La Guerre du feu (film, 1981)

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La Guerre du feu

Réalisation Jean-Jacques Annaud
Scénario Gérard Brach, d'après le roman de Sir J.H. Rosny
Acteurs principaux
Pays d’origine Drapeau de la France France Drapeau du Canada Canada
Sortie 1981
Durée 96 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

La Guerre du feu est un film d'aventures préhistoriques franco-canadien réalisé par Jean-Jacques Annaud, sorti sur les écrans en 1981. Il est une adaptation du roman homonyme écrit en 1911 par J.-H. Rosny, pseudonyme de deux auteurs belges.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Au Paléolithique, la tribu des Ulam connaît l'usage du feu et sait le conserver mais ne sait pas le produire. Les membres de la tribu des Wagabou envahissent le territoire des Ulam et une bataille éclate. Les Wagabou sont représentés comme des sauvages proches de l'animalité, couverts de poils, dont rien n'indique qu'ils maîtrisent un outillage avancé ou le feu, et dont la langue est à l'évidence très rudimentaire. Malgré tout, ce sont eux qui gagnent grâce à l'avantage du nombre, leur force brutale et leurs ruses stratégiques. Une poignée d'Ulam réussit à s'enfuir, en laissant en chemin les blessés. Le gardien du foyer s'enfuit lui aussi avec un peu du feu (le reste a été volé par les Wagabou), mais au bout du compte il l'éteint par hasard, au moment même où un membre retrouve les survivants de la tribu. Sans feu, les voilà condamnés à mourir de froid et de faim. Les Ulam ne veulent pas revenir au cannibalisme et ils décident d'envoyer trois d'entre eux, Naoh (Everett McGill), Amoukar (Ron Perlman) et Gaw (Nameer El-Kadi), à la recherche du feu, recherche pleine de danger. Au cours de leur voyage, ils rencontreront plusieurs espèces de bêtes sauvages, dont des tigres à dent de sabre, ainsi que d'autres espèces primitives d'êtres humains.

Finalement, dans leur exploration, le trio des Ulam entre dans le territoire des Kzamm, une tribu qui ne dédaigne pas de capturer des membres de la tribu des Ivaka pour les manger. Malgré leur inculture et leur brutalité, les Kzamm sont passés maîtres dans l'art de produire le feu. Naoh réussit à le leur voler, mais il est blessé en se battant contre deux d'entre eux. Il rejoint Gaw et Amoukar. Une jeune femme appelée Ika (Rae Dawn Chong), une prisonnière Ivaka qui s'est enfuie avec Naoh, les rejoint, cherchant leur protection.

Un jour, Ika se rend compte qu'elle est près de chez elle. Elle essaie de persuader les trois Ulam de l'accompagner, mais l'absence d'une langue commune ou une méfiance instinctive les retient en arrière. Quand Ika les quitte le matin suivant, Naoh se sent très troublé car il ne peut s’empêcher de penser à elle. Il revient en arrière, suivi de Gaw et d'Amoukar malgré leur réticence. Naoh quitte les autres pour aller en éclaireur dans le village mais est pris dans une embuscade par les Ivaka.

Au début, on lui fait subir des brimades et plusieurs formes d'humiliation, mais finalement les Ivaka l'acceptent et lui montrent leurs techniques. Leur tribu est la plus avancée qui nous soit montrée. Ils sont arrivés à l'étape de l'art (peinture sur le corps, cabanes, ornements, poterie primitive) et ce qui est plus important, ils maîtrisent la production du feu. Quand on apprend à Naoh comment l'allumer, il se sent transporté de joie ; sa vie est changée pour toujours.

Inquiets, Gaw et Amoukar vont à la recherche de Naoh et se font capturer eux aussi. Pendant les épreuves qu'on leur fait subir, ils se rendent compte à leur stupéfaction qu'un de ceux qui y participent est Naoh, qu'au départ ils n'avaient pas reconnu puisque son corps est maintenant couvert de peinture comme les Ivaka. Pendant la nuit Gaw et Amoukar s'enfuient, en assommant Naoh pour l'emmener avec eux. Se rendant compte qu'elle aime Naoh, Ika suit le trio et l'aide à s'enfuir.

Sur le chemin du retour, le quatuor doit se battre contre un ours et un groupe de renégats qui faisaient partie autrefois de la tribu des Ulam. Gaw est sérieusement blessé dans sa lutte contre l'animal, mais il réussit à s'enfuir. Les trois autres membres du groupe le retrouvent et Amoukar le porte sur ses épaules. Lorsque la bataille s'engage avec les Ulam renégats, le groupe utilise plusieurs propulseurs de sagaies volés aux Ivaka et mettent ainsi en fuite leurs ennemis, ce qui montre l'avantage qu'il y a à maîtriser les nouvelles technologies.

Alors qu'ils sont sur le point de rejoindre la tribu des Ulam, celui qui était chargé de porter le feu tombe à l'eau, et le feu s'éteint. Naoh essaie d'en allumer un nouveau en utilisant quelques brindilles, des excréments et des herbes sèches. Plusieurs essais échouent, mais Ika prend les choses en main, en frottant soigneusement ensemble les brindilles sèches. Dès qu'une petite braise est allumée, la tribu se sent tellement submergée de joie qu'elle reste silencieuse. Finalement, Ika et Naoh découvrent qu'Ika est enceinte de leur enfant. Naoh caresse le ventre d'Ika en regardant la couleur brillante de la lune, laissant les spectateurs espérer qu'ils auront peut-être une postérité et contempler l'avenir du développement humain grâce à l'aide conjointe de la science et de la technologie.

La question du réalisme[modifier | modifier le code]

La promotion du film mit en avant qu'aucune des situations et choix de la mise en scène n'était contraire aux connaissances scientifiques de l'époque. Toutefois de nombreux points sont en désaccord, parfois profond, avec les données disponibles au moment de la réalisation du film.

  • L'action est située il y a 80 000 ans et associe des types humains à des degrés d'évolution très différents, dans des forêts caducifoliées évoquant l'Europe. Les Ulam (Oulhamr dans le roman original de J-H Rosny Aîné) et les Kzamm présentent des traits anatomiques évoquant les Néandertaliens et les Ivaka évoquent des Hommes anatomiquement modernes (Homo sapiens). Il y a là un premier anachronisme, accentué par la présence d'un autre type humain plus archaïque (Wagabou, Homo erectus).
  • L'importance du feu comme agent de survie du groupe, censé protéger du froid et éloigner les bêtes féroces, relève plus du cliché et de l'imagination conditionnée que de la réalité préhistorique : le genre Homo est apparu il y a plus de 3 Ma et ses représentants ont survécu sans feu jusqu'à - 400 000 ans en Europe. L'étape de connaissance du feu sans maîtrise de sa production est théorique et peu probable dans la mesure où les techniques de production de feu par percussion ou par friction sont extrêmement simples et compatibles avec les connaissances techniques dont témoignent les outils de pierre.
  • Certains prétendent que la notion même de guerre est un anachronisme pour le Paléolithique[1]. L'objet de cette guerre la rend d'autant plus improbable que le feu peut aisément être partagé.
  • L'image associée aux humains dans le film est celle d'une animalité grossière, sans commune mesure avec l'image que nous renvoient les productions matérielles et les réalisations attestées des groupes humains d'il y a 80 000 ans : démarche et gestuelle simiesque (la bipédie a plus de 3 millions d'années !), absence d'attention pour les morts (les premières sépultures ont 100 000 ans), outillage lithique quasiment inexistant, réflexes animaux (les héros bavent en voyant passer le gibier au loin).
  • Paradoxalement, l'une des rares tentatives d'humanisation des Ulam, le dégoût vis-à-vis de l'anthropophagie, est encore un échec puisque celle-ci est attestée tout au long du Paléolithique et au-delà, même si sa pratique n'était peut-être pas généralisée.
  • Les Ivaka utilisent le propulseur, qui n'est attesté que depuis le Solutréen (-22 000/-17 000 ans).
  • Enfin, les éléments concernant les relations sociales et la domination masculine brutale ne sont évidemment appuyés par aucun argument scientifique.

Si la Guerre du feu a amené le grand public à s'intéresser à la Préhistoire, il a également contribué à perpétuer de nombreux clichés infondés ainsi qu'une image peu avantageuse des groupes humains préhistoriques, encore ancrés dans une forme de pré-humanité bestiale. Certaines des grandes étapes de l'évolution humaine sont ramenées à l'échelle chronologique d'un groupe d'individus : découverte de la cuisson de la viande par un morceau de viande oublié dans les cendres toute une nuit ; découverte de l'exogamie lorsqu'un protagoniste est fait prisonnier pour féconder les femmes d'un clan ; « découverte » de la position face-à-face pendant l'acte sexuel ; développement de l'humour (les deux épisodes du caillou reçu sur la tête) ; refus du cannibalisme ; découverte de la médecine (avec une mixture d'herbes) ; problématique de la transmission ou de la production du feu, etc. Si ce procédé de condensation de faits qui ont abouti à des découvertes majeures pour l'évolution de l'homme est un classique de la fiction préhistorique[2], il reste très éloigné de la réalité perçue à travers les connaissances scientifiques actuelles. La plupart des processus en question sont graduels et beaucoup plus complexes.

Il convient donc de rappeler que la Guerre du feu est une œuvre de fiction qui ne devrait pas être utilisée dans le cadre de la vulgarisation scientifique ou de l'enseignement, même s'il est classique de condenser et romancer des faits pour les rendre compréhensibles.

Autour du film[modifier | modifier le code]

Le film est au départ une coproduction franco-canadienne, profitant des nouvelles dispositions fiscales fédérales canadiennes d'alors. S'y adjoindront d'autres productions américaines et diverses européennes.

Le langage Ulam parlé par les membres des trois tribus d'Homo sapiens a été inventé par le linguiste Anthony Burgess (L'Orange mécanique). Même si les dialogues ne sont pas intelligibles, ils ont pourtant été conçus de manière réfléchie. Anthony Burgess est parti de l'idée que la multitude de langues actuelles proviendrait de très peu de langues qui en seraient une fusion. Les dialogues du film sont alors conçus à partir d'une langue inventée par Burgess réunissant l'anglais, le français, l'italien, ...

La musique de Philippe Sarde a une grande importance dans la dramaturgie du film, elle y apporte le côté épique et aventure et couvre le film presque intégralement. Enregistrée à Londres au studio Abbey Road par le London Symphonic Orchestra (LSO) au grand complet, auquel sont ajoutés les Percussions de Strasbourg (6 + 3 percussionnistes, une chorale de 35 chœurs, Michel Sanvoisin[3] à la flûte à bec et Syrinx[4] à la flûte de Pan.

La guerre du feu est un gros succès mondial. Succès aux États-Unis : 7,13 millions d'entrées (20 959 585 d'USD[5],[6],[7] de 1982 à 2,94 $ le ticket[8]) ou selon le site IMDB, avec 67,4 millions d'USD[9], entre 8,61 millions d'entrées si le chiffre est corrigé de l'inflation et 22,93 millions d'entrées si non corrigé de l'inflation.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Tribu Ulam
  • Gary Schwartz : Rouka
  • Naseer El-Kadi : Nam
  • Franck-Olivier Bonnet : Aghoo
  • Jean-Michel Kindt : Lakar
  • Kurt Schiegl : Faum
  • Brian Gill : Modoc
  • Terry Fitt : Hourk
  • Bibi Caspari : Gammla
  • Peter Elliott : Mikr
  • Michelle Leduc : Matr
  • Robert Lavoie : Tsor
Tribu Ivaka
  • Mohamed Siad Cockei : Ota Otarok
  • Tarlok Sing Seva : Tavawa
  • Lolamal Kapisisi : Firemaker
  • Hassannali Damji : le vieil homme dans l'arbre
Tribu Kzamm
  • The Great Antonio
  • Jacques Caron
  • Adrian Street
  • George Buza
Tribu Wagabu
  • Rod Bennett
  • Jacques Demers
  • Michel Drouet
  • Michel Francoeur
  • Charles Gosselin
  • Bernard Kendall
  • Benoit Levesque
  • Joshua Melnick
  • Jean-Claude Meunier
  • Alex Quaglia

Récompenses[modifier | modifier le code]

  • César du meilleur film
  • César du meilleur réalisateur

Nominations[modifier | modifier le code]

  • Nomination au César du meilleur scénario original ou adaptation
  • Nomination au César de la meilleure musique écrite pour un film
  • Nomination au César de la meilleure photographie
  • Nomination au César des meilleurs décors

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Laurence Keeley dans Les guerres préhistoriques (Éditions du Rocher) estime au contraire que les conflits de chasseurs cueilleurs étaient plus meurtriers que nos guerres modernes.
  2. voir par exemple Pourquoi j'ai mangé mon père de Roy Lewis, Actes Sud, 1990.
  3. Michel Sanvoisin sur IMDB.
  4. Syrinx site officiel.
  5. http://www.boxofficemojo.com/movies/?id=questforfire.htm
  6. http://www.the-numbers.com/movies/1982/0QUFI.php
  7. http://www.cine-directors.net/FrenchInUs.htm
  8. http://www.boxofficemojo.com/genres/chart/?id=foreign.htm&adjust_yr=1982&p=.htm
  9. http://www.imdb.com/title/tt0082484/business

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]