Patibulum

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Homme portant un patibulum

Le patibulum est la partie transversale de la croix destinée au crucifiement. Il pouvait être attaché deux ou trois pieds en dessous de l’extrémité supérieure du poteau planté verticalement mais la forme la plus commune utilisée par les romains était la crux commissa, croix de Tau, formée comme notre T. Le patibulum était dans ce cas placé dans une entaille en haut du poteau.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Patibulum est un mot latin qui dérive du terme patulus signifiant « ouvert, large étendu, qui s'étale », venant lui-même de patere pour « être ouvert », « être exposé »[1]. Le mot a plusieurs acceptions en latin classique[2] et servait notamment à désigner une fourche sur laquelle on étendait un esclave pour le battre de verges[3].

La croix de la Crucifixion et le patibulum[modifier | modifier le code]

Peinture d'Hans Pleydenwurff, 1470, une représentation de la croix en forme de T avec le titulus lui donnant l'aspect d'une croix latine.
« Alexamenos adore son dieu », fac-similé d'un graffiti du Palatin, première représentation connue de « croix chrétienne », IIe ou IIIe siècle[4]

Suivant les écrits antiques et la tradition chrétienne, Jésus de Nazareth a subi le supplice du crucifiement sur le mont Golgotha, dans un épisode appelé la « Crucifixion ». Sa croix, appelée aussi « Vraie Croix », deviendra plus tard une relique particulièrement convoitée.

Malgré les représentations traditionnelles du crucifiement originellement sur une croix latine, croix grecque ou en forme de T (l'Épître de Barnabé 9:8 évoque le tau mais de manière symbolique), aucun évangile ne mentionne la forme de la croix sur laquelle Jésus a été crucifié.

S'inspirant de la tradition et des écrits patristique, les peintres médiévaux et de la Renaissance ont représenté le Christ portant la croix latine et entière.

En réalité le poteau vertical, appelé stipes, était généralement fixé de manière permanente dans la terre à l’emplacement de l’exécution. Le condamné était forcé de porter le patibulum de la prison au lieu d’exécution. Les condamnés le portaient en travers des épaules, les avant-bras attachés au bois par des cordes. Il pesait de 37 à 75 kilos selon les dimensions et le bois utilisé[5], une charge proprement écrasante pour un condamné qui venait déjà de subir une flagellation. Jésus a donc vraisemblablement été chargé du patibulum et non de la croix entière lors la montée du Golgotha[6].

Les historiens, se basant sur les reliques de la Vraie Croix qui sont la plupart en pin avec un poids estimé de 75 kg, se sont ralliés à l'idée que Jésus aurait porté cette partie transversale et non la croix dans sa totalité[7],[8]. Selon le professeur André Marion de l'Institut d'optique d'Orsay qui a réalisé un modèle géométrique de déformation d'après le suaire de Turin et la tunique d'Argenteuil, les bandes orthogonales reconstituées sur le dos des porteurs de ces textiles évoquent le portement de la croix entière[9].

L'exécution de Jésus selon les Témoins de Jéhovah (it) ne fait appel à aucun patibulum. Ce mouvement chrétien réfute l'objet « croix » au motif principal que le texte en grec du Nouveau Testament parle pour la crucifixion de Jésus de stauros (en), simple poteau vertical planté dans le sol. Si ce stauros désigne originellement un pieu ou un poteau, il fait le plus souvent référence à une construction plus complexe, comme une croix[10].

Les multiples représentations utilisant la forme latine de la croix peuvent s’expliquer à partir du petit écriteau (titulus) qui énonçait le crime de la victime. Ce support cloué au-dessus de la croix lui aurait donné un peu la forme caractéristique de la croix latine, ce qui expliquerait que cette représentation ait été privilégiée[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. article « patibulaire » in Alain Rey (dir.), Dictionnaire historique de la langue française, éd. Le Robert, 1998, p.2607
  2. Entrée patibulum - Dictionnaire Gaffiot (1934)
  3. Il peut également désigner une pièce de bois oblongue faisant office de verrou à une porte ou encore un morceau de bois courbé servant à maintenir les sarments d'une vigne ; cf. Dictionnaire Gaffiot, op. cit. 1934
  4. Martin Wallraff, « La Croix chrétienne dans la propagande impériale du IVe siècle », in La croix : représentations théologiques et symboliques , éd. Labor et Fides, 2004, p. 67 ; certains auteurs donnent également le IIe siècle, par exemple Everett Ferguson, Backgrounds of Early Christianity, éd. Wm. B. Eerdmans Publishing, 2003, p.596
  5. Dr. Andreas Lambrianides, The Cross of Christ, (en) William Edwards, Wesley Gabel, Floyd Hosmer, « On the Physical Death of Jesus Christ », Journal of the American Medical Association, vol. 255, no 11,‎ , p. 1455-1463 (lire en ligne)
  6. Daniel Marguerat, « Introduction. Jésus de Nazareth », dans Jean-Marie Mayeur, Luce Pietri, André Vauchez, Marc Venard, Histoire du Christianisme. Le nouveau peuple (des origines à 250), Desclée, , p. 51.
  7. Jean-Christian Petitfils, Jésus, Fayard, , p. 627.
  8. (en) Marcello Craveri, The Life of Jesus, Grove Press, , p. 413
  9. André Marion, « Du linceul de Turin à la tunique d'Argenteuil », Revue internationale du linceul de Turin, no 10,‎ , p. 25
  10. (en) New International Dictionary of New Testament Theology, Abridged edition, , p. 392.
  11. (en) Colum Hourihane, The Grove Encyclopedia of Medieval Art and Architecture, OUP, , p. 221.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]