Château de La Palice

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
château de La Palice
Image illustrative de l'article Château de La Palice
Château de la Palice vu de la ville de Lapalisse
Période ou style médiéval
Type château-fort
Début construction XIIe siècle
Fin construction XVIe siècle
Destination actuelle privé
Protection classé monument historique 29 octobre 1999
1° inscription 1862
Coordonnées 46° 14′ 55″ N 3° 38′ 18″ E / 46.248611, 3.63833346° 14′ 55″ Nord 3° 38′ 18″ Est / 46.248611, 3.638333  
Pays Drapeau de la France France
Région Auvergne
Département Allier
Commune Lapalisse

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
château de La Palice

Géolocalisation sur la carte : Allier

(Voir situation sur carte : Allier)
château de La Palice

Le château de La Palice se trouve sur la commune de Lapalisse, dans le département de l'Allier, à environ 25 km de la ville de Vichy.

Histoire[modifier | modifier le code]

La partie féodale du château a été bâtie entre le XIe siècle et le XIIIe siècle.

XIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Le château et la seigneurie de la Palice appartenaient en 1230 à Roger de la Palice, damoiseau.

En 1257 le château était possédé par Guillaume de la Palice, époux d'Arembord de Chazeul.

En 1293 le seigneur en était Pierre de la Palice. Sa veuve, Isabeau de Ternant, se remaria avec Philippe de Malleval, chevalier. Il fit hommage, en 1300, du château et de la haute et basse justice sur les paroisses de Lubier, Bussoles, Barrais, Trézelles, Varennes-sur-Tèches, Loddes, Ande-la-Roche, Droiturier, Saint-Prix, Le Breuil et Billezois, à Robert de France, comte de Clermont, seigneur de Bourbon depuis son mariage avec Béatrice, dame de Bourbon.

XVe siècle[modifier | modifier le code]

La seigneurie passa ensuite à Marguerite de l'Espinasse, à Jeanne de Chastillon, puis, en 1429 à Charles de Bourbon ; gérant le duché en l'absence de son père, fait prisonnier à la bataille d'Azincourt, le 18 mars 1430 il céda le château et la châtellenie de la Palice à Jacques Ier de Chabannes de La Palice, conseiller et chambellan du roi Charles VII.

C'est probablement Jacques Ier de Chabannes qui entreprit la construction de la chapelle Saint-Léger avant sa mort intervenue quelques mois après avoir été blessé à la bataille de Castillon, en 1453. Il avait prévu de fonder six prébendes, dont l'acte ne fut signé que le 27 octobre 1461 au château par sa veuve Anne de Feugerolles ou de Lavieu, Geoffroy de Chabannes, seigneur de la Palice, Antoine de Chabannes, son frère, et Anthoine de Balsac, abbé de l'abbaye de Savigny. Les tombeaux de Jacques Ier de Chabannes et son épouse, Anne de Lavieu, y ont été élevés en 1470 par Geoffroy de Chabannes.

La chapelle a été construite contre la courtine sud et lui sert de mur gouttereau, implantation qui annonçait l'abandon de la fonction défensive du château, qui va s'affirmer à la Renaissance.

XVIe siècle[modifier | modifier le code]

Son petit-fils Jacques II de Chabannes de La Palice, maréchal de France, marié en seconde noce à Marie de Melun, fit construire au début du XVIe siècle l'aile renaissance en briques roses, qui allie la sobriété à l'élégance. Elle remplaçait ainsi la muraille qui reliait le château-fort à la chapelle de style gothique.

C'est du château de la Palice que le connétable de Bourbon va prendre la fuite en 1523.

Jacques II de Chabannes est tué à la bataille de Pavie, en 1525 ; son fils, Charles, l'est au siège de Metz en 1552 sans descendance mâle.

En 1564, sa fille aînée, Éléonore se maria avec Just de Tournon, comte de Roussillon, ambassadeur à Rome, qui mourut en 1570, et se remaria en 1571 avec Philibert de la Guiche, seigneur de Saint-Géran, grand maître de l'artillerie de France. Elle mourut à Jaligny en 1595.

De son premier mariage, elle avait eu deux filles, l'aînée mourut en 1592. La seconde, Anne de Tournon épousa en 1595, Jean-François de La Guiche, maréchal de France, gouverneur du Bourbonnais faisant ainsi entrer la seigneurie dans la famille de La Guiche de Saint-Géran. Elle mourut en 1614 et son époux en 1632. C'est dans cette période que les fortifications féodales furent détruites en grande partie, que l'on créa un parc « à la française » et que l'intérieur du château fut remanié.

XVIIe siècle[modifier | modifier le code]

Le fils du maréchal, Claude Maximilien de la Guiche, comte de Saint-Géran, épouse en 1619 Suzanne de Longaunay dont il eut un fils, Bernard, en 1641 ; l'enfant fut enlevé pendant les couches par des parents qui voulaient s'approprier les biens des comtes de Saint-Géran et qui contestaient la légitimité de sa naissance, car il était né 21 ans après le mariage ; retrouvé neuf ans après, il s'ensuivit seize années de procédures et quinze arrêts avant que Bernard de la Guiche fut reconnu légitime héritier des noms et biens de la maison de La Guiche en 1666. Son père était mort en 1659.

En septembre 1677, Madame de Sévigné vint visiter au château son amie, née Françoise de Warignies, qu'elle avait surnommée « la bonne Saint-Géran ».

Le comte de Saint-Géran mourut à Paris en 1695, laissant une fille unique qui se fit religieuse en 1713, et qui, avant d'entrer dans les ordres, avait donné son patrimoine à sa cousine Anne Geneviève de Lévis, mariée à Hercule Mériadec, prince de Rohan-Soubise, qui le 14 mars 1715 vendit le château à messire Gilles Brunet d'Évry, conseiller du roi, intendant de la généralité de Moulins.

XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

En 1724, par lettres patentes royales, les seigneuries et terres de la Palice, Montmorillon, les Bouchaines et Droiturier furent érigées pour Brunet d'Évry en marquisat.

Ce dernier vendit en 1731 la terre et le château de la Palice à François-Antoine de Chabannes, comte de Chabannes-Pionsat, mort sans postérité ; sa seconde épouse devenue veuve se remaria avec le comte de Narbonne (-Pelet ?) qui périt sur l'échafaud en 1793 à l'âge de 71 ans ; par testament, celui-ci avait légué ses biens à son neveu Jean-Frédéric de Chabannes (1762-1836), marquis de Curton, comte de Rochefort, seigneur de Madic, qui prit le titre de marquis de Chabannes-La Palice. Il fut député suppléant de la Noblesse de la sénéchaussée de Moulins aux États Généraux de 1789.

Ce dernier ayant émigré fin 1789 à Naples, puis à Smyrne en 1790, effectua vers 1791 des missions pour le comte d'Artois à Londres et se remaria en 1797 en Turquie avec Anna van Lennep (1765-1839), fille du chef de la factorerie hollandaise de Smyrne et consul général des Pays-Bas en Anatolie.

Aide de camp de Louis XVIII de 1813 à 1814, disgracié en 1815, il écrivit contre la Charte et le nouveau régime, s'exila, fut successivement partisan puis adversaire de Louis-Philippe Ier et « inventeur, franc-maçon et écrivain »[1].

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

En 1802, grâce à l'intervention de Talleyrand, son oncle par alliance, le marquis se vit restituer ce qui restait des biens familiaux, le domaine ayant été aliéné ou loti. Dans l'intervalle, le château avait été pillé, puis avait servi de local au tribunal et pour loger les autorités ; la chapelle avait quasiment été détruite. Aussi, ne pouvant entreprendre de restaurer la demeure dévastée qui lui avait été restituée, il n'y habita pas.

La mairie, la sous-préfecture et l'église paroissiale avaient été construits sur ses anciennes dépendances.

À sa mort en 1835 le château passa à son fils, Hugues-Jean-Jacques-Gilbert-Frédéric (1792-1869), second marquis de Chabannes-Curton et La Palice, époux le 16 août 1827 de Mathilda ou Mathilde Dawes (1811-1854), une des sept enfants d'un pêcheur de l'île de Wight et nièce de l'aventurière anglaise Sophie Dawes (1790-1840), depuis 1810 maîtresse attitrée du richissime duc de Bourbon, dernier prince de Condé en 1818, alors exilé en Angleterre, et qui passait pour être le premier propriétaire foncier de France.

Cette union négociée devait sceller la réconciliation entre Talleyrand et le prince de Condé, qui soupçonnait la responsabilité du ministre dans l'exécution de son fils unique le duc d'Enghien ; ce deal permettait à cette femme que, sa séparation (mars 1824) puis son divorce (1827) d'avec Adrien Victor de Feuchères[2], qui avait découvert sa (notoire) infortune, avaient écartée de la Cour et de la Ville, d'y faire son retour officiel en janvier 1830, par l'entremise des Orléans auprès de Charles X[3].

Ces faits sont à mettre en rapport avec un portrait peint du prince de Condé, présenté lors de la visite du château comme « un ami de la famille », surmontant un médaillon en plâtre le représentant de profil face à celui de son fils (inscription) ; après moult manœuvres ou pressions de son entourage, le duc léguera par testament daté du 29 août 1829 – un an avant d'être retrouvé pendu (ou étranglé suite à un jeu érotique « ayant mal tourné » ?) à l'espagnolette d'une fenêtre de son château de Saint-Leu – la majeure partie de sa fortune à son petit-neveu et filleul Henri d'Orléans, duc d'Aumale, qui en 1877 viendra visiter La Palice.

C'est probablement grâce à ces importantes sommes d'argent qu'à cette époque le marquis de Chabannes-La Palice achètera des terres autour du château pour en reconstituer le parc et entreprendra à partir de 1846 la restauration des bâtiments.

En mai 1858, Antonetta Elis, épouse depuis mai 1826 d'Alfred Jean Édouard, comte de Chabannes-La Palice (né en Angleterre en 1799), aide de camp de Louis-Philippe Ier, fut nommée dame pour accompagner Adélaide d'Orléans au château d'Eu, puis dame de l'ex-reine Marie-Amélie dans son exil anglais de Claremont.

XXe siècle[modifier | modifier le code]

Le château, resté dans cette famille - par adoption d'un petit-neveu en 1929 - fut classé Monument historique en 1862, puis semble-t-il déclassé en 1888.

En 1928 le château, la chapelle et les remparts furent inscrits à l'Inventaire supplémentaire des Monuments historiques, puis classés le 17 août 1933 et le 29 octobre 1999, classés à nouveau avec l'enceinte, les sols et les écuries, la porterie d'entrée et les jardins étant inscrits depuis le 28 juillet 1998[4].

Architecture[modifier | modifier le code]

Le logis primitif, trois des tours et les courtines datent approximativement du XIIIe siècle, tout comme les remparts complétés au XIVe siècle. La chapelle de style gothique a été construite en 1461, puis le logis Renaissance à parements de briques fin XVe début XVIe siècle.

Les salles meublées abritent de rares tapisseries dont celles représentant Godefroi de Bouillon et Hector, issues de la célèbre tenture dite « des Preux » (Flandres ou Marche limousine, XVe siècle), composée à l'origine de neuf pièces de 3,80 x 4 mètres) provenant du château de Madic, autre propriété auvergnate des Chabannes, dont elles portent les armes, jointes à celles des Blanchefort, du fait d'un mariage le 16 février 1498 ; six d'entre elles, volées à la Révolution, retrouvées et identifiées vers 1880 par l'archéologue bourbonnais Roger de Quirielle chez un antiquaire de Clermont-Ferrand, rachetées par la famille, furent alors réinstallées au château... où vers 1977 quatre d'entre elles (Charlemagne, Jules César, David et Alexandre le Grand) ont été volées.

Contrairement à ce que dit la brochure sur le château, ce n'est pas « la moitié de l'une des trois autres tapisseries perdues (Josué, Judas Machabée et Artus), mais sept pièces sur neuf d'une autre tenture des Preux (Aubusson ou Felletin, entre 1525 et 1540) qui fut commandée pour la demeure de Pierre Paien ou Payen, seigneur de Chauray (Deux-Sèvres), lieutenant du sénéchal du roi en Poitou.

Cette série, la plus complète connue à ce jour, est exposée dans une salle de ce nom au château de Langeais (Indre-et-Loire)[5].

Parmi les nombreux portraits anciens et souvenirs historiques conservés sur place on peut citer une petite ancre en or, objet fétiche d'Horatio Nelson, brisée par le boulet de canon qui le blessa mortellement lors de la bataille de Trafalgar, et qui fut transmis à sa belle-famille française par la petite-fille de l'amiral Parker.

Parmi les plafonds anciens sculptés et peints de la demeure, on peut admirer celui qui est dû à des artisans italiens de la Renaissance, composé de compartiments ou « caissons » en forme de losanges à pendentifs rehaussés d'or et de couleurs ; il fut autrefois recouvert de plâtre et longtemps négligé, mais une petite surface restaurée en évoque l'aspect ancien.

Cette œuvre, qui a été copiée pour le « grand salon Renaissance » du château de La Punta à Alata (Corse du Sud) édifié de 1883 à 1891 pour les Pozzo di Borgo[6], peut être rapprochée d'un autre plafond italien de cette époque, celui de plan polygonal en chêne (naturel) compartimenté et sculpté avec clefs pendantes de la « librairie » ou ancienne bibliothèque de Catherine de Médicis au château de Chenonceaux, daté de 1525.

Les communs et anciennes écuries sont éloignés du château.

En 1885-1886, le château a fait l'objet d'une restauration par l'architecte moulinois René Moreau ; les volets métalliques très corrodés de la façade sud peuvent dater de cette campagne de travaux, comme la paire de vasques de jardin en fonte placée à l'entrée.

Dix ans avant l'architecte et inspecteur des travaux diocésains de Moulins, Jean-Bélisaire Moreau[7] avait restauré la chapelle Saint-Léger et y avait fait ajouter une flèche en charpente.

Parc et jardins[modifier | modifier le code]

Le parc, inscrit au pré-inventaire des jardins remarquables et inscrit comme Monument historique le 28 juillet 1998, comporte une conciergerie, une allée, des étangs, un jardin et un pont de jardin en brique. Deux socles de statues de parc en pierre et en marbre sont dépourvus de leur statues (juillet 2013).

On y trouve les anciennes écuries et le manège, l'ensemble date du début du XVIIe siècle (1613), puis a été redessiné par le grand paysagiste Paul de Lavenne, comte de Choulot, « gentilhomme de la chambre du duc de Bourbon » et gendre en 1817 de Jean-Frédéric de Chabannes [8][réf. insuffisante].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cf. page consacrée à la famille van Lennep du site généalogique Diesbach-Belleroche datée du 30/09/2001.
  2. Aide de camp du prince de Condé (que celui-ci fit faire baron héréditaire).
  3. La page du site Diesbach-Belleroche consacrée à la famille Dawes indique qu'en se mariant la nouvelle marquise de Chabannes-La Palice reçut un million de francs du prince de Condé, qu'elle hérita de son père Richard Daw ou Dawes (1751-1828) – qualifié d' esquire dans la brochure sur l'histoire du château – la somme de 350 539,94 francs, puis celle de 166 666,66 francs lors du partage successoral du patrimoine de sa tante (décembre 1842).
  4. « Château de la Palice », base Mérimée, ministère français de la Culture.
  5. Elles se trouvent à Langeais depuis 1892 après leur achat, à Saint-Maixent-l'École (Deux-Sèvres) où elles étaient conservées par un médecin dans l'ancien hôtel Chaurais (cf. les photographies prises à cette époque par un historien local et une lettre d'un(e) intermédiaire à ce sujet - arch. privées) – par le collectionneur alsacien Jacques Siegfried, restaurateur de ce château féodal à partir de 1886 ; elles firent partie de son don de l'ensemble à l'Institut de France en 1904.
  6. Claude Frégnac, Merveilles des châteaux de Provence, Hachette-Réalités, 1965, p. 195, ill.
  7. Répertoire des architectes diocésains du XIXe siècle : Jean-Bélisaire Moreau.
  8. Base Mérimée.

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Comtesse Alfred de Chabannes la Palice, Étude historique sur le château de la Palice, p. 1-16, Bulletin de la société d'Émulation [1]
  • Marcel Génermont, La Palisse. Le château, p. 380-390, dans Congrès archéologique de France. 101e session tenue dans l'Allier. 1938, Société Française d'Archéologie, Paris, 1939
  • Anne Courtillé, Auvergne, Bourbonnais, Velay gothiques. Les édifices religieux, p. 266-269, Éditions A. et J. Picard, Paris, 2002 (ISBN 2-7084-0683-3) - collectif Château de La Palice (Lapalisse, imprimerie Guériaud, s.d.).

Articles connexes[modifier | modifier le code]