Marie Marvingt

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Marie Marvingt
Marie Marvingt in Deperdussin aeroplane 1912.jpg
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NancyVoir et modifier les données sur Wikidata
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Officier de la Légion d'honneur
Women in Aviation, International (en)
Croix de guerre 1914-1918 ()Voir et modifier les données sur Wikidata
Nancy-marie-marvingt-plaque-commémorative.png
plaque commémorative

Marie Félicie Élisabeth Marvingt, née le à Aurillac (Cantal) et morte le à Laxou (banlieue de Nancy, en Meurthe-et-Moselle), surnommée « la fiancée du danger », est une pionnière de l’aviation en France, inventrice, cycliste, alpiniste et infirmière.

Elle s'illustre d'abord par des exploits sportifs en alpinisme, cyclisme, tir, natation et sports d'hiver. Elle s'intéresse ensuite à l'aviation : pilote de ballon en 1909 et d'avion en 1910, elle est une des premières femmes à voler seule et remporte la première coupe Femina. La même année, elle conçoit un prototype d'avion-ambulance.

Pendant la Première guerre mondiale, elle se déguise en homme pour aller au front. Démasquée, elle parvient quand même à participer à des bombardements et s'engage comme infirmière sur le front italien.

Après la guerre, elle devient journaliste et part vivre au Maroc, où elle crée le premier lieu de formation des infirmières pilotes d'avions sanitaires et reçoit la médaille de la Paix. Elle fait partie de ce service pendant la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle elle invente un nouveau type de suture chirurgicale minimisant le risque d'infection sur le champ de bataille.

Après la guerre, elle continue à faire la promotion des avions sanitaires, continue le cyclisme et prépare son brevet de pilote d'hélicoptère. Elle ne perçoit de rémunération que pour son activité de journaliste.

Elle est la femme la plus décorée de l'histoire de France, comptabilisant trente-quatre décorations, dont la Légion d'honneur et la Croix de guerre avec palmes.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et éducation[modifier | modifier le code]

Marie Marvingt naît à Aurillac le [1],[2].

En 1880, alors que Marie Marvingt a cinq ans, ses parents déménagent à Metz, alors en Allemagne : elle apprend donc le français et l'allemand dès l'enfance[3]. La même année, elle nage 4 kilomètres chaque matin[3].

En 1889, à la suite de la mort de sa mère, Élisabeth Brusquin, et de trois de ses frères[4], son père et elle s'installent à Nancy, au no 8 de la place de la Carrière. Ayant perdu trois de ses quatre fils, son père, Félix Marvingt, postier[3], décide de l'initier aux disciplines sportives qu'il aurait normalement enseignées à des garçons[5].

À quinze ans, elle va de Nancy à Koblentz en canoë[3].

En 1899, elle devient l'une des premières femmes titulaires du permis de conduire[4]. Elle participera plus tard à plusieurs courses automobiles dans le Sahara[6].

Elle suit une formation de funambule, trapéziste, jongleuse et cavalière au cirque de Rancy[4]. Elle obtient également une licence de lettres[2] et s'inscrit dans plusieurs facultés[7]. Elle étudie la médecine et le droit, apprenant au passage à parler quatre langues ainsi que l'espéranto et obtenant son diplôme d'infirmière de la Croix-Rouge[8].

Marvingt dort quatre à cinq heures par jour seulement et prévoit son emploi du temps à l'avance pour s'organiser plus facilement[9]. Elle refuse catégoriquement de se marier ou de devenir mère[10]. Dans son temps libre, elle rédige et publie des poèmes sous le pseudonyme de Myriel[11].

Avant la Première guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Marvie Marvingt, en tenue de pilote, assise devant un volant.
Marie Marvingt dans un Deperdussin Monocoque en 1912.

Marie Marvingt effectue son premier vol accompagné en 1901[5] et obtient son brevet de pilote de ballon libre la même année[4]. Son premier vol en solo se fait le .

En 1904, elle participe à sa première course cycliste, de Nancy à Bordeaux[9]. Les femmes n'étant pas autorisées à porter un pantalon et le pédalage s'avérant complexe en jupe, elle invente la jupe-culotte pour améliorer ses performances[4].

En juillet 1905, elle fait l'ascension de l'aiguille du Grépon et de l'aiguille des Grands Charmoz en compagnie du guide Payot[9], ainsi que de la Dent du Géant[12].

En 1907, elle obtient le prix d'honneur de tir au fusil de guerre à 300 mètres et de tir à la carabine Flobert à des concours organisés par le ministère de la Guerre[9].

En 1908, elle pose sa candidature pour participer au Tour de France cycliste. Devant le refus des organisateurs, elle fait le même parcours que les hommes, en prenant le départ quelques minutes après eux[5]. Elle parvient à terminer la compétition, comme 36 des 114 compétiteurs hommes[9]. Entre 1908 et 1910, elle remporte plus de vingt médailles d'or à Chamonix en ski, patinage artistique et patinage de vitesse[13].

Le , elle devient la première femme à piloter un ballon à travers la mer du Nord et la Manche vers l'Angleterre. Son ballon, L'Étoile filante, décolle du parc de la Pépinière à Nancy[14]. Sa sortie de 720 km dure quatorze heures et est très périlleuse : la nacelle touche l'eau cinquante-deux fois au cours de la traversée[2]. En décembre, elle effectue ses premiers vols en avion[9]. En 1910, elle est première du concours de distance de l'Aéro Club de l'Est avec un vol en aérostat de Nancy à Neufchâteau[9].

Le 26 janvier 1910, elle remporte la première compétition féminine de bobsleigh à Chamonix, au cours de la Coupe Léon Auscher[9].

La même année, le Dr Duchaussoy, fondateur de l’association des Dames françaises de la Croix-Rouge, propose un prix pour la réalisation d’un avion-ambulance[15]. Marie Marvingt conçoit un prototype avec l’ingénieur Louis Béchereau et ils commandent deux modèles à Armand Deperdussin[3]. En 1912, Duperdussin est accusé de détournement des fonds de son entreprise, la société de production des aéroplanes Deperdussin et le projet n'aboutit pas[15],[11]. Marvingt envoie alors son projet au ministère de la Guerre, sans suite[5].

Le , elle devient titulaire du brevet de pilote no 281 de l'Aéroclub de France sous la direction d'Hubert Latham sur aéroplane monoplan Antoinette[16],[2]. Elle devient à cette occasion la troisième femme au monde à obtenir son brevet de pilote et la seconde sur monoplan après Marthe Niel et Élisa Deroche[17]. Elle est la seule femme au monde à posséder son brevet de pilote pour le monoplan Antoinette et à avoir piloté seule un avion[3],[9]. Toujours en 1910, elle est classée cinquième alpiniste française. Le , elle établit le premier record féminin de durée de vol de 53 minutes[18]. La même année, elle reçoit la grande médaille d'or de l'Académie des sports[8] : il s'agit de la première et dernière fois que l'académie distribue un prix « toutes disciplines »[3].

En 1911, elle remporte la première Coupe Femina à Turin[2].

En 1912, elle publie les plans de son avion-ambulance[9].

Le , elle subit un accident sur la commune de Machault alors qu'elle vole vers Reims lors d'un vol de routine. Son avion, pris dans le brouillard, la force à atterrir ; alors qu'elle trouve un champ sur lequel se poser à Machault, son chassis se bloque dans la boue et l'appareil se renverse, l'écrasant dessous[19]. Elle reste sous l'avion pendant 25 minutes[20]. Elle s'en sort sans blessure grave, mais crachant du sang à cause de l'écrasement subi et avec le visage lacéré, y compris une artère faciale. Elle s'en remet rapidement, ne gardant que des cicatrices au visage. Il s'agit de son premier accident en deux ans[19], et il est estimé qu'elle a fait environ 900 vols sans accident avant la guerre[11].

Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Dessin de Marie Marvingt et de son projet d'ambulance aérienne, Émile Friant, 1914

Au cours de la Première Guerre mondiale, elle tient à s'engager dans l'aviation française. Pour appuyer sa demande, elle souligne le fait que l'armée russe accepte les femmes[9]. Refusée par l'armée, elle se déguise en homme pour se rendre sur le front[2]. Elle intègre alors le 42e bataillon de chasseurs à pied sous le nom de Beaulieu[5].

Quelques mois plus tard, son identité est démasquée : elle est personnellement autorisée par le maréchal Foch à rejoindre le 3e régiment des chasseurs alpins en tant qu'infirmière[5]. Elle devient par la même occasion correspondante de guerre[3]. Elle évacue alors régulièrement les blessés en ski[4].

Elle participe enfin à trois bombardements aériens [21],[22] : en 1915, elle obtient la Croix de guerre pour avoir attaqué une caserne allemande à Metz[5]. Cependant, elle n'a participé que pour remplacer un pilote blessé et n'intègre finalement pas les corps aériens de l'armée[23].

En 1917, elle devient la première femme française à traverser la Seine à la nage, battant de plus d'une heure le record précédent détenu par Annette Kellerman. L'année suivante, elle remporte le premier prix de la traversée de Toulouse à la nage[9].

Entre-deux-guerres[modifier | modifier le code]

Après la Première guerre mondiale, Marvingt devient journaliste, correspondante de guerre et officier de santé des armées au Maroc. Elle trouve l'idée de fabriquer des skis métalliques pour permettre aux avions de se poser sur le sable. Son invention a peu de retentissement, jusqu'à ce que les forces françaises s'en inspirent pour les atterrissages sur neige[3].

En avril 1920, Marvingt fixe un record de marche avec une randonnée de 57 kilomètres dans les Alpes-Maritimes[9].

Elle s'investit ensuite pleinement dans l'aviation sanitaire. En 1929, elle organise le premier Congrès international de l'aviation sanitaire. Au cours de sa vie, on estime qu'elle a donné plus de 3 000 conférences sur le sujet[3].

En 1931, elle crée le Challenge Capitaine Echeman, récompensant le meilleur design d'avion sanitaire[4].

Le , le film Les Ailes qui sauvent est publié : il est écrit et réalisé par Marie Marvingt, qui le tourne au Maroc et y apparaît[4].

En 1934, elle reçoit la médaille de la Paix du Maroc pour son travail sur le service sanitaire aérien. En 1935, elle crée une formation correspondant à ce service sanitaire aérien et en devient de fait la première diplômée[4]. Le , elle devient chevalier de la Légion d'honneur[3].

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Marvingt travaille comme infirmière de l'air. Elle invente un nouveau type de suture chirurgicale qui permet de recoudre les blessures plus rapidement sur le champ de bataille pour éviter les infections[3].

Après la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

En 1949, Marvingt devient officier de la Légion d'honneur[22].

Le , elle reçoit le grand prix Deutsch de la Meurthe de la Fédération nationale d'aéronautique à la Sorbonne pour son œuvre dans l'aviation sanitaire[3]. Le , pour son 80e anniversaire, le gouvernement américain lui offre un vol au-dessus de Nancy à bord d'un chasseur supersonique, le McDonnell F-101 Voodoo[24], depuis la base aérienne 136 Toul-Rosières.

En 1957, elle reçoit la médaille du service de santé de l'air[7].

En 1959, elle passe son brevet de pilote d'hélicoptère[2]. En 1960, âgée de quatre-vingt-cinq ans, elle pilote le premier et seul hélicoptère à réaction du monde, le Djinn[25]. Au cours de sa vie, elle bat un total de dix-sept records en tant que pilote[17].

En 1961, à l'âge de 86 ans, elle fait la boucle de Nancy à Paris[3].

Retraite et décès[modifier | modifier le code]

Elle meurt le dans un hospice à Laxou, dans un relatif anonymat. Cette faible reconnaissance dans ses dernières heures peut s'expliquer par plusieurs facteurs : elle est morte à un âge avancé dans des circonstances quelconques, les records féminins étaient peu reconnus à son époque, ou encore le fait qu'elle n'ait pas gagné beaucoup d'argent, n'étant payée que pour son travail de journaliste[5].

Son décès interrompt sa préparation du brevet de pilote d'hélicoptère[3].

Elle est inhumée au cimetière de Préville à Nancy[26].

Publications[modifier | modifier le code]

  • Les Ailes qui sauvent, 1949
  • Sauvés par la colombe, 1950
  • Collaboration à la documentation sur Amelia Earhart[27]

Prix et distinctions[modifier | modifier le code]

En 1910, Marie Marvingt reçoit la médaille d'or de l'Académie des sports pour tous les sports[17].

Avec 34 médailles et décorations, Marie Marvingt est à sa mort la femme la plus décorée de France[17].

  • Officier de la Légion d'honneur (7 décembre 1949).
  • Croix de guerre 1914-1918 avec palmes en 1915 pour avoir tiré sur une caserne allemande à Metz.
  • Palmes de Premier Tireur (1907).
  • Palmes académiques.
  • Médaille de l'Aéronautique.
  • Médaille de la paix du Maroc.
  • Chevalier dans l'Ordre de la Santé publique (5 novembre 1937).
  • Médaille de la ville de Nancy (1950).
  • Reçoit le prix Deutsch de la Meurthe (29 mars 1954).
  • Médaille d'Or de l'Éducation physique (1957).
  • Médaille d'argent du Service de Santé de l'Air (1957).

Postérité[modifier | modifier le code]

Nancy : plaque commémorative, Place de la Carrière

En septembre 1987, elle intègre à titre postume le International Women's Sports Hall of Fame (en)[6].

En 2004, la Poste française émet un timbre en son honneur[29].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Extrait d'acte civil de Marie Marvingt - Archives Nationales », sur culture.gouv.fr,
  2. a b c d e f et g Encyclopædia Universalis, « MARIE MARVINGT », sur Encyclopædia Universalis (consulté le 2 mars 2019)
  3. a b c d e f g h i j k l m n et o (en) Shahan Russell, « Marie Marvingt – An Incredible Overachiever in World War One and Beyond », sur WAR HISTORY ONLINE, (consulté le 3 mars 2019)
  4. a b c d e f g h et i « Le saviez-vous ? Le fabuleux destin de Marie Marvingt », sur www.defense.gouv.fr, (consulté le 3 mars 2019)
  5. a b c d e f g et h « Grande Guerre : Marie Marvingt, la fiancée du danger », sur France 24, (consulté le 3 mars 2019)
  6. a et b (en) « Seven to remember;Women will enter Sports Hall of Fame », USA Today,‎
  7. a et b « Marie Marvingt, doyenne des aviatrices », France-aviation,‎ (lire en ligne)
  8. a et b « La Revue aérienne / directeur Emile Mousset », sur Gallica, La revue aérienne, (consulté le 3 mars 2019)
  9. a b c d e f g h i j k l et m « Une femme qui pratique tous les sports : Mlle Marvingt », Le Miroir des sports,‎
  10. « Aviation, cyclisme, alpinisme... Marie Marvingt, « la fiancée du danger » oubliée », Ouest France,
  11. a b et c (en) « No. 2504: Marie Marvingt », sur University of Houston (consulté le 3 mars 2019)
  12. La Montagne: revue mensuelle du Club alpin français, Club alpin français, (lire en ligne)
  13. « Marie Marvingt (1875-1963), Pioneer Aviatrix », sur www.ctie.monash.edu.au (consulté le 3 mars 2019)
  14. R. G., « Une femme qui pratique tous les sports : Mlle Marvingt », Le Miroir des Sports, no 17,‎ , p. 260-261 (lire en ligne).
  15. a et b Lam. D. « Marie Marvingt et le développement des évacuations aériennes sanitaires » Méd. Aéronaut. et Spatiale 2004;45, no 166, p. 5–11.
  16. « Liste Numérique des Brevets des Pilotes Aviateurs délivrés avant le 2 aout 1914 », sur vieillestiges.com
  17. a b c et d Claude Jacquemart, « L'épopée des aventurières du ciel. », Le Figaro,‎
  18. Armand Rio, Lecture pour tous — Octobre 1911 — Numéro 1, éditions Lecture pour tous.
  19. a et b « La fiancée du danger », Le Figaro,‎ 3 janvier 2014 (avec extrait d'un article daté du 3 janvier 1914) (lire en ligne)
  20. « Le Matin : derniers télégrammes de la nuit », sur Gallica, (consulté le 3 mars 2019)
  21. « Un hommage rendu à Marie Marvingt », sur SudOuest.fr (consulté le 3 mars 2019)
  22. a et b « Semaine droits des femmes : Marie Marvingt et Emilie du Châtelet », sur France Bleu (consulté le 3 mars 2019)
  23. (en-GB) « The WW1 'she-soldiers' who fought on the frontline », BBC,‎ (lire en ligne, consulté le 3 mars 2019)
  24. Actualité de l'histoire, no 84, mai 2006, p. 64.
  25. « Fiche historique et technique du SNCASO SO-1221 Djinn », sur celag.free.fr
  26. (en) « Marie Marvingt », sur FindAGrave
  27. Notice de la Bibliothèque nationale de France.
  28. (fr) « Page d'accueil », sur le site du Festival du film de montagne et d'exploration (consulté le 30 janvier 2015).
  29. « Timbre : 2004 Marie Marvingt 1875-1963 | WikiTimbres », sur www.wikitimbres.fr (consulté le 3 mars 2019)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Archives de l'aéroclub Marie-Marvingt à Aurillac, Cantal Auvergne
  • Rosalie Maggio et Marcel Cordier, Marie Marvingt : la femme d'un siècle, Sarreguemines, Éditions Pierron, , 261 p. (ISBN 2-708-50092-9 et 978-2-708-50092-1)
  • Enrico Grassani, Elisa Deroche alias Raymonde de Laroche. La presenza femminile negli anni pionieristici dell'aviazione, Milan, Editoriale Delfino, 2015 (ISBN 978-88-97323-46-4)

Liens externes[modifier | modifier le code]