Compagnies franches de la marine

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Compagnies franches de la marine
Lors des célébrations du 400e anniversaire de la ville de Québec
Lors des célébrations du 400e anniversaire de la ville de Québec

Période 1673 – 1761
Pays France
Allégeance Royaume de France
Branche Marine royale
Type Armée
Rôle Service outre-mer
Effectif ≈ 10 000 personnes
Garnison Brest, Rochefort, Toulon, Port-Louis (Bretagne). Compagnies dispersées dans les territoires du premier empire colonial français jusqu'en 1761.
Ancienne dénomination 1622 : Compagnies ordinaires de la mer 1666 : régiment de la marine
Devise Per mare et terras
Marche Le Prisonnier de Hollande

Les compagnies franches de la marine furent un ensemble d'unités d'infanterie autonomes rattachées à la marine royale et vouées à servir indifféremment en mer et sur terre. Ces troupes constituaient la principale force militaire de France pouvant intervenir et tenir garnison en outre-mer de 1690 à 1761, date de leur radiation.

La lente maturation des troupes de la marine[modifier | modifier le code]

La genèse[modifier | modifier le code]

L'origine la plus lointaine des forces coloniales françaises remonte à la création par le cardinal de Richelieu de cent compagnies ordinaires de la mer, en 1622. Ces unités sont alors destinées à servir de soldats de bord aux vaisseaux de la marine royale. Désertions, naufrages, manque d'argent et d'intérêt réduisent considérablement les effectifs initiaux. Richelieu crée alors en 1626 le régiment la marine, dont il est propriétaire et commandant honoraire. Arborant le pavillon blanc, le régiment s'illustre par ses combats le long des côtes provençales jusqu'aux îles de Lérins, au large de Cannes, et dans le golfe de Gascogne.

Richelieu crée d'autres régiments pour soutenir l'effort de colonisation français en Nouvelle-France, mais avant tout et surtout aux Antilles, les premiers colons français prenant pied à la Guadeloupe et à la Martinique dans les années 1630. Ces régiments n'ont pas une durée de service des plus longues : régiment du Havre (1636-1642), régiment des Îles (il tint garnison aux îles de Ré et d'Oléron en 1636-1663), et enfin le régiment des Galères basé à Toulon. Louis XIII crée le régiment des Vaisseaux (1638-1643). Ce dernier est refondé par le cardinal Mazarin sous le nom de régiment Vaisseau-Mazarin (1644). Il devient ensuite le régiment Vaisseau-Provence (1658), puis le régiment Royal-Vaisseaux (1669). En 1669, Jean-Baptiste Colbert, secrétaire d'État de la Marine et ardent développeur de la marine royale et de l'effort colonial, créa deux régiments : le régiment royal-marine, et le régiment de l'Amiral, qui répartissent leurs compagnies entre Dunkerque, le Havre, Brest, Rochefort et Toulon. Ils arborent pour la première fois l'uniforme gris-blanc et la veste bleue.

Néanmoins, les années 1670 résonnent du conflit d'intérêt entre Colbert et François Michel Le Tellier de Louvois, respectivement secrétaire d'État à la Marine et à la Guerre. Les quatre régiments des Troupes de Marine cités plus haut passent ainsi de la coupe du secrétariat à la Marine à celui de la Guerre. En cause, les besoins militaires des guerres successives du règne de Louis XIV et la volonté de Louvois de contrôler toutes les unités françaises constituées. Les régiments ayant quitté la Marine ne conservent de leur ancienne fonction que leurs noms. Pendant la Révolution, La Marine, Royal-Marine, Royal-Vaisseaux et le régiment de l'Amiral (rebaptisé régiment de Vermandois) s'intègrent définitivement à l'armée de terre, devenant respectivement les 11e, 60e, 43e et 61e régiments de ligne en 1791.

La Marine royale a fière allure en 1671 : la France peut aligner 196 vaisseaux. Colbert décide donc la création de 100 compagnies de "soldats-gardiens" destinés à défendre navires et arsenaux. Mais ces hommes sont de nouveau dirigés vers l'armée de terre par Louvois en 1673. À partir de cette date, les officiers de marine sont obligés de recruter eux-mêmes leurs troupes. Grâce à des « levées » dans les ports de guerre ou de commerce, similaires à la « presse », les officiers garnissent leurs navires de défenseurs. Mais le système trouve vite ses limites. Les recrues sont bien souvent indisciplinées, inexpérimentées... et sont libérées ou désertent à l'issue de leur première campagne, ruinant des mois d'entraînement et forçant les officiers à recourir de nouveau aux levées. C'est un cercle vicieux qui fait que la marine ne dispose donc pratiquement pas de soldats d'expérience jusqu'en 1682.

Trois ordonnances[modifier | modifier le code]

Pour remédier à ce triste état de fait, le pouvoir royal décide la création de nouvelles troupes coloniales, à l'initiative de Jean-Baptiste Colbert de Seignelay, successeur de son père au secrétariat de la Marine. Celui-ci demande à l'intendant militaire de Rochefort la création d'un corps de soldats "toujours prêt à embarquer", de "gens braves et capables de bons services". Sont ainsi créées six "compagnies de la marine" dépendant du secrétaire d'État de la Marine. Composées de 50 hommes chacune, les unités sont dispersées entre Brest, Rochefort et Toulon, qui deviennent les principaux ports de guerre français. Ce sont des "gardiens de port" demi-soldes affectés à la surveillance des ports et vaisseaux royaux. Disposant de quatre mois de congé par an, ils restent chez eux en temps de paix à condition de se rendre trois à quatre fois par an aux "montres et revues", des séances d'exercice et d'inspection s'étalant sur trois jours. Ils sont commandés par un lieutenant de vaisseau et deux enseignes. Échappant à la mainmise de Louvois, ils sont définitivement dépendants du secrétariat à la Marine.

L'ordonnance royale du 1er janvier 1685 complète ce système par la deuxième fondation des « soldats-gardiens ». Chaque port est désormais doté de six « escouades » de 50 soldats-gardiens et six compagnies de 50 demi-soldes, soit 300 hommes de chaque type, portant à un total théorique de 600 soldats par port. Voici un extrait de l'ordonnance présentant le fonctionnement de ces troupes de marine : « Quand les Soldats-gardiens du port embarqueront, ceux à demi-solde seront appelés pour servir à leur place et toucheront alors la solde entière ». Le nombre de compagnies de soldats-gardiens par port est porté à dix, soit 500 hommes en 1686, puis onze compagnies soit 550 hommes en 1687. 150 hommes, soit trois compagnies, sont affectés au Havre la même année. Les unités d'un même port sont sous le commandement d'un capitaine de vaisseau.

Le successeur de Seignelay, Louis Phélypeaux de Pontchartrain, signe l'ordonnance royale du 15 avril 1689 qui renforce l'ensemble existant par le renfort d'une compagnie de 100 apprentis-canonniers à Brest, Rochefort et Toulon, d'une compagnie de 50 "bombardiers" et de six escouades de 50 soldats-gardiens supplémentaires à Brest, Rochefort, Toulon et au Havre. L'ensemble de ces unités sont regroupées sous le nom de "troupes de la marine". Principaux intéressés dans le service en mer, les soldats-gardiens peuvent former jusqu'au tiers des équipages des vaisseaux sur lesquels ils embarquent.

L'ordonnance royale du 16 décembre 1690 réorganise entièrement les troupes françaises destinées à l'outre-mer. Elle autorise la création de quatre-vingts compagnies franches de la marine intégrant au sein des mêmes unités de nouvelles recrues en plus des effectifs des soldats-gardiens, gardiens de port demi-soldes, apprentis-canonniers et bombardiers.


Missions, compétences et répartition en Europe et aux colonies[modifier | modifier le code]

Compagnie franche de la marine en exercice

Des unités particulières[modifier | modifier le code]

L'entraînement de base des compagnies a été fixé par un texte de 1704 appelé Exercices pour les Compagnies franches de la marine. Malgré son nom, le contenu était semblable aux Exercices pour toute l'infanterie française, paru en 1703. L'entraînement des militaires des Compagnies franches ne différaient donc pas de celles des autres fantassins royaux : maniement du mousquet, combat à l'épée, manœuvres collectives, rondes, patrouilles, parades. Ces soldats avaient pour atouts la polyvalence et la souplesse d'emploi. Ils devaient pouvoir assurer indifféremment la défense des vaisseaux de combat et des ports de guerre du Royaume. les fantassins des compagnies franches étaient en outre aptes et habitués aux opérations mer-terre (l'expression « opérations amphibies » serait anachronique), tenant le rôle de troupes d'assaut lors de débarquements sur des rivages ennemis. Détail important : contrairement à d'autres unités françaises, ils étaient pour la plupart habitués aux voyages en mer et aux différents climats rencontrés aux colonies. Ce facteur réduisait certaines complications médicales, le mal de mer notamment, ou techniques, par exemple les manœuvres de débarquement.

Les hommes recevaient également une formation de canonnier en plus de leur entraînement de fusilier. Sachant ainsi se servir eux-mêmes des pièces d'artillerie, ils évitaient le recours à d'autres spécialistes. En mer, ils devaient également avoir quelques compétences de marin, ou les acquéraient sur le tas. Les soldats laissaient en effet à l'équipage les "manœuvres hautes", s'occupant des "manœuvres basses", de la mousqueterie et du service des pièces. Ils étaient enfin entraînés au maniement de la grenade. Cette arme peu commune sur les champs de bataille au XVIIIe siècle était très utilisée lors des combats navals. Elle était particulièrement redoutable lors des abordages, tant pour ses effets meurtriers sur les ponts, espaces relativement étroits et encombrés, que pour son effet psychologique.

Le service outre-mer et ses spécificités[modifier | modifier le code]

Règlement du Roy pour les Capitaines et autres Officiers
des Compagnies franches de la marine du 29 septembre 1693.

Outre le service des armes et de quelques manœuvres à bord des navires royaux, les soldats de marine sont voués au service outre-mer. Ils assurent dans les colonies les mêmes missions qu'en Europe, d'autant plus que les guerres du Vieux Continent y ont des répercussions. Mais la situation est ici naturellement bien différente : pendant la première moitié du XVIIIe siècle, les Compagnies seront quasiment les seules "troupes réglées", les seules unités militaires régulières à être présentes en permanence partout dans l'empire colonial français. De par leurs compétences, elles en forment bien vite le noyau défensif aux côtés des milices, luttant selon les latitudes contre des "descentes" de nations rivales, de pirates et d'indigènes hostiles, voire contre des révoltes d'esclaves.

Loin des théâtres de guerre européens réglés et temporisés par "l'art de la guerre", la marge d'action des militaires est par considérablement étendue en outre-mer. En Nouvelle-France et aux Indes, des détachements des compagnies sont présents loin dans l'intérieur des terres, occupant des postes isolés dans l'immensité des territoires français ou sous influence française. En témoignent les forts disséminés le long de la vallée du Mississippi jusque dans l'ouest d'une subdivision de la Nouvelle-France qualifiée de Canada en passant par les Grands Lacs. Rappelons que les soldats viennent de France et sont invités à s'installer là où ils sont affectés, ce qui les conduit par la force des choses à nouer des liens avec les colons et les amérindiens . Ces contacts fructueux les intègrent peu à peu dans la société locale dont ils adoptent certaines coutumes et techniques. En matière militaire, les fantassins postés en Nouvelle-France et en Louisiane ajouteront à leurs spécialités la « guerre de guérilla » ou « petite guerre ». Oubliant la bataille rangée, les soldats de marine mènent une guerre de harcèlement aux côtés des miliciens français né en Nouvelle-France et des tribus amérindiennes alliées contre les établissements anglais ou les tribus leur étant opposées.

Outre ces missions de défense, les fonctions des militaires des Compagnies franches s'étendent et se diversifient selon les régions et les situations. On voit ainsi les fantassins parfois employés à l'exploration, à la construction, à la taille de la canne à sucre, à la protection du commerce des fourrures, au maintien de l'ordre ou au creusement de canaux comme ceux de La Nouvelle-Orléans.

Garnisons, embarquements et effectifs[modifier | modifier le code]

En 1690, il existe quatre-vingts compagnies. Ce chiffre fut porté à quatre-vingt-huit début 1691, puis à cent le 19 octobre de la même année, pour un total approximatif de 10 000 soldats. Rappelons que ces unités ont été engagées dans cinq guerres et en outre-mer, ce qui implique une mortalité relativement élevée. Pas seulement du simple fait des combats, mais également des risques éventuels de naufrage et d'épidémie durant les campagnes et sous les latitudes tropicales. Tous ces facteurs induisent également un taux de désertion non moins élevé, particulièrement en Louisiane, colonie ayant une réputation sinistre. Le nombre des Compagnies franches, de même que leurs effectifs ont donc considérablement varié de leur création en 1690 à leur dissolution en 1762. Il n'était pas rare que certaines unités ne comptent que soixante, voire trente soldats seulement en pleine guerre.

Les bases principales des Compagnies Franches en France restaient les grands ports militaires : Brest, Rochefort, Toulon, auquel s'ajoutait Port-Louis, dans le Morbihan. Aux colonies, les effectifs se répartissent comme suit : (notons qu'il s'agit des effectifs théoriques moyens)

  • En Nouvelle-France. Première moitié du XVIIIe siècle : vingt-huit compagnies de 40 hommes (environ 1 200 soldats). 1756 (début de la guerre de Sept Ans) : quarante compagnies de 65 hommes (environ 2 700 fantassins).
  • Île Royale (Louisbourg). 1725 : 6 compagnies, environ 300 hommes.
  • Louisiane. 1721 : huit compagnies (environ 400 hommes, entretenus par la Compagnie des Indes). 1732 : treize compagnies (environ 650 hommes, après la rétrocession de la colonie à la Couronne par la Compagnie des Indes). 1750 : trente-sept compagnies (environ 1300 hommes). 1754 : suppression d'une compagnie, l'effectif est versé dans les autres unités.
  • Saint-Domingue.
  • Îles sous le vent. 1713 : dix à quatorze compagnies, environ 600 hommes répartis entre la Martinique, la Guadeloupe, Sainte-Lucie, la Grenade et Saint-Christophe. 1755 : environ 1 200 hommes.
  • Guyane. 1725 : quatre compagnies, environ 200 hommes.
  • Océan Indien. Première moitié du XVIIIe siècle : environ 500 hommes répartis entre l'île Bourbon, l'île de France et Madagascar.
  • Indes. Première moitié du XVIIIe siècle : environ 1 500 hommes (entretenus par la Compagnie des Indes). 1758 : 650 soldats des Compagnies franches arrivant avec le corps expéditionnaire de Lally-Tollendal et de l'amiral d'Aché.

En mer, tout comme leurs ancêtres les soldats-gardiens, les hommes des compagnies franches constituent une part non négligeable des équipages des bâtiments de guerre. Sur un vaisseau de 1er rang, on compte 252 soldats pour 800 marins. Sur un vaisseau de 2d rang, 140 soldats pour 500 marins.

Organisation générale[modifier | modifier le code]

Les hommes[modifier | modifier le code]

Drapeau de la Compagnie Franche de la marine de Louisbourg, on peut apercevoir la devise en latin signifiant: "Par mer et terre". Les Compagnies Franches avaient le privilège d'arborer le drapeau colonel blanc, mais n'avait pas de drapeau d'ordonnance régimentaire puisqu'il s'agissait de compagnies.

Les compagnies franches étaient certes des unités d'infanterie, mais elles étaient rattachées à la marine et leurs chefs avaient par conséquent des grades d'officiers de marine. Ces cadres étaient des militaires de carrière, des soldats professionnels sévèrement entraînés et ayant déjà l'expérience de la mer et du combat. Ils avaient le statut d'« officiers de la marine », se distinguant des « officiers de vaisseaux », qui commandaient les bâtiments et équipages de la flotte. L'ordonnance du 23 septembre 1683 assurait la primauté décisionnelle des officiers de vaisseaux sur les officiers de la marine commandant des compagnies franches embarquées. Ceux-ci disposèrent progressivement d'un pouvoir de décision correspondant à leur grade, le commandant du vaisseau restant toutefois « seul maître à bord après Dieu ».

L'intérêt en demi-teinte manifesté par le pouvoir royal à la colonisation laissait à certains de ces officiers une liberté d'action étendue en outre-mer. La gestion de certains forts ou établissements leur revenaient parfois entièrement. Et leur qualité d'officier, en tant qu'homme instruit et cultivé, en faisait d'importants intermédiaires diplomatiques et commerciaux avec les peuples autochtones. L'exemple de la Nouvelle-France est révélatrice : au XVIIIe siècle la majorité des officiers des Compagnies franches de cette colonie sont originaires de la colonie détenant la citoyenneté française par filiation ou par naturalité (NATURALISATION) . Ils possèdent une connaissance du terrain et des mœurs des Amérindiens que n'ont pas les officiers venus de France, atout indispensable et inestimable demandant des années pour être maîtrisé. Des officiers des Compagnies peuvent enfin être détachés pour former et/ou encadrer des unités militaires indigènes. Par exemple des auxiliaires amérindiens en Nouvelle-France, mais aussi et surtout les troupes de Cipayes, épine dorsale de la défense française aux Indes.

Les hommes de troupes venaient parfois de toutes les provinces du Royaume, mais le recrutement privilégiait à l'évidence les soldats issus des régions littorales. L'on demandait des "volontaires vigoureux et bien tournés", âgés de 18 à 30 ans. L'engagement était de 6 à 8 ans, et aucune identité réelle ne leur était demandée. La plupart signaient donc sous des noms d'emprunt, voire des surnoms fantaisistes : La Fleur, Boit-sans-soif, Brin d'avoine, La Chopine, Joli-Cœur... Pour ne pas déséquilibrer les unités, les "anciens" et les plus jeunes étaient mélangés. S'il était affecté en outre-mer, et s'il était en vie à la fin de son contrat, le fantassin pouvait s'il le désirait faire souche dans sa colonie d'affectation. Les autorités locales les y invitaient expressément. En effet, outre l'apport vital d'un nouveau colon à un empire français qui en manquait tant, celui-ci savait se battre. Il serait donc très utile comme cadre subalterne dans la milice locale.

Équipement individuel[modifier | modifier le code]

L'article III, titre VII, livre VII de l'ordonnance royale du 15 avril 1689 fixa avant la création définitive des Compagnies franches la composition de l'uniforme typique ces unités et de l'équipement, qui restera pratiquement inchangé jusqu'en 1762, malgré les bouleversements de statuts. En voici un extrait : « Justaucorps de drap gris-blanc, doublé de de revêche bleue, garni de boutons d'étain, avec une culotte de serge d'Aumale, doublée de toile, des bas de serge, une paire de souliers, deux chemises, une cravate, un chapeau bordé d'argent faux, un ceinturon façon d'élan, une épée. Le Roy fourni le mousquet et l'étui à poudre. » Cet uniforme est réglementaire, mais la plupart du temps, la composition générale change. Il s'agit le plus souvent d'un adaptation au climat local ou d'un manque d'approvisionnement, voire d'une usure accélérée lors des affectations en outre-mer, que l'isolement n'arrange pas. Les hommes eurent également en dotation des grenades et au XVIIIe siècle leur mousquet fut probablement pas le modèle 1717, dit « de Charleville », mais le "Fusil De Tulle".

Structure des compagnies franches de la marine[modifier | modifier le code]

Nous l'avons dit plus haut, chaque compagnie compte donc en théorie cent hommes. À la tête de chaque unité, un lieutenant de vaisseau secondé par deux enseignes. Viennent ensuite un capitaine d'armes, quatre sergents, huit caporaux, deux tambours, un fifre (instrument) et quatre-vingt-quatre soldats.

L'unité tactique retenue par les créateurs des troupes de marine à l'époque est donc la compagnie à effectif théorique de 100 soldats. Une compagnie est divisée en quatre escouades d'effectifs équivalents. Cette échelle relativement réduite permet une souplesse d'utilisation inégalable par des unités plus importantes, bataillon ou régiment. Il n'y aura de regroupements des compagnies franches au sein de bataillons de combat qu'au cours de campagnes terrestres, par exemple pendant la Guerre de la Ligue d'Augsbourg en Europe et pendant la guerre de Sept Ans au Canada. Les unités reçoivent un entraînement, un équipement et des compétences similaires mais sont indépendantes les unes par rapport aux autres, d'où l'appellation de compagnies "franches". De plus, elles ne disposent pas d'État-major au sens propre et dépendent du commandant du vaisseau ou du port sur ou dans lequel elles sont affectées.

Une Inspection des Compagnies franches est créée en 1693. Elle a pour mission d'apprécier l'organisation, la compétence et la discipline des troupes en métropole. Les premiers titulaires furent MM. de Jonquière à Toulon, d'Esnambuc à Brest et de Chaulmes à Rochefort.


Fin et pérennisation des Compagnies franches de la marine[modifier | modifier le code]

Soldat d'une régiment de la marine en 1757, pendant la guerre de Sept Ans.

Le chant du cygne[modifier | modifier le code]

La guerre de Sept Ans fut pour l'Armée royale et la marine royale un tremblement de terre véritable. Suite à l'effondrement de l'empire colonial aux Indes et en Amérique, les Compagnies franches de la marine n'étaient plus opérationnelles. Dispersées, désorganisées, leurs effectifs ayant fondu du fait des combats, des maladies, des désertions, elles furent purement et simplement supprimées le 5 novembre 1761 par le ministre Choiseul. Leurs effectifs furent versés dans d'autres unités royales. Emblématiques du Premier espace colonial français, les Compagnies franches de la marine disparurent de facto avec lui.

Héritage militaire[modifier | modifier le code]

Au cours de la Guerre de Sept Ans, n'ayant plus d'unité spécialisée dans les opérations aux colonies, Choiseul créa une unité éphémère reprenant les principes de base des compétences des compagnies franches, le Régiment des Étrangers de Dunkerque. Cette troupe hétéroclite fut dissoute immédiatement après la fin de la guerre.

Les uniformes, traditions, couleurs et emblèmes des compagnies franches n'ont été repris par aucune autre unité de l'armée ou de la marine. Chaque compagnie avait un drapeau, mais aucun ne nous est parvenu et aucune illustration ne les représente. Toutes les couleurs originelles de ces unités se sont donc perdues.

Les troupes de marine et les fusiliers marins actuels sont tout de même les héritiers directs de ces troupes coloniales anciennes, et elles en perpétuent l'esprit et l'histoire, sinon la mission.

La survie des traditions des Compagnies franches de la marine aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Les Compagnies franches de la marine des XVIIe et XVIIIe siècles naquirent à nouveau en 1962, lors de la Foire mondiale de Seattle, (État de Washington), par une reconstitution historique et militaire réalisée par le Royal 22e Regiment de l'armée canadienne. On fit appel au musée Stewart au fort de l'île Sainte-Hélène ainsi qu'à son président-fondateur, M. David M. Stewart qui avaient préalablement mené des recherches en ce sens.

Animation militaire au fort de l'île Sainte-Hélène

Durant l'hiver 1962-63, des sous-officiers du Royal 22e Regiment entraînèrent un groupe d'étudiants de la région montréalaise au maniement des armes. Ceux-ci prirent aussitôt la relève au fort de l'île Sainte-Hélène, en présentant quotidiennement des manœuvres historiques durant la période estivale. Dès cette date, la Compagnie s'acquit une solide réputation d'excellence si bien, qu'en 1967, elle se vit confier le privilège de la garde d'honneur du commissaire-général de l'Expo '67. Elle participa aux campagnes de promotion touristique de 1966-67-68 organisée par les gouvernements provincial et fédéral aux États-Unis. Elle fut ainsi amenée à visiter diverses villes comme New York, Buffalo, Détroit, Saint-Louis.

Sur un plan strictement local, la Compagnie participe aux gardes d'honneur, aux défilés, aux démonstrations de manœuvres militaires et de musique, aux cérémonies d'ouverture, de lancement ou de commémoration, le tout dans un cadre d'événement divers. Par ailleurs, l'année 1992 marqua une nouvelle étape dans l'histoire de la reconstitution des Compagnies franches de la marine. En effet, conjointement avec le major Duchesneau et la Compagnie franche de Montréal, une nouvelle compagnie fut formée dans la ville de Québec. Constituée de membres de la Réserve navale, la Compagnie franche de Québec vient maintenant, elle aussi, participer à cette mise en valeur du patrimoine historique canadien et continue depuis chaque année, notamment aux anniversaires de la fondation de la ville de Québec (voir photos ci-dessous).

Pendant la saison estivale, au Musée Stewart de l'île Sainte-Hélène, une troupe des Compagnies franches de la marine fait une reconstitution historique incluant le tir de fusils, la musique (fifre et tambour) et la levée du drapeau à tous les jours.Suites à la fusion des musées Stewart et MC Cord, la direction a décidé de ne plus avoir de Compagnie franche de la marine au musée Stewart à compter de 2014. La dernière saison a eu lieu en 2013.

Sur le site du fort de Chartres aux États-Unis, appelé localement French Colonial Country, a également lieu une reconstitution historique en costume le premier weekend de juin.

Conflits et engagements majeurs[modifier | modifier le code]

Les hommes des Compagnies franches ont pris part à tous les conflits impliquant la France de 1690 à 1761 en Europe, aux Amériques et aux Indes. Leurs engagements sont en principe liés à la guerre navale, mais notons qu'ils sont très souvent employés à terre. Ne sont répertoriés ici que leurs principaux engagements. Les combats navals isolés et les "coups de main" livrés pendant la "petite guerre" en Amérique seraient en trop grand nombre pour être présentés.

En Europe[modifier | modifier le code]

Guerre de la Ligue d'Augsbourg (1688-1697)

Guerre de Succession d'Espagne (1709-1714)

Guerre de Succession de Pologne (1733-1738)

Guerre de Sept Ans (1756-1763 en Europe, 1755-1760 aux Amériques et aux Indes)

En Amérique[modifier | modifier le code]

Première Guerre intercoloniale (1689-1697)

Deuxième Guerre intercoloniale (1702-1713)

Guerre de la Quadruple-Alliance (1718-1720)

  • Bataille navale de l'île Dauphine (baie de Mobile) (19 août 1719)
  • Siège de Pensacola (2 septembre 1719)

Guerres des Renards (1712 à 1714 et 1729)

Guerres des Natchez (1717-1719 et 1729-1731)

Guerres des Chicachas (1736 et 1739-1740)

Quatrième Guerre intercoloniale (1754-1760)

Aux Indes[modifier | modifier le code]

Troisième Guerre intercoloniale

Quatrième Guerre intercoloniale (1754-1760)

Campagnes des Troupes de la Marine au XVIIe siècle avant la création des Compagnies franches[modifier | modifier le code]

Autres lectures[modifier | modifier le code]

  • «L'homme de 1751: Les compagnies franches de la Marine», par Michel Pétard, revue Gazette des uniformes no.34, nov.-déc. 1976.

Photos[modifier | modifier le code]

La compagnie franche de la marine exerce son droit de cité dans la vieille ville fortifiée de Québec,
à l'occasion du 400e anniversaire de la ville, le 4 juillet 2008

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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