Bataille du Rocher de La Piochais

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Bataille du Rocher de La Piochais
Description de cette image, également commentée ci-après
Le bataillon carré, Affaire de Fougères, peinture de Julien Le Blant, 1880.
Informations générales
Date 21 décembre 1795
Lieu Entre Landéan et Louvigné-du-désert
Issue Victoire des Chouans
Belligérants
Flag of France.svg RépublicainsRoyal Standard of King Louis XIV.svg Chouans
Commandants
• JoréAimé Picquet du Boisguy
Auguste Hay de Bonteville
Forces en présence
500 à 600 hommes[1]2 800 hommes[2]
Pertes
250 à 300 morts ou blessés[1],[3]39 morts[2]
40 blessés[2]

Chouannerie

Batailles

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Coordonnées 48° 26′ 31″ nord, 1° 08′ 31″ ouest

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Bataille du Rocher de La Piochais
Ne doit pas être confondu avec Combat du Rocher de La Piochais.

La deuxième bataille du Rocher de La Piochais (ou Rocher de La Plochais) a lieu pendant la Chouannerie. Le 21 décembre 1795, un convoi républicain venu de Fougères tente de ravitailler Saint-Georges-de-Reintembault, assiégé par les Chouans. Mais les Républicains tombent dans une embuscade et sont écrasés. Ce fut la bataille la plus meurtrière pour les "Bleus" en Ille-et-Vilaine depuis la Virée de Galerne.

Le siège de Saint-Georges-de-Reintembault[modifier | modifier le code]

Le 17 décembre 1795, les chouans attaquent Saint-Georges-de-Reintembault. Ce gros bourg de 4 000 habitants est un bastion patriote au milieu de paroisses contrôlées par les chouans. Cependant la place dispose de solides fortifications que les chouans, dépourvus d'artillerie, ne peuvent espérer mettre à bas. En outre elle est défendue par une forte garnison de 300 à 400 soldats et gardes territoriaux. Ces derniers, connaissant bien le pays, lancent plusieurs incursions dans les paroisses blanches. Au cours de l'un de ces raids plusieurs Chouans, capturés à leurs domiciles, sont exécutés sommairement[2].

Mais ces exactions poussent le général des chouans du pays de Fougères, Aimé Picquet du Boisguy, à mener une attaque en force pour réduire définitivement Saint-Georges-de-Reintembault. Il rassemble alors 2 000 hommes et tente de provoquer les patriotes aux abords du bourg pour les pousser à faire une sortie, mais ces derniers ne tombent pas dans le piège et restent retranchés derrière leurs murs. Boisguy décide alors de mettre le siège devant Saint-Georges, espérant que la faim pousse rapidement les républicains à se rendre. Il charge Auguste Hay de Bonteville de surveiller Fougères avec ses 1 200 soldats. Au bout de sept jours, les patriotes, déjà en manque de vivres, engagent des pourparlers avec les chouans. Boisguy exige la remise des armes et des munitions, la promesse de ne plus combattre contre les royalistes et la reconduite des soldats réguliers, sans armes, sur Fougères[2].

L'armée de secours[modifier | modifier le code]

À Fougères, les forces de la garnison sont trop faibles pour secourir Saint-Georges-de-Reintembault, cependant une colonne de 300 soldats en route pour Avranches gagne la ville le 20 décembre. L'adjudant-général Bernard, commandant de Fougères, décide alors de profiter de ce renfort pour envoyer des secours à Saint-Georges, il ajoute à cette colonne une partie de la garnison de Fougères[1], composée de soldats du bataillon de carabiniers du commandant Joré[2]. Le lendemain, la colonne, forte ainsi de plus de 500 hommes, se met en route, avec ordre de ravitailler en vivres et en munitions la place de Louvigné-du-Désert, puis de protéger l'évacuation du cantonnement de Saint-Georges-de-Reintembault[1].

Cette colonne arrive alors que les Bleus de Saint-Georges étaient peut-être sur le point d'accepter la capitulation[2]. Mais pendant la nuit, du Boisguy a été informé par Bonteville de l'arrivée à Fougères de ces renforts, aussitôt il décide de lever le siège et donne l'ordre à Bonteville de se porter sur Landéan. À l'aube, tous les chouans se rassemblent et s'embusquent au Rocher de La Piochais. La quasi-totalité de la division de Fougères est rassemblée pour ce combat, elle est commandée personnellement par du Boisguy, secondé par Auguste Hay de Bonteville, Jean Isidore de Saint-Gilles, dit « Du Guesclin », Dauguet, dit « Fleur-de-Rose », Michel Larchers-Louvières, dit « Hoche » et François Poirier dit « Sans-Chagrin ». La troupe républicaine est, selon Pontbriand, commandée par un général de brigade qui n'est pas nommé et secondé par le commandant Joré[2].

Du Boisguy connait bien l'endroit, puisqu'en juillet de la même année, il y avait mené une autre embuscade, avec environ le même rapport de force. Ce combat s'était soldé par une victoire écrasante, même si son frère Guy y avait trouvé la mort.

Forces en présence[modifier | modifier le code]

Selon le rapport républicain, leurs troupes sont fortes de plus de 500 hommes, dont 300 de la colonne d'Avranches, et les chouans sont au nombre de 6 000 à 8 000[1] (cette dernière estimation est certainement surévaluée, il est impossible que Boisguy ait pu avoir des troupes aussi nombreuses). Selon le colonel chouan Pontbriand il y a 2 800 hommes dans chaque camp, soit pour les Républicains ; 1 800 hommes de la colonne d'Avranches renforcés par environ 1 000 hommes de la garnison de Fougères[2].

La bataille[modifier | modifier le code]

Vue des hauteurs du Rocher de la Piochais depuis la route de Fougères.

Les troupes républicaines paraissent au matin, mais elles repèrent l'embuscade et ne tombent pas dans le piège. Les soldats se mettent en formation en lançant des railleries et des insultes à leurs ennemis, puis marchent baïonnette au canon. Les chouans les laissent s'approcher jusqu'à une distance de 20 pas — soit environ 12 mètres — puis ouvrent le feu. La décharge est meurtrière, le commandant ordonne la retraite et les républicains rétrogradent en bon ordre malgré le feu des chouans. Au même moment à l'autre bout de la colonne, Boisguy, à la tête de 400 hommes, enfonce l'arrière-garde et se saisit des voitures de vivres et de pains destinés à ravitailler Saint-Georges. Les républicains sont alors encerclés, les marais sur leurs flancs les empêchent de se replier. À l'avant-garde, le général met sa troupe en formation au carré, Joré fait de même à l'arrière-garde après avoir rallié les fuyards. Mais les soldats républicains, à découvert, restent constamment sous le feu des chouans, protégés par les marais et embusqués derrière les fossés et les haies. Bonteville, Saint-Gilles et Dauguet lancent alors une charge sur le carré de l'avant-garde, les chouans en nette supériorité numérique, l'écrasent rapidement. Le carré de Joré et de ses carabiniers résiste plus longtemps, les chouans y pénètrent un instant, puis en sont délogés, avant qu'une deuxième attaque ne s'avère décisive. Les lignes républicaines sont disloquées et les soldats en déroute s'enfuient vers Fougères. Les républicains subissent ce jour là leur plus lourde défaite face aux chouans en Ille-et-Vilaine[2].

Pertes[modifier | modifier le code]

Il est certain que cette bataille se termina par une victoire écrasante des chouans. Dans un premier rapport les administrateurs républicains de Fougères admettent que « la perte de l'escorte va à plus de moitié tant en tués que blessés »[3], le lendemain ils écrivent que « l'escorte a perdu au moins la moitié des soldats qui la composaient »[1]. Les Chouans ont 39 tués et environ 40 blessés selon Pontbriand, qui porte également le nombre des tués républicains à plus de 1 200 et estime qu'il n'y eut pas 200 hommes à rentrer sans blessure à Fougères[2]. Les corps des soldats républicains auraient été enterrés à la prairie de Chevaux-Morts[4].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Cette défaite fut en tout cas vécue comme une véritable catastrophe par les républicains de la région. La conclusion du rapport du commissaire provisoire de Fougères à l'administration du département exagère grandement une situation pourtant dramatique et témoigne de la panique des patriotes. Ses supplications sont cependant entendues, le général de brigade Jean Humbert arrive en urgence à Fougères depuis Vitré avec 800 hommes[1],[4].

En outre Gabriel d'Hédouville, général en chef de l'Armée des côtes de Cherbourg, envoie une colonne commandée par le général Rey renforcer la place de Fougères, le général Bonnaud arrive également avec 400 hommes pour renforcer les cantonnements, enfin l'adjudant-général Bernard reçoit l'ordre de maintenir à Fougères, les survivants de la bataille de la Plochais[1].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Toussaint du Breil de Pontbriand, Mémoire du colonel de Pontbriand sur les guerres de la Chouannerie, édition Plon, Paris, (réimpr. Y. Salmon, 1988), p. 249-254.
  • Théodore Lemas, Le district de Fougères pendant les Guerres de l'Ouest et de la Chouannerie 1793-1800, Rue des Scribes Éditions, , p. 229-230.
  • Christian Le Boutellier, La Révolution dans le Pays de Fougères, Société archéologique et historique de l'arrondissement de Fougères, , p. 477-483.
  • Marie-Paul du Breil de Pontbriand, Un chouan, le général du Boisguy, édition Honoré Champion, Paris, (réimpr. La Découvrance, 1994), p. 236-254.
  • François Cadic, Histoire populaire de la chouannerie, t. II, éditions Terre de Brume, , p. 87-88.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i et j Théodore Lemas, Le district de Fougères pendant les Guerres de l'Ouest et de la Chouannerie, p. 229-230.
  2. a b c d e f g h i j k et l Toussaint du Breil de Pontbriand, Mémoires du colonel de Pontbriand sur les guerres de la Chouannerie, p. 249-254.
  3. a et b Association bretonne et union régionaliste bretonne, Comptes rendus, procès-verbaux, mémoires, Volumes 121-122, p. 279.
  4. a et b Christian Le Bouteiller, La Révolution dans le Pays de Fougères, p.477-483.