Guerre de la Quadruple-Alliance

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Guerre de la
Quadruple-Alliance
Bataille du cap PassaroHuile sur toile de Richard Paton en 1767
Informations générales
Date 17181720
Lieu Italie
Issue Victoire de la Quadruple-Alliance
Paix de La Haye
Belligérants
Drapeau du Saint-Empire Saint-Empire
Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Royaume de Grande-Bretagne Royaume de Grande-Bretagne
Provinces-Unies Provinces-Unies
Drapeau de la Savoie.svg Duché de Savoie
Bandera de España 1701-1760.svg Royaume d'Espagne
Commandants
Jacques Fitz-James de Berwick
Claude Florimond de Mercy
George Byng
Victor-Amédée II de Savoie
Jean François de Bette, marquis de Lede
José Carrillo de Albornoz y Montiel, duc de Montemar

James Butler (2e duc d'Ormonde)
Antonio Gaztañeta

Pertes
11 250 Autrichiens
6 000 Anglais
3 000 Français
2 250 Sardes
1 500 Hollandais
4 350 morts et blessés
Guerre de la Quadruple-Alliance
Batailles
Sardaigne · Sicile · Castellamare · 1er siège de Palerme · Cap Passaro · 1er siège de Messine · Milazzo · Fontarrabie · Glen Shiel · Francavilla · Roses · Pensacola · 2e prise de Messine · Vigo · Cap Saint-Vincent · 2e siège de Palerme · Sferracavallo · La Seu d’Urgell · Nassau · Expédition Villasur

La guerre de la Quadruple-Alliance est un conflit militaire européen mineur qui eut lieu entre 1718 et 1720 principalement en Italie, entre le Royaume d'Espagne d'un côté, et la Quadruple-Alliance de l'Archiduché d'Autriche (en tant qu'État du Saint-Empire romain germanique), du Royaume de France, du Royaume de Grande-Bretagne, et des Provinces-Unies.

Prélude[modifier | modifier le code]

La guerre de Succession d'Espagne (1701 –1714) a pour conséquence la reconnaissance de Philippe de Bourbon comme roi d'Espagne, mais le royaume perd avec le traité d'Utrecht ses possessions en Italie. Le duché de Milan, le royaume de Naples et la Sardaigne finissent aux mains des Habsbourg alors que la Sicile est confiée à la maison de Savoie sous l'autorité du duc Victor-Amédée II qui devient roi.

Les pays affaiblis par une guerre de treize ans doivent se renforcer. Le cardinal Giulio Alberoni (1664 – 1752) se distingue par son action, il a déjà préparé en 1714 le mariage entre Philippe V et Élisabeth Farnèse (1692 – 1766) au cours des années suivantes, il devient le conseiller personnel de la reine d'Espagne et premier ministre en 1715. Sous son administration, l'économie espagnole se stabilise et les finances sont réformées. Alberoni réussit à construire une nouvelle flotte (à peu près 50 navires en 1718) et à améliorer l'armée. Philippe V ayant de son premier mariage trois fils pouvant aspirer à sa succession, il est évident qu'Élisabeth Farnèse cherche à obtenir des duchés en Italie pour ses propres fils. Alberoni et Philippe V la soutiennent dans cet effort, ayant tous deux l'ambition de reconstruire la « Grande Espagne », aussi ils font preuve de prétentions à l'égard de la Sardaigne et de la Sicile.

En France, depuis la mort de Louis XIV (1715), la France vit sous la Régence du duc d'Orléans, qui gouverne au nom du roi encore mineur, Louis XV. En raison des vues de l'Espagne sur le trône de France dans le cas du décès du jeune Louis XV, l'Angleterre a pour objectif d'interdire l'union entre les deux couronnes continentales de France et d'Espagne sous un unique règne d'un membre de la maison des Bourbons. Même les Provinces-Unies se sentent menacées par une future expansion espagnole. Tout ceci conduit à la conclusion entre les trois puissances d'une alliance, signée le 4 janvier 1717, pour s'opposer à l'Espagne.

Déroulement de la guerre[modifier | modifier le code]

Les hostilités jusqu'à la conclusion de la quadruple-alliance[modifier | modifier le code]

Le cardinal Alberoni

En novembre 1717, sans se préoccuper de l'opposition de la triple alliance, l'Espagne envoie en Sardaigne autrichienne (l'Autriche combat depuis 1716 aux côtés de la république de Venise dans une guerre contre l'Empire ottoman) un corps expéditionnaire de 8 000 soldats. La réaction autrichienne est molle en raison de l'emploi des armées de Vienne dans les Balkans et le président du conseil de guerre autrichien, le prince Eugène de Savoie (1683 – 1736), veut éviter le déclenchement d'un conflit en Italie. Il se préoccupe simplement de renforcer la défense des villes qui sont aux mains des Habsbourg et de Naples qu'il juge menacée. Après la défaite infligée aux Turcs (5 août 1716, bataille de Petrovaradin) par les troupes autrichiennes commandées par le prince Eugène et la perte d'une grande partie des territoires occupés par l'Empire ottoman dans les Balkans, y compris Belgrade (27 juillet 1718), les puissances de la triple alliance cherchent à arranger une paix entre l'Autriche et l'Empire ottoman afin d'engager l'Autriche dans la guerre contre l'Espagne. Le 21 juillet 1718 le traité de Passarowitz est conclu entre les deux belligérants et le 2 août l'Autriche entre dans l'alliance anti-espagnole qui devient ainsi la Quadruple-Alliance. Cette alliance est un accord entre les États qui aurait dû garantir l'équilibre des forces entre les puissances européennes. L'empereur Charles VI renonce à d'éventuelles prétentions sur le trône d'Espagne se contentant d'un échange entre la Sicile, aux mains des Savoie, et la Sardaigne et à l'arrivée d'une branche de la dynastie des Bourbons en Italie. Ces décisions doivent être proposées à l'Espagne à qui elles sont présentées avec la menace, en cas de refus, d'une déclaration de guerre.

Les batailles de 1718[modifier | modifier le code]

Philippe V d'Espagne

Sous le prétexte de l'hostilité du peuple sicilien à l'égard des Savoie, le 3 juillet 1718 une armée espagnole débarque en Sicile qui appartient depuis peu aux Savoie et elle conquiert d'abord Palerme puis l'ensemble de la Sicile à l'exception de Messine qui est assiégée jusqu'en septembre. Le cardinal Alberoni conseille à Victor-Amédée II de s'unir à l'Espagne contre l'Autriche et de partager avec l'Espagne les territoires occupés. L'Angleterre envoie en Méditerranée une forte escadre sous les ordres de l'amiral George Byng pour protéger le commerce anglais. À Naples, on se met d'accord avec le vice-roi autrichien comte de Daun qui l'informe d'une prochaine intervention en Sicile d'une armée autrichienne. Pour rendre ceci possible, il est nécessaire de posséder le contrôle de la mer, Byng se met à la recherche de la flotte espagnole et la découvre finalement le 11 août 1718 face au cap Passaro, à la pointe méridionale de la Sicile. Au cours de la bataille navale qui s'ensuit, Byng provoque les Espagnols aux ordres de l'amiral Antonio Gaztañeta afin qu'ils tirent le premier coup pour justifier de la légitime défense. Les Espagnols perdent une grande partie de leurs forces et ne peuvent plus soutenir leurs troupes en Sardaigne et en Sicile.

Entre-temps le 2 août 1718 le traité d'alliance entre l'Angleterre, l'Autriche, la France est signé avec la promesse de l'adhésion des Provinces-Unies et à Naples. Une petite armée autrichienne est constituée qui, à l'automne 1718, se dirige vers la Sicile après que les alliés en ont garanti la possession à l'empereur, pour transférer ce contingent à Milazzo, une petite tête de pont est organisée.

Le 17 décembre 1718, l'Espagne repousse définitivement les conditions imposées par la quadruple-alliance et la guerre est déclarée officiellement. Elle s'étend aussi aux colonies espagnoles en Amérique du Sud où l'Angleterre cherche à tirer avantage mais à la fin de l'année seule l'Autriche et l'Angleterre sont engagées contre l'Espagne, la France et les Provinces-Unies n'entrant en guerre qu'en 1719.

Les batailles de 1719 jusqu'à la paix[modifier | modifier le code]

Florimond Claude, comte de Mercy (1666-1734)

Début 1719, la France entre en guerre après la découverte d'un complot de l'ambassadeur espagnol contre le duc d'Orléans. La France envoie, au printemps 1719, une armée aux ordres du maréchal Berwick qui traverse les Pyrénées et qui entre dans la province basque. Elle doit se retirer en novembre en raison de difficulté d'approvisionnement. Une autre offensive vers la Catalogne permet la conquête de Fuenterrabia, Urgel et Saint-Sébastien, mais doit être abandonnée pour les mêmes raisons. Dans les colonies américaines, les troupes françaises conquièrent Pensacola en Floride.

Au cours de 1719 l'Autriche réussit à reconquérir la Sicile. Eugène de Savoie ayant refusé de prendre le commandement des troupes autrichiennes, elles sont confiées à Claude Florimond de Mercy (1666 – 1734). Le 21 juin, celui-ci attaque sans résultat la ville de Francavilla mais plus tard il réussit à conquérir Milazzo. Il reconquiert Messine et se place face à Palerme. La pression que la flotte anglaise exerce sur les forces espagnoles s'avère efficace. Pour affaiblir l'Angleterre, l'Espagne décide de soutenir les Jacobites écossais dans leurs actions indépendantistes. Le 6 mars 1719 une flotte espagnole de près de 5 000 hommes[1] quitte le port de Cadix pour débarquer sur les côtes écossaises. Les conditions atmosphériques contraires et la vigilance de la flotte anglaise empêchent le succès de l'expédition. Le mois suivant, une autre flotte est préparée à La Corogne où sont embarqués 300 soldats espagnols qui débarquent sur les côtes occidentales écossaises près de Eilean Donan Castle. En juin, la petite force (avec 1 000 soldats écossais) est battue lors de la bataille de Glen Shiel. Les Anglais contre-attaquent en débarquant en Galice une force de près de 4 000 hommes entre septembre et octobre.

En août la guerre, les Provinces-Unies entrent en guerre et il devient évident que l'Espagne ne pourra affronter les forces de la quadruple-alliance.

Le gouvernement madrilène cherche une voie de négociation mais les alliés posent une condition préalable : le cardinal Alberoni doit être écarté du gouvernement espagnol avant le début de toute négociation. Le 5 décembre 1719 Alberoni perd toutes ses charges et il est invité à quitter le pays au cours des deux semaines suivantes. Le 20 février 1720 la paix de La Haye est signée qui met fin à la guerre. Les hostilités sont suspendues à Palerme par la Convention de Palerme.

La guerre en Amérique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Prise de Pensacola de 1719.

En Amérique du Nord, la guerre prend la forme d'un conflit franco-espagnol (Guerre franco-espagnole de 1719) qui se déroule surtout dans le sud-ouest américain, entre la Louisiane française et la Floride espagnole. Durant l'année 1719, les Français, partis de Louisiane sous le commandement du gouverneur Jean-Baptiste Le Moyne de Bienville, s'emparent de Pensacola. Dans l'ouest, le conflit se solde lui aussi par un échec espagnol, ceux-ci ayant échoués à mettre fin à la présence des commerçants français infiltrés dans plusieurs tribus du Nouveau-Mexique, menaçant de fait les mines d'argent de la Nouvelle-Espagne. L'expédition Villasur, en 1720, est une cuisante défaite espagnole face aux forces franco-pawnees.

Conséquences de la guerre[modifier | modifier le code]

Élisabeth Farnèse

Philippe V doit restituer toutes les localités occupées. Le fils de Élisabeth Farnèse, Charles (1716 – 1788), devra recevoir le duché de Parme et de Plaisance et la Toscane après la disparition de la lignée des Farnèse. Les colonies américaines de Pensacola sont restitués à l'Espagne par les Français. Les Habsbourg renoncent à la Sardaigne et ils reçoivent définitivement la Sicile en échange d'une quelconque prétention sur le trône d'Espagne. Victor-Amédéé II de Savoie est reconnu roi de Sardaigne. D'une certaine manière, la guerre de la quadruple-alliance est la poursuite de la guerre de Succession d'Espagne, qui a laissé des incertitudes sur les questions concernant les puissances méditerranéennes. Seule la convention de Palerme éclaircit les rapports. Au cours des années suivantes, l'Espagne sort de son isolement et avec la guerre de Succession de Pologne (1733 – 1738) réussit à prendre le contrôle de Naples et de la Sicile.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Parmi ceux-ci est présent le futur feld-maréchal prussien James Keith.

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Bernecker, Seidel, Hoser (Hrsg.): Die spanischen Könige, C.H.Beck Verlag, München 1997, (ISBN 3-406-42782-0)
  • (de) Volker Reinhardt: Geschichte Italiens, C.H.Beck Verlag, München 2003, (ISBN 3-406-50284-9)
  • (de) Helmut Pemsel: Seeherrschaft Band 1, Bernhard & Graefe Verlag, Augsburg 1996, (ISBN 3-89350-711-6)