Justus von Liebig

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Justus von Liebig

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Justus von Liebig en 1860

Naissance
Darmstadt (Saint-Empire romain germanique)
Décès (à 69 ans)
Munich (Empire allemand)
Champs chimie organique
Institutions Université de Gießen, Université de Munich
Diplôme Université d'Erlangen
Renommé pour superphosphate et engrais azoté, loi du minimum, levure chimique, extrait de viande, lait artificiel, miroir d'argent, kaliapparat (en), découvertes du chloroforme, du chloral, de l'alliage fer-nickel
Distinctions légion d'honneur, anobli avec le titre de « baron »

Justus Liebig (en allemand : ˈliːbɪç), à Darmstadt, Allemagne à Munich, Allemagne, baron von Liebig à partir de 1845, est un chimiste allemand. Il fit des contributions majeures à la chimie organique et à l'agriculture[1]. Il est considéré comme le père de l'agriculture industrielle, fondée sur la chimie organique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Justus Liebig suit une scolarité au Ludwig-Georgs-Gymnasium de Darmstadt. S'il ne montre alors que peu de goût pour les études (et de fait il ne passera pas son Habitur), il est déjà curieux de chimie dont il apprend quelques rudiments dans l'atelier de son père, marchand de couleurs et commerçant à Darmstadt. En septembre 1817, celui-ci le place en apprentissage auprès d'un pharmacien de Pappenheim, Gottfried Pirsch. En juin 1818, Pirsch le congédie. Plusieurs versions sur les raisons de ce renvoi coexistent.[2][3]

A l'automne 1819, il entame des études de sciences naturelles à l'Université de Bonn, avec Karl Wilhelm Gottlob Kastner -qui passe alors pour le meilleur chimiste allemand organicien- puis à l'Université d'Erlangen où Kastner a accepté un nouveau poste en 1821.

A Erlangen il fait la connaissance d' August von Platen. Une amitié profonde - décrite parfois comme platoniquement homosexuelle- lie les deux hommes. Fréquentant les Burschenschaft, Liebig cofonde l'association étudiante Korps Rhenania, dont il est le trésorier. Mêlé aux troubles étudiants de 1822, il quitte Erlangen précipitamment en novembre 1822. [4][5][6]

C'est Kastner qui l'invite à postuler une bourse pour étudier à Paris, alors un lieu important de savoir et d'enseignement de la chimie. Sa bourse accordée initialement pour une durée de six mois lui est régulièrement renouvelée.

Il obtient alors une bourse du gouvernement de la Hesse pour étudier à Paris . Il y arrive en novembre 1822 logeant non loin de la Sorbonne où il suit les enseignements de Louis Joseph Gay-Lussac , Louis Jacques Thénard et Biot mais aussi de Cuvier de Geoffroy Saint-Hilaire et de Pierre Louis Dulong. Il suit également les cours de chimie industrielle donnés par Nicolas Clément au Conservatoire des Arts et Métiers. Thenard lui obtient une place d'étudiant chercheur dans le laboratoire privé de Gaultier de Claubry. Liebig y reprend ses travaux sur les fulminates, travaux qui donnent lieu à une présentation à l'Académie des Sciences le 28 juillet 1823 en présence d' Alexander von Humboldt. Celui-ci suggéra à Gay-Lussac d'accepter Liebig dans son laboratoire privé de l'Arsenal pour y poursuivre son travail sur les fulminates. Les résultats de cette collaboration, publiés dans les Annales de Chimie en 1924 connaissent un grand retentissement. Ambitionnant obtenir un poste à Darmstat, mais n'étant pas encore docteur, Liebig soutient un doctorat in abstentia en adressant à Kastner une courte réponse à la question : "Qu'apporte la chimie minérale à la chimie des plantes ?". Le doctorat en philosophie lui est conféré le 23 juin 1823 par l'université d'Erlangen. Quittant Paris en avril 1824, il part pour l'Université de Giessen où il est nommé professeur extraordinaire de chimie le 26 mai.[7]


En 1824, grâce à l'appui d'Humbolt, il devient professeur à l'université de Giessen, université qui porte désormais son nom. Il y crée le premier laboratoire dédié à l'enseignement pratique de la chimie ( il y synthétisa la mélamine en 1834. Parmi ses élèves, il y avait August Wilhelm von Hofmann ou encore Adolph Strecker).

En 1825 il est titulaire de la chaire de chimie de l'université de Giessen.

En 1826 il se marie avec Henriette Moldenhauer.

Avec les professeurs Friedrich Wernekingk et Hermann Umpfenbach il fonde un institut privé -une "École Pharmaceutique et technique" "Pharmazeutisch-technischen Lehranstalt"- suite au refus des autorités de l'université de le créer en son sein.[8]

De 1827 à 1828/1829, tout en poursuivant ses activités à l’université il exerce un travail de vérification des pharmacies suite à la demande du ministère de l'intérieur et de la justice du grand-duché de la Hesse.[9]

Avec son ami Friedrich Wöhler, Liebig travaille sur des sels d'argent[10]. Il établit vers 1830 la théorie des radicaux grâce à laquelle la grande diversité des liaisons en chimie organique pouvait pour la première fois être expliquée de façon systématique.

En 1831, à la demande de Phillip Lorenz Geiger, un pharmacien d'Heidelberg, il devient coéditeur du Magazin für Pharmacie (qui prendra le nom de Annalen der Pharmacie en 1832 et qui deviendra la principale publication sur la chimie de son temps).[11][12]

En 1840 paraissent ses Lettres sur la chimie dont l'importance dépasse le strict cadre scientifique et offre une « philosophie de l'histoire ». Les thèses de Liebig ont un retentissement jusqu'au XXIe siècle, et son influence parmi les écologistes et l'économiste Nicholas Georgescu-Roegen est indéniable. Ses thèses permirent également à Karl Marx de décrire l'exploitation des sols dans le système capitaliste[13].

Cet ouvrage, tenu pour pionnier et qui est généralement connu sous le nom de Chimie Agricole, répond à une demande du Congrès de l'Association britannique pour l'avancement des sciences de Liverpool en 1837. Il est directement issu du texte que Liebig publie d'abord en français dans son Traité de Chimie organique publié chez Masson en avril 1840. L'ouvrage lui-même paraît en allemand à Brunschwig en octobre 1840 sous le titre La Chimie dans ses rapports avec l'agriculture et la croissance des plantes. Stricto-sensu, la première édition française paraît en 1841 ( "La chimie organique appliquée à la physiologie végétale et à l'agriculture", Fortin, Masson).

Il fut élevé au titre de Freiherr en 1845 ( c'est de ce moment que son nom se rallonge de la particule "von").

En 1850 il quitte Giessen pour Heidelberg.

Liebig fut ensuite professeur à l'Université de Munich de 1852 à 1873. Il améliora l'analyse de la chimie organique et découvrit que les plantes se nourrissent essentiellement d'azote par des microbes permettant de fixer celui de l'air et d'assimiler celui minéralisé dans le sol. L'une de ses réalisations les plus fameuses est l'engrais azoté. Il fut aussi le premier chimiste à organiser un laboratoire moderne (architecte : August von Voit, 1852-1855).

Il reçoit la médaille de la légion d'honneur en 1850 des mains du ministre français du commerce, lui-même chimiste, Jean-Baptiste Dumas, dans les locaux de la société chimique de Frédéric Kuhlmann à Loos-Les-Lille ; à cette occasion il se réconcilie avec son concurrent Jean-Baptiste Boussingault [14].

L'invention du miroir argenté en verre en 1856 est mise à son crédit : l'amalgame d'étain-mercure étant toxique, il le remplaça par le dépôt d'une fine couche d'argent métallique sur le verre grâce à la réduction chimique du nitrate d'argent[15].

En 1857 il est cofondateur de la Bayerischen Aktiengesellschaft für chemische und landwirtschaftlich-chemische Fabrikate.

En 1865, la marque Liebig vit le jour grâce à Liebig et son « extrait de viande ».

Il a créé le premier lait pour enfant en 1867.

Il est enterré à l'ancien cimetière du Sud (Munich).

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • De la Théorie et de la pratique en agriculture, Lille, Impr. de L. Danel, 1857. In-8°, 98 p.
  • Le développement des idées dans les sciences naturelles : études philosophiques. Paris, C. Baillière, 1867. In-8°, 42 p. (Extrait de la « Revue des cours scientifiques ».)
  • Manuel pour l’analyse des substances organiques, traduit de l’allemand par A.-J.-L. Jourdan. Suivi de l’examen critique des procédés et des résultats de l’analyse des corps organisés, par F. V. Raspail. Paris, Londres, J.-B. Baillière, 1838. In-8°, II-168 p. planches, tableau.
  • Chimie organique appliquée à la physiologie végétale et à l’agriculture. Un Essai de toxicologie ; traduction faite sur les manuscrits de l'auteur par Charles Gerhardt. Paris, Fortin, Masson et Cie, 1841. In-8° (22 cm), 392 p.
  • Chimie organique appliquée à la physiologie végétale et à l’agriculture, traduction faite sur les manuscrits de l’auteur par Charles Gerhardt. Paris, Fortin, Masson et Cie, 1844. In-8° (22 cm), 544 p.
  • Lettres sur la chimie, trad. Bertet-Dupinay et Dubreuil-Hélion. Paris, Mascana, 1845. In-12, 342 p.
  • Lettres sur la chimie considérée dans son application à l’industrie, à la physiologie et à l’agriculture, Nouvelle édition française, publiée par Charles Gerhardt, Paris, V. Masson, 1852. In-12, XII-331 p.
  • Les lois naturelles de l’agriculture / par le baron de Liebig,… ; traduit d’après la dernière édition allemande par Ad. Scheler,… Paris, Librairie agricole de la Maison rustique, 1864. 2 vol. in-8° (22 cm), 184 p. et 487 p.
  • Traité de Chimie organique, traduction faite sur les manuscrits de l’auteur par Charles Gerhardt. Paris, Fortin, Masson et Cie, 1840-44. 3 vol. in-8° (22 cm), CXCVI-611, 664, 528 p.
  • Lettres sur l'agriculture moderne, Bruxelles, E. Tarlier, 1862. Texte en ligne disponible sur IRIS

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dumas Jean-Louis. Liebig et son empreinte sur l'agronomie moderne. In: Revue d'histoire des sciences et de leurs applications. 1965, Tome 18 n°1. pp. 73-108. texte intégral
  2. WOLF-DIETER MÜLLER-JAHNCKE, ET CHRISTOPH FRIEDRICH,Liebig et la Pharmacie
  3. Gary C. Fouse,Erlangen: An American's History of a German Town,
  4. WOLF-DIETER MÜLLER-JAHNCKE, ET CHRISTOPH FRIEDRICH,Liebig et la Pharmacie
  5. Gary C. Fouse,Erlangen: An American's History of a German Town,
  6. William H. Brock, Justus Von Liebig: The Chemical Gatekeeper
  7. Claude Viel, Justus Liebig, étudiant à Paris, l'Actualité Chimique, avril 2001 http://www.lactualitechimique.org/Justus-Liebig-etudiant-a-Paris-novembre-1822-avril-1824
  8. WOLF-DIETER MÜLLER-JAHNCKE, ET CHRISTOPH FRIEDRICH,Liebig et la Pharmacie
  9. WOLF-DIETER MÜLLER-JAHNCKE, ET CHRISTOPH FRIEDRICH,Liebig et la Pharmacie
  10. Avec les mêmes composants et dans les mêmes proportions, Liebig avait préparé du fulminate d'argent (explosif) et Wöhler du cyanate d'argent (inoffensif). C'est Jöns Jacob Berzelius qui introduisit la notion d'isomérie.
  11. Louis Rosenfeld, Four Centuries of Clinical Chemistry, CRC Press, 19 août 1999
  12. WOLF-DIETER MÜLLER-JAHNCKE, ET CHRISTOPH FRIEDRICH,Liebig et la Pharmacie
  13. Karl Marx, Le Capital livre 1, Éditions sociales, Paris, 1963, page 566, note 325
  14. Histoire des pédologues et de la science des sols ; Jean Boulaine, Geneviève Signeux ;Editions Quae, 1989 ISBN 2-7380-0050-9, 9782738000507
  15. (de) Justus Liebig, « Ueber Versilberung und Vergoldung von Glas », Annalen der Chemie und Pharmacie, vol. 98, no 1,‎ , p. 132–139 (DOI 10.1002/jlac.18560980112)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Article connexe[modifier | modifier le code]

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