Louis Bouyer

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Louis Bouyer est un théologien catholique français né à Paris le et mort le , également à Paris.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né dans une famille protestante, Louis Bouyer, après une licence ès lettres à la Sorbonne, fit des études théologiques aux facultés protestantes de Paris, puis de Strasbourg. Il fut ordonné pasteur luthérien en 1936, puis occupa la charge de vicaire de la paroisse luthérienne de la Trinité de Paris jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. En 1939, l'étude de la christologie et de l'ecclésiologie de saint Athanase d'Alexandrie conduisit le pasteur vers l'Église catholique.

Reçu dans l'Église catholique à l'abbaye de Saint-Wandrille (Seine-Maritime) en 1944, il entra pour le reste de sa vie dans la congrégation des prêtres de l'Oratoire. Il fut professeur à l'Institut catholique de Paris jusqu'en 1963 et enseigna ensuite en Angleterre, en Espagne et aux États-Unis. En 1969, il écrivit le livre La Décomposition du catholicisme, qui montra les difficultés liturgiques et dogmatiques que vivait l'Église.

Deux fois nommé par le pape à la Commission théologique internationale, en 1969[1] puis en 1974, il fut consultant au concile de Vatican II pour la liturgie, la Congrégation pour le Culte et le Secrétariat pour l'unité des chrétiens.

Il reçut en 1999 le Prix du Cardinal-Grente de l'Académie française pour l'ensemble de son œuvre[2].

Il est mort le 22 octobre 2004 à Paris, victime depuis plusieurs années de la maladie d'Alzheimer. Il fut enterré dans le cimetière monastique de l'abbaye Saint-Wandrille.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Théologien éclectique, il constitua tout au long de sa vie une œuvre magistrale et parfois polémique sur :

Thèmes centraux :

Le mystère pascal ; L'eucharistie ; Le trône de la Sagesse ; Le fils éternel ; Le père invisible ; Le consolateur ;
Cosmos : le monde et la gloire de Dieu ;
Gnosis : La connaissance de Dieu dans l'écriture ; Sophia ou le Monde en Dieu ; Participation à la revue Bible et vie chrétienne.

Ecclésiologie : L'Église de Dieu ; L'incarnation et l'Église corps du Christ.

La liturgie :

  • Le rite et l'homme, La vie de la liturgie, Architecture et liturgie.
  • Dom Lambert Beauduin. Un homme d'Église, Paris, 1964.

Œcuménisme : Du protestantisme à l'Église, Newman sa vie sa spiritualité.

Pamphlets : La Décomposition du Catholicisme, Religieux et clercs contre Dieu.

Mystique : Vie de saint Antoine par saint Athanase, La méditation contemplative, Le sens de la vie monastique, Figures mystiques féminines, La connaissance spirituelle chez Marie de l'incarnation, Introduction à la vie spirituelle, La spiritualité de Cîteaux, Le quatrième Évangile.

Autres : Autour d'Érasme, La dignité et la vocation de la femme, Les écrits de pères apostoliques, Le sens de la vie sacerdotale, Humain ou chrétien, La spiritualité du Nouveau Testament, Le culte de la mère de Dieu dans l'Église catholique, Saint Philippe Neri, Initiation chrétienne, L'initiation chrétienne.

Sous le pseudonyme de Louis Lambert, il a publié : Prélude à l'Apocalypse ou les derniers chevaliers du Graal, Limoges, Critérion, 1982. Il y décrit, avec un humour un peu féroce et sous des pseudonymes transparents, les milieux ecclésiastiques parisiens. À titre d'exemple, l'archevêque se nomme le cardinal Fougetrat…

Enfin, il a écrit ses Mémoires, dont le tapuscrit a été abondamment diffusé (en photocopies) auprès de ses amis (qui en ont mis de brefs extraits sur internet), et dont la parution est encore attendue avec impatience, car il révèle des choses intéressantes sur des sujets sensibles de la période post-conciliaire.

Écrit[modifier | modifier le code]

Louis Bouyer a été professeur à l'Institut catholique de Paris, et a participé à la préparation du concile de Vatican II, à la mise en œuvre de sa réforme liturgique et de son ouverture œcuménique.

« Ce qui est essentiel au christianisme, ce n'est ni un système doctrinal, ni une organisation ecclésiastique, ni même l'Écriture, c'est une personne, la personne de Jésus de Nazareth. Toutes ces autres choses ont leur rôle à jouer, dans sa dépendance, mais il est le chemin, la vérité, la vie, lui, entendez-vous ? lui-même, sa personne.
Jésus va bientôt entrer dans la salle du festin des noces. Il nous a envoyé vous chercher, nous disant : « Contraignez-le d'entrer ! » Vous allez venir, vous allez vous présenter devant lui et lui s'arrêtera devant vous et il vous parlera. Quelque sympatie qui nous unisse, malgré les distances, à ceux que nous aimons, il est une grande différence entre la joie que peut donner la lecture d'une lettre ou le rappel d'un souvenir et la joie d'accourir au rendez-vous où nous les verrons nous-mêmes, où nous savons en y allant qu'ils y sont déjà qui nous attendent. Ce rendez-vous, le Seigneur vous le donne à la table de son Père. Il y a un mystère dans cette rencontre, ce clair-obscur d'ombre nocturnes et de clartés matinales, qui convient à notre vie présente, toute chargée de l'attente de l'aube éternelle[3]. »

Bouyer et Tolkien[modifier | modifier le code]

Louis Bouyer fut un des premiers lecteurs français de Tolkien et un de ses amis :

« Tolkien en effet, d'accord avec les meilleurs historiens contemporains des religions comparées, comme un Georges Dumézil ou un Mircea Eliade, ne s'est pas contenté de montrer le caractère, non seulement de pérennité mais de vérités essentielles, et pour cela impérissables, des mythes, où s'est projetée l'intuition première du sens de l'univers et de la vie humaine. Mais, comme les meilleurs exégètes […] Tolkien est aussi de ceux qui ont le mieux compris et expliqué comment la nouveauté de ce que juifs et chrétiens ont cru être la parole divine ne pouvait s'exprimer humainement qu'en faisant sienne, fût-ce en les transfigurant, les images des mythes. »

— Louis Bouyer, Les lieux magiques de la légende du Graal

Actualité de la pensée de Louis Bouyer[modifier | modifier le code]

Ayant subi dans sa jeunesse l'influence d'Oscar Cullmann et de l'école formelle-historique (Formgeschichtliche Methode) dans l'interprétation des Écritures, Louis Bouyer se montra réceptif aux apports scientifiques quant à la compréhension des écritures tout en refusant des interprétations imagées ou symboliques se distanciant avec le texte, jusqu'au relativisme. Il appartient à ce titre au courant Biblique mais avec un éclairage sur la et les T(t)radition(s).

Pendant et suite au concile Vatican II, Louis Bouyer a toujours maintenu la pertinence d'une « troisième voie » lors des déchirements entre progressistes et traditionalistes grâce à la redécouverte d'une Tradition vivante paradoxalement pleinement catholique et œcuménique. La théologie de Louis Bouyer est marquée en ceci par une perception historique et spirituelle en décalage certain, mais pas en contradiction, avec une vision cartésienne, juridique ou thomiste de la foi.

Il est aujourd'hui, pour l'Église catholique, un des théologiens les plus complets, féconds et reconnus au même titre que Henri de Lubac, Jean Daniélou et Hans Urs von Balthasar. Le contact avec la pensée de Louis Bouyer est un moyen efficace de comprendre le message avec ses nuances, ses tensions et sa cohérence des derniers pontifes Jean-Paul II et Benoît XVI.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Livres de Louis Bouyer

  • La Bible et l'Évangile : Le sens de l'Écriture, Cerf, 1945 (1re édition) ; 2009, Collection : BIB CERF (ISBN 2204087807)
  • Le Mystère pascal : Méditation sur la liturgie des trois derniers jours de la Semaine Sainte, Cerf, 1945 (1re édition)
  • Le Sens de la vie monastique, Cerf, 1950
  • Newman : Sa vie – Sa spiritualité, Cerf, 1952
  • La Vie de la liturgie : Une critique constructive du mouvement liturgique, Cerf, 1956 (1ere édition)
  • Le Trône de la Sagesse : Essai sur la signification du culte marial, Cerf, 1957 (1ere édition)
  • Initiation chrétienne, éditions Plon, 1958 (1ere édition)
  • Histoire de la spiritualité chrétienne, tome I "La spiritualité du Nouveau Testament et des Pères", Aubier, 1960 (1ere édition)
  • avec Dom Jean Leclercq et François Vandenbroucke, Histoire de la spiritualité chrétienne, tome II "La spiritualité du Moyen Âge", Aubier, 1961
  • Le Rite et l'homme : Sacralité naturelle et liturgie, Cerf, 1962 (1ere édition)
  • Dom Lambert Beauduin, Un homme d'Église, Casterman, 1964 (1ere édition)
  • Histoire de la spiritualité chrétienne, tome III "La spiritualié orthodoxe et la spiritualité protestante et anglicane", Aubier, 1965
  • Le Mystère pascal, Cerf, 1965
  • Eucharistie, Cerf, 1966 (1ere édition)
  • Architecture et liturgie, Cerf, 1967 - traduit de l'anglais par G. Lecourt
  • Le métier de théologien - Entretiens avec Georges Daix, Éditions France-Empire, 1979
  • Figures mystiques féminines, Cerf, 1989

Livres sur Louis Bouyer

  • « Trois liturgistes. Héritage et actualité. Louis Bouyer, Pierre Jounel, Pierre-Marie Gy », revue La Maison-Dieu, no 246, 2006, 183 p.
  • Davide Zordan, Connaissance et mystère. L'itinéraire théologique de Louis Bouyer, Éditions du Cerf, 2008, 807 p.
  • Guillaume Bruté de Rémur, La théologie trinitaire de Louis Bouyer, Éditrice Pontificia Università Gregoriana, Rome, 2010, 378 p.
  • Jean Duchesne, Louis Bouyer, éd. Artège, coll. « Spiritualité », Perpignan, 2011, 127 p. (ISBN 2360400126)

Références[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]