Charles Spindler

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Spindler.

Charles Spindler

Description de l'image  Charles Spindler-Portrait.jpg.
Naissance 11 mars 1865
Boersch
Décès 3 mars 1938 (à 72 ans)
Saint-Léonard
Nationalité Drapeau de la FranceDrapeau de l'AllemagneDrapeau de la France
Activités Peinture, Marqueterie

Charles Spindler (11 mars 1865 à Bœrsch - 3 mars 1938 à Saint-Léonard) est un peintre, aquarelliste, marqueteur, écrivain et photographe alsacien[1]. Il est le créateur de la Revue alsacienne illustrée.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il était le neveu du portraitiste et peintre de genre Louis-Pierre Spindler.

Charles Spindler, jeune homme

Il a tenu régulièrement son journal pour occuper ses insomnies dues à des crises de goutte, maladie qu’on ne savait pas encore soigner. La partie allant du 25 juillet 1914 au 28 avril 1919 a été publiée en 1925[2]. C’est un document incomparable qui restitue l’état d’esprit de la population pendant ces heures sombres car, malgré son patriotisme français évident, il essaie de garder la tête froide et de rester objectif, ne cessant de rapporter ce qu’il entend dire autour de lui.

C’est ainsi qu'on peut lire, à la date du 6 décembre 1914 :

« Aujourd’hui dimanche, visite du notaire H., de Strasbourg, avec quelques amis ; parmi eux, le potier W. de Betschdorf, le jeune peintre D., de Gresswiller. Court et gros, l’œil spirituel et malicieux, le notaire offre le type de l’habitué de la Taverne. Il est plein d’anecdotes contre les Boches, car c’est, paraît-il, le surnom qu’on donne maintenant en France aux Allemands. »

Qu’un Alsacien aussi patriote que Spindler ait ignoré jusqu’à l’existence du mot « boche » avant cette date montre que ce mot n’était pas vraiment répandu avant la guerre alors qu'il était devenu courant dès la fin de l'année 1914.

Le livre est d’autant plus savoureux que, si les propos tenus en allemand ou en alsacien sont traduits, de façon d’ailleurs fort brillante (« Wir sind fürchterlich blamiert » devient « On va se ficher de nous, et comment ! »), souvent le texte original est donné en note ou immédiatement après.

La partie du journal postérieure au 28 avril 1919 n'a pas encore été publiée. Le 24 mars 2006 Jean-Marie Gyss a prononcé à la salle des fêtes de Bœrsch une conférence où il a parlé de la suite du journal, qui s'arrête pratiquement en 1928. De cette conférence, il apparait que l'enthousiasme patriotique de Spindler est bien vite retombé devant les maladresses des autorités françaises et que ce patriote français a été outré par les exactions commises contre les Allemands ; étant encore bien vu il a réussi à intervenir utilement en faveur de quelques-uns mais cette attitude modérée, dans le climat exalté de l'époque, a commencé à lui valoir des inimitiés ; nombre de ses proches ont rompu avec lui quand, à l'occasion de l'absurde procès de Colmar[3], il est venu témoigner en faveur d'un autonomiste, innocent des faits dont on l'accusait. On comprend qu’à pareille époque une telle publication aurait paru un soutien à la cause autonomiste qu’il n’a jamais soutenue.

Dans ses Mémoires inédits publiés soixante-dix ans après sa mort[4] il mâche encore moins ses mots. Sur Hansi, dont la légende fait son ami, il n'hésite pas à écrire[5]:

« Hansi, un singe mal bâti, le dos voûté, une figure de gavroche aux traits flétris sur un corps trop grand, le regard méfiant et fuyant, un débit nasillard, ressemble à un Boche qui aurait voulu se donner des allures de rapin français. »

Cet ouvrage rassemble ses souvenirs allant de 1889 à 1914 et a été rédigé après 1928, quand il a arrêté de tenir son journal. C'est un ouvrage essentiel pour qui s'intéresse à la vie artistique et intellectuelle de l'Alsace avant 1914 ; par ailleurs, bien que profondément déçu par la politique française en Alsace après 1918, il cherche toujours à rester objectif dans ce domaine et constate que :

« La guerre a été provoquée surtout par la bêtise et la maladresse des hommes d'État allemands, et elle se serait déclenchée aussi bien avec ou sans le redressement de l'Alsace ; de même qu'une Alsace absolument germanisée n'eût pas été un empêchement à la désannexion par la France. »

Une partie de son travail est protégée par l'inscription à l'inventaire complémentaire des monuments historiques, catégorie mobilier (Base Palissy) : ils sont visibles à la mairie d'Étampes, ou à Soultz-sous-Forêts[6].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Images alsaciennes[modifier | modifier le code]

Entre 1893 et 1896, sur une idée du dessinateur bavarois Joseph Sattler, Charles Spindler publie les Images alsaciennes (Elsaesser Bilderbogen), une série de planches illustrant les histoires et légendes d'Alsace[7].

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir

Costumes et coutumes d'Alsace[modifier | modifier le code]

En 1902 Charles Spindler illustre l'ouvrage d'Anselme Laugel, Trachten und Sitten im Elsass[8], réédité en 1975 sous le titre Costumes et coutumes d'Alsace[9].

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir

Affiches publicitaires et calendriers[modifier | modifier le code]

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir

Marqueterie[modifier | modifier le code]

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir

Écrits[modifier | modifier le code]

  • L'Alsace pendant la guerre (préface de André Hallays, vignettes d'après les dessins de l'auteur), Treuttel & Würtz, Strasbourg, 1925, 763 p. (réédité en fac simile en 2008, avec des compléments de Jean-Marie Gyss et Michel Loetscher, Éditions Place Stanislas, Nancy, 847 p. (ISBN 978-2-355-78019-6))
  • Ceux d'Alsace : types et coutumes (avec des dessins originaux d'Édouard Elzingre), Éditions des Horizons de France, 1928, 137 p. (réédité en 2010 sous le titre Ceux d'Alsace : l'hommage d'un artiste aux Alsaciens et à leurs traditions, avec une introduction de François Igersheim et un texte de Barbara Gatineau, Éditions Place Stanislas, Nancy, 220 p. (ISBN 978-2-355-78055-4))

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Biographie Charles Spindler
  2. Charles Spindler, L'Alsace pendant la guerre. Strasbourg, Librairie Treuttel & Würtz, 1925 ; réimpression: L'Alsace pendant la guerre 1914-1918. Nancy et Colmar, Éditions Place Stanislas, 2008.
  3. Ce procès qui concernait 22 autonomistes a eu lieu en mai 1928.
  4. Charles Spindler, L'âge d'or d'un artiste en Alsace. Mémoires inédits 1889-1914. Nancy et Colmar, Éditions Place Stanislas, 2009.
  5. p. 247.
  6. oeuvres classées
  7. Charles Spindler, L'Alsace pendant la guerre : 1914-1918, Éditions Place Stanislas, Nancy, 2008, p. 12 (ISBN 978-2-355-78019-6) (fac simile de l'édition de 1925, avec une présentation et des commentaires de Jean-Marie Gyss)
  8. SUDOC [1]
  9. SUDOC [2]
  10. a, b, c, d et e Musée d'art moderne et contemporain de Strasbourg

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Charles Spindler : une œuvre fondatrice de l'identité alsacienne, Conseil Général du Bas-Rhin, Strasbourg, 2011, 21 p. (exposition)
  • Michel Loetscher et Jean-Charles Spindler, Charles, Paul, Jean-Charles Spindler, un siècle d'art en Alsace, éditions La Nuée Bleue.
  • Collectif, Boches ou tricolores : Les alsaciens-lorrains dans la Grande Guerre, Strasbourg, La Nuée Bleue,‎ 2008, 464 p. (ISBN 978-2-7165-0741-7), chap. 13 (« "L'Alsace pendant la guerre" de Charles Spindler. Le journal d'un artiste alsacien »), p. 217-229
  • Jean-Marie Gyss, Charles Spindler mémorialiste : son journal d’après-guerre (1919-1933), Université Strasbourg-II, 2005, n.p. (mémoire de DEA)
  • Étienne Martin, « Charles Spindler et le cercle de Saint-Léonard. Régionalisme et modernité », in Strasbourg 1900 : naissance d'une capitale (actes du colloque, Musée d'art moderne et contemporain de Strasbourg, 1-4 décembre 1999), Somogy, Paris ; Musées de Strasbourg, Strasbourg, 2000, p. 92-97 (ISBN 2-85056-387-0)
  • Étienne Martin, « Charles Spindler », dans Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, vol. 35, p. 3700

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :