René Duguay-Trouin

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René Trouin du Gué
Portrait de René du Guay-Trouin
Portrait de René du Guay-Trouin

Surnom Duguay-Trouin
Naissance 10 juin 1673
Saint-Malo
Décès 27 septembre 1736 (à 63 ans)
Paris
Origine Saint-Malo
région Bretagne
Royaume de France
Allégeance Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Arme Corsaire
Pavillon de la marine royale française Marine royale française
Grade Lieutenant général des armées navales
Années de service 1689 – 1736
Conflits Guerre de la Ligue d'Augsbourg
Guerre de Succession d'Espagne
Commandement Le Danycan
L'Hermine
La Diligente
Le Bellone
La Raileuse

René Trouin, sieur du Gué, dit Duguay-Trouin, né le 10 juin 1673 à Saint-Malo et mort le 27 septembre 1736 à Paris est un corsaire français. Né dans une famille d'armateurs malouins, il débute sa carrière en 1689 et reçoit, dès 1691, le commandement d'un navire. Son courage, le respect qu'il a gagné auprès de ses hommes, ainsi que ses victoires contre les Anglais et les Hollandais au cours des deux dernières guerres de Louis XIV lui ont assuré une ascension très rapide dans la hiérarchie maritime. Ses campagnes sont parmi les plus belles de l'histoire navale française.

Il gravit très vite, grâce à son talent et sa pugnacité tous les échelons de la hiérarchie militaire : capitaine de navire corsaire à 18 ans, capitaine des vaisseaux du Roi à 24 ans, chevalier de l’ordre de Saint-Louis à 34 ans, anobli à 36 ans, chef d’escadre à 42 ans. Il siège à 50 ans en 1723 au Conseil des Indes, il est nommé lieutenant général des armées navales en 1728, pour finir par commander successivement les ports de Brest en 1731 et de Toulon en 1736. Trois grandes phases se distinguent dans cette carrière militaire. Tout d’abord, de 1689 à 1697, la période corsaire. Puis de 1697 (année où il reçoit son brevet de capitaine de frégate) à 1713 il navigue comme officier supérieur de la Royale. Enfin, après la signature du traité d’Utrecht (11 avril 1713) qui ramène la paix en Europe, Duguay-Trouin se consacre au commandement à terre.

On estime à un peu plus de quatre-vingts le nombre de combats et d’abordages auxquels participa Duguay-Trouin ou qu’il dirigea de 1689 à 1711, soit en moyenne près de sept affrontements par an. Il est bien sûr impossible d’en faire un compte rendu détaillé ici, mais on peut s’appuyer sur le récit des Mémoires de Duguay-Trouin pour entrer dans les enjeux de la guerre navale au tournant du XVIIe et du XVIIIe siècle. La carrière de Duguay-Trouin se déroule sur les deux dernières guerres de Louis XIV : la guerre de la Ligue d'Augsbourg (1689-1697) et la guerre de Succession d’Espagne (1702-1713). Deux conflits longs, acharnés, d’envergure mondiale, où le royaume de France se retrouve seul (ou presque) sur terre comme sur mer contre tous ses voisins ligués contre lui. Deux conflits où la France doit soutenir un immense effort naval face aux deux puissances navales de l’époque : la Hollande et le royaume de Grande-Bretagne.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines et famille[modifier | modifier le code]

« Je suis né à Saint-Malo le 10 juin 1673. Mon père y commandait des vaisseaux armés tantôt en guerre tantôt pour le commerce suivant les différentes conjonctures. Il s’était acquis la réputation d’un très brave homme et d’un habile marin ». C’est par ces mots que commencent les Mémoires de René Duguay-Trouin. La date du 10 juin correspond en réalité à la date de son baptême, comme en témoigne le texte de son extrait baptistaire[1], mais elle est retenue comme étant sa date de naissance par la plupart de ses biographes.

Son père est Luc Trouin, sieur de la Barbinays (1637-1687) et sa mère Marguerite Boscher (1635-1705). Son père descend d'une ancienne famille de négociants armateurs de Saint-Malo, qui possédait en outre, depuis près de deux cents ans, le consulat français à Malaga, en Espagne. Au moment de sa naissance, ce poste était occupé par un frère cadet de son père René-Etienne Trouin, présent à son baptême, et qui lui donne son prénom, René.

René Trouin est le troisième enfant d’une fratrie de sept :

  • Luc Trouin (1666-1737). Fils aîné, il hérite de la seigneurie de la Barbinays à la mort de son père en 1687. Il est anobli en même temps que son frère le 9 juin 1709 et fait chevalier de Saint-Louis, le 22 avril 1737 ;
  • Charlotte Trouin, demoiselle du Gué (1668-1742). Elle épouse en 1697, Pierre Alexandre Jazier, seigneur de La Garde (1654-1735), dont Luc Jazier de La Garde, abbé commendataire de l'abbaye de la Sainte-Trinité de Mauléon et chanoine de Saint-Malo, à qui René Duguay-Trouin confie son fils Nicolas-François (né à La Haye, le 14 novembre 1723) ;
  • René Trouin, sieur du Gué (1673-1736), dont un fils Nicolas-François, précité ;
  • Étienne Trouin (1677-1696), lieutenant de corsaire. Il meurt à 19 ans ;
  • Nicolas Trouin (1682-1704), capitaine du corsaire le Valeur. Il meurt à 22 ans ;
  • Marguerite Guyonne Trouin, demoiselle Duguay (1684-1765).

René Duguay-Trouin cousine avec Robert Surcouf (1773-1827) par la famille Porçon de la Barbinais, ils descendent tous deux de Pierre Porçon de la Barbinais et de Thomase Chartier, Duguay-Trouin par leur fille Guillemette et Surcourf par leur fils, Pierre Porçon de la Barbinais (1586-1634).

Orthographe du nom de famille et de la seigneurie du Gué[modifier | modifier le code]

Au XVIIe siècle, l'orthographe des noms propres n'est pas encore définitivement fixée et l'on trouve plusieurs graphies pour désigner une seule et même personne. Ainsi, le nom de famille de la famille Trouin est parfois orthographié Trouyn ou encore Troüin.

Le titre de noblesse porté par René Trouin a pour origine une petite métairie, située au village du Guest, dans la paroisse de Paramé, ancienne commune d'Ille-et-Vilaine aujourd'hui disparue, acquise par son père en 1680, sept ans après sa naissance, dont le nom s'écrivait primitivement du Guest, puis du Gué, du Guay, et enfin Duguay, en un seul mot. On trouve dans un acte notarié du 1er janvier 1810, des renseignements très détaillés sur la façon dont cette petite terre est acquise et successivement agrandie, par les parents de du Guay-Troüin. Cet acte est une transaction entre divers héritiers des familles Boscher et Troüin, au sujet précisément de la propriété de cette métairie. La seigneurie du Gué est acquise, en même temps que d'autres terres, par les grands parents maternels de René Trouin, Jean Boscher, sieur de la Vigne, et Françoise Gorjeu, sa femme, par contrat du 29 juillet 1661. La métairie est reçue en héritage par Marguerite Boscher à la mort de ses parents.

Quant à l'orthographe de son nom, René Trouin signe d'abord du Gué, puis Dugué en un seul mot[2]. Les lettres de noblesse qui lui furent délivrées ainsi qu'à son frère aîné, en 1709, par Louis XIV, portent en marge : « Lettres de noblesse pour les sieurs de la Barbinais et du Guay, frères ». Mais dans le corps du document, le rédacteur a écrit René Trouyn Duguay. Le règlement original d'armoiries de d'Hozier, porte René Trouyn du Gué. Les nominations aux différents grades, les promotions dans l'ordre de Saint-Louis, portent invariablement du Guay Troüin. Bien qu'à partir de 1709, du Guay Troüin ait le plus souvent signé Duguay-Trouin. C'est d'ailleurs sous cette forme que son nom est repris par ses biographes et passé à la postérité.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Le jeune homme est d’abord destiné à la prêtrise. Il étudie à Rennes et Caen, et porte même la tonsure. Il est pourtant renvoyé de son école à Rennes en 1684 pour mauvaise conduite car ses professeurs estiment qu’il passe plus de temps à courir les filles qu’à étudier. C’est quelque peu forcé par son oncle qui veut l’arracher à ses études dissipées qu’il embarque comme matelot volontaire à 16 ans en 1689.

L'ascension du corsaire : la guerre de la Ligue d'Augsbourg (1689-1697)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre de la Ligue d'Augsbourg.

Le mal de mer et les premières prises[modifier | modifier le code]

Carte de Saint-Malo d'origine anglaise et probablement du XVIIIe siècle.

Les débuts du corsaire sont difficiles : il souffre du mal de mer et le premier navire sur lequel il embarque, la Trinité, une frégate de 18 canons manque de couler dans une tempête avec le navire qu’elle vient de capturer. « Nous nous étions emparés d’un vaisseau anglais chargé de sucre et d’indigo ; et le voulant conduire à Saint-Malo, nous fûmes surpris en chemin d’un coup de vent très violent, qui nous jeta sur la côte de Bretagne, pendant une nuit fort obscure ; notre prise s’échoua par un heureux hasard sur des vases, après avoir passé sur un grand nombre d’écueils, au milieu desquels nous fûmes obligés de mouiller toutes nos ancres, et d’amener nos basses vergues, ainsi que nos mâts de hune » pour ne pas s’échouer aussi. Finalement la tempête se calme, le vent tourne, le navire anglais est désenvasé et ramené à Saint-Malo, mais c’est pour repartir aussitôt en chasse. Duguay-Trouin participe alors à son premier combat naval. Son récit est un bon témoignage de la violence d’un abordage : « Ayant trouvé un (navire) corsaire de Flessingue aussi fort que nous, nous lui livrâmes combat, et l’abordâmes de long en long ; je ne fus pas des derniers à me présenter pour m’élancer à son bord. Notre maître d’équipage à côté duquel j’étais, voulut y sauter le premier ; il tomba par malheur entre les deux vaisseaux qui venant à se joindre dans le même instant, écrasèrent à mes yeux tous ses membres et furent rejaillir une partie de sa cervelle jusque sur mes habits. Cet objet m’arrêta d’autant plus que je réfléchissais que, n’ayant pas comme lui le pied marin, il était moralement impossible que j’évitasse un genre de mort si affreux. Sur ces entrefaites, le feu prit à la poupe (arrière) du corsaire qui fut enlevé l’épée à la main, après avoir soutenu trois abordages successifs, et l’on trouva que pour un novice (rappelons qu’il à 16 ans) j’avais témoigné assez de fermeté. Cette campagne qui m’avait fait envisager toutes les horreurs du naufrage, celles d’un abordage sanglant ne me rebuta pas. »

Ses progrès sont très rapides. En 1690 il se signale au combat sur le Grénédan de sorte qu'à 18 ans en 1691 on lui confie le commandement d'un navire corsaire de 14 canons, le Danycan avec lequel il fait une descente en Irlande (poussé il est vrai par une tempête) près de Limerick. Il s'empare d'un château appartenant au comte de Clarc, et incendie deux navires pris dans la vase. En 1692 il commande le Coëtguen et capture de nombreux navires anglais.

Les risques de la guerre de course : la capture et l'évasion de 1694[modifier | modifier le code]

Le coup de canon, tableau de Van de Velde le Jeune, 1707. Ce type de navire d'une soixantaine de canons correspond à ce que commande Duguay-Trouin à la fin de la guerre de la Ligue d'Augsbourg.

La guerre de course est cependant une activité aussi dangereuse que lucrative. On peut tomber sur un corsaire adverse plus habile ou sur une escadre ennemie supérieure en nombre, sans parler d’un coup du sort (comme un retournement du vent ou un brouillard dans lequel on s'égare) et qui peut transformer le chasseur en proie... C’est ce qui se produit en 1694 où le corsaire est capturé. L’année avait pourtant bien commencé. Duguay-Trouin à la demande de l’ambassadeur de France au Portugal, Monsieur de Vidame s'était vu charger de faire passer en France deux opposants au roi du Portugal, le comte de Prado et le marquis d’Attalaya. En chemin Duguay-Trouin capture un navire de Flessingue chargé de cacao et rentre à Saint-Malo avec sa prise et dépose les deux hommes. Il remet aussitôt la voile en direction de l’Angleterre sur la Diligente. Il croise un convoi marchand de trente navires escorté par un seul vaisseau de guerre mais qu’il laisse de côté lorsqu’il apprend qu’il’« n’était chargée que de charbon de terre, (et) je ne crus pas devoir hasarder un combat douteux pour un si vil objet ». Il s’éloigne donc, non sans avoir provoqué le vaisseau anglais qui fait mine de le poursuivre (comme il navigue par ruse sous pavillon anglais il met celui-ci en berne en signe de mépris) et doit le laisser filer après avoir tiré quelques coup de canons. « Mais la suite fera voir dans quel embarras une aussi mauvaise gasconnade pensa me jeter ».

« Quinze jours après je tombais, par un temps embrumé, dans une escadre de six vaisseaux de guerre anglais de 50 à 70 canons ; et me trouvant par malheur entre l’Angleterre et eux, je fus forcé d’en venir au combat. Un de ces vaisseaux, nommé l’Aventure, me rejoignit le premier, et nous combattîmes, toutes nos voiles dehors, pendant près de quatre heures, avant qu’aucun autre des vaisseaux de cette escadre put me rejoindre. Je commençais même à espérer qu’étant prêt de doubler (passer) les Sorlingues qui me gênaient dans ma course, la bonté (force) de mon vaisseau pourrait me tirer d’affaire. Cet espoir dura peu. Le vaisseau ennemi me coupa mes deux mâts de hune dans une de ses dernières bordées[3]. Ce cruel incident m’arrêta, et fit qu’il me rejoignit à l’instant, à portée de pistolet. » Le corsaire tente alors un d’abordage contre le vaisseau anglais mais la manœuvre est éventée à la suite d'une erreur de commandement de l’un de ses lieutenants. Le navire anglais se dégage alors que s’approchent le reste de l’escadre : « Ce coup manqué, le vaisseau le Monk, de 70 canons, vint me combattre à portée de pistolet, tandis que trois autres vaisseaux, le Cantorberry, le Dragon et le Ruby me canonnaient de leur avant. » Navire démâté, encerclé, la panique gagne alors l’équipage de Duguay-Trouin. Certains se précipitent dans la cale alors que les officiers viennent le supplier de se rendre, requête à laquelle Duguay-Trouin doit finalement accéder, d’autant qu’il est blessé par un boulet de canon.

Il est recueilli par le capitaine du Monk qui prend soin de lui : « sa générosité fut telle qu’il voulut absolument me céder sa chambre et son lit, donnant ordre de me faire panser et traiter avec autant de soin que si j’avais été son propre fils. » Duguay-Trouin se retrouve prisonnier à Plymouth où il reçoit « toutes sortes de politesses des capitaines et de tous les autres officiers ». Ainsi va le monde de la mer à la fin du XVIIe siècle : l’esprit chevaleresque n’a pas totalement disparu et on se pique encore de traiter avec beaucoup d’honneur l’adversaire capturé qui a noblement combattu. État d’esprit qu’on ne trouvera plus au XVIIIe siècle : les marins français capturés soixante ans plus tard lors de la Guerre de Sept Ans mourront par milliers sur les sinistres pontons[réf. nécessaire][4] insalubres où leurs geôliers de la Royal Navy les enfermeront.

En attendant, Duguay-Trouin fait de nombreuses connaissances dans la ville, dont une « fort jolie marchande » qui vient régulièrement lui rendre visite dans sa chambre grillagée ou il est enfermé… Charmante personne dont est aussi amoureux un réfugié français protestant engagé dans l’armée anglaise et qui s’en ouvre à Duguay-Trouin. Le malouin ne rate pas l’occasion : il convainc séparément les deux protagonistes de le faire sortir de prison pour organiser un rendez-vous galant dans une auberge voisine... dont il s’enfuit aussitôt. L’évasion, qui tient du rocambolesque a été bien préparée puisque le malouin qui a acheté une chaloupe avec armes et provisions à un capitaine suédois touche la terre bretonne avec quatre de ses compagnons quelques jours plus tard.

En 1695 il prend le commandement du François, navire de 300 tonneaux, 30 canons et 215 hommes, appartenant à Nicolas Magon de La Chipaudière. Il s'empare de douze navires marchands et deux navires de guerre anglais ce qui lui vaut une épée d'honneur. Il se joint ensuite à l'escadre du marquis de Nesmond, lieutenant général des armées navales ; et capture trois indiamen, bateaux de la compagnie des Indes.

La capture de l'amiral Wassenaër et l'entrée dans la Marine royale[modifier | modifier le code]

Duguay-Trouin vu par l'illustrateur Obra de Chasselai dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. (Musée de Rio)

En 1696, commandant un groupe de deux vaisseaux et trois frégates, il attaque un convoi hollandais, fait prisonnier l'amiral Wassenaër et prend trois vaisseaux et douze navires marchands. Ce fut une bataille acharnée sur laquelle on doit s’arrêter un peu si on veut se faire encore une idée de la violence des combats navals lorsqu’ils sont menés par des capitaines déterminés à en découdre. Duguay-Trouin qui était désormais un corsaire reconnu et expérimenté commandait 3 vaisseaux : le Saint-Jacques des Victoires (48 canons), le Sans-Pareil (42 canons) et la frégate Léonore (16 canons). Il partit à la recherche de la flotte portugaise de Bilbao et finit par la rencontrer, escortée par trois vaisseaux de guerre hollandais sous les ordres du baron de Wassenaër, vice amiral de Hollande (le Delft et le Honslaerdick, tous deux de 54 canons et un troisième de 38 canons).

L’escorte hollandaise étant supérieure en nombre et mieux armée que lui, Duguay-Trouin semble hésiter à engager le combat lorsqu’il croise deux frégates de Saint-Malo, l’Aigle-Noir et la Faluere qui se joignent à lui pour l’attaque. Mais celle-ci manque de mal tourner : l’engagement est confus et le Sans-Pareil très sévèrement accroché par le vaisseau amiral hollandais le Delft doit s’éloigner après qu’une explosion ait détruit sa poupe[5] et tué plus de quatre-vingt marins. Duguay-Trouin qui commande le Saint-Jacques des Victoires[6] et vient de neutraliser par un abordage rapide le Honslaerdick doit alors relancer l’attaque. « Le nouvel abordage fut très sanglant par la vivacité de notre feu mutuel de canon, de mousqueterie, et de grenades, et par le courage de monsieur le baron de Wassenaër. Les plus braves de mes officiers et de mes soldats furent repoussés jusqu’à trois fois. Il en périt un si grand nombre, malgré mon dépit et tous mes efforts, que je fus contraint de faire pousser mon vaisseau au large afin de redonner un peu d’haleine à mes gens que je voyais presque rebutés, et de pouvoir travailler à réparer mon désordre qui n’était pas médiocre. » La frégate la Faluere qui s’approche du vaisseau hollandais « pour entretenir le combat » est immédiatement repoussée avec la mort de son commandant dans les premiers échanges de tirs. Duguay-Trouin finit par venir à bout de l’amiral hollandais lors d’un ultime abordage : « Cette dernière séance fut si vive et si sanglante que tous les officiers de mon vaisseau furent tués ou blessés. Il (l'amiral hollandais) reçut lui-même quatre blessures très dangereuses et tomba sur son gaillard de derrière où il fut pris les armes à la main. (...) plus de la moitié de mon équipage périt de cette action. (...) ce combat fut suivi d’une tempête et d’une nuit affreuse qui nous sépara les uns des autres. Mon vaisseau, percé de coups de canon à l’eau, et entrouvert par les abordages réitérés, coulait bas. Il me restait qu’un seul officier et cent cinquante cinq hommes des moindres de mon équipage qui fussent en état de servir ; et j’avais plus de cinq cents prisonniers hollandais à garder. Je les employai à pomper et à puiser l’eau à l’avant et à l’arrière de mon vaisseau. Et, nous étions forcés, cet officier et moi, d’être continuellement sur pied, l’épée et le pistolet à la main pour les contenir. Cependant, toutes nos pompes et nos puits ne suffisant pas pour nous empêcher de couler bas, je fis jeter à la mer tous les canons du second pont et des gaillards, mâts et vergues de rechange, boulets et pinces de fer et jusqu’aux cages à poule. »

Finalement, le vaisseau couvert de sang (il y a aussi plus de cent blessés à bord) et presque désemparé arrive à la pointe du jour en vue de la Bretagne et finit par rentrer à Port-Louis où le rejoignent peu à peu les autres navires. « Un de mes premiers soins, en arrivant, fut de m’informer de l’état où se trouvait Monsieur le baron de Wassenaër que je savais très grièvement blessé ; et j’allais sur le champ lui offrir avec empressement ma bourse et tous les secours en mon pouvoir[7]. » Encore et toujours l’esprit chevaleresque avant de vendre le butin… Cet exploit lui vaut d'être admis dans la Marine royale comme capitaine de frégate en avril 1697 alors que se termine la guerre de la Ligue d'Augsbourg.

Le corsaire devenu capitaine de la marine royale : la guerre de Succession d'Espagne (1702-1713)[modifier | modifier le code]

L'insaisissable corsaire[modifier | modifier le code]

Bataille du cap Lizard (1707), vue par un peintre du XIXe siècle, Théodore Gudin. Duguay-Trouin et Forbin surprennent un grand convoi anglais à destination du Portugal. Ils anéantissent l'escorte et dispersent le convoi. Pour les Anglais c'est « le désastre du convois du Portugal ».

Ce conflit va donner à Duguay-Trouin l'occasion de multiplier les actions les plus brillantes. Il multiplie les prises, les actions audacieuses et semble insaisissable. Maintenant intégré à la Royale Duguay-Trouin cesse d'être un corsaire solitaire pour commander des vaisseaux plus puissants et aussi plus nombreux, évolution déjà visible à la fin du conflit précédent (voir plus haut pour 1696) et qui devient définitive à partir de 1706-1707. Il est vrai qu'il s'en prend maintenant à de grands convois bien escortés par la Royal Navy ou les vaisseaux hollandais.

En 1703 il opère jusqu’auprès de l’archipel du Spitzberg ou il capture 28 baleiniers hollandais. Il frappe inopinément les pêcheurs, navires de commerce, frégates et vaisseaux, bâtiments isolés ou convois escortés en guerre. En 1704 il prend au large de l’Angleterre un vaisseau de guerre de 58 canons ainsi que 12 navires marchands. En 1705, commandant le Jason il enlève les vaisseaux anglais Elizabeth, Revenge et Coventry puis, en vue de Lisbonne un vaisseau portugais, et en revenant à Brest une frégate et 12 marchands après avoir dispersé un convoi portugais de 200 navires. En novembre 1705 il est fait capitaine de vaisseau, et participe en 1706 avec une petite escadre à la défense de Cadix.

On[Qui ?] se rapproche maintenant de la guerre d’escadre même si l’objectif est toujours de s’emparer des convois marchands : c'est ce qu'on peut constater pour les opérations de 1707. Cette année-là Duguay-Trouin et le chevalier de Forbin partent ensemble de Brest à la tête chacun d’eux d’une escadre de six vaisseaux, mais dont le commandement supérieur revenait à Forbin. Le 21 octobre 1707 les deux hommes tombèrent à bras raccourcis à l’entrée de la Manche sur un grand convoi à destination du Portugal et chargé de renfort pour l’archiduc Charles : 200 voiles escortées par 5 vaisseaux anglais. La bataille se solda par la prise de 14 navires marchands et la quasi destruction de l’escorte anglaise : 3 vaisseaux capturés et l’incendie d’un quatrième[8]. C’était une belle victoire, qui conforta en Espagne la victoire terrestre franco-espagnole du duc de Berwick à Almansa[9].

Le 19 septembre 1708, il attaque Velas aux Açores avec une escadre de 11 navires. La ville résiste deux jours, mais est finalement prise et pillée pendant 5 jours. En mars 1709, commandant L'Achille et une division, il attaque avec succès un convoi anglais fortement escorté. Il est anobli la même année. Il a alors à son actif la prise de 16 bâtiments de guerre et de plus de 300 marchands[10].

La grande expédition de Rio (1711)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Raid sur Rio de Janeiro (1711).
Le précédent de Duclerc et son échec[modifier | modifier le code]
Vue satellite de la baie de Rio. L'image nous donne un bon aperçu de l'immensité de la baie et de l'étroit goulet pour y pénétrer.

De toutes les expéditions de Duguay-Trouin, la plus célèbre est la prise de Rio de Janeiro en 1711. Le projet mûrissait depuis 1706 : intercepter la flotte annuelle de l’or qui apporte du Brésil à Lisbonne les métaux précieux. En 1710 le capitaine Duclerc était allé attaquer le Brésil avec 5 vaisseaux et un millier de soldats, mais l’expédition avait été un échec : fait prisonnier avec plus de 600 hommes il avait été assassiné dans des circonstances obscures[11]. L'opération fut donc décidée pour venger cet échec. On était alors en pleine Guerre de Succession d'Espagne, et le Brésil une colonie portugaise alliée de l'Angleterre contre la France. Louis XIV mit à la disposition du Malouin une solide petite escadre de 15 navires[12] et deux mille soldats (en plus des équipages des navires, soit à peu près 6 000 hommes). Le trésor royal étant à sec il fallut avoir recours à un financement privé. 700 000 livres furent apportées par de nombreux armateurs dont le comte de Toulouse, fils bâtard du roi. Au comte de Toulouse se joignent rapidement des négociants de Saint-Malo : Danycan ou Lalande-Magon. C'était donc pour moitié une opération de guerre (attaquer une colonie portugaise) et corsaire (faire du butin sur l'ennemi pour rembourser avec bénéfice les armateurs privés). Le traité, signé entre Duguay-Trouin, le ministre de la marine Pontchartrain et Louis XIV lui-même (19 mars 1711) précisait d'ailleurs que le roi devait obtenir un cinquième du produit net des prises… Privilège auquel le roi renonça peu après par égard pour son brillant capitaine. In fine, Louis XIV n’imposa qu’un commissaire de son choix pour surveiller l’expédition.

Entrée de l'escadre française dans la baie de Rio de Janeiro le 12 septembre 1711. Duguay-Trouin force la passe sous le feu des canons portugais et réussit à débarquer au fond de la baie avant d'assiéger la ville. Carte publiée en 1740 dans les Mémoires de Duguay-Trouin.
Une préparation minutieuse[modifier | modifier le code]

Il fallait préparer cette grosse expédition avec soin, à moins de vouloir terminer comme le capitaine Duclerc l’année précédente. Mais Duguay-Trouin était un organisateur et un meneur d’homme hors pair. « Aussitôt que cette résolution eut été prise, nous nous rendîmes à Brest, mon frère et moi. (...) Je donnais toute mon attention à faire préparer de bonne heure, avec tout le secret possible, les vivres, les munitions, tentes, outils, enfin tout l’attirail nécessaire pour camper, et pour former un siège. J’eus soin aussi de m’assurer d’un bon nombre d’officiers choisis, pour mettre à la tête des troupes, et pour bien armer tous ces vaisseaux. Les soins que nous prîmes pour accélérer toutes choses, furent si vifs et si bien ménagés, que malgré la disette où étaient les magasins du Roi, tous les vaisseaux de Brest et de Dunkerque se trouvèrent prêts à mettre à la voile dans deux mois, à compter du jour de mon arrivée à Brest »[13]. Bien que le gros de l'expédition s'armait à Brest, une partie des navires étaient préparés à Rochefort, La Rochelle, Dunkerque pour tromper la vigilance des espions, nombreux des deux côtés de la Manche. Les capitaines choisis par Duguay-Trouin recevant l'ordre de « s'armer à la course » pour les Caraïbes ou la mer du Nord. Finalement, l'expédition devenait aussi une quasi opération amphibie puisqu’on prévoyait d'attaquer, débarquer, assiéger et qu'il allait falloir coordonner l’action et le feu des navires et des troupes à terre... Et cela presque au bout du monde, sans plus aucun lien ni secours possible avec la métropole, dans des eaux que les Français n’avaient guère l’habitude de fréquenter[14].

Une expédition menée tambour battant[modifier | modifier le code]
L'escadre de Duguay-Trouin, vue par un illustrateur du XIXe siècle.

Parti en juin, le convoi glissa entre les doigts d'une escadre anglaise venue musarder devant Brest, et se présenta devant Rio le 12 septembre où l’attaque commença aussitôt : « Il était évident que le succès de cette expédition dépendait de la promptitude, et qu’il ne fallait pas donner aux ennemis le temps de se reconnaître ». La baie de Rio fermée par un étroit goulet et de puissantes fortifications paraissaient inexpugnable[15]. La passe fut cependant forcée et Duguay-Trouin débarqua ses troupes dans l'immense baie, soutenues par le feu de ses navires. Les forts furent enlevés les uns après les autres en onze jours, après de multiples péripéties, plusieurs tentatives de « sortie »[16] de la garnison et l'arrivée d'une troupe de secours.

Un vaisseau dans la tempête, tel qu'a pu le vivre l'expédition de Duguay-Trouin au retour de Rio. Deux navires sombrèrent avec leurs équipages et une partie de la rançon. La rafale (1707), Van de Velde le Jeune (1633-1707).

Les Portugais incendiaient en se retirant les vaisseaux et les entrepôts qu’ils ne pouvaient défendre. Quant aux douze mille hommes de la garnison, il se débandèrent au moment où les Français étaient sur le point de donner l'assaut final. Le gouverneur fut contraint à la négociation pour éviter la destruction et le pillage complet de la ville. Les habitants durent racheter leur bien à prix d'or et une rançon considérable en argent et marchandises tropicales fut versée à Duguay-Trouin alors que les cinq cents prisonniers français encore vivants de l'expédition Duclerc étaient libérés. Finalement, 60 navires marchands, trois vaisseaux de guerre, deux frégates et une immense quantité de marchandises étaient pris ou brûlés. La ville souffrait un dommage de plus de 25 millions de livres[17].

« 92 % de profit » et les félicitations du roi[modifier | modifier le code]
René Duguay-Trouin racontant ses exploits à Louis XIV, au retour de l'expédition de Rio. (Obra de Chasselai, date inconnue, Musée de Rio)

On restait dans une expédition corsaire et il n'était pas question de conquête permanente : l'escadre se retira donc (13 novembre) pour prendre le chemin du retour. Retour très difficile car la flotte fut dispersée par une violente tempête après avoir franchi l'équateur. À l'arrivée à Brest (6 février 1712) trois navires avaient sombré, dont Le Magnanime qui ramenait une large partie du butin (avec « six cent mille livres en or et en argent[18] »). Néanmoins le bénéfice financier de l'opération restait considérable : il rapportait à Brest plus de 1,3 tonne d’or, sans compter les 1 600 000 livres de la cargaison de deux navires revenus bien plus tard après un immense détour par la « mer du sud[19] ». D’après Duguay-Trouin : « quatre-vingt-douze pour cent de profit à ceux qui s'y étaient intéressés. » Pontchartrain félicitait Duguay-Trouin : « Je me réjouis pour vous et pour la marine à qui cette entreprise fit beaucoup d’honneur ». Le bénéfice politique était pour le roi, auquel la nouvelle du succès de l’expédition fit « un sensible plaisir ».

Le retentissement de l'expédition fut considérable en Europe, tout particulièrement chez les nations maritimes en guerre contre la France. Les Anglais en premier lieu (et qui venaient de plus d'essuyer un désastre complet dans une tentative de débarquement sur Québec), sans parler des Portugais dont la plus belle ville coloniale avait été mise à sac malgré l'alliance anglaise[20]. Même si les historiens en discutent encore, cette réussite a sans doute poussé les Anglais à signer la suspension d’armes du 17 juillet 1712. Duguay-Trouin fut acclamé en héros : cette expédition victorieuse faisait beaucoup pour le moral français très malmené jusque-là par les épreuves de la guerre de Succession d'Espagne (elle s'acheva en 1713). Louis XIV félicite en personne son marin couvert de gloire : « Le roi, se plut à me témoigner une grande satisfaction de ma conduite et beaucoup de disposition à m’en procurer la récompense ; il eut la bonté de me gratifier d’une pension de deux mille livres (…) en attendant ma promotion de chef d’escadre. »

La fin d'une carrière : les Mémoires et les dernières expéditions (1713-1736)[modifier | modifier le code]

Vue cavalière (fin XVIIe siècle-début XVIIIe siècle) du port de Brest. Auteur anonyme.

En août 1715, Duguay-Trouin reçoit sa promotion de chef d'escadre. Duguay-Trouin qui se trouve à Versailles à la mort de Louis XIV semble en avoir éprouvé sincèrement beaucoup de tristesse : « La douleur que j’en ressentis ne peut s’exprimer : la bonté et la confiance dont il avait daigné m’honorer m’aurait fait sacrifier mille fois ma vie pour conserver ses jours. » La longue paix qui suit la mort de Louis XIV l’oblige désormais à rester presque totalement à terre. Duguay-Trouin se met à solliciter les ministères pour obtenir des moyens afin de soutenir l’expansion coloniale de la France. Le Régent le nomme au conseil d’administration de la Compagnie des Indes en 1723. En 1728, il est nommé lieutenant général des armées navales et commandeur de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis. En 1731, il reçoit le commandement d’une escadre chargée d’aller bombarder Tripoli pour châtier les pirates barbaresques qui s’en prenaient aux navires de commerce français. Il obtient la libération de nombreux captifs chrétiens, le Bey de Tunis et le Dey d’Alger devant faire de même, sous la menace des canons de la marine royale.

En 1733 éclate la guerre de Succession de Pologne. Elle met aux prises la France face à l’Autriche et la Russie au sujet de la succession de la couronne de Pologne qui est élective. Stanislas Leszczynski, le candidat soutenu par la France se réfugiant dans le port de Dantzig menacé par les Russes et attendant de l’aide, il fallut bien lui envoyer une escadre de secours dans la mer Baltique. Cette première expédition ayant été un échec, Duguay-Trouin reçoit donc l'année suivante l'ordre de préparer une nouvelle escadre à Brest pour la même destination. Mais alors que ses préparatifs vont bon train, l'ordre est annulé, la campagne abandonnée[21].

Duguay-Trouin, fatigué et malade, se retire définitivement du service. Il décède le 27 septembre 1736 à Paris et il est inhumé à l’église Saint-Roch. En 1973 ses restes sont retrouvés par Pierre-Émile Buron qui désirait rendre à Saint-Malo la dépouille du célèbre marin à l’occasion du tricentenaire de sa naissance. René Duguay-Trouin repose désormais dans la cathédrale Saint-Vincent.

René Duguay-Trouin par Antoine Graincourt, XVIIIe siècle.

Cette dernière période de la vie de Duguay-Trouin est surtout intéressante par la publication de ses Mémoires, écrites probablement vers 1720-1721. Poussé par ses amis et sans doute son frère, il se laissa convaincre d’écrire le récit de ses exploits, à condition qu’ils ne soient pas publiés. Modestie naturelle du corsaire ou peur de blesser quelques-uns de ses anciens compagnons en donnant l'impression de tirer la couverture à soi ? Sans doute un peu de tout cela, Duguay-Trouin était (nous l’avons déjà évoqué) aussi accommodant et doux dans la vie qu’il était ardent au combat. Ses Mémoires, écrites sur le ton de la simplicité font peu de cas de tourner les événements à son avantage. Il n’hésite pas à faire part régulièrement de ses doutes et de ses faiblesses avec une étonnante sincérité, ce qui est rare dans les Mémoires de cette époque, souvent marquées par des formules alambiquées et hyperboliques. Ses Mémoires, qui fourmillent d’anecdotes, offrent aussi (comme nous l'avons aperçu plus haut) un précieux témoignage sur la marine de la fin XVIIe-début XVIIIe siècle, tant sur la navigation, que la vie à bord et le combat naval. Initialement destinées à son entourage propre, ses Mémoires sont publiées à sa grande surprise en 1730 à Amsterdam sous le titre de Mémoires de M. Du Gué-Trouin par un certain de M. de Villepontoux… D’où pouvait venir une telle fuite? D’un membre du gouvernement, car le duc Philippe d’Orléans, alors régent du royaume pendant la minorité du petit Louis XV à qui on avait dit que le marin avait écrit ses Mémoires, les lui avait demandés pour pouvoir les lire.

Le cardinal de Fleury, principal ministre du jeune Louis XV, pousse Duguay-Trouin a publier ses Mémoires, mais en expurgeant les passages sur la jeunesse du corsaire.

Le Régent en avait parlé en termes élogieux à son principal ministre, le cardinal Dubois, lequel avait prié le corsaire de lui confier le manuscrit pour le lire à son tour. Duguay-Trouin avait accepté à la condition absolue que son manuscrit ne quitte pas le cabinet du Cardinal dont lui seul gardait la clé. À la mort du cardinal Dubois le 10 août 1723, les mémoires restèrent chez lui alors que Duguay-Trouin demandait avec insistance qu’elles lui soient restituées, ce qui ne fut fait que plus d’un mois après. Délai pendant lequel un inconnu se chargea d’en faire une copie à la hâte. Cette première édition clandestine était très imparfaite, des phrases manquaient et d’autres avaient été remplacées par l’éditeur. L’orthographe du nom du marin n’était pas respectée (dénommé « Du Gué-Trouin » en lieu et place « Duguay-Trouin » d’usage), et plus grave pour l’honneur du marin, le titre illustre du Grand Croix de l’ordre de Saint-Louis qui lui était attribué était usurpé car il n’était de fait que commandeur de cet ordre depuis 1728. Lorsque Duguay-Trouin finit par rentrer en possession de son manuscrit on le pressa aussi de répondre à Forbin qui venait lui aussi de publier ses Mémoires et dont le passage sur leur expédition commune de 1707 était déformé dans un sens favorable à Forbin (voir plus haut). Le cardinal de Fleury, principal ministre du jeune Louis XV (depuis 1726) — et toujours homme de religion — conseillait aussi à Duguay-Trouin de supprimer tous les passages sur la jeunesse dissipée du corsaire, ce que celui-ci s’engagea à faire. Les Mémoires furent donc réimprimées par les soins de Gaudard de Beauchamp, ami de Duguay-Trouin et de La Garde-Jazier, neveu de ce dernier à Paris et Amsterdam en 1740, quatre ans après la mort de Duguay-Trouin.

Laissons René Duguay-Trouin conclure lui-même sa vie de sa plume alerte : « Ceux qui liront ces Mémoires et qui réfléchiront sur la multitude de combats, d'abordages et de dangers de toute espèce que j'ai essuyés, me regarderont peut-être comme un homme en qui la nature souffre moins à l'approche du danger que la plupart des autres. Je conviens que mon inclination est portée à la guerre, que le bruit des fifres, des tambours, celui du canon, du fusil, enfin tout ce qui en retrace l'image m'inspire une joie martiale ; mais je suis obligé d'avouer en même temps que, dans beaucoup d'occasions, la vue d'un danger pressant m'a causé souvent des révolutions étranges, quelquefois même des tremblements involontaires dans toutes les parties du corps. Cependant, le dépit et l'honneur, surmontant ces indignes mouvements, m'ont bientôt fait recouvrer une nouvelle force dans ma plus grande faiblesse ; c'est alors que voulant me punir moi-même de m'être laissé surprendre à une frayeur si honteuse, j'ai bravé avec plus de mérites les plus grands dangers. C'est après ce combat de l'honneur et de la nature, que mes actions les plus vives ont été poussées au-delà de mes espérances… Mon style fera connaitre que ces Mémoires sont écrits de la main d'un soldat[22]. »

Jugement par ses contemporains et biographes[modifier | modifier le code]

Statue de Duguay-Trouin à Saint-Malo

Physiquement, l’homme est grand et fort : « Il était d’une taille avantageuse et bien proportionnée, et il avait pour tous les exercices du corps un goût et une adresse qui l’avaient servi dans plusieurs occasions » nous dit Godart de Beauchamps, un de ses biographes[23]. Un autre biographe qui a particulièrement connu Duguay-Trouin en parle en termes tout aussi flatteurs : « Il avait une de ces physionomies qui annonce ce que sont les hommes, et la sienne n’avait rien que de grand à annoncer. Son esprit était vif et juste ; personne ne sentait mieux que lui tout ce qui était nécessaire pour faire réussir une entreprise, (…) aucune des circonstances ne lui échappait. Lorsqu’il projetait, il semblait qu’il ne comptait pour rien sa valeur, et qu’il ne dut réussir qu’à force de prudence ; lorsqu’il exécutait, il paraissait pousser la confiance jusqu’à la témérité. (…) Jamais homme n’a porté les sentiments d’honneur à un plus haut point, et jamais homme n’a été d’un commerce (compagnie) plus doux. Jamais ni ses actions ni leurs succès n’ont changé ses mœurs. Dans sa plus grande élévation, il vivait avec ses amis comme par le passé[23]. »

Duguay-Trouin apparait aussi comme très généreux envers ses équipages. Ainsi en 1707 après un combat victorieux le roi décide qu’une pension de 1 000 livres lui soit accordée sur le Trésor royal. Duguay-Trouin écrit aussitôt au ministre pour le prier de donner cette pension à son capitaine en second qui a eu une jambe arrachée à l’abordage et qui a plus besoin que lui de cette pension : « Je suis trop récompensé, dit-il en terminant, si j’obtiens l’avancement de mes officiers. ». La paix revenue, il défend à Versailles la réputation et la mémoire de Jacques Cassard, un célèbre capitaine qui après de hauts faits d’armes avait fini ruiné et oublié[24]. Dans ses Mémoires Duguay-Trouin rend aussi hommage régulièrement à ses meilleurs capitaines et matelots qu’il cite un par un avant, pendant ou après le récit du combat...

Louis XIV semble lui avoir témoigné un intérêt sincère, voire une sympathie personnelle dans leurs entretiens particuliers. On raconte même que le Roi aimait à entendre de la bouche de l’intrépide capitaine le récit haut en verve de ses actions[25].

« Chef d'une audace et d'une énergie exceptionnelle, il est dommage que l'occasion ne lui ait jamais été donnée de commander de grandes escadres » conclut de son côté Étienne Taillemite[26].

Honneurs et postérité[modifier | modifier le code]

La mémoire des exploits de Duguay-Trouin, si elle reste presque inconnue du grand public[réf. nécessaire] (syndrome de Trafalgar ?)[Quoi ?] est cependant entretenue avec soin par sa ville natale et par la Marine nationale qui donne régulièrement le nom du grand marin à l'une de ses unités de combat. Ce sera encore le cas avec le second sous-marin nucléaire d'attaque de la classe Suffren actuellement en construction et dont la mise en service est prévue pour 2019. Évoquer, parmi ces honneurs, les statues qui lui ont été consacrées : celle, monumentale, d'Antoine Léonard Dupasquier (1748 - en 1831 ou 1832), (de 4 mètres de haut, marbre) que la Restauration plaça sur le pont de la Concorde à Paris, et que la Monarchie de Juillet installa cour d'honneur de Versailles) ; celle de Dominique Molknecht (1793-1876) (2,20 m, marbre, 1827) au musée de Saint-Malo. Auteur, date, hauteur et matériau de la statue de Duguay-Trouin à Saint-Malo, représentée sur la photo de l'article.[Laquelle ?]

Inhumation[modifier | modifier le code]

René Duguay-Trouin est d'abord inhumé à l'église Saint-Roch de Paris. Retrouvés, ses ossements furent, en 1973, à l'occasion du tricentenaire de sa naissance, rapatriés de Paris jusqu'à Saint-Malo, et ré-inhumé à la cathédrale Saint-Vincent.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Texte d'origine de son extrait baptistaire « René Trouin, fils de Luc Troüin, sieur de la Barbinays et de Marguerite Boscher sa femme, fut baptisé le 10 em de juin dernier, comme il se voit par ce papier folio verso 49, et à ce jour 13 aoust 1673 reçu les Saintes onctions et autres cérémonies du Baptême par moi Alain Escot prêtre, subcuré, et fut parain le Sr René Troüin, conseiller du Roy et son consul en Espagne, et marraine Janne Boscher Dlle de la Maison neuve, qui ont signé : ainsi signé René Troüin, Janne Boscher, Luc Trouin, Marguerite Trouin. A Escot subcuré. »
  2. Cette signature apparaît sur un rapport daté de 1694, conservé aux Archives de la marine à Saint-Servan.
  3. Une bordée correspond au tir simultané de tous les canons du même bord d’un vaisseau de guerre.
  4. Un ponton est un vaisseau de guerre ancien retiré du service mais servant de prison. Le navire, qui a été démâté et dont les sabords ont été condamnés par des grilles peut accueillir plusieurs centaines de prisonniers dans des conditions d'hygiène épouvantables. Ce système d'emprisonnement économique des prisonniers de guerre en mer, mais à forte mortalité n'a été utilisé que par l'Angleterre…
  5. L'arrière du navire, que l'on appelle aussi le « château arrière » ou le « gaillard arrière ».
  6. Et non le Sans-Pareil comme il est régulièrement écrit dans le récit de ses commandements. Le capitaine de ce vaisseaux était M. Boscher d'après les Mémoires de Duguay-Trouin.
  7. D'après Siméon 2007, p. 28-34.
  8. Il y a aussi de la petite Histoire dans cet engagement : son succès devait largement au courage et à l’habileté de Duguay-Trouin, mais Forbin, supérieur hiérarchique entendait bien en garder l’exclusivité. C’est ainsi que dans ses Mémoires publiées en 1729 il fait un récit du combat très largement tourné en sa faveur, mais il est vrai que Forbin avait aussi pour surnom « Fourbin »…[réf. nécessaire] Duguay-Trouin, encore une fois très accommodant, refusa de polémiquer avec son ancien supérieur, malgré la pression de ses proches pour rétablir la vérité. Il finit par accepter de publier son propre récit, mais à la condition que cette publication soit faite après sa mort et qu’y soit jointe un extrait des interrogatoires des capitaines anglais capturés. Ce qui fut fait en 1740 lors de la réimpression des Mémoires du corsaire par ses amis. Rapporté par Siméon 2007, p. 19.
  9. Depuis 1702 les royaumes de France et d’Espagne étaient alliés depuis que par testament le dernier roi Habsbourg ibérique avait cédé sa couronne à Philippe d’Anjou, petit-fils de Louis XIV. L’Espagne et son immense empire colonial gouvernée par une branche cadette des Bourbons, c’était inacceptable pour les puissances maritimes… et pour les Habsbourg d’Autriche qui entendaient bien récupérer l’intégralité de l’héritage. D’où la guerre, et le soutien armé de Louis XIV au jeune Philippe V face à l’archiduc Charles d’Autriche soutenu par les Anglais et les Hollandais.
  10. Taillemite 2002, p. ??.
  11. Laissé libre d'aller et venir dans Rio, il avait été assassiné dans ce qui semblait être un crime de droit commun, soutenaient les Portugais sans plus de détails. Certains historiens préfèrent cependant dire qu'il est mort de faim en captivité avec une partie de ses hommes.
  12. 7 vaisseaux de ligne, 4 frégates, 1 corvette, 2 galiotes à bombes et 1 flûte si l'on reprend l'historiographie habituelle. La lecture attentive des Mémoires donne cependant une composition un peu différente. On comptait les vaisseaux le Lis (74 canons), le Magnanime (74 canons), le Brûlant (66 canons), l'Achille (66 canons), le Glorieux (66 canons), le Fidèle (60 canons), le Mars (56 canons), les frégates l' Argonaute (46 canons), le Chancelier (40 canons), l' Aigle (40 canons), l’ Amazone (36 canons), la Glorieuse (30 canons), la Bellone (36 canons) équipée en galiote, et la Concorde (20 canons) servant surtout au stockage des réserves d'eau. Duguay-Trouin signale de plus qu’il fit préparer « deux traversiers de La Rochelle, équipés en galiote, avec chacun deux mortiers » mais ne nous en précise pas hélas les noms (à moins que ce type de bâtiment ne soit pas baptisé). De plus, en cours de route le corsaire captura un petit navire britannique qu’il jugea « propre à servir à la suite de l’escadre ». Cet inventaire et ces dernières informations appellent plusieurs commentaires. Tout d’abord on arrive à un total de 16 navires au départ de France, contrairement aux 15 habituellement retenus par l’historiographie, et 17 finalement devant Rio avec la prise anglaise… Si les 7 vaisseaux sont bien là on passe à 5 frégates (une de plus), sans compter la frégate transformée en galiote à bombe et celle servant pour le ravitaillement et qui correspond sans doute à celle classée comme corvette vu le nombre réduit de ses canons, à moins qu’il ne s’agisse de la flute… que Duguay-Trouin ne mentionne pas. On se retrouve aussi en ajoutant les deux traversiers avec 3 navires à bombes… Que penser de ces variations dans la comptabilité des forces ? Duguay-Trouin a écrit ses Mémoires dix ans après les faits : son récit est très détaillé et il semble peu probable que pour sa plus fameuse expédition il ait pu commettre une erreur, d’autant que le marin avait l’habitude lorsqu’un nom ou un fait lui échappait de le signaler dans son récit. On peut donc penser qu’en trois siècles les différents résumés fait par les historiens aient un peu bousculé la composition de l’escadre. Autre curiosité : Duguay-Trouin cite avec précision tous ses capitaines au point d’en oublier de dire quel navire il montait — et commandait — à l’aller ! Sans doute le Lis, l’un des deux 74 canons, puisque c’est sur ce vaisseau qu’il fait le voyage de retour et qu’il insiste régulièrement sur la qualité de commandement du chevalier de Courserac sur le Magnanime.
  13. D'après Siméon 2007, p. 62.
  14. Un seul des capitaines de l'expédition, le chevalier de Courserac « connaissait un peu l'entrée du port » nous précise Duguay-Trouin. C'était aussi l'un de ses meilleurs capitaines. Il fut donc chargé de commander le premier navire devant forcer l'entrée (Le Magnanime de 74 canons), les autres devant suivre en ligne de file par ordre décroissant de puissance, Duguay-Trouin se plaçant sans doute sur le quatrième vaisseau (il ne précise pas quel navire il monte) pour observer la progression de son avant-garde et donner ses ordres des deux côtés.
  15. « La baie de Rio de Janeiro est fermée par un goulet, d’un quart plus étroit que celui de Brest : au milieu de ce détroit est un gros rocher, qui met les vaisseaux dans la nécessité de passer à portée du fusil des forts qui en défendent l’entrée des deux côtés. À droite est le fort de Sainte-Croix, garni de 48 gros canons (…) et une autre batterie de 8 pièces, qui est un peu en dehors de ce fort. À gauche est le fort de Saint-Jean, et deux autres batteries de 48 pièces de gros canons, qui font face au fort de Sainte-Croix. (…) Après tous ces forts on voit l’île des Chèvres, à portée de fusil de la ville, sur laquelle est un fort à quatre bastions, garni de 10 pièces de canon, et sur un plateau au bas de l’île, une autre batterie de 4 pièces. (…) A une des extrémités de la ville est le fort de la Miséricorde, muni de 18 pièces de canons, qui s’avance dans la mer. (…) Enfin les Portugais avertis, avaient placé du canon, et élevé des retranchements partout où ils avaient cru qu’on pouvait tenter une descente (attaque). » La carte de la prise de Rio, publiée en 1740 dans les Mémoires donne une assez bonne vision de l'opération. Plan de l'entrée des Français dans la Baie de Rio en 1711 D’après Duguay-Trouin, Mémoires.
  16. Contre-attaque.
  17. Duguay-Trouin se flatte cependant d'avoir fait protéger du pillage les églises de la ville.
  18. Le navire sombra entre les Açores et Brest. Avec ce vaisseau disparaissait aussi le chevalier de Courserac qui était entré le premier dans le port et à qui Duguay-Trouin rend longuement hommage. Il manquait aussi Le Fidèle soit « près de douze cents hommes d'équipage, et quantité d'officiers et de gardes de la marine. » L’Aigle avait eu plus de chance : il avait sombré près de l'île de Cayenne, mais son équipage avait réussi à s'embarquer sur le vaisseau portugais de prise qui l'accompagnait depuis Rio. D'après Duguay-Trouin, Mémoires.
  19. D’après François Bluche, Louis XIV, chapitre 27, « La bataille de l’Atlantique », 1986.
  20. 2011 a donc marqué le tricentenaire de l'expédition.
  21. Meyer et Acerra 1994, p. 96.
  22. D'après Siméon 2007, p. 90.
  23. a et b Siméon 2007, p. 12.
  24. Duguay-Trouin qui a reconnu Cassard dans un couloir de Versailles laisse tomber brusquement les courtisans dont il est entouré pour aller lui serrer la main et discuter un long moment avec lui. Lorsqu’il revint, les courtisans lui demandèrent qui était cet homme. « Comment ! s’écria Duguay-Trouin. Ne le reconnaissez-vous pas ? C’est Cassard, le plus grand homme de mer que la France possède aujourd’hui. Pour un seul de ses exploits, je donnerais toutes les actions de ma vie maritime ! ».
  25. Ainsi le jour ou Duguay-Trouin lui relatait un combat où se trouvait un vaisseau nommé La Gloire :
    — J’ordonnais, dit-il à la Gloire de me suivre.
    — Et elle vous fut fidèle ! » interrompit Louis qui avait le sens de la formule…
  26. Taillemite 2002, p. ??

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • René Duguay-Trouin, Mémoires de Duguay-Trouin : 1689-1715, Paris, Foucault,‎ 1820, in-4 (lire en ligne) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Martine Acerra et André Zysberg, L'Essor des marines de guerre européennes, 1680-1790, SEDES,‎ 1997, 298 p. [détail de l’édition] (ISBN 2-7181-9515-0)
  • Jean Auzanet, Le corsaire Duguay-Trouin, Paris, Les Éditions de France,‎ 1936, 224 p.
  • Adolphe Badin, Jean Bart, Duguay-Trouin, Hachette,‎ 1867 (lire en ligne), p. 252 et suiv.
  • Lucien Bély, Y.M. Bercé, Jean Meyer et R. Quatrefages, Guerre et Paix dans l'Europe du XVIIe siècle, Paris, SEDES, 1997, p. 91-92 et 105.
  • Alain Berbouche, « Duguay Trouin : du corsaire aux navires militaires », Le Pays Malouin,‎ 2 septembre 1999, p. 39
  • Léon Guérin, Histoire maritime de France,‎ 1851 Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Gabriel de La Landelle, Histoire de Duguay-Trouin, Paris, Sagnier et Bray,‎ 1844 (lire en ligne)
  • Jean Meyer et Martine Acerra, L'Empire des Mers, des galions aux clippers, Paris, Nathan,‎ 1990, 282 p. (ISBN 2092905570, OCLC 25105847)
  • Jean Meyer et Martine Acerra, Histoire de la marine française : des origines à nos jours, Rennes, éditions Ouest-France,‎ 1994, 427 p. (ISBN 2-7373-1129-2)
  • Jean-Yves Nerzic, Duguay-Trouin - armateur malouin, corsaire brestois, préface de Michel Vergé-Franceschi, Milon La Chapelle, Ed. H&D, 2012, 576 p., (ISBN 978-2-9142-6624-6)
  • Adrien Richer, Vie de René Duguay-Trouin, Belin,‎ 1784 (lire en ligne) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article, et son éloge par Antoine-Léonard Thomas, 1761
  • Nicolas Siméon (préf. Georges Pernoud), Corsaire du Roi : René Duguay-Trouin 1673-1736, Édition de Conti,‎ 2007, 96 p. (ISBN 9782351030066, OCLC 159954480)
  • Nicolas Siméon, Louis XIV et la mer, Édition de Conti, coll. « Grande Bibliothèque Thalassa »,‎ 23 mai 2007, 128 p. (ISBN 2351030087)
  • Étienne Taillemite, Dictionnaire des marins français, Paris, éditions Tallandier,‎ 2002, 573 p. (ISBN 2-84734-008-4)
  • Étienne Taillemite, L'histoire ignorée de la marine française, Paris, Perrin, coll. « Pour l'histoire »,‎ 2003 (1re éd. 1982), 460 p. (ISBN 978-2-262-02050-7)
  • François Thomazeau, « Sac de Rio, pour la France… et pour le butin ! », Guerres & Histoire, no 3,‎ septembre 2011, p. 69-71
  • Michel Vergé-Franceschi, « Duguay-Trouin (1673-1736). Un corsaire, un officier général, un mythe », Revue historique, no 598,‎ 1996, p. 333-353
  • Patrick Villiers, Jean-Pierre Duteil et Robert Muchembled (dir.), L’Europe, la mer et les colonies, XVIIe ‑ XVIIIe siècle, Paris, Hachette supérieur, coll. « Carré Histoire » (no 37),‎ 1997, 255 p. (ISBN 2-01-145196-5)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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