Les Roseaux sauvages

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Les Roseaux sauvages

Une jeune fille brune souriante, cheveux longs et yeux sombres, de face, et un jeune homme de profil

Gaël Morel et Élodie Bouchez lors de la présentation du film à la section Un certain regard du festival de Cannes 1994

Réalisation André Téchiné
Scénario André Téchiné,
Gilles Taurand,
Olivier Massart
Acteurs principaux
Pays d’origine Drapeau de la France France
Genre Comédie dramatique
Sortie 1994
Durée 110 min

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Les Roseaux sauvages est un film français réalisé par André Téchiné sorti en 1994. Il s'agit de la version longue du téléfilm Le Chêne et le Roseau faisant partie de la collection commandée par Arte Tous les garçons et les filles de leur âge

Synopsis[modifier | modifier le code]

Le film se déroule en 1962, dans le Sud-Ouest de la France. Deux adolescents, François et Maïté, vont à un mariage. Un militaire y épouse une fille du pays pour éviter de repartir en Algérie y faire la guerre. Il demande à la mère de Maïté, Madame Alvarez, responsable de la cellule locale du Parti communiste français, de l'aider à déserter, mais elle refuse. François rencontre le frère de l'appelé, Serge, qui lui demande de l'aider pour ses cours de français. François accepte et, en devenant plus intime avec Serge, se rend compte qu'il préfère les garçons. Il se confie à Maïté qui, elle, ne se sent attirée par personne et rejette pour le moment la sexualité.

François s'intéresse aussi au compagnon de chambre de Serge, Henri. Ce dernier, pied-noir, a quitté l'Algérie où son père est mort. Il critique le général de Gaulle et se révèle pro-OAS. Serge est appelé lors d'un cours : il apprend que son frère est mort en Algérie. Il voue alors une haine brûlante à Henri, qui soutient la guerre, tandis que la mère de Maïté, rongée de culpabilité pour ne pas avoir pu l'aider, part en cure de sommeil.

Son remplaçant, Monsieur Morelli, cherche à aider Henri à avoir le baccalauréat. Mais ce dernier, révolté par les décisions de de Gaulle et le retrait de la France en Algérie, décide de quitter la ville. Avant cela, il veut mettre le feu à la cellule du Parti communiste, tenue par Madame Alvarez. Il y voit Maïté, qui l'invite à entrer, et à qui il cache ses intentions initiales. Tous deux discutent et se découvrent une attirance.

Lassés d'attendre les résultats du bac, François, Maïté et Serge décident d'aller se baigner dans la rivière. Ils rencontrent sur leur chemin Henri, qui n'a pas encore pris son train. Cette ultime scène de baignade estivale est l'occasion de préciser les rapports de chacun avec les autres.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Production[modifier | modifier le code]

Genèse et scénario[modifier | modifier le code]

Les Roseaux sauvages est la version cinéma d'un téléfilm commandé par la chaîne Arte à André Téchiné, pour la série Tous les garçons et les filles de leur âge sur le thème de l'adolescence[1]. Le téléfilm a pour titre Le Chêne et le roseau, d'après la fable de Jean de La Fontaine. Il devait comprendre une scène de fête et traiter d'une période, au choix, entre les années 1960 et les années 1990. La version télé ne comporte que la première heure du film ; la scène dans laquelle François lit la fable est la dernière scène du téléfilm.[réf. nécessaire] Deux autres films appartenant à cette série sont sortis en version longue au cinéma : L'Eau froide d'Olivier Assayas et Trop de bonheur de Cédric Kahn[1].

André Téchiné a répondu favorablement à la demande d'Arte, heureux de « pouvoir répondre à une commande qui corresponde à [son] désir », ce qu'il juge rare. Il a choisi de faire un film sur les années 60 car ce sont celles de sa propre adolescence et qu'il souhaitait depuis longtemps réaliser un film en rapport avec la Guerre d'Algérie[2].

Le scénario a été écrit avec rapidité, le réalisateur considérant même à l'époque que c'est celui qu'il a écrit le plus vite[2]. Il s'agit d'abord d'une version de 55 minutes écrite en cinq jours, mais André Téchiné et ses scénaristes, Gilles Taurand et Olivier Massart en sont insatisfaits car les personnages ne sont pas assez développés. En deux semaines supplémentaires, l'histoire est développée pour en faire un long métrage, entremêlant mieux l'aspect politique et l'aspect sexuel de la version précédente qui ne se croisaient pas assez. Les auteurs du scénario sont partis des personnages (les quatre adolescents et les deux professeurs) et se sont « demandé ce qui pouvait leur arriver[2]. »

Un accord est alors conclu avec Arte pour la production de ce long métrage[3]. Une autre chaîne est associée au projet, Canal+ ainsi qu'un second producteur, Alain Sarde[3]. Pierre Chevalier, directeur de l'unité fiction d'Arte, explique cet accord par le fait que, le film précédent d'André Téchiné ayant eu un budget autrement plus important avec « un casting prestigieux », il n'est « pas évident » pour lui de tourner un film à petit budget avec des acteurs débutants, cela même s'il est motivé par cette commande[4]. Le fait d'avoir deux versions du film, la version courte diffusée sur Arte et la version longue qui sort en salle, lui parait alors une bonne solution[4]. En outre, Arte considère que la sortie de ce film, présenté à Cannes, lui permettra de mettre en valeur la série dont il fait partie[3].

Dans l'empressement de l'écriture du scénario, la scène de fête imposée par la commande d'Arte a été oubliée, et, sur la demande de Chantal Poupaud, productrice de la série, elle a été rajoutée dans le film au moment qui paraissait le plus opportun[2].

André Téchiné profite de ce film pour essayer de mieux filmer des jeunes gens, après les scènes avec les jeunes dont il n'était pas satisfait dans son précédent film, Ma saison préférée, tout comme il souhaitait essayer de nouveau de tourner une séquence de baignade, jugeant ratée celle du film précédent[2].

L'œuvre est en grande partie autobiographique[5],[6]. L'histoire s'inspire d'un événement de la jeunesse du réalisateur : « l'intrusion d'un pied-noir dans un coin tranquille de la France des années 60. [...] Le respect d'une expérience puisée dans la réalité garantit la fiction[2]. » Sans avoir vécu réellement l'histoire du frère de Serge, le réalisateur ne la trouve pas totalement étranger au lieu : il est frappé, dans cette région du Sud Ouest, de la fréquence dans les cimetières, de plaques commémoratives de jeunes soldats morts pendant la guerre d'Algérie[2].

L'écriture du scénario tout comme le tournage ont été pour le réalisateur des périodes très heureuses, mais il estime que le montage a été plus difficile car le film est constitué de nombreuses digressions[2].

Tournage[modifier | modifier le code]

Le cadre 1,66:1, large de 1,66 pour 1 de hauteur ; le cadre Cinémascope, 2,35 de large pour pour 1 de hauteur
Le cadre 1,66:1, celui de tous les films de la série, et le cadre CinémaScope auquel est plus habitué André Téchiné

Le fait d'être obligé de tourner en 16mm a inquiété le réalisateur, plus habitué au CinemaScope qui permet d'écarter les personnages les un des autres dans le cadre, et donc de filmer « la distance qui les sépare », il a craint qu'« il n'y ait pas assez d'air entre les gens et les choses. » Il a néanmoins été heureux de pouvoir tourner de manière plus légère, le 16mm induisant un tournage plus léger et dynamique[2].

Le film a été tourné en Lot-et-Garonne, à Villeneuve-sur-Lot.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Prix[modifier | modifier le code]

Le film a reçu le Prix Louis Delluc 1994[7].

Il reçoit quatre récompenses aux César 1995[8] :

Nominations[modifier | modifier le code]

César du cinéma 1995 :

Le film est choisi comme contribution française pour l'Oscar du meilleur film étranger[9].

Sélection[modifier | modifier le code]

Le film est sélectionné en 1994 à Un certain regard au festival de Cannes[10]

Accueil[modifier | modifier le code]

L'accueil critique du film est globalement très bon. Le journal le Monde lors de la présentation du film à Cannes, parle de « vérité » et de « grâce » à son propos[11].

Homosexualité[modifier | modifier le code]

  • C'est le premier film de Téchiné où l'un des personnages principaux est ouvertement homosexuel[12].
  • Alain Brassart, classe se film dans le documentaire De la cage aux roseaux d’Alessandro Aviallis et Alain Brassart dans la catégorie "homosexualité tranquile"[13].
  • la phrase « Je suis un pédé, je suis un pédé, je suis un pédé » fait partie des éléments autobiographique du film[14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Frédéric Strauss, « Opération portes ouvertes », Cahiers du cinéma, no 481,‎ juin 1994, p. 8 et 9
  2. a, b, c, d, e, f, g, h et i Thierry Jousse et Frédéric Strauss, « Entretien avec André Téchiné », Cahiers du cinéma, no 481,‎ juin 1994, p. 12 à 17
  3. a, b et c Pascal Mérigeau, « Cannes/Enquête : Trois " téléfilms " produits par ARTE sont présentés au festival Frictions dans la fiction, entre cinéma et télévision », Le Monde,‎ 12 mai 1994 (lire en ligne)
  4. a et b Thierry Jousse et Frédéric Strauss, « Entretien avec Pierre Chevalier », Cahiers du cinéma, no 473,‎ novembre 1993, p. 86-89
  5. Alain Brassart, L'homosexualité dans le cinéma français, Nouveau monde, 2007, page 153
  6. Henri Boyer, Stéréotypage, stéréotypes: Expressions artistiques, L'Harmattan, 2007, page 48
  7. « Le Delluc pour Téchiné et Les Roseaux sauvages », Libération,‎ 16 décembre 1994 (lire en ligne)
  8. Palmarès des César
  9. Jacques Siclier, « Téchiné, le singulier », Le Monde,‎ 5 février 1995 (lire en ligne).
  10. Fiche du film sur le site du Festival de Cannes
  11. Pascal Mérigeau, « FESTIVAL DE CANNES UN CERTAIN REGARD Course d'obstacles », Le Monde,‎ 25 mai 1994 (lire en ligne)
  12. Didier Eribon, Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes, Larousse,‎ 2003, 548 p. ([2-03-505164-9 lire en ligne]), P.461
  13. http://www.centrelgbtorleans.org/2012/02/23/cine-cinema-andre-techine-lamour-existe-t-il/
  14. http://www.centrelgbtorleans.org/2012/02/23/cine-cinema-andre-techine-lamour-existe-t-il/

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Marc Lalanne, Les Roseaux sauvages, un film de André Téchiné, Paris, BIFI/CNC, 1999 (Lycéens au cinéma), 23 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]