Louis de Luxembourg-Saint-Pol

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Louis de Luxembourg
Connétable de Saint-Pol
Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol
Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol

Titre Comte de Saint-Pol et de Conversano
(14331475)
Autre titre Comte de Brienne
Prédécesseur Pierre Ier de Luxembourg
Successeur Pierre II de Luxembourg
Arme Chevalerie
Commandement Connétable de France
Conflits Siège de Dieppe
Ligue du Bien public
Bataille de Montlhéry
Faits d'armes Siège de Dieppe
Reprise d'Harfleur (1443)
Reprise de Caen (1450)
Prise de Saint-Quentin (1470)
Distinctions Chevalier de l'Ordre de Saint-Michel
Biographie
Dynastie Maison de Luxembourg
Naissance 1418
Décès 19 décembre 1475 (à 57 ans)
Paris
Père Pierre Ier de Luxembourg-Saint-Pol
Mère Marguerite des Baux

Berg Arms.svg

Louis de Luxembourg, connétable de Saint-Pol[1], né en 1418, décapité à Paris, en place de Grève, le 19 décembre 1475, est comte de Brienne, de Conversano et comte de Saint-Pol de 1433 à 1475, de Ligny et de Guise de 1441 à 1475, de Marle et de Soissons de 1435 à 1475. Il appartient par ailleurs à la première promotion de l'Ordre de Saint-Michel, qui eut lieu le 1er août 1469[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Un grand du royaume de France[modifier | modifier le code]

Louis de Luxembourg était le fils de Pierre Ier de Luxembourg, comte de Saint-Pol, de Brienne et de Conversano, et de Marguerite des Baux (Margherita del Balzo, 1394-1469).

Louis de Luxembourg était comte de Saint-Pol, de Ligny et de Conversano, châtelain de Lille, seigneur d'Enghien, d'Oisy, de Bohain, de Beauvoir, de Condé-en-Brie et de Bourbourg. Il épousa en première noce, Jeanne de Bar, comtesse de Soissons et de Marle, seigneur de Ham. Il hérita à son décès de la seigneurie de Ham[3].

Par le comté de Saint-Pol, il était vassal du duc de Bourgogne qui était lui-même vassal du roi de France. Il fut ainsi mêlé aux intrigues de ces deux personnages.

Orphelin de père à quinze ans, il fut élevé par son oncle Jean de Luxembourg qui s'était illustré en 1430 par la capture de Jeanne d'Arc à Compiègne. À la mort de Jean de Luxembourg en 1441, les biens hérités de ce dernier furent mis sous séquestre par Charles VII car Louis refusait de signer le Traité d'Arras de 1435. Louis de Luxembourg se rapprocha de la France et put ainsi les récupérer, mais le comte du Maine lui intenta un procès à propos de la possession de la seigneurie de Guise. Un arrangement fut trouvé en mai 1444, Charles du Maine ayant épousé Isabelle, la sœur de Louis de Luxembourg, celle-ci reçut Guise en dot.

Louis de Luxembourg fortifia La Fère dans l’Aisne, qu’il entoura de murs et, sur l’emplacement d'un ancien château fort au donjon carré, il en fit élever un nouveau, qui fut agrandi et embelli par sa petite fille, Marie de Luxembourg-Saint-Pol, arrière-grand-mère d’Henri IV et de Marie Stuart.

Il fit reconstruire le château de Ham et le dota en 1441 d'un donjon formidable (appelé "tour du Connétable") de 33 m de haut et de 33 m de diamètre avec des murs de 11 mètres d'épaisseur capables de résister aux assauts de l'artillerie naissante. Il fit graver cette devise au-dessus de la porte d'entrée de la Tour du Connétable: "Mô Myeux" (Mon mieux)[4].

Un connétable jouant double jeu[modifier | modifier le code]

Louis de Luxembourg devint proche du Dauphin (le futur Louis XI) et participa à ses côtés au siège de Dieppe. La ville fut délivrée le 14 août 1443. Le Dauphin arma chevalier Louis de Luxembourg juste avant l'assaut final. Le comte de Saint-Pol ensuite combattit les Anglais et les chassa de Flandre et de Normandie, reprise d'Harfleur, le 24 décembre 1443, de Gournay-en-Bray en 1449 et de Caen en 1450[5].

Le comte de Saint-Pol, malgré son soutien au roi de France, apportait également son aide au duc de Bourgogne, Philippe le Bon. En 1452, il combattit contre l’archevêque de Cologne et les Gantois révoltés.

Il prit part en 1465 à la Ligue du Bien public et à la guerre qui s'ensuivit aux côtés des grands féodaux révoltés contre Louis XI, roi de France. C’est sa désobéissance qui provoqua la bataille de Montlhéry, et sa fuite manqua d’entraîner une déroute bourguignonne.

À la Bataille de Montlhéry, il commandait l’avant-garde du comte de Charolais (le futur Charles le Téméraire). Néanmoins, Louis XI cherchait à l'attirer à son service.

Par le traité de Conflans, il reçut de Louis XI le titre de connétable. Il épousa, en 1466, Marie de Savoie, sœur de la reine de France Charlotte, et reçut les seigneuries de Guise et du Nouvion-en-Thiérache. Le connétable de Saint-Pol passa ainsi au service du roi de France. En 1469, il fut l'un des premiers chevaliers de l'Ordre de Saint-Michel créé par Louis XI.

Puissant parmi les puissants, il se comportait en prince indépendant et cherchait à jouer le rôle principal dans les intrigues et les troubles de la période.

Malgré des marques apparentes d'hostilité envers le duc de Bourgogne (prise de Saint-Quentin, 1470), il avait des intelligences secrètes avec lui et en 1475, lors de l'invasion de la France par le roi Édouard IV d'Angleterre, sa conduite ne fut pas moins équivoque.

La chute[modifier | modifier le code]

En 1471, lassé des intrigues du connétable, Charles le Téméraire prévint Louis XI de son double-jeu. Les deux princes firent de Louis de Luxembourg leur ennemi commun à partir de 1474. Le comte de Saint-Pol incita alors le roi d'Angleterre Édouard IV à marcher sur la Picardie promettant de lui livrer Saint-Quentin[6].

À la suite des conférences de Picquigny entre Louis XI et le roi d'Angleterre, le 29 août 1475, Édouard IV, trompé par le comte de Saint-Pol, donna à Louis XI la correspondance que le connétable lui avait adressée[7]. Louis XI marcha ensuite sur Saint-Quentin où le connétable s'était retranché. Préférant esquiver l'affrontement, Louis de Luxembourg chercha refuge à Mons auprès du duc de Bourgogne. Mais Charles le Téméraire décida de le faire arrêter et de le livrer à Louis XI[7].

Dès son arrivée à Paris le 26 novembre 1475, le procès du connétable de Saint-Pol commença et dura trois semaines.

L'étude des interrogatoires du connétable de Saint-Pol permet de retracer le déroulement d'un complot dans lequel de nombreux princes français et européens étaient impliqués. Cet événement judiciaire apparaît comme une confrontation entre le roi de France et la très haute noblesse. Le connétable de Saint-Pol y défendit constamment son «honneur» face au souverain qui utilisa le Parlement de Paris et s'appuya sur le "principe monarchique" élaborée au cours des siècles passés.

Louis XI fit de ce procès pour lèse-majesté, un procès exemplaire par sa durée et par la procédure suivie. La condamnation et l'exécution de Saint-Pol a fortement marqué les chroniqueurs du temps, comme Philippe de Commynes, Thomas Basin ou Jean de Roye, du fait de l'importance du connétable. Celui-ci apparaît comme une victime de l'utilisation par Louis XI de la justice royale à des fins de vengeance personnelle[8].

Louis de Luxembourg fut condamné à mort par le Parlement le 19 décembre, et décapité sur la place de Grève de Paris le même jour. Sa dépouille fut ensevelie par les moines cordeliers dans l'église Saint-Claire[9].

Le duc de Bourgogne reçut, après son exécution, les territoires de Saint-Quentin, Ham et Bohain[10].

Notice matrimoniale[modifier | modifier le code]

Le 16 juillet 1435, il épouse Jeanne de Bar (1415 † 1462), comtesse de Marle et de Soissons, fille de Robert de Bar, comte de Marle et de Soissons, et de Jeanne de Béthune. Il hérite au décès de son épouse de la seigneurie de Ham (Somme). Ils eurent ensemble comme descendants :

Veuf, il se remarie en 1466 avec Marie (1448 † 1475), fille de Louis Ier, duc de Savoie, et prince de Piémont, et d'Anne de Lusignan. Avec ces noces, il devient beau-frère de Louis XI. Ils eurent ensemble comme descendants :

  • Louis (1467 † 24.12.1503), comte de Ligny (1475), puis prince d’Altamura, duc d'Andria et de Venosa, capitaine de Charles VIII, lieutenant général de l'armée française, grand chambellan de Louis XII, gouverneur de Picardie
  • Jeanne, nonne à Gand
  • Charles (1475 ? † 1475/76?), meurt à Cambrai peu après l'exécution de son père.

Louis de Luxembourg eu par ailleurs huit bâtards, dont Gilles de Luxembourg, 80ème évêque de Châlons-en-Champagne de 1503 à 1535.

Sources[modifier | modifier le code]

Pour approfondir[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Archives du Syndicat d'Initiative de La Fère, extrait du livre "La Fère, son histoire".
  • Pierre Jacques Brillon, Dictionnaire des arrêts ou jurisprudence universelle des parlements et autres tribunaux, tome 2, 1727.
  • Jacques Dollar, Les intrigues de Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol, connétable de France, Bascharage (Luxembourg), chez l'auteur, 1985.
  • Edmond Edmont, Galerie ternésienne ou Dictionnaire biographique des personnages les plus remarquables de l'ancien comté de Saint-Pol ou de l'arrondissement actuel de ce nom, Saint-Pol-sur-Ternoise, Imprimerie Dubois, 1910, pp. 139 à 145.
  • Charles Gomart, Ham, son château et ses prisonniers, 1864 [lire en ligne]
  • Yves Lallemand, "Le procès pour trahison du connétable de Saint-Pol" Congrès: les procès politiques XIVe-XVe siècles, 20 janvier 2003 in Revue /Journal Tittle collection de l'École française de Rome, 2007, iss 0223-5099
  • G. Périnelle, « Un texte officiel sur l'exécution du connétable de Saint-Pol (19 décembre 1475) » in Mélanges d'archéologie et d'histoire T. 23, 1903. pp. 427–432. Lire en ligne
  • Werner Paravicini, « Peur, pratiques, intelligences. Formes de l'opposition aristocratique à Louis XI d'après les interrogatoires du connétable de Saint-Pol », in Bernard Chevalier et Philippe Contamine (dir.), La France de la fin du XVe siècle. Renouveau et apogée, Paris, Éditions du CNRS, 1985, p. 183-196.
  • G. E. Sauvage, Histoire de Saint-Pol, chapitre V: Le connétable Louis de Luxembourg; Arras, Jean Degeorges imprimeur, 1834.
  • Célestine de Varreux, Le connétable de Saint-Pol ou la Bataille de Montlhéry, histoire du XVe siècle.
  • "Histoire généalogique et chronologique de la Maison royale de France" du p. Anselme, 3ème édition,tome 3,p 726-727 : généalogie des comtes de Saint-Paul (disponible sur Gallica).

Liens internes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sa généalogie sur le site Medieval Lands
  2. Lettres patentes de Louis XI, Amboise, le 1er août 1469 : Marquis de Pastoret, Ordonnances des Rois de France de la 3e Race, recueillies par ordre chronologique, vol. XVII, Paris, Imprimerie royale,‎ 1820 (présentation en ligne, lire en ligne), p. 237.
  3. G. E. Sauvage, Histoire de Saint-Pol, chapitre V: Le connétable Louis de Luxembourg; Arras, Jean Degeorges imprimeur, 1834
  4. Charles Gomart, Ham, son château et ses prisonniers, IIème partie, chapitre XXIII, pp. 269-281 et chapitre XXIV, pp. 282-296, 1864
  5. Edmond Edmont, Galerie ternésienne ou Dictionnaire biogtaphique des personnages les plus remarquables de l'ancien comté de Saint-Pol ou de l'arrondissement actuel de ce nom, Saint-Pol-sur-Ternoise, Imprimerie Dubois, 1910, pp. 139 à 145
  6. Edmond Edmont, Galerie ternésienne ou Dictionnaire biographique des personnages les plus remarquables de l'ancien comté de Saint-Pol ou de l'arrondissement actuel de ce nom, Saint-Pol-sur-Ternoise, Imprimerie Dubois, 1910, pp. 139 à 145
  7. a et b Favier 2001, p. 692
  8. Yves Lallemand, "Le procès pour trahison du connétable de Saint-Pol" Congrès les procès politiques XIVe-XVe siècles 20 janvier 2003 in Revue /Journal Tittle collection de l'École française de Rome, 2007, iss 0223-5099
  9. Edmond Edmont, Galerie ternésienne ou Dictionnaire biogtaphique des personnages les plus remarquables de l'ancien comté de Saint-Pol ou de l'arrondissement actuel de ce nom, Saint-Pol-sur-Ternoise, Imprimerie Dubois, 1910, pp. 139 à 145
  10. Charles Gomart, Ham, son château et ses prisonniers, IIe partie, chapitre XXVI pp.313-314, 1864
  11. http://books.google.fr/books?id=26dBAAAAcAAJ&pg=PA76