Élisa Deroche

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Élisa Deroche
Image dans Infobox.
Élisa Deroche en août 1909.
Titre de noblesse
Baronne
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 36 ans)
Le CrotoyVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Nom de naissance
Élisa Léontine Deroche
Surnom
Raymonde de Laroche
Nationalité
Activité
Prononciation
Père-Lachaise - Division 92 - Laroche 01.jpg
Tombe au cimetière du Père-Lachaise.

Élisa Deroche[1], connue sous le pseudonyme de baronne Raymonde de Laroche, est une actrice et aviatrice française née le à Paris (4e arr.)[2] et morte le dans un accident d'avion au Crotoy. C'est la première femme au monde à avoir obtenu son brevet de pilote-aviatrice le .

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Élisa Léontine Deroche naît le 22 août 1882 dans le quartier du Marais au numéro 61, rue de la Verrerie à Paris. Ses parents sont Charles-François Deroche, un maroquinier[3] et de Christine Calydon Gaillard. Jeune femme, elle commence une carrière artistique.

Le , au théâtre Sarah Bernhardt, elle joue le rôle de Doña Sérafine dans la pièce La Sorcière de Victorien Sardou[4].

Le , au théâtre des Mathurins, elle joue le rôle de Maria dans la pièce Baptiste de Michel Carré [5].

Le , au théâtre Réjane, elle joue le rôle de Rigolboche dans la pièce La Savelli, adaptation d'un roman de Gilbert Augustin-Thierry, dans une mise en scène de Max Maurey[6].

C'est pendant la période où elle s'adonne au théâtre qu'elle prend le pseudonyme de « baronne Raymonde de Laroche », en mémoire de sa fille, Raymonde Marguerite Charlotte Thadome, décédée le à l'âge de sept mois et demi[7],[n 1]. Elle se consacre également à la peinture, à la sculpture et au sport automobile.

Élisa Deroche au poste d'un biplan Voisin.
Élisa Deroche, dite la baronne de Laroche, dans son appareil.

Très tôt, Élisa Deroche s'intéresse aux sports. En 1892, à l'âge de dix ans, on lui offre un poney ; elle se passionne pour l'équitation puis, successivement, pour le tennis, le rowing, le patinage, la bicyclette[8].

Vers 1902, elle conduit une motocyclette fabriquée par les frères Werner. C'est aussi en 1902 qu'elle obtient son permis de conduire[9].

Performances en aviation[modifier | modifier le code]

Le , Raymonde de Laroche est présente à Bagatelle, lorsque Santos-Dumont réussit un premier vol. Le , elle est à Issy-les-Moulineaux, quand Henri Farman réalise une boucle d'un kilomètre[10].

Raymonde de Laroche s'intéresse aux études et aux expériences de Blériot, d'Ernest Archdeacon et des frères Voisin. Après avoir étudié divers appareils, elle choisit le biplan Voisin pour ses qualités de maniabilité, de stabilité et de facilité à piloter, et en 1909 elle rencontre Charles Voisin, fondateur avec son frère Gabriel de l'entreprise Voisin Frères[11].

Apprentissage avec Charles Voisin[modifier | modifier le code]

Raymonde de Laroche souhaite piloter elle même et ne plus rester simple spectatrice : elle décide d'exécuter son premier vol en étant seule à bord. L'ingénieur aviateur Édouard Chateau[12] se charge de sa formation, au camp de Châlons à Mourmelon.

Le , elle fait son premier vol seule à bord d'un biplan Voisin sur une distance de 300 mètres. Le lendemain, elle réalise un vol de 6 kilomètres, toujours sous la vigilance de M. Château[13],[14].

Le , elle prend livraison de son biplan Voisin et fait un vol de sept minutes, mais il est interrompu par la nuit, ce qui l'empêche de concourir pour le brevet de pilote[15].

Obtention du brevet de pilote[modifier | modifier le code]

Le , Raymonde de Laroche s'entraîne pour l'obtention de son brevet de pilote sur le terrain de Bouy. Elle prend son vol vers 15 h, par vent faible, fait un premier tour de piste en volant à quatre mètres de hauteur dans des conditions parfaites, lorsqu'au deuxième tour, ayant pris un virage trop au large et n'ayant pu monter assez haut, elle percute les peupliers qui bordent la route[16]. Ce même jour, Léon Delagrange se tue sur le terrain de La Croix-d'Hins en Gironde[16].

Elle obtient son brevet de pilote pendant le meeting d'Héliopolis en Égypte, qui se tient du 6 au . L'Aéro-Club de France le valide, et le brevet lui est délivré le , no 36 de l'Aéro-Club de France[17],[18]. Elle est la première femme au monde à l'obtenir, bien qu'elle ne soit pas la première femme à avoir piloté un aéroplane en solo (Thérèse Peltier l'a devancée, en effectuant un vol en septembre 1908 sans avoir son brevet).

Participation à des meetings aériens[modifier | modifier le code]

Raymonde de Laroche participe ensuite à de nombreux rassemblements aériens, tant en France qu’à l’étranger, comme celui Héliopolis, le meeting de Tours du au , le meeting de Saint-Pétersbourg du au , devant le tsar Nicolas II ; Raymonde de Laroche fait à cette occasion un vol spectaculaire : à cent mètres d'altitude, elle coupe le moteur de son biplan pour atterrir en vol plané[19]. Elle se produit aussi au meeting de Budapest du 5 au et à la Grande Semaine d'aviation de Rouen du 19 au .

Accident de Laroche en 1910.

Du 3 au , elle apparaît lors de la deuxième grande semaine d'aviation de la Champagne. Elle est grièvement blessée pendant un meeting à Reims, le , son avion s’étant écrasé ; on la transporte dans la clinique du docteur Roussel à Reims. Rétablie, elle quitte la clinique le pour rejoindre son domicile parisien[20],[n 2].

Le , Raymonde de Laroche est nommée officier d'Académie par Théodore Steeg, ministre de l'Instruction publique et des Beaux-arts[21].

Décès[modifier | modifier le code]

Le[22] elle se rend à l'aérodrome du Crotoy pour faire des tests sur un avion. Ingénieure chevronnée, elle avait l'intention de devenir la première femme pilote de test[23]. Elle copilote à cette occasion un avion expérimental. Lors des manoeuvres dapproche pour l'atterissage, l'avion effectue un plongeon et s'écrase, tuant les deux copilotes[24].

Vie privée[modifier | modifier le code]

Élisa Deroche a été mariée deux fois. Le , elle épouse Louis Léopold Thadome à la mairie du 4e arrondissement. Le couple ayant divorcé le , elle se remarie avec Jacques Vial le à Meudon[25]. Le couple divorce le .

Honneurs posthumes[modifier | modifier le code]

Plaque du 61 rue de la Verrerie à Paris.
  • Une plaque est apposée sur sa maison natale, 61 rue de la Verrerie à Paris.
  • En hommage aux pionniers de l'aviation, la Poste française émet le un timbre à l'effigie d'Élisa Deroche, première aviatrice brevetée au monde.
  • Un collège[26] a été baptisé Élise Deroche le à Le Pian-sur-Garonne, en Gironde.
  • Une vingtaine de voies publiques (avenue, rue, etc.) sont baptisées en son honneur à travers le monde.
  • Une avenue porte son nom à Viry-Châtillon, la ville du premier aérodrome au monde : l'avenue Baronne-de-Laroche. C'est d'ailleurs dans cette avenue que se situe le vieux bâtiment de Port-Aviation, le premier aérodrome au monde.
  • Une rue porte également son nom sur le territoire de la commune d'Orly, dans le secteur de Cœur d'Orly, sur la plateforme de l'aéroport Paris-Orly.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Pour certains[réf. nécessaire], ce serait à la suite d’un meeting à Saint-Pétersbourg que le tsar Nicolas II, impressionné par son courage, lui donne le titre de baronne.
  2. Elle pilote le biplan Voisin no 59 à la deuxième Grande Semaine d’aviation de la Champagne 1910. « Une aviatrice tombe », Le Petit Parisien, Paris, 5 janvier 1910 (ISSN 0999-2707).

Références[modifier | modifier le code]

  1. Ou, selon la plupart des sources, Élise Deroche.
  2. Acte de naissance no 2247 (vue 2), registre des naissances du 4e arrondissement pour l'année 1882, État civil de la Ville de Paris.
  3. N. D. L. dit, « La baronne Raymonde de Laroche, première aviatrice brevetée », sur L'Histoire par les femmes, (consulté le )
  4. Paru dans le journal des Annales du Théâtre et de la Musique de l'année 1903, page 278.
  5. Paru dans le journal des Annales du Théâtre et de la Musique de l'année 1904, page 397.
  6. Paru dans le journal des Annales du Théâtre et de la Musique de l'année 1906, page 268.
  7. Selon l'acte de décès n°197 V4E8083 Paris 1er.
  8. Paru dans le journal L'Auto du 26 octobre 1909.
  9. Information confirmée dans une interview qu'elle accorda au journal L'Auto le 8 janvier 1914.
  10. Paru dans une interview qu'elle accorda au journal L'Auto le 26 octobre 1909.
  11. Selon ses explications dans une interview qu'elle accorda au journal L'Auto le 26 octobre 1909.
  12. « Edouard Chateau, le ciel et la terre », sur Comment naquit l'aviation (consulté le )
  13. Voir L'Aérophile de novembre 1909, page 510.
  14. « Année 1909 - Histoire de l'aéronautique - AeroWeb-fr.net », sur www.aeroweb-fr.net (consulté le )
  15. « L'Auto-vélo : automobilisme, cyclisme, athlétisme, yachting, aérostation, escrime, hippisme / dir. Henri Desgranges », sur Gallica, (consulté le ).
  16. a et b « L'Auto-vélo : automobilisme, cyclisme, athlétisme, yachting, aérostation, escrime, hippisme / dir. Henri Desgranges », sur Gallica, (consulté le )
  17. (voir L'Aérophile, 1910, page 98) « Baronne de Laroche » sur aviatechno.free.fr.
  18. « Elisa Deroche, pilote toujours moderne 100 ans après son brevet », sur RFI, (consulté le )
  19. Voir La Vie au Grand Air Noël du 10 décembre 1910 et le journal L'Auto du 24 mai 1910.
  20. Paru dans le journal Gil Blas du 8 octobre 1910
  21. Paru dans le journal Excelsior du 3 juin 1911, page 3.
  22. Michel Polacco, Pourquoi des avions s'écrasent-ils encore ?, Hachette, , 22 p. (ISBN 9782851209764, lire en ligne)
  23. « Raymonde de Laroche », sur Women in Aviation and Space History, National Air and Space Museum (consulté le )
  24. Eileen F. Lebow, Before Amelia: Women Pilots in the Early Days of Aviation, Brassey's, (ISBN 978-1-57488-532-3, lire en ligne), 14
  25. Mentions marginales sur l'acte de naissance (cf. supra).
  26. « Page d'accueil du collège » (consulté le ).

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Lucien Robineau (dir.) et Académie nationale de l'Air et de l'Espace (préf. Pierre Miquel, postface Charles Bigot), Les Français du Ciel : dictionnaire historique, Paris, Le Cherche midi, coll. « Ciels du monde », , 782 p. (ISBN 2-7491-0415-7, notice BnF no FRBNF39993744).
  • Académie nationale de l'Air et de l'Espace, Aviatrices : un siècle d'aviation féminine française, Levallois-Perret/Le Bourget, Altipresse, Musée de l'Air et de l'Espace, coll. « Nouvel envol », , 189 p. (ISBN 2-911218-21-3, notice BnF no FRBNF39289561).
  • (it) Enrico Grassani, Élisa Deroche alias Raymonde de Laroche : La presenza femminile negli anni pionieristici dell'aviazione, Milan, Editoriale Delfino, (ISBN 978-88-97323-46-4).
  • Sandrine Beau, La Cascadeuse des nuages, Bruxelles, Alice Jeunesse, 2019, 151 p. (ISBN 9782874263941) Adaptation très libre en roman jeunesse de la vie d’Élise Deroche.
  • Eileen F. Lebow, Before Amelia : women pilots in the early days of aviation, Brassey's, Inc, (ISBN 1-57488-532-4, 978-1-57488-532-3 et 1-57488-482-4, OCLC 52305816, lire en ligne).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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