Combat du Rocher de La Piochais

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Combat du Rocher de La Piochais
Description de cette image, également commentée ci-après
L'assaut des Chouans, huile sur toile d'Adolphe Pierre Leleux, XIXe siècle.
Informations générales
Date 26 juillet 1795
Lieu Entre Landéan et Louvigné-du-désert
Issue Victoire des Chouans
Belligérants
Flag of France.svg RépublicainsRoyal Standard of King Louis XIV.svg Chouans
Commandants
• ChamondAimé Picquet du Boisguy
Guy Picquet du Boisguy
Auguste Hay de Bonteville
Forces en présence
125 à 140 hommes initialement[1]
200 hommes en renfort[2]
700 hommes[3]
Pertes
50 à 100 morts[1],[2]
11 blessés[1],[2]
13 prisonniers (exécutés)[1],[2]
~ 2 à 10 morts[3],[2]

Chouannerie

Batailles

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Coordonnées 48° 26′ 31″ nord, 1° 08′ 31″ ouest

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Combat du Rocher de La Piochais

Le combat du Rocher de la Piochais a lieu le pendant la Chouannerie. Un convoi républicain tombe dans une embuscade tendue par les Chouans.

Prélude[modifier | modifier le code]

À la fin du mois de juillet 1795, un convoi sortit de Fougères et se dirigea vers Louvigné-du-désert, il devait y ravitailler la garnison qui manquait de vivres et d'armes; un fourgon parti de Rennes et devant se rendre à Caen se trouvait également dans le convoi qui était défendu par 125 à 140 soldats du bataillon d'infanterie légère de Nantes et d'une compagnie de la garde territoriale de Fougères[2]. Aimé Picquet du Boisguy, chef des Chouans de la division de Fougères, prévenu la veille de ce convoi, rassembla ses hommes et s'embusqua au lieu-dit du Rocher de la Plochais, situé entre Louvigné-du-désert et Landéan[3].

Forces en présence[modifier | modifier le code]

Les estimations des forces divergent. Selon le colonel chouan Toussaint du Breil de Pontbriand, le convoi républicain était fort de 600 hommes portant le nom de division nantaise et de 60 gardes territoriaux. Quant aux chouans de Boisguy, ils étaient au nombre de 700[3].

Du côté républicain, un premier rapport évalue le nombre de soldats défendant le convoi à 125 hommes, un deuxième à 140 et porte le nombre des chouans à 1 200, ce qui semble, à cette période, surévalué. La présence de soldats du premier bataillon d'infanterie légère de Nantes et de gardes territoriaux est attestée[2].

« Le combat, qui a eu lieu le 8 thermidor dernier, entre un détachement de notre garnison et les chouans, est de toutes les affaires de genre qui se sont passées dans l'entendue de notre district celle qu'il faut regarder comme la plus malheureuse par les pertes de tous genre que la République y a éprouvées et par les actes de férocité que les chouans y ont commis.
Deux caissons portaient des vivres aux troupes cantonnées à Louvigné-du-Désert ou aux environs. Le fourgon de la messagerie de Rennes à Caen partait ce même jour de Fougères. Beaucoup de voyageurs avaient profité de cette occasion pour se mettre en route, et dans le nombre se trouvaient plusieurs négociants qui se faisaient suivre par des voitures richement chargées. Une chaise de poste renfermait plusieurs femmes que leurs affaires appelaient aussi à Caen. Tous ces objets rassemblés formaient un convoi assez considérable.
L'escorte forte d'environ cent quarante hommes était composée du détachement du premier bataillon d'infanterie légère de Nantes et de la compagnie de la garde territoriale de Fougères.
Les voyageurs s'étaient placés entre l'avant-garde et les voitures. Une partie du détachement formait une arrière-garde, le reste marchait sur deux files à droite et à gauche du convoi, des éclaireurs étaient disposés sur les ailes[2]. »

— Rapport de l'administration républicaine du district de Fougères au département

« Un corps de la garnison de Fougères, portant le nom de division nantaise, commandé par l'adjudant-général F.M..., partit de Fougères, escortant un convoi pour la troupe cantonnée à Louvigné-du-Désert; cette colonne était forte de six cents hommes, environ soixante gardes territoriaux de Fougères s'y joignirent. Les du Boisguy, qui avaient été prévenus la veille, résolurent d'attaquer ce convoi. Ils réunirent, pendant la nuit, environ sept cents hommes et furent prendre position au lieu dit le Rocher de la Piochais, où ils dressèrent une embuscade. La position est très favorable; l'ennemi était forcé de s'engager dans une route resserée, à droite et à gauche, par des marais presque impraticables, qui l'empêchaient de faire éclairer la marche. Du Boisguy l'aîné commandait la gauche, son frère était au centre, Hay de Bonteville occupait la droite, avec la seconde colonne[3] »

— Mémoires de Toussaint du Breil de Pontbriand

La bataille[modifier | modifier le code]

Embuscade au Rocher de la Piochais[modifier | modifier le code]

La position des Chouans leur est très favorable ; les Républicains traversent la forêt de Fougères, puis le bourg de Landéan. Arrivés à Plochais, ils sont forcés de s'engager sur une route très étroite et resserrée sur les côtés par des marais presque infranchissables. Les Chouans sont embusqués en arc de cercle et ouvrent le feu presque à bout portant des Républicains. Ceux-ci, surpris et ne pouvant se mettre en ligne de bataille à cause du terrain, ne peuvent riposter efficacement. Après une courte résistance, les Républicains tentent de battre en retraite, mais celle-ci se transforme rapidement en déroute. Les Chouans sortent alors de leurs couverts et se lancent à la poursuite des fuyards jusque dans la forêt de Fougères, leur infligeant de très lourdes pertes. Plusieurs dizaines de Républicains sont tués, d'autres sont faits prisonniers, au nombre de 45 selon Pontbriand, une quinzaine selon les rapports républicains[3],[2].

« Ce convoi était à environ deux lieues de Fougères lorsque sur les huit heures et demie du matin il rencontra les chouans qui, avertis probablement de son départ, avaient fait toutes leurs dispositions pour l'attaquer avec avantage ; ils s'étaient réunis en grand nombre, s'étaient embusqués sur une hauteur et pour rendre leur masse plus imposante, ils l'avaient grossie de beaucoup d'habitants des campagnes qu'ils avaient contraints à les suivre.
À leur apparition subite, suivie à l'instant d'une décharge et bientôt après d'un mouvement général sur la tête du convoi, les simples voyageurs, qui la plupart étaient sans armes, prirent les premiers l'épouvante et, se rejetant dans la fuite sur la troupe qui était derrière eux, en entraînèrent une partie et mirent le reste en désordre. Le mal s'accrut bientôt au point que les officiers firent de vain efforts pour rallier leurs soldats, de sorte qu'après une bonne mais inutile résistance de l'avant-garde, composée de gardes territoriaux, la déroute devint générale. Les chouans poursuivirent les fuyards jusque dans la forêt de Fougères et ce fut pendant cette poursuite que nous fîmes la plus grande perte[2]. »

— Rapport de l'administration républicaine du district de Fougères au département

« L'ennemi s'avança sans découvrir l'embuscade, l'avant-garde même était engagée au milieu des Royalistes, lorsque le feu commença ; aussi la première décharge de ceux-ci se fit presque à bout portant et fut très meurtrière ; les Républicains surpris par cette brusque attaque et ne pouvant même, à cause de la nature du terrain, se mettre en bataille, ne résistèrent pas plus d'un quart d'heure. En vain, leur chef et ses officiers voulurent opérer leur retraite en bon ordre, ils furent entraînés par les fuyards et leur déroute fut complète[3]. »

— Mémoires de Toussaint du Breil de Pontbriand

Mort de Guy du Boisguy[modifier | modifier le code]

Sur son flanc, Guy du Boisguy mène la poursuite sur les Républicains mais distance ses hommes, il rejoint un groupe d'une vingtaine de gardes territoriaux et les somme de se rendre. Arrivé face à un marais, il met pied à terre et le traverse difficilement[3]. Les Républicains ouvrent alors le feu sur lui et un garde territorial l’atteint de deux ou trois balles puis le frappe à coups de crosse[2]. Selon un premier rapport le soldat ayant tué Guy du Boisguy est un Allemand nommé Zemmer, volontaire dans la garde territoriale de Fougères, d'après un second rapport il s'agit d'un certain Jorse, également garde territorial[2]. Selon Lemas il s'agit du même soldat et « Jorse » est un surnom[2], Le Bouteiller en revanche, juge cela « peu compréhensible[1] ». Peu après les Chouans trouvent leur chef grièvement blessé, Guy du Boisguy est retiré du marais et conduit au village de la Charbonnais, près de Landéan où il décède deux heures plus tard[3].

« Du Boisguy l'ainé s'élança avec ardeur à leur poursuite et devança bientôt tous les siens; il n'était plus suivi que d'un seul homme, quand il voulut couper la retraite à une vingtaine de soldats qui fuyaient en désordre : « Bas les armes ! » s'écrie-t-il; ceux-ci s'arrêtent étonnés; pour arriver à eux, il y avait un petit marais à traverser; il s'y jette seul, et s'enfonce dans la vase jusqu'à la ceinture; plusieurs soldats l'ajustent et font leur décharge; il est frappé de trois balles et mortellement blessé. Ses soldats arrivent; il le retirent, et le transportent au village de la Charbonnelaie, en Landéan, où il expire deux heures après.
Telle fut la fin de Guy du Boisguy, brave officier à qui on ne peut reprocher qu'une aveugle témérité. Il n'avait pas encore vingt et un ans et donnait les plus belles espérances; sonaudace égalait celle de son oncle de la Motte-Piquet, qu'il disait vouloir prendre pour modèle[3]. »

— Mémoires de Toussaint du Breil de Pontbriand

« Cette journée cependant n'a pas été entièrement malheureuse pour la République. Si les chouans n'y ont perdu qu'un petit nombre des leurs, il paraît constant, du moins d'après plusieurs rapports, que du Boisguy l'aîné, l'un de leurs principaux chefs, a reçu dans cette affaire deux coups de feu : l'un au corps et l'autre à la tête, dont il est mort le lendemain.
Nous ne pouvons guère douter d'après la déclaration que nous a faite le citoyen Zemmer, Allemand d'origine, volontaire dans la garde territoriale de Fougères, que ce ne soit lui qui ait tué du Boisguy l'aîné ; il nous a représenté la carabine d'un chef de chouans qu'il a laissé pour mort après l'avoir abattu de deux coups de fusil et l'avoir ensuite combattu de près. Ce chef était décoré de deux épaulettes d'un grade supérieur et la description qu'en fait le citoyen Zemmer cadre fort bien avec le signalement de du Boisguy l'aîné[2]. »

— Rapport de l'administration républicaine du district de Fougères au département

« Ce jour, 10 thermidor, troisième année républicaine, devant les administrateurs du directoire de Fougères, a comparu le citoyen Jorse, garde territorial, lequel a déclaré que le 8 de ce mois il faisait partie du détachement ayant été mis en déroute, il fit son possible pour rallier ses camarades ; que, forcé de se replier, il vit à l'entrée de la forêt un chouan, monté sur un cheval bai clair, courte queue, qui courait le long du grand chemin sur ceux qui fuyaient ; que ce chouan descendit de cheval pour courir vers le déclarant, qu'alors ce dernier lui tira un coup de fusil et le blessa à la tête, qu'il lui tira un second coup dans le côté gauche et l'abbatit; qu'alors ce chouan voulut encore, avec la carabine dont il était armé, parer les coups de crosse de fusil que le déclarant lui portait, qu'à force de frapper il cassa son fusil, se jeta sur le chouan, le prit à la gorge et finit par le tuer ou le laisser pour mort, s'empara ensuite de sa carabine qu'il a rapportée et qui est encore teinte du sang du même chouan. Le déclarant ajoute qu'au premier coup que reçut le chouan, il appela à son secours son domestique nommé Henry ; que le déclarant voyant ce petit domestique approcher, lui tira un coup de fusil et l'abbatit ; il ajoute encore que le chouan dont il a parlé était en petite veste de coton, gilet et pantalon, qu'il portait deux épaulettes à graines d'épinards et avait un très gros portefeuille, que le déclarant n'eut pas le temps de prendre, attendu qu'une foule de chouans arrivèrent en criant de toutes leurs forces et le poursuivirent longtemps. Le chouan tué était à peu près de la taille de cinq pieds trois pouces, cheveux frisés, avec une petite muscadine (termes du déclarant)[2]. »

— Rapport de l'administration républicaine

Renforts et contre-attaque des républicains[modifier | modifier le code]

Une partie des Chouans menés par Aimé du Boisguy occupent Landéan, une commune dont la population leur est acquise, Boisguy fait enfermer ses prisonniers puis fait reposer ses hommes. De son côté, Auguste Hay de Bonteville continue un temps de talonner les Républicains dans la forêt de Fougères. Finalement, les Chouans abandonnent la poursuite et s'en retournent vers Landéan[3].

Mais le bruit de la fusillade étant parvenu jusqu'à Fougères, la garnison de la ville forte de 200 hommes se porte à marche forcée sur les lieux du combat, elle traverse la forêt de Fougères, ralliant au passage des fuyards[2]. Les Républicains joignent les chouans aux abords de Landéan, ces derniers désorganisés par la poursuite opposent une courte résistance avant de battre en retraite abandonnant une bonne partie du champ de bataille, sans subir cependant de pertes significatives. Les Chouans finissent par reprendre pied et un assez long et indécis combat s'engage, les deux camps finissent par se séparer.

« Pendant ce temps, son frère poursuivait toujours les Républicains sur la grande route, et venait quoiqu'il fût presque seul avec un nommé Salmon et le Blond, de la Morinais, (note: en fait probablement le capitaine Louis Salmon, dit le Blond) de faire mettre bas les armes à une compagnie de quarante-cinq hommes et au lieutenant qui la commandait, dans le bourg de Landéan où il les fit enfermer. Ses soldats, qui le suivaient de près, lui annoncèrent que son frère était grièvement blessé. Il quitta sur-le-champ sa troupe pour courir auprès de lui, mais il n'avait pas fait un quart de lieue, qu'une fusillade très vive le fit retourner sur ses pas. C'était Bonteville qui se trouvait aux prises avec la garnison de Fougères, sortie au bruit du premier combat. Cette seconde affaire dura plus d'une heure, et les Républicains ayant repris peu à peu la route de Fougères, du Boisguy, inquiet pour son frère, ne les suivit pas, afin de retourner auprès de lui. Ce fut en route qu'il apprit sa mort, et qu'il ainsi privé de la consolation de lui dire un dernier adieu[3]. »

— Mémoires de Toussaint du Breil de Pontbriand

« Au premier bruit de la fusillade, on se hâta d'envoyer de Fougères, au secours de notre détachement, tout ce qui y restait de troupes de ligne avec une partie de la garde nationale. Ce renfort partit peu de temps après neuf heures, recueillit dans sa route plusieurs fuyards, trouva la route jonchée de morts et avant onze heures rencontra, au-delà de la forêt, les chouans qui, de retour de leur poursuite, s'étaient ralliés, ayant au milieu d'eux quinze prisonniers auxquels ils n'avaient pas jugé à propos encore de faire subir la mort.
Nos troupes reçurent une décharge sans y répondre et marchèrent à la baïonnette. Les chouans ne jugeant pas à propos de les attendre, prirent la fuite et se dispersèrent, mais ils prirent le temps de massacrer auparavant ce qui leur restait de prisonniers. Cependant, plusieurs de ceux-ci, laissés pour morts avec les autres, ont été trouvés respirant encore et ont été secourus[2]. »

— Rapport de l'administration républicaine du district de Fougères au département

Massacre des prisonniers républicains[modifier | modifier le code]

C'est vraisemblablement au début de la contre-attaque des Républicains qu'Aimé du Boisguy ordonne l'exécution des prisonniers, au nombre de 13 ou 15 selon les rapports. Cet épisode n'est pas mentionné par Pontbriand. Le chef chouan vient d'apprendre que son frère est grièvement blessé, et selon les témoignages recueillis auprès des survivants, Boisguy alors en proie à une grande fureur tue plusieurs prisonniers de sa main, en particulier les gardes territoriaux, peut-être informé que c'étaient des hommes de cette unité qui avaient tué son frère. D'autres sont fusillés cependant les exécutions se font dans la précipitation car les renforts républicains gagnent du terrain, plusieurs des prisonniers exécutés ne sont ainsi que blessés et peuvent être secourus par leurs compagnons d'armes[2],[1].

« Un frère cadet de ce du Boisguy, connu sous le nom d'Aimé, reste encore à la tête des chouans et se montre digne émule des férocités par lesquelles son frère avait déjà rendu son nom célèbre. Les dépositions de plusieurs blessés nous le représentent non seulement comme prononçant l'arrêt de mort de nos prisonniers, mais comme se faisant un jeu et un affeux privilège de l'exécuter lui-même en égorgeant de sa main un grand nombre de républicains qui avaient eu le malheur de tomber en son pouvoir ; il parait que nos gardes territoriaux étaient principalement l'objet de sa fureur[2]. »

— Rapport de l'administration républicaine du district de Fougères au département

Suites[modifier | modifier le code]

Assassinats de deux voyageuses par les Chouans[modifier | modifier le code]

Quelques heures après le combat, les Républicains retournent sur les lieux de l’affrontement afin de constater les dégâts et de voir ce qui pouvait être sauvé.

« Les deux caissons, qui avaient peu soufferts, suivirent leur première destination pour Louvigné. Le fourgon trouvé presque vide fut ramené à Fougères, ainsi que plusieurs voitures que les Chouans avaient pareillement dépouillées de ce qu'elles portaient de plus précieux[2]. »

— Rapport de l'administration républicaine du district de Fougères au département

Les Républicains découvrent les cadavres de deux jeunes femmes assassinées par les Chouans. Pendant le combat, alors que les Républicains venaient d'être mis en déroute un groupe de Chouans s'était emparé du convoi et des voitures qu'ils détournèrent à l'intérieur du pays. Dans une des voitures, se trouvaient les deux jeunes femmes, Mlle Chobé et Mlle Fesselier ; cette dernière devait se marier en Normandie et transportait dans sa voiture une grande somme d'argent qui était en fait sa dot. L'officier chouan présent renvoya ses hommes prétextant qu'il avait des ordres et ne garda que 5 hommes avec lui : ils tuèrent les deux femmes et s'emparèrent de l'argent[2],[3].

« Nos troupes s'étant portées jusque sur l'ancien champ de bataille, y retrouvèrent les voitures que les chouans avaient abandonnées après les avoir pillées. Plusieurs corps morts étaient dispersés à peu de distance; les uns sur la grand route, les autres dans les champs voisins. Parmi ces dernières victimes, deux attiraient surtout l'attention : cétait les citoyennes Chobé et Fessellier, filles de deux négociants de Fougères, qui avaient été massacrés de la manière la plus atroce et la plus barbare.
Nos soldats, sur l'ordre de leurs chefs, inhumèrent sur le champ les corps les corps de ces deux femmes et plusieurs autres; ils s'appliquèrent ensuite à recueillir et à sauver ce qui, dans le convoi, avait pu échapper à la rapacité des chouans[2]. »

— Rapport de l'administration républicaine du district de Fougères au département

Informé de ces meurtres après la bataille, Boisguy ordonne l'ouverture d'une enquête[3]. Un officier chouan, le capitaine Julien Boismartel dit « Joli-Cœur » est fortement suspecté mais finalement acquitté faute de preuve[1]. En revanche, deux autres chouans sont arrêtés et passent en jugement devant conseil de guerre chouan à l'issue duquel ils sont jugés, reconnus coupables des meurtres et exécutés[3].

« Tandis que ces évènements se passaient d'un côté, il en arrivait un autre plus déplorable encore, non loin du champ de bataille. Les Républicains avaient abandonné leur convoi pendant l'action ; une troupe de soldats s'en empara et le fit filer dans l'intérieur des terres, sans prendre aucun ordre. Il s'y trouvait une voiture où étaient deux jeunes demoiselles de Fougères ; l'une d'elles, Mlle Fesselier, allait se marier en Normandie ; une partie de sa dot, douze à quinze mille francs, dit-on, était dans la voiture. Mlle Fesselier était accompagnée de Mlle Chobé, sa cousine. Toutes deux avaient voulu profiter de l'escorte qui allait à Louvigné, et c'est ce qui fut cause de leur malheur. Les soldats qui suivaient le convoi découvrirent l'argent; un d'eux, nommé Froustel, dit qu'il avait des ordres et renvoya ses camarades au combat ; ils ne restèrent que six. Ces malheureux fusillèrent les deux jeunes filles pour s'emparer de l'argent, et abandonnèrent ensuite les voitures dans un chemin creux, où on les retrouva auprès des deux cadavres. Cet horrible meurtre fut annoncé au jeune du Boisguy au moment où il venait d'ordonner d'enterrer secrètement son frère, pendant la nuit, dans le cimetière de Landéan, et acheva de l'accabler de douleur. Il donna aussitôt les ordres les plus sévères pour découvrir et faire arrêter les meurtriers. Un de ses capitaines fut soupçonné et arrêté, mais on ne put trouver de preuves contre lui ; Froustel Pierre et Charles Costas, qui n'avaient plus reparu, furent arrêtés par des paysans et traduits, le 12 août, devant un conseil de guerre réuni à Saint-Brice. Il fut prouvé qu'ils avaient eux-mêmes fouillé la voiture et fusillé ces jeunes demoiselles; le conseil les condamna à mort et ils furent exécutés le même jour.
Les dépenses qu'on vit faire depuis au capitaine augmentèrent les soupçons, et il n'a jamais pu se blanchir, dans l'esprit de ses camarades, d'avoir été complice de ce crime[3]. »

— Mémoires de Toussaint du Breil de Pontbriand

Occupation du champ de bataille par les Républicains[modifier | modifier le code]

Le lendemain matin, les troupes républicaines reviennent explorer le champ de bataille, il enterrent les derniers morts. Le fourgon avait été presque entièrement vidé, les Chouans s'étaient emparés de son contenu, en revanche, les deux caissons destinés à ravitailler les troupes étaient peu endommagés et peuvent gagner Louvigné-du-désert[2].

« Le lendemain, un officier public est parti de Fougères avec une escorte pour achever de reconnaître les morts et de les faire inhumer.
La perte résultant du pillage s'élève à des sommes considérables; celles en assignats seulement est estimée à environ un million et demi en y comprenant une somme de 324 420 francs que le receveur du district de Fougères avait chargée pour Paris sur le fourgon. Quinze chevaux ont été tués ou pris et leur valeur excède 200 000 livres. La perte en armes et en munitions n'est pas celle qui mérite le moins d'exciter nos regrets[2]. »

— Rapport de l'administration républicaine du district de Fougères au département

Les pertes[modifier | modifier le code]

Le 31 juillet, Le Beschu écrivit un bref rapport au représentant Lebreton:

« Le 26 de ce mois, un convoi de onze voitures, escorté de cent-vingt-cinq hommes, a été enlevé par les Chouans, sur la route de Caen, entre Plochais et le Rocher. Cent hommes de l'escorte ont été tués, la diligence a été pillée[4]. »

— Rapport de Le Beschu

Un officier chouan Marie Eugène Charles Tuffin de La Rouërie écrivit également un mémoire dans lequel il fait une brève mention du combat, à lequel il n'était cependant pas présent:

« Au Rocher de la Plochais, sur la route de Fougères à Louvigné, les Républicains, au nombre de six cents, escortant un convoi, furent battus avec perte de deux cents cinquante hommes et du convoi[5]. »

— Marie Eugène Charles Tuffin de La Rouërie

Contrairement à son habitude, le colonel de Pontbriand ne donna pas d'estimation des pertes pour cette bataille, ni pour les chouans, ni pour les républicains.

Du côté républicain, un premier rapport donna les pertes suivantes : 80 à 100 morts et 13 prisonniers exécutés pour les républicains[1]. En revanche un deuxième rapport donna les chiffres de 50 morts au moins, 11 blessés et d'une quinzaine de prisonniers exécutés[2],[1]. Toutefois il rapporte aussi que plusieurs prisonniers fusillés furent retrouvés vivants et purent être secourus[2]. 25 chasseurs nantais et gardes territoriaux républicains trouvent refuge au Loroux pendant la déroute, le 27 juillet ils gagnent Louvigné-du-Désert[2],[5].

« Notre perte, indépendamment de onze blessés, consiste au moins en cinquante morts, parmi lesquels, outre indépendamment des deux femmes, on compte un sous-lieutenant de l'infanterie légère de Nantes, deux commissaires civils pour les réquisitions de grains, les citoyens Cloutier et Vincent, négociants de Fougères, et quelques autres voyageurs[2]. »

— Rapport de l'administration républicaine

Concernant les chouans, le rapport républicain précise également que les chouans « ne perdirent qu'un petit nombre des leurs[2] ».

Ce combat est brièvement évoqué lors d'une fête républicaine organisée à Nantes le 29 mai 1796, appelée « fête de la Reconnaissance et des Victoires » ; « Un détachement de 100 hommes, commandé par Chamond, entouré à l'affaire de Fougères, le 8 thermidor an 3 par 3 000 Chouans, refusent de se rendre, ils sont tous tués[6] ».

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Toussaint du Breil de Pontbriand, Mémoire du colonel de Pontbriand sur les guerres de la Chouannerie, édition Plon, Paris, (réimpr. Y. Salmon, 1988), p. 175-179.
  • Théodore Lemas, Le district de Fougères pendant les Guerres de l'Ouest et de la Chouannerie 1793-1800, Rue des Scribes Éditions, , p. 183-188.
  • Christian Le Boutellier, La Révolution dans le Pays de Fougères, Société archéologique et historique de l'arrondissement de Fougères, , p. 433-440.
  • Marie-Paul du Breil de Pontbriand, Un chouan, le général du Boisguy, édition Honoré Champion, Paris, (réimpr. La Découvrance, 1994), p. 135-144.

Notes et références[modifier | modifier le code]