Nasir ad-Din at-Tusi

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Nasir ad-Din at-Tusi

Abû Ja`far Muhammad ben Muhammad ben al-Hasan Nasîr ad-Dîn at-Tûsî[1] ou Nasîr ad-Dîn Tûsî [2] ou Nasr Eddin Tusi (1201, à Tus en Iran - 1274) est un philosophe, mathématicien, astronome, théologien et médecin perse musulman.

L'homme de science[modifier | modifier le code]

Alors que les armées de Gengis Khan balayaient son pays, Nasir at-Tusi prit la fuite pour rejoindre les ismaéliens musulmans , période pendant laquelle il apporta ses plus importantes contributions à la science, alors qu'il se déplaçait d'une place forte à l'autre. Il finit par rejoindre les rangs de Houlagou (le petit-fils de Gengis Khan), après la prise par les Mongols de la forteresse d'Alamut contrôlée par les Hashâchines (Assassins).

Astronomie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Astronomie arabe.

Houlagou Khan fera construire pour lui l'observatoire de Maragha, le plus grand centre de recherches de son époque.

Tusi réalisera des tables extrêmement précises du mouvement des planètes dans son ouvrage Zij-i Ilkhani (en) (Tables ilkhaniennes). Ce livre contient des tables pour calculer les positions des planètes ainsi que les noms des étoiles. Le système planétaire qu'il avait imaginé était le plus avancé de son temps ; des modifications majeures n'apparaîtront pas avant Oulough Beg et Copernic.

De cet ouvrage a été tirée la Table des longitudes et des latitudes publiée par Greaves, Londres, 1652[3].

Il avait également calculé une valeur de 51" par an pour la précession des équinoxes (la valeur actuellement admise est d'environ 50 secondes), et a contribué à la construction et l'utilisation de nombreux instruments astronomiques, parmi lesquels des astrolabes. Il a par ailleurs réalisé la première publication des principes complets de la trigonométrie plane et sphérique.
Selon certains historiens[4], ses travaux auraient influencé l'œuvre majeure de Nicolas Copernic, De revolutionibus orbium coelestium sans que l'on sache encore par quel biais se serait faite la transmission.

Un cratère de 52 kilomètres de diamètre sur l'hémisphère sud de la Lune a été baptisé « Nasireddin » pour lui rendre hommage, par l'Union astronomique internationale en 1935.

Biologie[modifier | modifier le code]

Tusi a écrit intensivement sur la biologie et est l'un des pionniers de la théorie de l'évolution dans la pensée scientifique[5].
Il commence sa théorie de l'évolution par l'Univers qu'il dit être composé d'éléments tous semblables au commencement : les particules élémentaires.

Selon Tusi, des contradictions internes ont ensuite commencé à apparaître, et en conséquence, parmi toutes les substances originelles certaines ont commencé à se développer plus rapidement et différemment des autres. Il explique alors comment les éléments se sont transformés ensuite en minerais, puis végétaux, puis animal, et finalement humain.
Tusi continue en expliquant comment l'hérédité - la variabilité héréditaire - était un facteur important pour l'évolution biologique[6].

Ainsi Tusi écrit : « Les organismes qui peuvent acquérir les nouveaux dispositifs sont davantage variables. En conséquence, ils gagnent des avantages par rapport à d'autres créatures. […] Les corps changent en raison des interactions internes et externes ».
Tusi explique comment les organismes peuvent s'adapter à leur environnement : « Regardez le monde des animaux et des oiseaux. Ils ont tout ce qui est nécessaire pour la défense, protection et vie quotidienne, y compris les forces, courage ainsi que des outils appropriés - [organes] - […] certains de ces organes sont de vraies armes, […] par exemple, le bec-lance, dents et griffe-couteau et aiguille, … Les épines et les aiguilles de quelques animaux sont semblables aux flèches. Les animaux […] qui n'ont aucun autre moyen de défense (comme les gazelles et les renards) se protègent à l'aide du vol et de l'adresse. […] Certains d'entre eux, comme par exemple, les abeilles, fourmis et quelques espèces d'oiseaux, sont unis dans des communautés afin de se protéger et de s'entraider ».
Tusi identifie trois types d'êtres vivants : végétaux, animaux, et humains. Il écrit : « Les animaux sont plus hauts que des végétaux, parce qu'ils peuvent se déplacer consciemment, aller après la nourriture, trouver et manger des choses utiles. […] Il y a beaucoup de différences entre l'animal et les espèces de végétaux, […] tout d'abord, le règne animal est plus compliqué. En outre, la raison est le dispositif le plus salutaire des animaux. En raison de la raison, ils peuvent apprendre de nouvelles choses et adopter de nouvelles capacités non-inhérentes. Par exemple, le cheval ou le faucon chassent… cela constitue un point plus élevé de développement dans le monde animal. Les premières étapes de la perfection humaine commencent ici ».
Tusi explique alors comment les humains ont évolué depuis des animaux avancés : « De tels humains - probablement du type primate ou homme archaïque - vivent dans les coins occidentaux du Soudan et autres coins éloignés du monde. Ils sont proches des animaux par leurs habitudes, contrats et comportements. […] L'humain a les dispositifs qui le distinguent d'autres créatures, mais il a d'autres dispositifs qui l'unissent au monde animal, au royaume végétal ou même aux corps inanimés. […] Avant la création des humains, toutes les différences entre les organismes étaient d'origine simple. La prochaine étape sera associée à la perfection, à la volonté, à l'observation et à la connaissance spirituelle. Tous ces faits […] montrent que l'être humain est placé sur l'étape moyenne de l'escalier évolutionnaire. Selon sa nature inhérente, l'humain est lié aux êtres inférieurs, et c'est seulement avec l'aide des siens qu'il peut atteindre un développement plus élevé ».

Chimie et Physique[modifier | modifier le code]

Concernant l'alchimie et la physique, Tusi a énoncé de même une version de la loi de la conservation de la masse. Il a écrit qu'un corps de matière peut changer, mais non disparaître : « Un corps de matière ne peut pas disparaître complètement. Il change seulement de forme, condition, composition, couleur et d'autres propriétés matérielles (complexe ou élémentaire) ».

Mathématiques[modifier | modifier le code]

Tusi est peut-être le premier à traiter la trigonométrie en tant que discipline mathématique distincte, et dans son Traité sur le Quadrilatéral, il donne le premier exposé étendu de la trigonométrie sphérique, car il est le premier à énumérer les six cas distincts d'un triangle équilatéral en trigonométrie sphérique. Il crée également la célèbre formule de sinus pour les triangles isocèles, qui est l'une de ses contributions mathématiques principales.

En 1265, Tusi écrit un manuscrit concernant le calcul des racines nièmes d'un nombre entier. Par ailleurs, il indique la méthode de calcul des coefficients du développement d'un binôme à n'importe quelle puissance, donnant ainsi la formule du binôme et la méthode dite du "triangle de Pascal" permettant d'obtenir les coefficients binomiaux.

Il publie enfin un travail célèbre sur la théorie de la couleur, basée sur des mélanges des sections noires et blanches.

Le théologien chiite[modifier | modifier le code]

Élevé dans un milieu chiite duodécimain, il est attiré vers ses trente ans par le mouvement ismaélien d'Alamut. À la chute d'Alamut, il se tourne de nouveau vers le chiisme duodécimain, dont il est considéré, en tant que théologien, comme un principal représentant du Kalâm[7].

Œuvres principales[modifier | modifier le code]

  • (1235) Akhlâq-e Nasirî, traité de morale devenu un classique.
  • (1242)Rawazat at-taslîm (Le Jardin de la vraie foi), ouvrage de théologie ismaélienne;
  • (avant 1258) Sharh al-Isharat(Commentaire des Ichârât d'Avicenne), traité principalement responsable de l'avicennisme iranien ;
  • (vers 1270)Tajrîd al'aqâ'id (Dégagement des articles de la foi) et Qawâ'id al'aqâ'id (Les fondements des articles de la foi). Avec les Fosûl (chapitres), ces deux traités formulent de manière systématique les grands thèmes du chiisme duodécimain. Ils ont été l'objet de 70 études et commentaires parmi lesquels ceux de Allameh Hilli, Ghiyathoddin Mansur, Hosayn Khwansari, Hosayn Tonkaboni, Mohammad Jafar Langarudi ;
  • Caractériologie des âmes nobles, (Awsâf al-Ashrâf), traité de soufisme chiite.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Arabe : abū jaʿfar muḥammad ben muḥammad ben al-ḥasan naṣīr ad-dīn aṭ-ṭūsī, أبو جعفر محمد بن محمد بن الحسن نصير الدين الطوسي
  2. Persan : ḫūje naṣīr ad-dīn ṭūsī, خواجه نصير الدين طوسى. Le titre persan ḫūje, خواجه, maître ; savant a un équivalent arabe ḫawāja, خواجة, Monsieur (adressé à une personne étrangère)
  3. « Nassir-Eddyn », dans Louis-Gabriel Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne : histoire par ordre alphabétique de la vie publique et privée de tous les hommes avec la collaboration de plus de 300 savants et littérateurs français ou étrangers, t. 30, 2e édition,‎ 1843-1865 [détail de l’édition] (lire sur Wikisource), p. 229.
  4. cf. par exemple Histoire des sciences arabes, sous la direction de Roshdi Rashed, tome 1,pp.327-328 ou Régis Morelon, Conférence sur l'astronomie arabe, tranche 1h14-1h16
  5. Nassirean ethics, édité en 1967 en anglais ; le titre original de l'ouvrage en arabe est : Akhâq nâsirî.
  6. Farid Alakbarov (été 2001) ; voir par exemple les « guerres de l'histoire » en Australie. (en) A 13th-century Darwin ? Tusi's views on evolution Un Darwin du 13e siècle ? Opinions de Tusi sur l'évolution.
  7. Présentation de Nasîroddîn Tûsî dans le résumé de son livre La Convocation d’Alamût aux éditions Verdier

Liens externes[modifier | modifier le code]