Louise Labé

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Louise Labé

Description de cette image, également commentée ci-après

Louise Labé, portrait gravé par Pierre Woeiriot (1555), BNF.

Nom de naissance Louise Charly
Activités Poète
Naissance 1524
Lyon, Pavillon royal de la France.png Royaume de France
Décès
Parcieux-en-Dombes,
Pavillon royal de la France.png Royaume de France
Langue d'écriture français

Louise Labé née en 1524 à Lyon, décédée le à Parcieux-en-Dombes où elle fut enterrée[1], est une poétesse française surnommée « La Belle Cordière », elle fait partie des poètes en activité à Lyon pendant la Renaissance.

Vie et œuvre[modifier | modifier le code]

La belle cordière[modifier | modifier le code]

Son père, Pierre Charly, apprenti cordier, avait épousé (vers 1493) en premières noces la veuve d'un cordier prospère, Jacques Humbert dit Labé ou L'Abbé. Pour assurer sa présence dans cette profession, il reprit pour lui-même le surnom du premier mari de sa femme et se fit appeler Pierre Labé[2].

Femme de lettres[modifier | modifier le code]

À la mort de sa femme, Pierre Charly, alias Pierre Labé, se remaria, et c'est de ce mariage que naîtra Louise Labé. Celle-ci reprendra également le pseudonyme de son père et sera surnommée La Belle Cordière en raison du métier de son père, puis de son mari. Elle était la femme d'Ennemond Perin, riche marchand de cordes, qui possédait plusieurs maisons à Lyon[3]. Elle trouva dans la fortune de son mari un moyen de satisfaire sa passion pour les lettres. Dans un temps où les livres étaient rares et précieux, elle eut une bibliothèque composée des meilleurs ouvrages grecs, latins, italiens, espagnols et français.

Elle possédait des jardins spacieux près de la place Bellecour où elle pratiquait l'équitation, sans toutefois monter son cheval en amazone.

Avec Maurice Scève et Pernette du Guillet, Louise Labé appartient au groupe dit « école lyonnaise », bien que ces poètes n'aient jamais constitué une école au sens où la Pléiade en était une. La lecture de ses œuvres confirme qu'elle a collaboré avec ses contemporains, notamment Olivier de Magny et Jacques Peletier du Mans, autour de l'atelier de l'imprimeur Jean de Tournes.

Page de titre de l'édition de 1556 des œuvres

Elle écrit des poèmes à une époque où la production poétique est intense. La poésie française se donne alors des bases théoriques avec Du Bellay (Défense et illustration de la langue française, 1549) et se met en place avec Ronsard, Olivier de Magny, Pontus de Tyard, et d'autres, suivant le modèle de Pétrarque et d'auteurs anciens tels que Catulle et Horace, ou contre eux. Chez Louise Labé, on remarque l'influence d'Ovide, qu'elle connaît bien, qu'il s'agisse des Métamorphoses ou des œuvres élégiaques. En particulier, ses élégies paraissent influencées par les Héroïdes.

Sa culture est aussi celle de la Renaissance italienne. Le Débat semble influencé en partie par la reconnaissance de la folie telle qu'elle apparaît dans l'Éloge de la Folie d'Érasme ; elle récrit à sa manière, comme beaucoup de ses contemporains, l'un des plus célèbres sonnets de Pétrarque, celui dont l'incipit est Solo e pensoso.

Elle prend vigoureusement position contre la façon dont Jean de Meung achève le travail interrompu de son prédécesseur Guillaume de Lorris, en passant d'un récit mythique et symbolique à des descriptions bien plus terre à terre, et même sensiblement misogynes. Ce sera en pure perte : le Roman de la rose connaîtra un succès considérable.

L'œuvre de Louise Labé, très mince en volume (662 vers), se compose d'un Débat de Folie et d'Amour (dans lequel Jean de La Fontaine a trouvé le sujet de l'une de ses fables), de trois Élégies et de vingt-quatre sonnets, lesquels expriment les tourments féminins de la passion.

Épigramme à la louange de Louise Labé[modifier | modifier le code]

Estreines, à dame Louïze Labé
Louïze est tant gracieuse et tant belle,
Louïze à tout est tant bien avenante,
Louïze ha l'œil de si vive estincelle,
Louïze ha face au corps tant convenante,
De si beau port, si belle et si luisante,
Louïze ha voix que la Musique avoue,
Louïze ha main qui tant bien au lut joue,
Louïze ha tant ce qu'en toutes on prise,
Que je ne puis que Louïze ne loue,
Et si ne puis assez louer Louïze.

Épigramme attribuée à Clément Marot, dans Œuvres de Louise Labé, Écrit de divers Poètes, à la louange de Louise Labé (1555)

Imposture poétique ?[modifier | modifier le code]

On ne connaît que très peu d'éléments de sa vie. Ceux que l'on peut lire sont parfois le fruit de l'imagination des critiques à partir de ses écrits : Louise Labé chevalier, Louise Labé lesbienne, Louise Labé lyonnaise, Louise Labé prostituée, etc. Certains spécialistes du XVIe siècle avancent une thèse audacieuse : Louise Labé ne serait qu'une fiction élaborée par un groupe de poètes autour de Maurice Scève (le nom de Louise Labé viendrait du surnom d'une prostituée lyonnaise « La Belle Louise »). L'ouvrage de l'universitaire Mireille Huchon cité dans la bibliographie développe cette hypothèse.

Daniel Martin a cherché à réfuter cette hypothèse dans son article « Louise Labé est-elle une créature de papier ? ». Alors que Mireille Huchon affirme que, dans le portrait de Pierre Woeiriot, la présence d'une petite Méduse assimile Louise Labé à la créature mythologique (ce qui ne va pas de soi), on ne saurait en déduire que la décrire ainsi est « dévalorisant, à coup sûr ». « Le mythe de Méduse, prototype de la cruauté féminine, est souvent utilisé par les poètes pétrarquistes [...] depuis Pétrarque. Ronsard cherche-t-il à dévaloriser Cassandre dans les sonnets 8 et 31 des Amours  ? » (p. 10) Daniel Martin conteste que le retrait de Jacques Peletier des Escriz dénonce une supercherie. Il fait remarquer (p. 27) qu'il « collaborait avec Jean de Tournes : il était aux premières loges pour avoir connaissance d'un projet aussi hardi de mystification. Comment aurait-il pu ignorer une supercherie dont on nous dit par ailleurs que tout le monde en était informé ? » Il fait en outre remarquer que, dans ses Opuscules, il publie un texte à la louange de Louise Labé. On trouvera dans cet article d'autres arguments (Les témoignages de Rubys et de Paradin ; le rôle de Maurice Scève).

Aucun des arguments avancés n'emporte une conviction absolue. La thèse de Mireille Huchon en faveur de l'inexistence de Louise Labé a reçu l'approbation de Marc Fumaroli.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Les recueils des œuvres de Louise Labé ont été imprimés à Lyon par Jean de Tournes en 1555, in-12, et en 1556, in-16 [lire en ligne]. La troisième édition est celle de Lyon, 1762, petit in-8, ornée d'une Vie de Louise Labé, et d'un portrait.
  • Œuvres complètes, Édition critique et commentée par Enzo Giudici, Genève, Droz, T.L.F., 1981, 256 p.
  • Œuvres complètes, François Rigolot (éd.), Paris, GF, 2004.
  • Le Débat de Folie et d'Amour, Eliane Viennot (éd.), in A. Evain, P. Gethner, H. Goldwyn (dir.), Théâtre de femmes de l'Ancien Régime, vol. 1, XVIe siècle, Saint-Etienne, Publications de l'Université, 2006 [orth. et ponctuation modernisées, format poche].

Exemple de poème, Je vis, je meurs[modifier | modifier le code]

Je vis, je meurs dans l'édition de 1556
Sonnet VIII
Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ;
J'ai chaud extrême en endurant froidure :
La vie m'est et trop molle et trop dure.
J'ai grands ennuis entremêlés de joie.
Tout à un coup je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint grief tourment j'endure ;
Mon bien s'en va, et à jamais il dure ;
Tout en un coup je sèche et je verdoie.
Ainsi Amour inconstamment me mène ;
Et, quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me trouve hors de peine.
Puis, quand je crois ma joie être certaine,
Et être au haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Louise Labé - Œuvres complètes, édition critique et commentée par Enzo Giudici – Genève : Droz, 1981.
  • Georges Tricou, Louise Labé et sa famille, Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance, V, 1944.
  • Mireille Huchon, Louise Labé. Une créature de papier, Droz, 2006.
  • Les Œuvres complètes de Louise Labé, Cahiers Textuel, n°28, 2005.
  • Madeleine Lazard, Louise Labé Lyonnaise, Paris, Fayard, 2004.
  • Louise Labé 2005, études réunies par Béatrice Alonso et Eliane Viennot, Saint-Etienne, Publications de l'Université de Saint-Étienne, 2004.
  • Daniel Martin, Isabelle Garnier-Mathez, Louise Labé. Débat de Folie et d'Amour, Élégies, Sonnets, Neuilly, Atlande, 2004.
  • Daniel Martin, Signe(s) d'amante. L'agencement des Evvres de Louïze Labé Lionnoize, Paris, Champion, 1999.
  • Daniel Martin, « Louise Labé est-elle une créature de papier? », Réforme Humanisme Renaissance, n°63, p. 7-37, déc 2006.
  • François Rigolot, Louise Labé Lyonnaise ou la Renaissance au féminin, Paris, Champion, 1997.
  • Louise Labé. Les voix du lyrisme, textes réunis par Guy Demerson, Saint-Étienne et Paris, Publications de l'Université de Saint-Étienne-CNRS, 1990
  • Karine Berriot, Louise Labé. La Belle Rebelle et le François nouveau, Paris, Seuil, 1985.
  • François Pédron, Louise Labé : La femme d'amour, Fayard, 1984.
  • Enzo Giudici, Louise Labé, Paris, Nizet, 1981.
  • (it) Enzo Giudici, Louise Labé et l’École Lyonnaise, avant-propos de Jean Tricou, Naples, Liguori Editore, 1964.
  • Poètes du XVIe siècle, Bibliothèque de la Pléiade, Éditions NRF, Gallimard, 1969.
  • François Solesmes, « Louise Labé, “créature de papier” ? », compte rendu critique de l’ouvrage de Mireille Huchon, SIEFAR, déc. 2007.

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bertrand Beyern, Guide des tombes d'hommes célèbres, Le Cherche midi,‎ 2011, 385 p. (ISBN 9782749121697, lire en ligne), p. 12.
  2. Mireille Huchon, Louise Labé, 2006, p. 83
  3. Une de ses maisons, rue Comfort