bolchévique russe et considèrent les appels à l'indépendance avec prudence. Toutefois, la République démocratique fédérative de Transcaucasie ne vit pas longtemps. Minée par des tensions internes croissantes et sous pression de l'Allemagne et de l'Empire ottoman, elle est dissoute le 26 mai 1918 quand le Conseil national géorgien, dont le porte-parole est Noé Jordania[4], déclare l'indépendance de la Géorgie, suivi par ceux de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan le 28 mai 1918.

Histoire[modifier | modifier le code]

Déclaration d'indépendance de la RDG par le Conseil national géorgien

.

Le Conseil national géorgien devient l'Assemblée parlementaire provisoire de la République démocratique de Géorgie, assemblée présidée par Nicolas Tchkhéidzé. Le premier gouvernement est présidé par Noé Ramichvili[5]. Le second gouvernement est présidé par Noé Jordania. La Géorgie est immédiatement reconnue par l'Allemagne et l'Empire ottoman. Le gouvernement se place sous protection allemande afin de résister à la pression ottomane : néanmoins il céde de facto des territoires principalement habités par des musulmans (dont les villes de Batoumi, Ardahan, Artvin, Akhaltsikhe et Akhalkalaki) à la suite du traité de Batoumi du 4 juin 1918. Le soutien allemand, sous le commandement de Friedrich Freiherr Kress von Kressenstein, ne suffit pas à repousser les avancées bolchéviques en Abkhazie. Après la fin de la Première Guerre mondiale, les Britanniques débarquent à Batoumi à la fin de l'année et remplacent les Allemands: le territoire de Batoumi reste sous contrôle britannique et ne revient pas sous l'autorité du gouvernement géorgien avant 1920. Le 25 décembre 1918, l'armée britannique déploie également des forces à Tbilissi.

Les relations entre la RDG et les pays frontaliers ne sont pas simples. Des conflits territoriaux avec l'Arménie, l'Armée blanche de Dénikine et l'Azerbaïdjan mènent à des conflits armés. Une mission militaire britannique tente une médiation afin d'unir toutes les forces antibolchéviques dans la région. Afin d'empêcher Dénikine de franchir la frontière caucasienne et d'envahir les nouveaux États, le commandant britannique de la région dessine une ligne imaginaire à travers le Caucase, que l'Armée blanche n'a pas le droit de franchir, donnant à la Géorgie et à l'Azerbaïdjan un bref répit. La peur d'une invasion par les forces de Dénikine sans l'accord des Britanniques amenèrent la RDG et sa voisine azerbaïdjanaise à former une alliance de défense mutuelle le 16 juin 1919[6].

Noé Ramichvili président du 1er gouvernement géorgien

Le 4 février 1919, la Géorgie procède à des élections parlementaires, remportées par les sociaux-démocrates avec 81,5 % des votes : Nicolas Tchkhéidzé, déjà président de l'Assemblée parlementaire provisoire et représentant de la RDG à la Conférence de la Paix de Paris, est élu président de l'Assemblée constituante : il s'entoure d'un vice-président national-démocrate, Ekvtimé Takhaïchvili[7] et d'un vice-président social-fédéraliste, Samson Pirtskhalava[8]. Le 21 mars, Noé Jordania, qui a succédé à Noé Ramichvili à la présidence d'un 2e gouvernement d'union nationale, forme un 3e gouvernement - cette fois homogène social-démocrate : il doit gérer les révoltes armées des paysans, les révoltes séparatistes des minorités en Abkhazie et en Ossétie du Sud, les unes et les autres excitées par les activistes bolchéviques locaux et largement soutenues par la Russie.

La réforme des terres est finalement conduite par le gouvernement social-démocrate - notamment par son ministre de l'agriculture Noé Homériki[9] - et le pays établit un système multipartite, afin de montrer la différence avec « la dictature et le prolétariat » établie par les bolchéviques en Russie. En 1919, les réformes du système judiciaire et des gouvernements locaux sont organisées. À la suite de révoltes, l'Abkhazie reçoit une certaine autonomie au sein de la République démocratique de Géorgie. Les problèmes ethniques continuent à troubler le pays, notamment avec les Ossètes, comme en . Plusieurs contemporains observent à l'époque une augmentation considérable du nationalisme au sein du mouvement social-démocrate, provoquant des conflits internes.

Avec la défaite de l'Armée blanche de Dénikine, les avancées de l'Armée rouge vers les frontières caucasiennes alertent les autorités géorgiennes. En janvier, le gouvernement soviétique propose aux trois républiques transcaucasiennes de former une alliance contre l'Armée blanche du Sud de la Russie et du Caucase. Le gouvernement géorgien refuse d'entrer dans toute alliance militaire, se référant à sa politique de neutralité et de non-interférence ; néanmoins il prend en compte la suggestion de lancer des négociations pour l'établissement de relations entre les deux pays, avec l'espérance de se voir reconnaître. Après d'importants débats internes, cette suggestion est également refusée. Les communistes géorgiens tentent d'organiser des protestations anti-gouvernementales de masse : ces tentatives échouent et Tbilissi refuse de coopérer avec la Russie soviétique.

Visite des dirigeants de la Société des Nations à Tbilissi

En , la 11e Armée rouge établit, après une rapide invasion, un régime soviétique en Azerbaïdjan et le bolchévique géorgien Grigory Ordjonikidze demande à Moscou la permission d'avancer jusqu'en Géorgie. À la suite du refus de Lénine et du Sovnarkom, les partisans des Soviets locaux tentent de prendre de force l'École militaire de Tbilissi, étape censé précéder un coup d'État, le 3 mai 1920. Les révoltés sont repoussés avec succès par le général Giorgi Kvinitadzé[10]. Le gouvernement géorgien commence une mobilisation et nomme Giorgi Kvinitadzé au poste de commandant en chef des armées, dans le but de prévenir une guerre contre la Russie. Pendant ce temps, suite à l'assistance ouverte de Tbilissi aux rebelles nationalistes de Gandja en Azerbaïdjan, les forces soviétiques tentent de pénétrer sur le territoire géorgien, mais sont repoussés après de brefs combats sur le Pont Rouge (frontière entre l'Azerbaïdjan et la Géorgie). En quelques jours, le processus de paix est achevé à Moscou. À la suite du traité de Moscou du 7 mai 1920, l'indépendance de la Géorgie est reconnue par Moscou, et les organisations bolchéviques sur le territoire géorgien sont officialisées. Le traité de paix interdit également aux forces étrangères (y compris aux protecteurs occidentaux de Tbilissi) de fouler le sol de la RDG.

l'Armée rouge à Tbilissi, en février 1921.

Après la soviétisation par l'Armée rouge de l'Azerbaïdjan et de l'Arménie, la Géorgie se trouve entourée de républiques soviétiques hostiles: les départs successifs de l'armée allemande et de l'armée britannique l'a prive de tout soutien militaire étranger.

Selon les sources soviétiques, les relations avec la Géorgie se détériorent à la suite de violations par le gouvernement géorgien du traité de paix de 1920. Toujours selon Moscou, Tbilissi arrête des bolchéviques géorgiens, bloque le passage de convois pou l'Arménie et aide secrètement les rebelles armés de Ciscaucasie. Selon les sources géorgiennes, Moscou complote contre la RDG et alimente des révoltes anti-gouvernementales dans plusieurs parties du pays ; Tbilissi accuse également la Russie de provoquer des incidents frontaliers dans la région de Zaqatala, disputée à l'Azerbaïdjan. Le territoire neutre de Lorri est également un autre problème entre la Géorgie et les Soviets : la République socialiste soviétique d'Arménie demande catégoriquement à la Géorgie de rapatrier ses troupes stationnées dans la région depuis la chute de la Première République d'Arménie.

Après l'ajournement de son admission à la Société des Nations, la Géorgie gagne le 27 janvier 1921 la reconnaissance de jure des Alliés, principales puissances de l'époque.

L'invasion par l'Armée rouge débute le 15 février ; la Turquie profite de la situation et entre dans le pays le 23 février. Malgré quelques contre-attaques, le combat est trop inégal et la RDG s'effondre le 17 mars 1921. L'Assemblée constituante, renommée Parlement, repliée à Batoumi sous la présidence de Nicolas Tchkhéidzé, donne mandat au gouvernement Jordania de continuer la lutte à l'étranger. Le général Giorgui Mazniachvili et les derniers régiments de l'armée nationale géorgienne réussissent à repousser l'armée turque à Batoumi et à sauver le territoire adjare, contrairement aux accords conclus entre Lénine et Mustapha Kemal[11].

Le gouvernement géorgien, ainsi que la plus grande partie de la classe politique, trouvent refuge en exil à Constantinople. En 1922, il gagne la France, à Leuville-sur-Orge, où il perdure officiellement jusqu'en 1933[12].

Le soulèvement géorgien d'août 1924[13] mené par des conjurés à sensibilité nationale-démocrate (Chépitsébouli) et des insurgés à sensibilité social-démocrate (Adjanreboulebi) tente de faire recouvrer son indépendance à la Géorgie mais est écrasé par les forces soviétiques.

En 2005, un inventaire des 500 sépultures du "carré géorgien" du cimetière communal de Leuville-sur-Orge, dont celles des principaux dirigeants historiques de la République démocratique de Géorgie décédés en exil, est effectué[14].

République parlementaire et gouvernements[modifier | modifier le code]

Noé Jordania, président des 2e et 3e gouvernements géorgiens

La Déclaration de l'indépendance de la Géorgie du 26 mai 1918, surlignait les principaux principes de la future démocratie de la nation. Selon elle, « la République démocratique de Géorgie garantit équitablement tous les droits politiques du pays, sans prendre compte de la nationalité, de la croyance, du rang social ou du sexe ».

Durant son histoire de deux ans (1919 - 1921), l'Assemblée constituante de Géorgie a adopté 126 lois. Parmi ces lois, on peut compter celles sur la citoyenneté, les élections locales, la défense du pays, la langue officielle, les symboles nationaux, l'agriculture, le système législatif, les arrangements politiques et administratifs pour les minorités ethniques (y compris pour le Conseil populaire d'Abkhazie), l'éducation publique, l'économie et le système monétaire, les chemins de fer, le commerce et la production locale. Le 21 février 1921, à la suite des agressions soviétiques, l'Assemblée constituante adopte en urgence une Constitution, la première de l'histoire de la nation et se constitue en Parlement.

La présidence du gouvernement, approuvée par l'Assemblée constituante pour un mandat d'un an (on ne pouvait prétendre à la présidence que deux fois), détient le pouvoir exécutif : elle nomme les ministres, dirige le pays et le représente auprès des nations étrangères. Le gouvernement de 1919 adopte une loi sur les poursuites judiciaires. Ce même droit est incorporé à la Constitution de la Géorgie de 1921.

Des frontières instables[modifier | modifier le code]

Les frontières de la RD de Géorgie de 1918 à 1921 se forment après de multiples conflits frontaliers avec ses voisins caucasiens, tandis qu'une multitude de traités et de conventions sont promulgués pour définir les limites du pays.

Au nord, la Géorgie a des frontières avec plusieurs entités de la Guerre civile russe jusqu'à ce que le pouvoir bolchevique soit établi en Ciscaucasie durant le printemps 1920. Durant le conflit de Sotchi avec le mouvement de l'Armée blanche russe, Tbilissi perd brièvement le contrôle du district de Sotchi (en 1918). La frontière internationale entre la Géorgie et la Russie soviétique est officialisée par le Traité de Moscou de 1920.

Au sud-ouest, la frontière de la République démocratique avec l'Empire ottoman change avec les suites de la Première Guerre mondiale et est modifiée encore une fois après la défaite ottomane. La Géorgie regagne à ce moment le contrôle des villes d'Artvin, d'Ardahan, d'Akhaltsikhe, d'Akhalkalaki et d'une partie de la Province de Batoumi. Cette dernière est finalement incorporée au sein de la république après que les britanniques aient évacué la région, en 1920. Le Traité de Sèvres de 1920 garantit à la Géorgie la possession du Lazistan oriental, incluant les districts de Rize et de Hopa. Toutefois, le gouvernement géorgien, ne souhaitant pas se retrouver en situation de guerre avec les révolutionnaires turcs menés par Mustapha Kémal, ne fait rien pour prendre le contrôle de ces régions.

La frontière disputée avec la République démocratique d'Arménie sur une partie du district de Borchalo mène les deux pays à une brève guerre en . Avec l'intervention des Britanniques, le territoire neutre de Lorri est créé, territoire qui est à nouveau occupé par la géorgie après la chute de la République démocratique d'Arménie à la fin de 1920.

Au sud-est, la Géorgie]] a des frontières avec l'Azerbaïdjan qui réclame le contrôle du district de Zaqatala. Le différend, ne mène toutefois pas à des hostilités armées et les relations entre les deux pays restent calmes jusqu'à la soviétisation de l'Azerbaïdjan.

Les projets de 1919 et la constitution de 1921 de la Géorgie garantit aux régions d'Abkhazie, d'Adjarie et de Zaqatala un degré d'autonomie distingué et le titre de république autonome fut attribué aux deux premières régions.

L'occupation soviétique de RDG mena à de significatifs changements territoriaux, par lesquels la Géorgie perd près de un tiers de son territoire. Artvin, Ardahan et une partie de l'Adjarie sont cédées à la Turquie pour la remercier de son aide lors de l'invasion de février 1921. L'Arménie prit le contrôle de la région de Lorri, tandis que la région autonome de Zaqatala revint à l'Azerbaïdjan. Une partie du territoire géorgien s'étendant sur le Grand Caucase fut également intégré à la Russie en 1931.

Armée[modifier | modifier le code]

La Garde du peuple constitue une force militaire d'intervention dans le pays. Fondée le 5 septembre 1917 en tant que Garde des travailleurs, elle est par la suite renommée Garde rouge, avant de devenir Garde populaire, ou Garde du peuple. Cette force est une structure militaire hautement politique, placée directement sous le contrôle du Parlement, et non sous celui du ministère de la Guerre. Durant son existence, qui s'achéve en 1921, la Garde est commandée par le social-démocrate Valiko Djougheli.

La RDG forme en parallèle une armée nationale, régulière. En temps de paix, seule une partie des roupes est armée, la majorité des soldats n'étant appelés qu'en temps de guerre. En cas de danger pour la République, ils sont mobilisés par le Chef d'État-major et fournis en armes[15]. Entre mars 1919 et , l'armée géorgienne est totalement réorganisée. Les autorités politiques de la RDG et les autorités militaires, pour la plupart issues de l'armée tsariste, ne travaillent pas toujours en confiance : la démesure des forces en présence lors de l'attaque conjointe de l'Armée rouge et de l'armée ottomane explique la défaite géorgienne, mais selon certains officiers supérieurs de l'armée géorgienne une meilleure préparation (entrainement, armements, munitions) aurait permis de résister plus longtemps et d'attirer l'attention internationale.

Économie[modifier | modifier le code]

Le manganèse fut la principale source de l'économie de la RDG, après l'agriculture.

L'agriculture est la principale source de l'économie de la Géorgie, pays à très grande tradition de vignobles et de vin. De multiples réformes des terres menées par le gouvernement contribuent à un bon degré de stabilité des cultures de subsistance et d'approvisionnement urbain.

L'industrie du manganèse à Tchiatoura, mené par la famille Modebadzé, a une très grande importance pour la métallurgie européenne. En effet, près de 70 % du manganèse de l'Europe vient de Géorgie au début du XXe siècle. Traditionnellement, la Géorgie sert également de corridor international, grâce aux ports de Poti et de Batoumi.

Toutefois, le manque de reconnaissance internationale et le succès incomplet des réformes gouvernementales amènent la Géorgie à souffrir d'une crise économique. Plusieurs signes d'amélioration sont toutefois observés en 1920 et en 1921, avant que la Russie n'envahisse le pays.

Culture[modifier | modifier le code]

Des évènements fondateurs de la vie culturelle géorgienne prennent naissance durant cette période. En effet, en 1918, une université (aujourd'hui connue sous le nom d'Université d'État) est fondée à Tbilissi, illustrant le rêve des [Géorgiens]] de retrouver le rayonnement culturel qu'ils avaient connu et qui fut interdit durant un siècle par l'Empire russe. D'autres centres d'éducation, dont des lycées à Tbilissi, à Batoumi, à Koutaïssi, à Ozourguéti, à Poti et à Gori, l'École militaire de Tbilissi, le Séminaire pédagogique de Gori, le Séminaire pédagogique pour les Femmes et bien d'autres sont fondés. La RDG ouvre également plusieurs écoles pour les minorités.

À cette époque, les principaux lieux culturels du pays sont le Musée national de Géorgie (Tbilissi), les théâtres de la capitale et de Koutaïssi, la Maison de l'Opéra national de Tbilissi et l'Académie nationale de l'Art.

Les journaux tels que Sakartvelos Respoublika (« République de Géorgie »), Sakartvelo (« Géorgie »), Ertoba (« Unité »), Samchoblo (« Patrie »), Sakhalkho Sakme (« Affaires Publiques »), The Georgian Messenger et The Georgian Mail (les deux derniers étant publiés en anglais) menaient la presse nationale de l'époque.

Héritage, interprétations historiques[modifier | modifier le code]

L'indépendance de la Géorgie de 1918 à 1921, fut d'une importance particulière pour le développement des sentiments nationaux des Géorgiens et une des principales raisons qui firent de la Géorgie un des premiers pays à se battre pour son indépendance vis-à-vis de l'Union soviétique. Les dirigeants du mouvement national des années 1980 se référaient à la RDG comme une réussite du combat contre l'Empire russe et firent des parallèles avec les situations politiques contemporaines, créant en quelque sorte une image idéalisé de la Première république de Géorgie.

Au sein de l'émigration politique géorgienne qui suivit l'année 1921, les différences de point de vue étaient marquées ; d'un côté l'obédience sociale-démocrate, pour partie convaincue à l'origine que Lénine respecterait les accords de non-agression signés en 1920 entre la Russie soviétique et la Géorgie démocratique, défendait son bilan[16] ; de l'autre côté l'obédience nationale-démocrate, qui n'avait pas souhaité reconduire de cabinet d'union nationale, reprochait au troisième gouvernement son manque de préparation militaire en prévision d'une offensive de l'Armée rouge[17]. Cette dualité se retrouve au sein de la diaspora géorgienne dans les interprétations et les commémorations, et a conduit à la tentation d'écrire deux histoires officielles parallèles.

Le 9 avril 1991, l'indépendance de la Géorgie est restaurée quand l'Acte de la restauration de l'indépendance d'État de Géorgie est adopté par le Conseil suprême de la République de Géorgie. Les symboles nationaux utilisés par la République démocratique de Géorgie sont utilisés par la Géorgie de 1991 à 2004. Le 26 mai, anniversaire de la création de la RDG, est encore aujourd'hui célébré comme la Fête de l'Indépendance et est un jour férié sur le territoire contrôlé par Tbilissi.

Pourtant les quatre présidents géorgiens qui se sont succédé depuis cette date (Zviad Gamsakhourdia, Edouard Chevardnadze, Mikheil Saakachvili et Guiorgui Margvelachvili) ont parfois eu tendance à instrumentaliser le bilan de la République démocratique de Géorgie afin de conforter l'exercice de leur pouvoir, avec l'aide de l'une ou de l'autre obédience de la diaspora géorgienne. Ce constat doit conduire à une extrême prudence vis-à-vis de cette troisième famille d'histoires officielles destinées à rallier les opinions publiques intérieures.

Enfin, les quelques historiens et universitaires français, intéressés par cette période de l'histoire de la Géorgie, restent parfois en proximité de leur parcours personnel et, selon le véhicule linguistique utilisé (russe antérieurement, anglais plus récemment ou géorgien plus rarement), délivrent des analyses à caractère plutôt politique, apportant, volontairement ou involontairement, leur contribution aux histoires parallèles ou officielles précédentes.

Notes et Références[modifier | modifier le code]

  1. Biographie de Nicolas Tchkhéidzé consultée le 6 janvier 2014.
  2. Biographie d'Evguéni Guéguétchkori consultée le 6 janvier 2014.
  3. Biographie d'Akaki Tchenkéli consultée le 6 janvier 2014.
  4. Biographie de Noé Jordania consultée le 6 janvier 2014.
  5. Biographie de Noé Ramichvili consultée le 6 janvier 2014.
  6. Martin Sicker, The Middle East in the Twentieth Century, Greenwood Publishing Group, p. 120
  7. Biographie d'Ekvtimé Takhaichvili consultée le 6 janvier 2014.
  8. Biographie de Samson Pirtshalava consultée le 6 janvier 2014.
  9. Biographie de Noé Homériki consultée le 6 janvier 2014.
  10. Biographie de Guiorgui Kvinitadze consultée le 6 janvier 2014.
  11. Adjarie, les combats entre l'armée ottomane et l'armée géorgienne de mars 1921.
  12. Stéphane Mantoux, « L'invasion de la Géorgie par les bolcheviks (15 février-17 mars 1921): une soviétisation atypique. »,‎ (consulté le 29 février 2012)
  13. L'insurrection nationale géorgienne des 28 et 29 août 1924.
  14. Luc Méloua : inventaire des 500 sépultures du "carré géorgien" du cimetière communal de Leuville-sur-Orge..
  15. (russe) А. Дерябин, Р. Паласиос-Фернандес (2000), Гражданская война в России 1917-1922. Национальные армии
  16. Christine Pagava-Boulez : blog "Première République de Géorgie", consulté le 11 novembre 2014.
  17. Alexandre Manvelichvili "Histoire de Géorgie", Nouvelles Editions de la Toison d'Or, Paris, 1951.

Sources[modifier | modifier le code]

  • P. Sourgouladzé, L'importance internationale de l'indépendance de la Géorgie, Constantinople, 1918, (géorgien).
  • P. Sourgouladzé, La Géorgie en tant que pays indépendant, Constantinople, 1918, (géorgien).
  • Irakli Tsérétéli, Séparation de la Transcaucasie de la Russie. Indépendance de la Georgie, Imprimerie Chaix, Paris, 1919, (français).
  • Wladimir S. Woytinsky, La démocratie géorgienne, avec préface d'E. Vandervelde. Librairie Alcan Lévy, Paris, 1921, (français).
  • Z. Avalachvili, L'Indépendance de la Géorgie dans les Politiques Internationales de 1918 - 1921, Paris, 1923 (russe)
  • Présidence de l'Assemblée constituante, Documents relatifs à la question de la Géorgie à la Société des Nations. Éditions de la Légation de Géorgie en France, Imprimerie Lejeune à Arpajon (Seine et Oise), 1925, (français).
  • David Charachidzé, Henri Barbusse, les Soviets et la Géorgie, préface de Karl Kautsky. Éditions Pascal, Paris, 1930, (français).
  • La Géorgie. Éditions de l'Association géorgienne pour la Société des Nations. Imprimerie de Leuville-sur-Orge (Seine et Oise), 1937, (français).
  • Giorgi Kvinitadzé, Ma réponse, Paris, 1954, (géorgien).
  • Actes légaux de la République démocratique de Géorgie (1918 - 1921), Tbilissi, 1990, (géorgien).
  • Otar Janelidzé, Du 26 mai au 25 février, Tbilissi, 1990, (géorgien).
  • Georges Mamoulia, Les combats indépendantistes des Caucasiens entre URSS et puissances occidentales. Le cas de la Géorgie (1921-1945). Éditions L'Harmattan, Paris 2009, ISBN 978-2-296-09476-5, (français).

Liens externes[modifier | modifier le code]