Mehdi Jomaa

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Mehdi Jomaa
مهدي جمعة
Mehdi Jomaa à Planète PME en juin 2013.
Mehdi Jomaa à Planète PME en juin 2013.
Fonctions
14e chef du gouvernement tunisien
En fonction depuis le 29 janvier 2014
(&&&&&&&&&&&&01826 mois et 1 jour)
Président Moncef Marzouki
Gouvernement Jomaa
Législature 2e Assemblée constituante
Prédécesseur Ali Larayedh
24e ministre tunisien de l'Industrie
13 mars 201329 janvier 2014
Président Moncef Marzouki
Président du gouvernement Ali Larayedh
Gouvernement Larayedh
Prédécesseur Mohamed Lamine Chakhari
Successeur Kamel Ben Naceur
Biographie
Date de naissance 21 avril 1962 (52 ans)
Lieu de naissance Mahdia (Tunisie)
Nationalité tunisienne
Parti politique Indépendant
Profession Ingénieur

Mehdi Jomaa
Chefs du gouvernement tunisien

Mehdi Jomaa, né le 21 avril 1962 à Mahdia[1], est un ingénieur et homme d'État tunisien.

Ministre de l'Industrie dans le gouvernement Ali Larayedh, il est désigné chef du gouvernement par le président de la République Moncef Marzouki, le 10 janvier 2014, puis investi le 29 janvier 2014 après avoir obtenu la confiance de l'assemblée constituante.

Études et carrière professionnelle[modifier | modifier le code]

Scolarisé au lycée Khaznadar du Bardo près de Tunis[2], il obtient le baccalauréat section mathématiques en 1982. Mehdi Jomaa est ingénieur principal diplômé de l'École nationale d'ingénieurs de Tunis en 1988 et titulaire d'un DEA[3] en mécanique, calcul et modélisation des structures en 1989[4].

À partir de 1990, Mehdi Jomaa effectue toute sa carrière au sein d'Hutchinson, une filiale du groupe français Total[3]. En 2009, il devient directeur général de la division aéronautique et défense[3] et membre du comité de direction, supervisant six filiales implantées en France, aux États-Unis, en Inde et en Tunisie[4].

Ministre de l'Industrie[modifier | modifier le code]

À la suite de l'échec essuyé par Hamadi Jebali à former un gouvernement de technocrates après l'assassinat de l'opposant de gauche Chokri Belaïd, celui-ci démissionne et laisse sa place au ministre de l'Intérieur Ali Larayedh. Mehdi Jomaa est alors nommé ministre de l'Industrie dans la soirée du 8 mars 2013, avec l'annonce de la liste définitive des membres du gouvernement au palais présidentiel de Carthage. Il est investi le 13 mars, succédant à Mohamed Lamine Chakhari. Il est assisté d'un secrétaire d'État chargé de l’Énergie et des Mines, Nidhal Ouerfelli.

Chef du gouvernement[modifier | modifier le code]

Désignation[modifier | modifier le code]

Après l'assassinat de Mohamed Brahmi, autre figure de la gauche, un dialogue national est mis en place à l'initiative de l'Union générale tunisienne du travail (UGTT) et de l'Union tunisienne de l'industrie, du commerce et de l'artisanat, et vise à mettre en place un gouvernement acceptable par toutes les composantes de la scène politique, aussi bien les partis membres de la troïka que l'opposition. Dans ce contexte, Ennahdha présente Jomaa comme candidat au poste de chef du gouvernement[5].

Le 14 décembre 2013, un accord est trouvé pour le nommer chef d'un gouvernement intérimaire devant mener le pays à des élections en 2014 et mettre ainsi fin à la crise politique qui fragilise le pays[6]. Alors qu'Ennahdha et l'Alliance démocratique semblent favorables à cette nomination, d'autres partis, notamment Al Joumhouri, indique que Jomaa n’est pas une personnalité consensuelle et qu'il refuse que le nouveau chef du gouvernement soit un membre du gouvernement Larayedh ; Nidaa Tounes qualifie de son côté le futur gouvernement de recyclage du gouvernement sortant, alors que le Front populaire dit sa déception vis-à-vis du dialogue national, à la suite du refus de la candidature de Jalloul Ayed, et déclare que la troïka ne veut pas quitter le pouvoir[7].

Le 9 janvier 2014, Ali Larayedh présente sa démission ainsi que celle de son gouvernement, qui continue de diriger le pays jusqu'à l'investiture de Jomaa[8]. Le lendemain, Jomaa annonce dans une déclaration aux médias qu'il a rencontré le président Moncef Marzouki, qui l'a chargé de former un gouvernement[9]. Il félicite les initiateurs du dialogue national pour leur rôle, annonce que la nouvelle équipe serait composée de personnalités indépendantes et neutres et annonce qu'il fera son possible pour désigner son cabinet[10] dans un court délai[11].

Le 26 janvier, il est à nouveau chargé de cette tâche alors qu'un consensus ne s'est pas fait sur le nom du ministre de l’Intérieur, ni sur l’article 19 de la loi sur l'organisation provisoire des pouvoirs publics relatif à la possible révocation d’un ministre par l'assemblée[12]. En effet, ce dernier impose cette condition pour l'annonce de son gouvernement.

Le jour même, l’amendement de l'article relatif à la motion de censure contre le gouvernement ou l'un de ses membres est adopté, la majorité requise — absolue — étant modifiée à une majorité des trois cinquième[13].

Installation[modifier | modifier le code]

Article connexe : Gouvernement Mehdi Jomaa.

Au lendemain de la signature de la Constitution, Jomaa présente son gouvernement à l'assemblée constituante, chargée de voter la confiance. Lors de cette séance, qui dure plusieurs heures, plusieurs constituants s'y opposent, accusant le cabinet de rassembler des partisans de l'ancien régime de Zine el-Abidine Ben Ali, tout en accusant aussi la ministre du Tourisme désignée de s'être rendue en Israël[14]. Certains blocs parlementaires refusent quant à eux de soutenir le gouvernement, arguant qu'il est illégitime car issu du dialogue national[14].

Répondant à ces accusations, Jomaa déclare qu'il ne dispose pas d’un programme détaillé mais que plusieurs points sont importants : l'organisation d'élections transparentes, la sortie de la crise économique, la création d'emplois, la révision des nominations effectuées par les précédents ministres, la dissolution des Ligues de protection de la révolution ainsi que la lutte contre la corruption[14]. Sur 193 votants, 149 votent la confiance, vingt votent contre et 24 s'abstiennent. Le lendemain, la passation des pouvoirs a lieu au Dar El Bey entre Jomaa et Larayedh[15].

Le 4 février, un sondage en vue de l'élection présidentielle lui donne 14,8 % des voix, devant Moncef Marzouki mais derrière Béji Caïd Essebsi, 64,1 % des sondés se déclarant indécis[16].

Politique intérieure[modifier | modifier le code]

Le 5 février, Jomaa rencontre Houcine Abassi, secrétaire général de l'UGTT, lors d'un entretien au cours duquel la mise sur pied d'une commission mixte, composée de sept membres du gouvernement et de sept autres appartenant à l'UGTT, est annoncée[17]. Le même jour, il rencontre Wided Bouchamaoui pour discuter du développement des investissements dans les régions et des signaux à envoyer aux investisseurs tunisiens et étrangers[18].

Le 6 février, il se rend à la caserne de la garde nationale d'El Aouina, en compagnie du président Marzouki et de deux ministres, à la suite de la mort de plusieurs terroristes tués par les forces de sécurité à Raoued, parmi lesquels figure Kamel Gadhgadhi, assassin présumé de Chokri Belaïd. Jomaa y rend hommage aux martyrs politiques, des forces de sécurité et de l’armée morts en combattant le terrorisme, déclarant que la garde nationale œuvre à l'éradication de ce phénomène[19].

Politique étrangère[modifier | modifier le code]

Mehdi Jomaa en compagnie de John Kerry, secrétaire d'État des États-Unis, en février 2014.

Mehdi Jomaa entame le 1er février son premier voyage officiel en tant que chef du gouvernement, à Alger, pour une visite de deux jours. Accueilli par son homologue Abdelmalek Sellal, le chef du gouvernement déclare à la presse que sa visite vise à consolider les relations entre les deux pays et concrétiser diverses opportunités de coopération. Jomaa remercie par ailleurs le président Abdelaziz Bouteflika pour l'aide fournie dans le cadre de la crise en Tunisie[20]. Ce dernier reçoit Jomaa le 2 février, accompagné de son ministre des Affaires étrangères Mongi Hamdi, et évoque la situation en Tunisie ainsi que le renforcement de la coopération bilatérale[21]. Durant sa visite, Jomaa visite l’usine de l'Entreprise nationale des véhicules industriels et souligne que la Tunisie envisage de mettre en place un système de collaboration entre les deux pays, dans le secteur de l’industrie automobile, et qu'une commission bilatérale sera créée à cet effet[22].

Quant à sa première visite officielle, elle est consacrée au ministre des Affaires extérieures indien, Salman Khurshid, le 3 février, ce dernier se déclarant favorable à la transition démocratique du pays et à l’adoption de la nouvelle Constitution, tout en soulignant les relations économiques entre les deux pays[23]. Le même jour, Jomaa est invité par Barack Obama, président des États-Unis, à venir à Washington, lors d'une conversation téléphonique destinée à féliciter le peuple tunisien pour la promulgation de la Constitution et la désignation d'un gouvernement de compétences, tout en déclarant que ce sera une occasion de renforcer les relations entre les deux pays[24].

Lors de la cérémonie de célébration de la Constitution, le 7 février, Mehdi Jomaa rencontre François Hollande, président de la République française invité aux festivités. Ce dernier félicite également le peuple tunisien pour l’adoption de la nouvelle Constitution et le chef du gouvernement pour son investiture ; il appelle par ailleurs le peuple tunisien à organiser des élections libres et transparentes et doper sa croissance économique, avec le soutien de la France[25].

Vie privée[modifier | modifier le code]

Mehdi Jomaa est issu d'une fratrie de six enfants, cinq garçons et une fille[2] ; son frère Ghazi est ambassadeur puis chef de cabinet du ministre Mouldi Kefi dans le gouvernement Béji Caïd Essebsi[3]. Son père Mokhtar, natif de Bekalta et marié à une cousine de Mohamed Masmoudi (ministre sous le régime du président Habib Bourguiba)[3],[2], est greffier au tribunal de Mahdia puis rattaché au cabinet du ministre de la Justice[2].

Il est marié et père de cinq enfants[3],[2].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Mehdi Jomaâ : Comment être utile à son pays et à son groupe international », Leaders, 2 juin 2012
  2. a, b, c, d et e « Mehdi Jomaa « Al Mokhtar » : une famille très unie », Leaders, 4 janvier 2014
  3. a, b, c, d, e et f Frida Dahmani, « Qui est Mehdi Jomâa ? », Jeune Afrique, 22 décembre 2013, p. 60
  4. a et b « Who's who : Mehdi Jomaâ », Leaders, 28 janvier 2014
  5. « Tunisie – Ennahdha joue à ajouter un nouveau candidat à la course à la primature », Tunisie numérique, 11 décembre 2013
  6. « Tunisie : Jomaa nommé 1er ministre », Le Figaro, 14 décembre 2013
  7. « Tunisie – Nomination de Mahdi Jomâa : les réactions », Tunisie numérique, 15 décembre 2013
  8. « Ali Laârayedh présente officiellement la démission de son gouvernement », Business News, 9 janvier 2014
  9. « Mehdi Jomaâ chargé officiellement de former le nouveau gouvernement », Tunis Afrique Presse, 10 janvier 2014
  10. « Tunisie : 17 ministres pour Jomâa et Ben Jeddou hors course », Tunisie numérique, 10 janvier 2014
  11. « Mehdi Jomâa : Je ne fais pas de miracles, mais j’essaierai de rétablir ce qui peut l’être », Business News, 10 janvier 2014
  12. « Mehdi Jemaa de nouveau désigné pour former un gouvernement », Webdo, 26 janvier 2014
  13. « Adoption de l’amendement de l’article 19 de l’OPPP », Business News, 26 janvier 2014
  14. a, b et c « Officiel – Le gouvernement Jomâa obtient la confiance de l’ANC », Business News, 29 janvier 2014
  15. « Passation des pouvoirs entre Ali Larayedh et Mehdi Jomaa », Business News, 29 janvier 2014
  16. « Mehdi Jomâa : 72,5 % de confiance et 14,8 % à la présidentielle », Business News, 4 février 2014
  17. « Mehdi Jomâa reçoit Houcine Abassi », Business News, 5 février 2014
  18. « Tunisie – Le développement des investissements au centre d’une rencontre entre Jomaâ et Bouchamaoui », Business News, 6 février 2014
  19. « Visite de la caserne de la Garde nationale de l’Aouina- Jomaâ : « Le terrorisme n’aura plus de place en Tunisie » (MAJ) », Business News, 6 février 2014
  20. « Mehdi Jomâa reçu par le premier ministre algérien à Alger », Business News, 2 février 2014
  21. « Mehdi Jomâa reçu par Abdelaziz Bouteflika à Alger », Business News, 2 février 2014
  22. « Mehdi Jomâa visite la société nationale des automobiles industrielles à Alger », Business News, 2 février 2014
  23. « Le ministre indien des Affaires étrangères rencontre Marzouki et Jomâa », Business News, 3 février 2014
  24. « Barack Obama invite Mehdi Jomâa à Washington », Business News, 4 février 2014
  25. « Tunisie - François Hollande s’entretient avec Mehdi Jomâa », Business News, 7 février 2014

Article connexe[modifier | modifier le code]