Histoire des religions

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Chronologie de quelques religions.
La Grande Mosquée de Kairouan (VIIe-IXe siècle) est un exemple d'édifice religieux datant des premiers siècles de l'Islam.

L'histoire des religions est une science humaine ayant pour objet d’étude les religions, ou plus exactement des ensembles de pratiques et croyances, rites et mythes. Cette discipline fait son apparition officielle dans les universités dans la deuxième moitié du XIXe siècle, dans le cadre du développement des idées laïques, du débat sur la séparation de l’Église et de l’État et de l’essor des sciences sociales.

Définition[modifier | modifier le code]

L’histoire des religions aborde les phénomènes religieux d’un point de vue non confessionnel, dans une perspective historique mais aussi anthropologique, dans le temps et dans l’espace. Elle est, dans ce cadre, étroitement solidaire d’autres disciplines des sciences sociales, à commencer par l’ethnologie, la philologie et l’histoire. Comme ces disciplines sœurs, l’histoire des religions est une science d'observation reposant sur l'examen critique des données, ainsi que sur la comparaison.

Cette discipline rencontre d’ailleurs d’autres dénominations, comme science des religions, qui vient de l’allemand Religionswissenschaft, notion en premier lieu forgée par Friedrich Max Müller, célèbre orientaliste, mythologue et indo-européaniste du XIXe siècle. À l’époque, l’étude des religions semble s’enraciner dans l’académisme romantique. Nous rencontrons aussi souvent le terme de religions comparées, surtout dans le monde anglophone.

Histoire[modifier | modifier le code]

L’exercice de l’histoire des religions a toujours été comparatiste. Dans l’Antiquité déjà, depuis Hérodote, les Grecs observaient avec curiosité les coutumes et les traditions des autres (Égyptiens, Perses, Juifs) afin de se positionner eux-mêmes. Plutarque, au Ier siècle de notre ère, nous a légué un certain nombre de travaux que l’on pourrait qualifier de mythologie comparée. Ce sont ensuite les Pères de l'Église qui vont comparer les différentes religions (et forger le concept de paganisme), afin d’expliquer l’émergence et la supériorité du christianisme. Ce sont d’ailleurs les concepts énoncés dans ce cadre par les Pères de l'Église (par exemple la Lumière naturelle, ou l’imitation diabolique) qui vont servir à expliquer, lors de la découverte du nouveau monde, les mœurs curieuses de ces indiens qu’on y rencontre et qui semblent ressembler à celles des païens d’avant le christianisme. La comparaison va alors se jouer sur trois niveaux : l’Ancien, le sauvage et nous. Ainsi l'Historia Apologetica du dominicain Bartolomé de Las Casas (XVIe siècle) ou Les mœurs des sauvages américains comparée aux mœurs des premiers temps du jésuite Joseph François Lafitau (XVIIIe siècle). Nous sommes alors encore dans un cadre apologétique. L’histoire des religions s’y développe à partir du regard que le christianisme porte sur les autres religions.

Au XIXe siècle, au terme du processus de déconfessionnalisation lancé par les philosophes des Lumières, l’histoire des religions va lentement s’émanciper de ce cadre pieux pour devenir une véritable discipline scientifique, dégagée du carcan de la religion, afin précisément, de mieux en faire son objet d’étude. L'histoire des religions se distingue ainsi en premier lieu des disciplines théologiques, même si celles-ci cultivent aussi une critique profonde de leurs traditions. Elle sera marquée par les études orientalistes, issues notamment de la découverte du sanscrit, la critique biblique (Ernest Renan), mais aussi et surtout par l’anthropologie anglo-saxonne (William Robertson Smith, Edward Tylor, James George Frazer) et l’école sociologique française (Émile Durkheim, Marcel Mauss, Henri Hubert).

Au XXe siècle, l’histoire des religions sera encore influencée par les approches psychologiques (Sigmund Freud, Carl Gustav Jung, Károly Kerényi), phénoménologiques (Rudolf Otto, Mircea Eliade) ou par des figures incontournables de la mythologie comparée (Georges Dumézil) ou de l’anthropologie sociale (Claude Lévi-Strauss).

Aujourd’hui plusieurs associations et organisations regroupent les spécialistes des différents domaines de l’histoire des religions (Cf. liens). Des approches différentes, d’une école à l’autre sont toujours pratiquées, mais l’exercice comparatiste et la perspective historico-anthropologique restent le plus souvent de rigueur.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Philippe Borgeaud, Aux Origines de l'histoire des religions, éd. du Seuil Paris, 2004.
  • Maurice Olender, Les langues du Paradis, éd. Gallimard/Seuil, Paris, 1994.

Ouvrages classiques[modifier | modifier le code]

  • Müller, Karl Otfried, Prolegomena zu einer wissenschafltichen Mythologie, mit einer antikritischen Zugabe, Göttingen, 1825.
  • Müller, Friedrich Max, Einleitung in die Vergleichende Religionswissenschaft, Strassburg, 1874
  • Smith, William Robertson, The Religion of the Semites, 1889 (2e éd. 1894).
  • Frazer, James George, The Golden Bough. A Study in Comparative Religion, 2 vol., Londres/ New York, 1890 (trad. française: Le Rameau d'or, 4 vol., Paris, 1981-1984.) ; cf. Ackerman, R., J.G. Frazer. His Life and Work, Cambridge UP, 1987.
  • Émile Durkheim, Les formes élémentaires de la vie religieuse. Le système totémique en Australie, Libraire Félix Alcan, 2e éd, Paris, 1925 (spécialement livre I, chap. 1; livre III, chap. 5), (réédition Quadrige, Paris, PUF, 1998).
  • Freud, Sigmund, Totem et tabou, Totem et tabou. Quelques concordances entre la vie psychique des sauvages et celle des névrosés(1912-1913), trad. M. Weber, Paris, Gallimard, trad. M. Weber, Paris, Gallimard, 1993.
  • Caillois, Roger, L’homme et le sacré, Paris, 1939.
  • Hubert, Henri, et Mauss, Marcel, «Essai sur la nature et la fonction du sacrifice», dans M. Mauss, Oeuvres, Paris, édition de Minuit, 1968, pp. 195-354.
  • Jung, Karl Gustav, Psychologie et religion, Paris, 1958.
  • Eliade, Mircea, Traité d'histoire des religions, Paris, 1949.
  • Eliade, Mircea, Le mythe de l’éternel retour, Paris, 1949.
  • Eliade, Mircea, Le sacré et le profane, Paris, 1965.
  • Lévi-Strauss, Claude, Mythologiques, 4 vols., Paris, Plon, 1964-1971.
  • Lévi-Strauss, Claude, Anthropologie structurale, Paris, Plon, 1958.
  • Lévi-Strauss, Claude, Anthropologie structurale deux, Paris, Plon, 1976.
  • Puech, Henri-Charles (dir.), Histoire des religions, Paris, Gallimard, 1970
  • Dumézil, Georges, Mythes et épopées, 3 vol., Paris, 1968-1973.
  • Burkert, Walter, Homo Necans, Berlin, 1972.
  • Leroi-Gourhan, André, Les religions de la préhistoire, Paris, 1964.
  • Meslin, Michel Pour une science des Religions, 1973

Ouvrages récents[modifier | modifier le code]

  • Jean C. Baudet, Curieuses histoires de la pensée. Quand l'homme inventait les religions, Jourdan, Bruxelles, 2011.
  • Jean C. Baudet, Histoire de la pensée de l'an Un à l'an Mil, Jourdan, Bruxelles, 2013.
  • Boespflug, F., et Dunand, F., (éds.), Le comparatisme en histoire des religions, Centre de Recherches d’histoire des religions, Paris, 1997.
  • Yves Bonnefoy (éd.), Dictionnaire des mythologies et des religions des sociétés traditionnelles et du monde antique, 2 vol., Paris, 1981.
  • Philippe Borgeaud, Aux Origines de l'histoire des religions, Paris, 2004.
  • Philippe Borgeaud, Exercices de mythologie, Genève, 2005.
  • Marcel Detienne, Comparer l'incomparable, Paris, 2000.
  • Marcel Detienne, L’invention de la mythologie, Paris, 1981.
  • John R. Hinnels (éd.), The Routledge Companion to the Study of Religion, London , 2005.
  • Hans G. Kippenberg, A la découverte de l'histoire des religions, Paris, 1999.
  • Bruce Lincoln, Theorizing Myth. Narrative, Ideology, and Scholarship, Chicago, Chicago UP, 1999.
  • Tomoko Masuzawa, The Invention of World Religions, Chicago, 2005.
  • Russell T. McCutcheon, Critics Not Caretakers, New York, 2001.
  • Maurice Olender, Les langues du Paradis, Paris, 1993.
  • Robert A. Segal (éd.), The Blackwell Companion to the Study of Religion, Malden, 2006.
  • Jonathan Z. Smith, Relating Religion, Chicago, 2004.
  • Ivan Strenski, Thinking about Religion. A Historical Introduction to Theories of Religion, Malden, 2006.
  • Guy G. Stroumsa, Barbarian Philosophy. The religious Revolution of Early Christianity, Tübingen, 1999.
  • Mark C. Taylor, Critical Terms for Religious Studies, Chicago, 1998.
  • Charles Vander Linden, Essai sur le bien et le mal dans les traditions juives et chretiennes, Nogent le roi, 2007.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]