Carte de Piri Reis

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
La carte de Piri Reis.
La carte de Piri Reis restaurée.

La carte de Piri Reis est une carte ancienne, découverte en 1929 lors de la restauration du Palais de Topkapı à Istanbul. Elle est attribuée à l'amiral et cartographe ottoman Piri Reis qui l'aurait tracée en 1513. Dessinée sur une peau de gazelle, elle détaille les côtes occidentales de l'Afrique et les côtes orientales de l'Amérique du Sud.

Principales caractéristiques de la carte[modifier | modifier le code]

La carte de Piri Reis n'est que le fragment d'une carte plus grande représentant le monde connu à l'époque où elle a été réalisée, et dont le reste est aujourd'hui perdu. L'amiral turc dit s'être inspiré d'une vingtaine d'autres cartes, allant de cartes antiques grecques[1] à celles alors très récentes établies par le pilote de Christophe Colomb, capturé en Méditerranée par l'oncle de Piri Reis, ou encore à celles établies par d'autres navigateurs portugais. Il s’agit d’une carte très complète pour l'époque.

L'une des caractéristiques de cette carte est la figuration détaillée d'une côte connectée à la zone australe de l'Amérique du Sud, dont certains disent qu'elle ressemble à la côte de l'Antarctique, continent qui n'a été découvert officiellement qu'en 1818. Cette interprétation est soutenue notamment par Charles Hapgood, professeur américain d'histoire des sciences, dans son livre Cartes des Anciens Rois des Mers[2]. Certains auteurs considèrent la carte comme un « OOPArt », estimant qu'elle a été réalisée 300 ans avant la découverte de l'Antarctique et qu'elle montre la côte telle qu'elle se présente sous la glace (ce qui ferait remonter les informations à 10 000 ans). Des études scientifiques remettent en question cette interprétation (lire infra).

Interprétations pseudo-scientifiques[modifier | modifier le code]

La carte de Piri Reis a excité l’imagination de beaucoup de monde, ce qui a contribué à la discréditer aux yeux des scientifiques : certains l’ont considérée comme un faux grossier établi au plus tôt au XVIIIe et au plus tard durant l'entre-deux-guerres par les nazis, en collaboration avec leurs alliés turcs. Les théories les plus folles sont nées après la Seconde Guerre mondiale, principalement sous la plume d’auteurs américains :

  • Après 1945, la Navy américaine cartographie les côtes de l'Antarctique à l'aide de sonars qui déterminent les côtes terrestres continentales et les différencient ainsi des glaces polaires. En 1953, l’officier A. Mallery compare le relevé avec la carte de Piri Reis et conclut que la côte sud-américaine est similaire à la côte antarctique continentale.
  • Quelques années plus tard, le professeur Charles Hapgood de l’université catholique de Springfield College, diplômé d'histoire médiévale et moderne d'Harvard, est interpellé par la question d'un élève sur les origines du monde et la légende du continent Mu. Il se met à chercher des preuves de l'authenticité de cette légende. Il s’intéresse à la carte de Piri Reis et aux relevés marins de la Navy. Il en vient à la conclusion que seul un cataclysme à l'échelle de la planète a pu faire disparaître un continent de manière brutale. Pour lui, les plaques tectoniques se sont déplacées de plusieurs milliers de kilomètres faisant ainsi sombrer le continent Mu au sein de la croûte terrestre (ce qui va à l'encontre des théories établies). Il cherche ensuite à trouver des traces de ce continent perdu : il la retrouve dans l’Atlantide et dans les légendes liées au Déluge, rapportées par différentes religions (égyptienne, chrétienne, tibétaine, etc.). Son livre remet en cause le darwinisme et réhabilite les fois religieuses et le créationnisme. Il rencontre un très grand succès aux États-Unis et est traduit en plusieurs langues dont le français[3].

Aucune de ces thèses n'est réellement cautionnée par la communauté scientifique ; toutefois, le fait que Albert Einstein ait préfacé le premier livre de C. Hapgood, dans lequel il échafaudait sa théorie des plaques tectoniques[4], réussit à rendre crédible son hypothèse aux yeux du grand public. Continuant son œuvre de réhabilitation des écrits bibliques, Hapgood se tourne ensuite vers le paranormal et la foi en Jésus Christ, publiant des ouvrages avec un médium célèbre[5].

  • Suite au succès de ses ouvrages, C. Hapgood entre en correspondance avec son lectorat. Il entre ainsi en contact avec Rand Flem-Ath qui publie When the Sky Fell [6] et avec Colin Wilson, auteur de The Atlantis Blueprint[7] dans lequel il aborde la question de l'Atlantide.
  • Jacques Bergier[8] affirme que la carte n'a pu être établie qu'à partir d'engins volants... renforçant ainsi la thèse de l'origine extra-terrestre de la carte.
  • Ces thèses sont relayées sur internet par des sites défendant l’existence d’un complot extra-terrestre[9] et sur lesquels on peut encore lire que les mesures précises de distances entre les continents américain et africain impliquent la connaissance des longitudes. Ceci est troublant puisque les longitudes ne seront officiellement mesurées qu’à partir du XVIIIe siècle.

La carte est abondamment citée et commentée dans l'ouvrage de Gavin Menzies, 1421, the year China discovered the world[10] qui y voit une réutilisation des données cartographiques recueillies par la flotte chinoise de l'amiral eunuque Zheng He entre 1421 et 1423, sur ordre de l'empereur Zhu Di. Cette flotte, scindée en plusieurs escadres, aurait réalisée une véritable circumnavigation.

Approches scientifiques[modifier | modifier le code]

Terra australis sur la carte de Mercator
Interprétation possible de la partie sud de la carte de Piri Reis

Différentes études scientifiques remettent radicalement en question les interprétations faisant intervenir des phénomènes paranormaux. Ces auteurs (dont Steven Dutch[11], Gregory C. McIntosh[12] et Diego Cuoghi[13], insistent notamment sur le fait que les tenants d'une origine paranormale exagèrent fortement la précision de la carte, ne tiennent pas compte des notes présentes sur celle-ci (qui indiquent en partie les sources utilisées par Piri Reis, et donnent le nom de différents lieux), et que la représentation d'un hypothétique continent austral était conventionnelle à cette époque[14].

Le continent qui figure en bas de la carte de Piri Reis est ainsi interprété comme représentant la côte sud du Brésil, de l'Uruguay et de l'Argentine, voire comme une fiction dont la ressemblance avec l'Antarctique est à la fois très discutable (le Passage de Drake, pourtant large plus de de 600 km, y est par exemple omis) et serait une coincidence.

Les expertises scientifiques de la carte infirment les supputations des non-scientifiques (Hapgood, Bergier, etc.). La carte ne montre pas de longitudes, pas plus que l'Antarctique, et encore moins les Andes ou le Lama. Le support de la carte a été daté par le carbone 14 et il remonte bien au XVIe siècle. L'encre a également été testée chimiquement et date aussi du XVIe siècle. Tous ces tests ont été effectués par W. Mc Crone un spécialiste qui a déjà travaillé sur le suaire de Turin[15].

La carte de Piri Reis est donc authentique et montre que les Turcs, bien qu'étant loin de l'océan Atlantique et de l'Amérique, se tenaient au courant des dernières découvertes de l'époque.


Notes[modifier | modifier le code]

  1. Il ne cite pas de noms, mais on connaît ceux de Ptolémée, Hécatée de Milet, Anaximandre, etc. qui établirent en leur temps des cartes. On connaît également le voyage de Pythéas et les voyages des Phéniciens Hannon et Himilcon, ou encore l'expédition de Néchao II ; Piri a peut-être eu accès aux récits de ces voyages et aux cartes qu'ils ont permis d'établir.
  2. Maps of the Ancient Sea Kings
  3. Cartes des Anciens Rois des Mers
  4. Les mouvements de l'écorce terrestre avec la collaboration de James H. Campbell. Préface d'Albert Einstein. Introduction à l'édition française par yves Rocard - Payot Paris 1962 333p
  5. Babbitt, Elwood D., with Charles Hapgood (editor) Talks with Christ and his teachers : through the psychic gift of Elwood Babbitt, 1981 ; Babbitt, Elwood D., with Charles Hapgood (editor) God Within, A Testament of Vishnu.
  6. 1995, St. Martin's Press
  7. 2000, Time Warner, Little, Brown and Company
  8. Les extra-terrestres dans l'histoire, éditions J'ai lu, « L'Aventure mystérieuse », 1972, n° A250.
  9. dinosaura, www.ldi5.com, ufo.com
  10. Bantam Books, 2002
  11. The Piri Reis Map
  12. Columbus and the Piri Reis Map of 1513
  13. The mysteries of the Piri Reis map
  14. Ainsi, suivant une proposition d'Aristote développée par Ptolémée dont s'inspiraient les cartographes de la Renaissance, les cartes à partir du XVe siècle représentent une Terra australis qui, selon l'opinion géographique commune de l'époque, devait logiquement exister pour équilibrer la masse continentale de l'hémisphère nord.
  15. (en) Walter McCrone, « The Vinland Map », Analytical Chemistry, vol. 60, no 10,‎ mai 1988, p. 1009–1018 (DOI 10.1021/ac00161a013)

Liens externes[modifier | modifier le code]