République démocratique de Géorgie

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République démocratique de Géorgie
საქართველოს დემოკრატიული რესპუბლიკა
Sak'art'velos demokratiouli respoublika géorgien

19181921

Drapeau
Drapeau.
Blason
Armoiries.

Hymne : Dideba (La Gloire)

Description de cette image, également commentée ci-après

République démocratique de Géorgie dans le Caucase

Informations générales
Statut République
Capitale Tbilissi
Langue Géorgien
Monnaie Manétie
Fuseau horaire +3 (été +4)
Démographie
Population 1919 2 500 000 hab.
Superficie
Superficie 1918 107 600 km²
Histoire et événements
Proclamation de l'indépendance
Annexion par la RSFS de Russie
Président de l'Assemblée parlementaire
1918-1921 Nicolas Chéidzé
Président du Gouvernement
(1er) 1918 Noé Ramichvili
(2e) (3e) 19181921 Noé Jordania

Entités précédentes :

Entités suivantes :

La République démocratique de Géorgie (RDG ; en géorgien საქართველოს დემოკრატიული რესპუბლიკა, Sak'art'velos demokratiouli respoublika) fut la première entité moderne de la République de Géorgie, de 1918 à 1921.

La RDG fut créée après la chute de l'Empire russe, qui commença avec la Révolution russe de 1917 (février à octobre)), celle du Haut commissariat à la Transcaucasie (novembre 1917 à février 1918) et celle de la République démocratique fédérative de Transcaucasie (février à mai 1918). Ses frontières officielles étaient avec la République populaire du Kouban et la République montagnarde du Nord-Caucase au nord, l'Empire ottoman et la République démocratique d'Arménie au sud, et la République démocratique d'Azerbaïdjan au sud-est. Sa superficie totale était d'environ 107 600 km2 (en comparaison, la superficie totale de la Géorgie actuelle est de 69 700 km2), tandis que sa population atteignait les 2 500 000 personnes.

La capitale de la Géorgie démocratique était Tbilissi et sa langue était le géorgien. Proclamée le 26 mai 1918, elle fut dirigée par le Parti ouvrier social-démocrate géorgien, dit Menchevik. Face à des problèmes internes et externes permanents, le jeune État ne put résister à l'invasion de l'Armée rouge envoyée par la République socialiste fédérative soviétique de Russie et disparut entre février et mars 1921 : elle laissa place à une république socialiste autonome, au sein de la République socialiste fédérative soviétique de Transcaucasie.

Contexte[modifier | modifier le code]

Après la Révolution russe de février 1917 et la disparition de l'administration tsariste dans le Caucase, la quasi-totalité du pouvoir fut remis entre les mains du Comité spécial du gouvernement provisoire de Transcaucasie (OZAKOM, raccourci d'Osobyi Zakavkazskii Komitet). Le Comité était contrôlé par les sociaux-démocrates dits Mencheviks, qui suivaient la politique du Comité exécutif du Soviet de Petrograd présidé par Nicolas Tchéidzé[1] - et qui supportaient fermement le Gouvernement provisoire de Russie présidé par Alexandre Kerensky. Le coup d'État bolchévique du mois d'octobre changea la situation considérablement. Les Soviets du Caucase refusèrent de reconnaître le régime de Lénine. À la suite de l'augmentation des déserteurs bolchéviques de l'armée russe du front ottoman, des nettoyages ethniques, de l'anarchie régionale et de l'une des dernières dispositions du Gouvernement provisoire de Russie, les politiciens arméniens, azerbaïdjanais et géorgiens créèrent une autorité unie régionale connue sous le nom du Haut commissariat à la Transcaucasie (14 novembre 1917) dont l'exécutif était présidé par Evguéni Guéguétchkori[2]et plus tard une Assemblée parlementaire provisoire transcaucasienne, le Sejm (23 janvier 1918) présidé par Nicolas Tchéidzé de retour de Petrograd. Le 22 avril 1918, le Sejm déclara l'indépendance de la Transcaucasie en tant que République démocratique fédérative et bientôt Akaki Tchenkéli[3] prit la présidence de son exécutif.

Nicolas Tchéidzé, président des assemblées parlementaires géorgiennes successives (1918-1921)

Plusieurs Géorgiens, influencés par les idées d'Ilia Tchavtchavadzé et d'autres intellectuels de la fin du XIXe siècle, militaient pour l'indépendance de la Géorgie: ils s'étaient rassemblés au sein d'un mouvement national-démocrate en cours de formation et s'étaient appuyés sur certains acquis du mouvement social-fédéraliste. La renaissance culturelle fut plus tard renforcée par la restauration de l'autocéphalie de l'Église orthodoxe géorgienne (12 mars 1917) et l'établissement d'une Université nationale à Tbilissi (1918). Les sociaux-démocrates géorgiens regardèrent d'abord l'indépendance vis-à-vis de la Russie soviétique comme une étape temporaire visant à s'opposer à la révolution bolchévique russe et considérèrent dans un premier temps les appels à l'indépendance avec prudence. Toutefois, la République démocratique fédérative de Transcaucasie ne vécut pas longtemps. Minée par des tensions internes croissantes et sous pression de l'Allemagne et de l'Empire ottoman, elle est dissoute le 26 mai 1918 quand le Conseil national géorgien, dont le porte-parole est Noé Jordania[4], déclara son indépendance, suivi par l'Arménie et l'Azerbaïdjan le 28 mai 1918.

Histoire[modifier | modifier le code]

Déclaration d'indépendance de la RDG par le Conseil national géorgien

.

Le Conseil national géorgien devient l'Assemblée parlementaire provisoire de la République démocratique de Géorgie, présidée par Nicolas Tchéidzé. Le premier gouvernement est présidé par Noé Ramichvili[5]. Le second gouvernement sera présidé par Noé Jordania. La Géorgie fut immédiatement reconnue par l'Allemagne et l'Empire ottoman. Le jeune État se plaça sous protection allemande afin de résister à la pression ottomane : néanmoins il céda de facto des territoires principalement habités par des musulmans (dont les villes de Batoumi, Ardahan, Artvin, Akhaltsikhe et Akhalkalaki) à la suite du traité de Batoumi du 4 juin 1918. Le support allemand, sous le commandement de Friedrich Freiherr Kress von Kressenstein, ne suffit pas à repousser les avancées bolchéviques en Abkhazie. Après la fin de la Première Guerre mondiale, les Britanniques débarquèrent à Batoumi à la fin de l'année et remplacèrent les Allemands: le gouvernement provisoire de Batoumi resta sous contrôle britannique et ne revint pas sous l'autorité du gouvernement géorgien avant 1920. Le 25 décembre 1918, l'armée britannique déploya également des forces à Tbilissi.

Les relations entre la RDG et les pays frontaliers n'étaient pas simples. Des conflits territoriaux avec la Arménie, le gouvernement de l'Armée blanche de Dénikine et l'Azerbaïdjan menèrent à des conflits armés. Une mission militaire britannique tenta une médiation afin d'unir toutes les forces antibolchéviques dans la région. Afin d'empêcher Dénikine de franchir la frontière caucasienne et d'envahir les nouveaux États, le commandant britannique de la région dessina une ligne imaginaire à travers le Caucase, que l'Armée blanche n'aura pas le droit de franchir, donnant à la Géorgie et à l'Azerbaïdjan un bref répit. La peur d'une invasion par les forces de Dénikine sans l'accord des Britanniques amenèrent la RDG et sa voisine azerbaïdjanaise à former une alliance de défense mutuelle le 16 juin 1919[6].

Noé Ramichvili président du 1er gouvernement géorgien

Le 4 février 1919, la Géorgie mena des élections parlementaires qui furent remportées par les sociaux-démocrates avec 81,5 % des votes : Nicolas Tchéidzé, déjà président de l'Assemblée parlementaire provisoire et représentant de la RDG à la Conférence de la Paix de Paris - notamment auprès de Georges Clemenceau - est élu président de l'Assemblée constituante : il s'entoure d'un vice-président national-démocrate, Ekvtimé Takhaichvili[7] et d'un vice-président social-fédéraliste, Samson Pirtskhalava[8]. Le 21 mars, Noé Jordania, qui avait succédé à Noé Ramichvili à la présidence d'un 2e gouvernement d'union nationale, forma un 3e gouvernement - cette fois homogène social-démocrate: il devait gérer les révoltes armées des paysans, les révoltes séparatistes des minorités en Abkhazie et en Ossétie du Sud, les unes et les autres excitées par les activistes bolchéviques locaux et largement supportées par la Russie.

La réforme des terres fut finalement bien conduite par le gouvernement social-démocrate - notamment par son ministre de l'agriculture Noé Homériki[9] - et le pays établit un système multipartite, afin de montrer la différence avec « la dictature et le prolétariat » établi par les bolchéviques en Russie. En 1919, les réformes du système judiciaire et des gouvernements locaux furent organisées. À la suite de révoltes, l'Abkhazie reçut une certaine autonomie au sein de la République démocratique. Les problèmes ethniques continuaient à troubler le pays, notamment avec les Ossètes, comme en . Plusieurs contemporains observaient à l'époque une augmentation considérable du nationalisme parmi les sociaux-démocrates géorgiens, qui provoquera plus tard des conflits internes.

Avec la défaite de l'Armée blanche de Dénikine, les avancées de l'Armée rouge vers les frontières caucasiennes alertèrent les autorités géorgiennes. En janvier, le gouvernement soviétique proposa aux trois républiques transcaucasiennes de former une alliance contre l'Armée blanche du Sud de la Russie et du Caucase. Le gouvernement géorgien refusa d'entrer dans toute alliance militaire, se référant à sa politique de neutralité et de non-interférence ; néanmoins il prit en compte la suggestion de lancer des négociations sur l'établissement des relations entre les deux pays avec l'espérance de se voir reconnaître. Après d'importants débats internes, cette suggestion fut également refusée. Les communistes géorgiens tentèrent d'organiser des protestations anti-gouvernementales de masse : ces tentatives échouèrent et Tbilissi refusa de coopérer avec la Russie soviétique.

Visite des dirigeants de la Société des Nations à Tbilissi

En , la 11e Armée rouge établit, après une rapide invasion, un régime soviétique en Azerbaïdjan et le bolchévique géorgien Grigory Ordjonikidze demanda à Moscou la permission d'avancer jusqu'en Géorgie. À la suite du refus de Lénine et du Sovnarkom, les partisans des Soviets locaux tentèrent de prendre de force l'École militaire de Tbilissi, étape qui était censé précéder un coup d'État, le 3 mai 1920. Les révoltés furent repoussés avec succès par le général Guiorgui Kvinitadzé[10]. Le gouvernement géorgien commença une mobilisation et nomma Kvinitadzé au poste de commandant en chef des armées, dans le but de prévenir une guerre contre la Russie. Pendant ce temps, suite à l'assistance ouverte de Tbilissi aux rebelles nationalistes de Gandja en Azerbaïdjan, les forces soviétiques tentèrent de pénétrer sur le territoire géorgien, mais furent repoussés par Kvinitadzé après de brefs combats sur le Pont Rouge (frontière entre l'Azerbaïdjan et la Géorgie). En quelques jours, le processus de paix fut achevé à Moscou. À la suite du traité de Moscou du 7 mai 1920, l'indépendance de la Géorgie fut reconnue par Moscou, et les organisations bolchéviques sur le territoire géorgien furent officialisées. Le traité de paix interdit également aux forces étrangères (y compris aux protecteurs occidentaux de Tbilissi) de fouler le sol de la RDG.

l'Armée rouge à Tbilissi, en février 1921.

Après que l'Azerbaïdjan et l'Arménie eurent été soviétisées par l'Armée rouge, la Géorgie se trouva elle-même entourée par des républiques soviétiques hostiles: les départs successifs de l'armée allemande et de l'armée britannique l'avait privée de tout support militaire étranger.

Selon les sources soviétiques, les relations avec la Géorgie se détériorèrent à la suite à de violations du gouvernement géorgien du traité de paix de 1920. Toujours selon Moscou, Tbilissi faisait arrêter des bolchéviques géorgiens, bloquait le passage des convois d'Arménie et aidait secrètement les rebelles armés de Ciscaucasie. Selon les sources géorgiennes, Moscou complotait contre la RDG et alimentait des révoltes anti-gouvernementales dans plusieurs parties du pays. Tbilissi accusait également la Russie de provoquer des incidents frontaliers dans la région de Zaqatala, disputée avec l'Azerbaïdjan. Le territoire neutre de Lorri était également un autre problème entre la Géorgie et les Soviets. À ce sujet, la République socialiste soviétique d'Arménie demanda catégoriquement à la Géorgie de rapatrier ses troupes stationnées dans la région depuis la chute de la Première République d'Arménie.

Après l'ajournement de son admission à la Société des Nations, la Géorgie gagna le 27 janvier 1921 la reconnaissance de jure des Alliés, principales puissances de l'époque.

L'invasion par l'Armée rouge débute le 15 février, la Turquie profite de la situation et entre dans le pays le 23 février. Malgré quelques contre-attaques, le combat est trop inégal et la RDG s'effondre le 17 mars 1921. L'Assemblée constituante, renommée Parlement, repliée à Batoumi sous la présidence de Nicolas Tchéidzé, donne mandat au gouvernement Jordania de continuer la lutte à l'étranger. Le général Mazniachvili et les derniers régiments de l'armée nationale géorgienne réussissent à repousser l'armée turque à Batoumi et à sauver le territoire adjare, contrairement aux accords conclus entre Lénine et Mustapha Kemal[11].

Le gouvernement géorgien en exil, ainsi que la plus grande partie de la classe politique, trouvent refuge à Constantinople.

En 1922, il gagne la France, à Leuville-sur-Orge, où il perdure officiellement jusqu'en 1933[12].

En 1924, le soulèvement d'août[13]mené par des conjurés à sensibilité nationale (Chépitsébouli) et des insurgés à sensibilité social-démocrate (Adjanreboulebi) tenta de faire recouvrer son indépendance à la Géorgie mais fut écrasé par les forces soviétiques.

République parlementaire et gouvernements[modifier | modifier le code]

Noé Jordania, président des 2e et 3e gouvernements géorgiens

La Déclaration de l'Indépendance de la Géorgie du 26 mai 1918, surlignait les principaux principes de la future démocratie de la nation. Selon elle, « la République démocratique de Géorgie garantit équitablement tous les droits politiques du pays, sans prendre compte de la nationalité, de la croyance, du rang social ou du sexe ».

Durant son histoire de deux ans (1919 - 1921), l'Assemblée constituante de Géorgie adopta 126 lois. Parmi ces lois, on peut compter celles sur la citoyenneté, les élections locales, la défense du pays, la langue officielle, les symboles nationaux, l'agriculture, le système législatif, les arrangements politiques et administratifs pour les minorités ethniques (y compris pour le Conseil populaire d'Abkhazie), l'éducation publique, l'économie et le système monétaire, les chemins de fer, le commerce et la production locale. Le 21 février 1921, à la suite des agressions soviétiques, l'Assemblée constituante adopta en urgence une Constitution, la première de l'histoire de la nation et se constitua en Parlement.

La présidence du gouvernement, approuvée par l'Assemblée constituante pour un mandat d'un an (on ne pouvait prétendre à la présidence que deux fois), détenait le pouvoir exécutif : elle nommait les ministres, dirigeait le pays et le représentait auprès des nations étrangères. Le gouvernement de 1919 adopta une loi sur les poursuites judiciaires. Ce même droit fut incorporé à la Constitution de la Géorgie de 1921.

Des frontières instables[modifier | modifier le code]

Les frontières de la RD de Géorgie de 1918 à 1921 furent formées après de multiples conflits frontaliers avec ses voisins caucasiens, tandis qu'une multitude de traités et de conventions furent promulgués pour définir les limites du pays.

Au nord, la Géorgie avait des frontières avec plusieurs entités de la Guerre civile russe jusqu'à ce que le pouvoir bolchevique soit établi en Ciscaucasie durant le printemps 1920. Durant le conflit de Sotchi avec le mouvement de l'Armée blanche russe, Tbilissi perdit brièvement le contrôle du district de Sotchi (en 1918). La frontière internationale entre la Géorgie et la Russie soviétique fut officialisé par le Traité de Moscou de 1920.

Au sud-ouest, la frontière de la République démocratique avec l'Empire ottoman changea avec les suites de la Première Guerre mondiale et fut modifié encore une fois après la défaite ottomane dans les hostilités. La Géorgie regagna à ce moment le contrôle sur les villes d'Artvin, d'Ardahan, d'Akhaltsikhe, d'Akhalkalaki et d'une partie de la Province de Batoumi. Cette dernière fut finalement incorporée au sein de la république après que les britanniques eurent évacué la région, en 1920. Le Traité de Sèvres de 1920 garantit à la Géorgie la possession du Lazistan oriental, incluant les districts de Rize et de Hopa. Toutefois, le gouvernement géorgien, ne souhaitant pas se retrouver en situation de guerre avec les révolutionnaires turcs menés par Mustapha Kémal, ne firent rien pour prendre le contrôle de ces régions.

La frontière disputée avec la République démocratique d'Arménie sur une partie du district de Borchalo mena les deux pays à une brève guerre en . Avec l'intervention des Britanniques, le territoire neutre de Lorri fut créé, territoire qui sera à nouveau occupé par la Géorgie après la chute de la République démocratique d'Arménie à la fin de 1920.

Au sud-est, la Géorgie avait des frontières avec l'Azerbaïdjan qui réclamait le contrôle du district de Zaqatala. La dispute, toutefois, ne mena jamais à des hostilités armées et les relations entre les deux pays furent généralement calmes, jusqu'à la soviétisation de l'Azerbaïdjan.

Les projets de 1919 et la constitution de 1921 de la Géorgie garantit aux régions d'Abkhazie, d'Adjarie et de Zaqatala un degré d'autonomie distingué et le titre de république autonome fut attribué aux deux premières régions.

L'occupation soviétique de RDG mena à de significatifs changements territoriaux, par lesquels la Géorgie perdit près de un tiers de son territoire. Artvin, Ardahan et une partie de l'Adjarie furent cédées à la Turquie pour la remercier de son aide lors de l'invasion de février 1921. L'Arménie prit le contrôle de la région de Lorri, tandis que la région autonome de Zaqatala revint à l'Azerbaïdjan. Une partie du territoire géorgien s'étendant sur le Grand Caucase fut également intégré à la Russie en 1931.

Armée[modifier | modifier le code]

La Garde du Peuple était la force militaire par excellence dans le pays. Fondée le 5 septembre 1917 en tant que Garde des Travailleurs, elle fut par la suite renommée Garde Rouge, avant de devenir Garde Populaire, ou Garde du Peuple. Cette force était une structure militaire hautement politique, placée directement sous le contrôle du Parlement, plutôt que sous le contrôle du Ministère de la Guerre. Durant son existence, qui s'acheva en 1921, la Garde fut commandée par l'activiste social-démocrate Valiko Djougheli.

La RDG forma également sa propre armée régulière. En temps de paix, seule une partie de ses troupes était armée, la majorité des soldats n'étant appelés qu'en temps de guerre. En cas de danger pour la République, ils étaient mobilisés par le Chef d'État-major et fournis en armes[14]. Entre mars 1919 et , l'armée géorgienne fut totalement réorganisée. Les autorités politiques de la RDG et les autorités militaires, pour la plupart issues de l'armée tsariste, ne travaillèrent pas toujours en confiance : la démesure des forces en présence lors de l'attaque conjointe de l'Armée rouge et de l'armée ottomane explique la défaite géorgienne, mais selon certains officiers supérieurs de l'armée géorgienne une meilleure préparation (entrainement, armements, munitions) aurait permis de résister plus longtemps et d'attirer l'attention internationale.

Économie[modifier | modifier le code]

Le manganèse fut la principale source de l'économie de la RDG, après l'agriculture.

L'agriculture était la principale source de l'économie de la Géorgie, un pays avec une très grande tradition de vignobles et de vin. De multiples réformes des terres menées par le gouvernement contribuèrent à un bon degré de stabilité des cultures de subsistance et d'approvisionnement urbain.

L'industrie du manganèse à Tchiatoura, mené par la famille Modebadzé, eut une très grande importance pour la métallurgie européenne. En effet, près de 70 % du manganèse de l'Europe venait de la Géorgie au début du XXe siècle. Traditionnellement, la Géorgie servait également de corridor international, grâce aux ports de Poti et de Batoumi.

Toutefois, le manque de reconnaissance internationale et le succès incomplet des réformes gouvernementales à propos de l'économie de la République démocratique amenèrent la Géorgie à souffrir d'une crise économique. Plusieurs signes d'améliorations furent toutefois observés en 1920 et en 1921, avant que la Russie n'envahisse le pays.

Culture[modifier | modifier le code]

Des évènements fondateurs de la vie culturelle géorgienne prirent naissance durant cette période. En effet, en 1918, une université (aujourd'hui connue sous le nom d'Université d'État) fut fondée à Tbilissi, rêve pour les Géorgiens de retrouver le rayonnement culturel qu'ils avaient connu et interdit durant un siècle par l'Empire russe. D'autres centres d'éducation, dont des gymnasiums à Tbilissi, à Batoumi, à Koutaïssi, à Ozourguéti, à Poti et à Gori, l'École militaire de Tbilissi, le Séminaire pédagogique de Gori, le Séminaire pédagogique pour les Femmes et bien d'autres furent fondés à travers la Géorgie. La RDG ouvrit également plusieurs écoles pour les minorités.

À cette époque, les principaux lieux culturels du pays étaient le Musée national de Géorgie (Tbilissi), les théâtres de la capitale et de Koutaïssi, la Maison de l'Opéra national de Tbilissi et l'Académie nationale de l'Art.

Les journaux tels que Sakartvelos Respoublika (« République de Géorgie »), Sakartvelo (« Géorgie »), Ertoba (« Unité »), Samchoblo (« Patrie »), Sakhalkho Sakme (« Affaires Publiques »), The Georgian Messenger et The Georgian Mail (les deux derniers étant publiés en anglais) menaient la presse nationale de l'époque.

Héritage[modifier | modifier le code]

L'indépendance de la Géorgie de 1918 à 1921, fut d'une importance particulière pour le développement des sentiments nationaux des Géorgiens et une des principales raisons qui firent de la Géorgie un des premiers pays à se battre pour son indépendance vis-à-vis de l'Union soviétique. Les dirigeants du mouvement national des années 1980 se référaient à la RDG comme une réussite du combat contre l'Empire russe et firent des parallèles avec les situations politiques contemporaines, créant en quelque sorte une image idéalisé de la Première république de Géorgie.

Le 9 avril 1991, l'indépendance de la Géorgie fut restaurée quand l'Acte de la restauration de l'indépendance d'État de Géorgie fut adopté par le Conseil suprême de la République de Géorgie. Les symboles nationaux utilisés par la République démocratique de Géorgie furent utilisés par la Géorgie de 1991 à 2004. Le 26 mai, anniversaire de la création de la RDG, est encore aujourd'hui célébré comme la Fête de l'Indépendance et est un jour férié sur le territoire contrôlé par Tbilissi.

Notes et Références[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • P. Sourgouladzé, L'importance internationale de l'indépendance de la Géorgie, Constantinople, 1918, (géorgien).
  • P. Sourgouladzé, La Géorgie en tant que pays indépendant, Constantinople, 1918, (géorgien).
  • Irakli Tsérétéli, Séparation de la Transcaucasie de la Russie. Indépendance de la Georgie, Imprimerie Chaix, Paris, 1919, (français).
  • Wladimir S. Woytinsky, La démocratie géorgienne, avec préface d'E. Vandervelde. Librairie Alcan Lévy, Paris, 1921, (français).
  • Z. Avalachvili, L'Indépendance de la Géorgie dans les Politiques Internationales de 1918 - 1921, Paris, 1923 (russe)
  • Présidence de l'Assemblée constituante, Documents relatifs à la question de la Géorgie à la Société des Nations. Éditions de la Légation de Géorgie en France, Imprimerie Lejeune à Arpajon (Seine et Oise), 1925, (français).
  • David Charachidzé, Henri Barbusse, les Soviets et la Géorgie, préface de Karl Kautsky. Éditions Pascal, Paris, 1930, (français).
  • La Géorgie. Éditions de l'Association géorgienne pour la Société des Nations. Imprimerie de Leuville-sur-Orge (Seine et Oise), 1937, (français).
  • Giorgi Kvinitadzé, Ma réponse, Paris, 1954, (géorgien).
  • Actes légaux de la République démocratique de Géorgie (1918 - 1921), Tbilissi, 1990, (géorgien).
  • Otar Janelidzé, Du 26 mai au 25 février, Tbilissi, 1990, (géorgien).
  • Georges Mamoulia, Les combats indépendantistes des Caucasiens entre URSS et puissances occidentales. Le cas de la Géorgie (1921-1945). Éditions L'Harmattan, Paris 2009, ISBN 978-2-296-09476-5, (français).

Liens externes[modifier | modifier le code]