Siège de Damas (634)

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Siège de Damas
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La porte de Kisan, l'une des six portes des remparts de Damas.

Informations générales
Date 21 août - 19 septembre 634
Lieu Damas, Syrie
Issue Victoire des musulmans
Belligérants
Empire byzantin Rashiduns
Commandants
Thomas Khalid ibn al-Walid
Forces en présence
20 000 15 000 - 16 000[1]
Pertes
Inconnues Inconnues

Guerres arabo-byzantines

Batailles

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Le siège de Damas (634) dure du 21 août au 19 septembre jusqu'à la chute de la cité aux mains du califat Rachidun. Damas est la première cité importante de l'Empire byzantin à tomber lors de la conquête musulmane de la Syrie.

La dernière guerre entre Perses et Byzantins se termine en 627 quand Héraclius conclut une campagne victorieuse contre les Sassanides en Mésopotamie. Au même moment, Mahomet unit les Arabes sous la bannière de l'islam. Après sa mort en 632, Abu Bakr lui succède en tant que premier calife rachidun. Il réprime plusieurs révoltes internes et cherches à étendre son territoire par-delà les confins de la péninsule Arabique.

En avril 634, il envahit l'Empire byzantin et le Levant et remporte une victoire décisive lors de la bataille d'Ajnadayn. Les armées musulmanes marchent vers le nord et mettent le siège devant Damas. la cité tombe après qu'un évêque monophysite a informé Khalid ibn al-Walid, général en chef musulman, qu'il est possible de percer les murs de la cité en attaquant une position faiblement défendue de nuit. Tandis que Khalid rentre dans la cité en bataillant depuis la Porte orientale, Thomas, le chef de la garnison byzantine négocie une reddition pacifique à la porte Jabiyah avec Abu Ubayda ibn al-Djarrah, le second de Khalid. Après la reddition de la cité, les commandants se disputent les termes de l'accord de paix. Ils finissent par s'accorder sur le fait que les termes de la paix donnés par Abu Ubaidah seraient acceptés. Bien qu'ils acceptent tous de se plier aux conditions de ces termes, trois jours après la reddition de la ville, Khalid poursuit les réfugiés de Damas en route pour Antioche et les défait lors d'une bataille six jours plus tard, près de l'actuelle Al Jayyad.

Contexte[modifier | modifier le code]

Carte présentant les routes d'invasion empruntées par les Musulmans dans le Levant.

En 610, lors de la guerre perso-byzantine de 602-628, Héraclius renverse Phocas et devient le nouvel empereur byzantin. Il concentre d'abord son attention sur les affaires internes de l'Empire alors que les Sassanides s'emparent de la Mésopotamie et emportent la Syrie en 611. Il pénètrent ensuite en Anatolie et occupent Césarée. En 612, Héraclius expulse les Perses d'Anatolie. En 613, il lance une contre-attaque contre la Syrie mais il est vaincu[2].

Lors de la décennie suivante, les Perses conquièrent la Palestine et l'Égypte tandis qu'Héraclius reforme son armée et se prépare pour une nouvelle offensive qu'il lance en 622[3]. Il obtient plusieurs victoires importantes contre les Perses et leurs alliés dans le Caucase et en Arménie. En 627, il lance une offensive hivernale audacieuse contre les Perses en Mésopotamie et obtient une victoire décisive lors de la bataille de Ninive. Ce succès permet aux Byzantins de menacer directement Ctésiphon, la capitale des Perses[4].

Khosro II est discrédité par une série de défaites et est tué lors d'un coup d'état perpétré par son fils Kavadh II. Celui-ci demande immédiatement la conclusion d'une paix avec les Byzantins, acceptant de se retirer de l'ensemble des territoires byzantins que les Perses occupent. Héraclius peut alors ramener la Vraie Croix à Jérusalem lors d'une cérémonie en 629. Toutefois, cette longue guerre a épuisé les deux empires et l'occupation des territoires du Levant a affaibli l'autorité byzantine dans cette région[5].

En Arabie, le prophète Mahomet parvient à unir l'ensemble de la péninsule autour d'une seule religion et d'une autorité politique unique. Quand il meurt en juin 632, Abu Bakr est élu pour occuper la fonction de calife. Il devient le successeur politique et religieux de Mahomet. Plusieurs tribus arabes se révoltent contre Abu Bakr et, lors de la guerre de Rida, Abu Bakr réprime cette rébellion. En 633, l'Arabie est unie sous l'autorité centrale du calife à Médine[6]. La même année, il lance une guerre de conquête contre les empires sassanides et byzantins[7]. Il parvient à conquérir la province perse de l'Irak, ce qui accroît sa confiance. En avril 634, ses armées envahissent le Levant byzantin par quatre routes différentes. Ces armées apparaissent trop faibles pour conquérir ce territoire, ce qui nécessite des renforts venant d'Irak. Ces derniers sont dirigés par le général Khalid ibn al-Walid. Traversant le désert, il arrive en Syrie par une route inattendue. Il peut alors attaquer et submerger les défenses byzantines du Levant, prenant rapidement Bosra, la capitale des Ghassanides. En juillet 634, l'armée musulmane dirigée par Khalid vainc une nouvelle armée byzantine lors de la bataille d'Ajnadayn. Ayant sécurisé leur flanc sud, les Musulmans peuvent mettre le siège devant Damas[8].

Disposition des forces[modifier | modifier le code]

Déploiement des troupes musulmanes autour de la ville de Damas lors du siège.

Les armées musulmanes du VIIe siècle ne possède aucun équipement de siège et évite généralement les sièges, sauf s'il n'existe aucune autre option. En l'absence d'équipements, les armées musulmanes encerclent complètement la ville et la prive de tout approvisionnement jusqu'à la reddition des assiégés[9]. Des unités d'éclaireurs sont positionnées sur les principales routes menant à la ville pour prévenir toute tentative de secours.

Pour isoler Damas, Khalid coupe les lignes de transports et de communication vers le nord de la Syrie. Vers l'ouest, un détachement de cavalerie est envoyée à Fahal pour détourner l'attention de la garnison byzantine. Ce détachement protège aussi les lignes d'approvisionnement musulmanes vers Madinah[10]. Il sert en quelque sorte d'arrière-garde sur le front syrien. Un autre détachement est envoyé sur la route vers Émèse pour prendre position près de Bait Lihya, à seize kilomètres de la ville. Ce détachement doit vaincre ou repousser toute expédition de secours des Byzantins.

Après avoir terminé cet isolement, Khalid ordonne à son armée d'encercler la ville le 21 août 634[11]. Les généraux des différents corps ont pour mission de repousser toute tentative de sortie byzantine des différentes portes et demander de l'aide en cas d'attaque importante. Dharar bin al-Azwar dirige 2 000 cavaliers issus de la cavalerie légère d'élite de l'armée musulmane pour patrouiller dans les zones vides laissées entre les différentes portes et venir en renfort de tout corps attaqué par les Byzantins[12].

Les généraux musulmans suivants participent au siège devant chacune des six portes de Damas. Chaque général possède 4 000 à 5 000 hommes sous son commandement pour contrôler chaque porte :

  • Porte de Thomas: Shurahbil ;
  • Porte de Jabiyah : Abu Ubaidah ;
  • Porte de Faradis : Amr ;
  • Porte de Keisan : Yazid ben Abi Sufyan ;
  • Petite porte: Yazid ben Abi Sufyan ;
  • Porte orientale : Rafay bin Umayr[13].

Le siège[modifier | modifier le code]

L'arrivée de renforts byzantins[modifier | modifier le code]

Au début du siège, l'empereur Héraclius se trouve à Antioche. Le 9 septembre 634, il envoie des renforts dont le nombre pourrait approcher 12 000 hommes[14]. Les éclaireurs positionnés entre Emèse et Damas informe Khalid de l'approche de cette armée. Le général musulman envoie alors Rafay bin Umayr avec 5 000 hommes. Les deux forces se rencontrent à une trentaine de kilomètres au nord de Damas, à la passe d'Uqab (passe de l'aigle), sur la route d'Émèse à Damas[15]. La force musulmane est rapidement dépassée et encerclée par les Byzantins. Toutefois, avant ces derniers ne parviennent à vaincre leurs adversaires, Khalid arrive une autre colonne de 4 000 hommes et les met en déroute[16] dans ce qui est appelé la bataille de la passe d'Uqab[15].

Les forces musulmanes restantes autour de Damas sont donc amputées de 9 000 hommes. Selon certains historiens, il est possible qu'une sortie des forces byzantines assiégées auraient pu percer les lignes musulmanes et mettre fin au siège. Du fait de cette menace, Khalid revient immédiatement à Damas[17].

Première sortie byzantine[modifier | modifier le code]

Porte de Thomas.

Dès qu'il s'aperçoit que les renforts ne parviennent pas à percer les lignes musulmanes, Thomas décide de lancer une contre-offensive[18]. Au début de la troisième semaine de septembre 634, Thomas prend des hommes issus de tous les secteurs de la ville pour former une force d'une taille suffisante pour lancer une percée depuis la porte de Thomas. C'est le corps de Shurahbil qui lui fait face avec une force de 5 000 hommes. L'attaque byzantine commence avec un tir nourri de flèches contre les lignes musulmanes. L'infanterie byzantine, couverte par les archers situés sur les murailles, se précipitent par la porte et se mettent en ordre de bataille. C'est Thomas qui dirige l'assaut, lors duquel il est blessé à l'œil droit par une flèche. Toutefois, cette tentative échoue et les Byzantins doivent se replier dans la ville mais Thomas prévoit une nouvelle charge pendant la nuit[15].

Deuxième attaque byzantine[modifier | modifier le code]

Cette fois-ci, Thomas prévoit des sorties simultanées depuis quatre portes. La principale attaque a de nouveau lieu à la Porte Thomas, pour profiter de la fatigue des forces musulmanes qui s'y trouvent. Les autres offensives ont lieu à la Porte Jabiya, à la Petite Porte et à la Porte Orientale, dans le but de fixer les différentes unités musulmanes s'y trouvant et les empêcher d'aider les forces de Shurhabil[19].

C'est au niveau de la Porte Orientale que Thomas regroupe le plus de forces, de manière à ce que Khalid ne puisse pas porter secours à Shrurahbil et soit contraint à diriger les opérations dans ce secteurs. Ces attaques multiples permettent aux Byzantins d'avoir plus de souplesse. Si l'une des offensives débouche sur une percée autre part qu'à la Porte Thomas, il pourra être exploité par l'envoi de renforts. Enfin, Thomas ordonne de prendre Khalid vivant[20].

Les combats sont particulièrement rudes à la Porte Jabiya mais le général Ubaidah parvient à repousser les Byzantins qui se replient précipitamment derrière les murailles de la ville. La lutte est aussi intense à la Petite Porte, gardée par Yazid. Ce dernier dispose de peu de troupes mais Dharar vient à son secours avec 2 000 hommes de la cavalerie d'élite. Celle-ci attaque les flancs des Byzantins et les contraignent à se replier[18].

Au niveau de la Porte Orientale, la situation devient sérieuse pour les Musulmans car c'est là que les Byzantins sont les plus nombreux. Le général Rafay ne parvient pas à soutenir les offensives ennemies. Toutefois, l'arrivée de Khalid avec la réserve constituée de quatre cents cavaliers expérimentés et l'attaque de ceux-ci sur le flanc des Byzantins est un tournant et permet aux Musulmans de tenir leurs positions[21].

Les combats les plus importants ont lieu à la Porte de Thomas où Thomas conduit de nouveau la sortie en personne[18]. Après une lutte intense, le général byzantin s'aperçoit que les Musulmans ne faiblissent pas et que la poursuite de l'offensive ne peut déboucher sur une victoire autant qu'elle risquerait d'aggraver les pertes parmi ses hommes. Il ordonne alors de battre en retraite et les Byzantins se replient en ordre, tout en faisant face à des tirs intenses de flèches par leurs ennemis. Cette offensive est la dernière que tente Thomas pour mettre fin au siège car l'ensemble des attaques menées ont entraîné des pertes trop importantes parmi ses troupes pour lui permettre de rééditer une tentative de sortie[22].

Offensive de Khalid[modifier | modifier le code]

Le 18 septembre, un monophysite syriaque du nom de Jonah informe Khalid à propos des célébrations qui doivent avoir lieu dans la ville la nuit même. Elles offrent une occasion pour Khalid de s'emparer de la ville lors d'une attaque surprise, alors que les murailles sont susceptibles d'être moins bien défendues. En retour, Jonah demande l'immunité pour lui et sa fiancée. Selon les chroniques musulmanes,

Khalid n'a pas le temps de mettre en place un plan coordonné pour l'ensemble de son armée. De ce fait, il décide de conduire l'attaque lui-même à la Porte Orientale. Lui et deux autres soldats (Qa'qa ibn Amr et Mazur ibn Adi) escaladent le mur à côté de la porte. Cette partie du mur, particulièrement bien fortifiée, n'est pas gardée. Une fois arrivés en haut, ils accrochent des cordes au sommet et les lancent à une centaine de soldats postés à la base du rempart. Khalid descend ensuite dans la ville et tue les gardes de la Porte Orientale et, avec Qa'qa ibn Amr, il ouvre celle-ci, permettant au reste de l'armée musulmane de pénétrer dans la ville.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Akram 2004, p. 290
  2. Greatrex et Lieu 2002, p. 189-190
  3. Greatrex et Lieu 2002, p. 196
  4. Greatrex et Lieu 2002, p. 217-227
  5. Haldon 1997, p. 46
  6. Nicolle 1994, p. 12-14
  7. Kennedy 2006, p. 25
  8. Nicolle 1994, p. 56
  9. Kennedy 2006, p. 33
  10. Akram 2004, p. 293
  11. Burns 2007, p. 99
  12. Nicolle 1994, p. 57
  13. Akram 2004, p. 296
  14. Milman 2009, p. 147
  15. a, b et c Milman 2009, p. 148
  16. Sahas 1972, p. 19
  17. Akram 2004, p. 298
  18. a, b et c Nicolle 1994, p. 58
  19. Milman 2009, p. 148-149
  20. Akram 2004, p. 299
  21. Milman 2009, p. 49
  22. Akram 2004, p. 300

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Agha Ibrahim Akram, The Sword of Allah: Khalid bin al-Waleed – His Life and Campaigns, Oxford University Press, (ISBN 0-19-597714-9)
  • (en) Ross Burns, Damascus: A History, Routledge, (ISBN 978-0-415-41317-6)
  • (en) Geoffrey Greatrex et Samuel Lieu, The Roman Eastern Frontier and the Persian Wars Part II AD 363-630, Routledge, (ISBN 0-415-14687-9)
  • (en) John F. Haldon, Byzantium in the Seventh Century: The Transformation of a Culture, Cambridge University Press,
  • (en) Hugh N. Kennedy, The Byzantine and Early Islamic Near East, Ashgate Publishing, (ISBN 978-0-7546-5909-9)
  • (en) Edward Gibbon et Henry Hart Milman (révisé par), The Decline and Fall of the Roman Empire, BiblioBazaar, (ISBN 978-1-113-92820-7)
  • (en) David Nicolle, Yarmuk 636 A.D.: The Muslim Conquest of Syria, Oxford, Osprey Publishing Limited, (ISBN 1-85532-414-8)
  • (en) Daniel J. Sahas, John of Damascus on Islam: The "Heresy of the Ishmaelites.", Brill, (ISBN 978-90-04-03495-2)