Adrienne Bolland

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Adrienne Bolland
Description de cette image, également commentée ci-après

Détail d'une carte postale de 1921 avec une photographie d'Adrienne Bolland.

Naissance
Arcueil, France
Décès (à 79 ans)
Paris, France
Nationalité Française
Profession
Autres activités
militante pour le droit de vote des femmes

Adrienne Armande Pauline Bolland, née le à Arcueil[1], morte le dans le 16e arrondissement de Paris, est une aviatrice française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Petite dernière d'une famille de sept enfants, elle naît juste avant que son frère aîné, Édouard, ne meure chez sa nourrice.

Son père Henri Boland, publiciste belge (qui a ôté un L à son nom en 1880), achète la propriété des Charmettes à Donnery (qui a précédemment appartenu au romancier Ponson du Terrail) puis épouse, en 1882, Marie Joséphine Pasques, deuxième fille d'une famille de huit enfants, dont les ancêtres belges étaient installés au château d’Allonne depuis 1814. À la suite d'une sombre affaire politico-financière en 1883[2],[3],[4], il s'enfuit avec sa femme et leur première fille sur l'île de Guernesey. Le couple revient en France en 1889, deux autres enfants sont nés à Guernesey, dont Benoît qui sera plus tard sur le Pourquoi Pas ? du commandant Charcot, lors de l'expédition de 1908-1910[5]. La famille s'installe à Arcueil-Cachan, et Henri Boland travaille pour le Touring Club et les éditions Hachette, comme écrivain géographe. Lorsqu'il meurt subitement le [6], sa veuve se trouve dans une situation financière délicate. Refusant d'être à la charge de sa mère, Adrienne décide de devenir pilote d'avion, provoquant un scandale dans la famille.

Une femme pilote d'avion[modifier | modifier le code]

Adrienne Bolland obtient son brevet de pilotage le 29 janvier 1920 après une formation débutée le 16 novembre 1919 à l'école de pilotage Caudron située au Crotoy (baie de Somme), devenant ainsi la 13e femme titulaire d'un brevet de pilote et elle réussit également la performance d'être la première femme pilote d'essai engagée par René Caudron, le 1er février 1920 et ce, pour trois ans[7]. Le 25 août 1920, elle est la première femme pilote à traverser la Manche depuis la France[8] (Harriet Quimby l'avait traversée, quant à elle, depuis l'Angleterre en 1912).

Au grand rassemblement aérien de Buc des 8, 9 et 10 octobre 1920[9], elle est la seule femme à piloter (Melle Farman étant encore trop jeune pour avoir reçu son brevet[10]), aux côtés des as Fonck, Nungesser, Romanet, Casale, Bossoutrot ... Elle entend parler des « macchabées de la cordillère des Andes » et supplie Caudron de l'envoyer là-bas, « juste pour voir ».

Le survol de la cordillère des Andes[modifier | modifier le code]

Arrivée à Buenos Aires en janvier 1921 avec deux G.3 démontés dans des caisses, et le mécanicien René Duperrier de la firme Caudron à ses côtés, elle réalise la propagande commerciale demandée par l'avionneur sitôt les avions arrivés et remontés. Mais dès son installation à l'hôtel Le Majestic, la presse argentine met au défi l'aviatrice de passer la cordillère des Andes. Piquée au vif dans son orgueil, elle décide, à la mi-mars, de rejoindre Mendoza, malgré le refus de Caudron de lui envoyer un avion plus puissant. Elle arrive en train, dans la capitale de la province nichée aux pieds de la cordillère, le dimanche 20 mars, avec un des deux G.3 et fait deux essais devant toute la ville, avant de s'envoler à l'aube du 1er avril. Le plafond du Caudron G.3 (construit en bois et toile, moteur le Rhône de 80 ch) est à 4 000 mètres, alors que la route qu'elle a choisie (la plus directe, à la différence de ses prédécesseurs, par le Col de la Cumbre et le monument du Christ Rédempteur des Andes) la fait passer à proximité du point culminant de la chaîne, l'Aconcagua, à 6 962 mètres d'altitude. En partant, elle est convaincue de ne jamais sortir vivante de cette traversée sans carte ni instrument de navigation.

Après h 15 (décalage horaire d'une heure entre l'Argentine et le Chili) d'un vol épique, où elle se perd et doit chercher son chemin entre les flancs à pic des montagnes, à une moyenne de 50 kilomètres à l'heure, après un choix vital qui la rendra célèbre lorsqu'elle révélera comment se prit sa décision[11], elle se pose sur la piste de Lo Espejo, l'école militaire d'aviation de Santiago du Chili - aujourd'hui El Bosque[12],[13].

Elle reçoit au Chili un accueil d'autant plus triomphal que l'exploit paraissait invraisemblable. Seul absent, le ministre de France (ambassadeur) à Santiago ne s'est pas déplacé, croyant à un poisson d'avril.

Les acrobaties aériennes[modifier | modifier le code]

Elle revient en France, en juillet 1921, après une longue tournée en Argentine et en Uruguay. Profitant de sa notoriété, elle participe à de nombreux rassemblements aériens durant lesquels elle exhibe ses capacités techniques[14]. Le à Orly, elle bat le record féminin de looping en réalisant 212 boucles en 72 minutes[15] (son objectif était de battre les 962 loopings[16] du record masculin établi en 1920 par son ami Alfred Fronval, mais les fils des bougies[17] de son Caudron C.27 F-AGAP lâchèrent).

Avec Maurice Finat et le lieutenant Robin, elle fait également partie de l'escadrille Mamet qui réalise le tour de France pour la propagande aérienne du ministère des Transports. La petite troupe connait, dans la France de 1926, toutes les péripéties imaginables.

En 1930[18], après six années d'observation, elle accepte d'épouser un des pilotes de l'escadrille Mamet, Ernest Vinchon.

Une femme engagée[modifier | modifier le code]

En 1934, à la demande de la militante féministe Louise Weiss, elle s'engage avec Maryse Bastié et Hélène Boucher dans le combat pour le droit de vote des femmes.

Opposée à tous les totalitarismes, prônant l'humanisme vrai, amie des mécaniciens, de peintres comme Moïse Kisling, d'auteurs, tel Pierre Dac et Louise Faure-Favier, tout autant que de Liane de Pougy, ancienne courtisane et maîtresse de toutes les têtes couronnées des années 1900, elle devient l'ardent soutien du nouveau ministre de l'Air, le jeune Pierre Cot. Très proche de Jean Moulin et du responsable de l'Aviation populaire, Sadi-Lecointe, elle l'aide au recrutement des pilotes de l'escadrille España dirigée par André Malraux, à partir de 1936. Enviée, jalousée pour sa liberté de parole et de pensée, détestée par nombre de pilotes pour ses positions politiques ouvertement à gauche, elle subit de nombreux sabotages et connait sept accidents graves, dont elle réchappe comme par miracle.

En 1940, elle décide, avec son mari, de rester dans la zone occupée par les Allemands, puis de rejoindre le réseau CND-Castille du Loiret. À Donnery, le couple se charge du repérage des terrains susceptibles d'aider les Forces aériennes françaises libres.

Les lauriers de la gloire[modifier | modifier le code]

En 1951, elle révèle à la presse qu'elle devait d'avoir eu la vie sauve, lors de son passage des Andes en 1921, à l'avertissement d'une femme envoyée par un médium tandis qu'elle préparait ses affaires pour prendre le train de Mendoza.

En 1961, Air France fête les 40 ans de son vol historique en offrant le voyage aux deux anciens pilotes.

Ernest Vinchon, mort en 1966 à Pau, est enterré à Donnery.

En 1971, Air France fête le cinquantenaire du passage des Andes en affrétant un avion spécialement pour Adrienne et 30 de ses amis[19]. Leur tournée les mène de Rio à Santiago en passant par São Paulo, Montevideo, Buenos Aires et Mendoza.

Adrienne Bolland, décédée à Paris le 18 mars 1975, rejoint son époux au cimetière de Donnery dans le Loiret, berceau de sa famille. Seuls son frère et quelques membres d'honneur des Vieilles Tiges sont présents à ses obsèques.

Elle est la seule gloire des Ailes françaises à ne pas avoir de monument à son nom.

Décorations, distinctions et hommages[modifier | modifier le code]

  • Chevalier de la Légion d'honneur en 1924[20], elle est promue officier[21] en 1947[22].
  • Décorée de l'ordre du mérite au Chili (après décret spécialement voté pour elle en 1921).
  • Vice-présidente de l’Association nationale des Résistants de l’Air.
  • Présidente d’honneur de l’Aéro-club de France.
  • Reine des vendanges de la province de Mendoza (Argentine), ville dont le gouverneur lui offre les clefs en 1971.
  • Médaillée d'or de l'Aero Club de Buenos Aires.

Lieux portant son nom[modifier | modifier le code]

Elle a été honorée d'un timbre-poste français à son effigie, émis en octobre 2005[27].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. « 1895 - acte n°159 : État civil », Registre des naissances de la commune d'Arcueil 1893-1897,‎ (lire en ligne)
  2. Popinot, « Les chevaliers de la platine », Le Gaulois, no 353,‎ , p. 1 (lire en ligne)
  3. Joel, « L'affaire Boland », Le Gaulois, no 546,‎ , p. 1 (lire en ligne)
  4. Jules Lermina, Dictionnaire universel illustré de la France contemporaine, Paris, L. Boulanger, (lire en ligne), « Boland (affaire) », p. 175
  5. Jean Charcot (préf. Paul Doumer), Le Pourquoi pas ? dans l'Antarctique : journal de la deuxième expédition au Pôle sud 1908-1910, Paris, Ernest Flammarion, (lire en ligne), p. 20
  6. « Henri Boland », Touring-Club de France,‎ , p. 490 (lire en ligne)
  7. Le 1er février 1920 dans le ciel : Bolland entre chez Caudron comme pilote d’essai Air-journal.fr 1er février 2014
  8. « Aéronautique : une aviatrice française traverse la Manche », Le Temps, no 21576,‎ , p. 3 (lire en ligne)
  9. « Le meeting aéronautique de Buc : trois magnifiques journées qui finissent en apothéose », L'Aérophile, no 19-20,‎ , p. 291 (lire en ligne)
  10. Raymond Saladin, « Un meeting, un triomphe : considérations générales », La Vie aérienne illustrée, no 11,‎ , p. 172 (lire en ligne)
  11. Une femme envoyée par un medium avant son vol l'aurait adjurée, au moment du survol d'un lac en forme d'huître, de prendre un passage risqué à gauche, face à la montagne, plutôt qu'à droite.
  12. « Mme Adrienne Bolland aviatrice hardie a franchi la Cordillère des Andes », Le Matin, no 13528,‎ , p. 1 (lire en ligne)
  13. Marc Branchu, « Adrienne Bolland dans le piège de la Cordillère » [PDF], Air France
  14. Yves-Marie Evanno, « Trois jours de fêtes aériennes pour l’inauguration de l’aéroport de Rennes (28-30 juillet 1933) », En Envor (consulté le 29 juillet 2013).
  15. « L'aéronautique au jour le jour : mai 1924 », L'Aéronautique, no 61,‎ , p. 152 (lire en ligne)
  16. « Aéronautique : les 212 « loopings » de Melle Bolland », Le Temps, no 22938,‎ , p. 3 (lire en ligne)
  17. ... ou les fusées assurant la tension des haubans aux points de croisement, selon ses propres « Souvenirs irrévérencieux », sur aerodrome-gruyere (consulté le 22 mai 2016) (source : Icare).
  18. Le 15 mars 1930, selon mention marginale de l'acte de naissance.
  19. « 1er avril 1921 - 1er avril 1971 : 50 ans après son vol historique Argentine-Chili, Adrienne Bolland franchit à nouveau la Cordillère des Andes », France aviation, no 198,‎ , p. 8 (lire en ligne)
  20. « La Rosette et la Croix à deux célébrités de l'aviation », Le Matin, no 12812,‎ , p. 1 (lire en ligne)
  21. « Notice no 19800035/1338/55022 », base Léonore, ministère français de la Culture
  22. « Figures de l'aviation : Adrienne Bolland », sur fandavion (consulté le 24 mai 2016)
  23. « Compte rendu sommaire du conseil municipal de Tarbes »,‎ (consulté le 20 juin 2014)
  24. « Accueil du tout-petit : multiaccueil municipal Adrienne Bolland », sur Ville d'Avrillé (consulté le 28 octobre 2015)
  25. boulevard ainsi nommé par décision municipale du , cf. « BOLLAND (boulevard Adrienne) », sur Ville d'Avrillé (consulté le 18 juin 2014)
  26. « Le multi-accueil Adrienne-Bolland ouvre le 2 janvier », Ouest-France,‎ (lire en ligne)
  27. Jullien 2005.

Pour approfondir[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Publications dédiées à Adrienne Bolland :

  • Lhermitte P., Adrienne Bolland - L’intrépide aviatrice…, Plaquette éditée en 1977, à l’occasion de l’inauguration de la rue Adrienne Bolland, à Donnery.
  • Martine Laporte (préf. Marie Vincente Latécoère), Adrienne Bolland, la déesse des Andes, (intr. Denis Parenteau), Villalobos Éditions, , 168 p. (ISBN 978-2-953-58373-1)
  • Coline Béry, La Cordillère des Andes et Adrienne Bolland en 1921, Revue Anciens Aérodromes,[1] février-Avril 2015.[2] Traduction en espagnol pour la Gaceta Aeronaútica [3], juin 2015.
  • Coline Béry, Le Matricule Des Oiseaux, à la recherche des avions perdus d'Adrienne Bolland, Essai biographique et technique. Collection Corde Raide. 2015. (ISBN 979-10-95781-00-4).
  • Coline Béry, Adrienne Bolland ou les ailes de la liberté, Éditions Le Passeur, 2016. (ISBN 978-2368904657).

Ouvrages comportant quelques pages sur Adrienne Bolland :

  • Tessier R., Femmes de l’air, Flammarion, 1948.
  • Paluel Marmont, Princesses de l’air, Éditions G.P. Bibliothèque rouge et or, 1954.
  • Lauwick H, Les grandes aviatrices conquérantes du ciel, Presses de la cité, 1958.
  • Beuville J, 85 récits et aventures de l’air, Gründ, 1967.
  • Barthélémy R, Le temps des hélices, Éditions France-Empire, 1972.
  • Pierre Bellemare, C'est arrivé un jour, Editions N°1, 1978.
  • Marie-Josèphe de Beauregard (préf. Maurice Herzog), Femmes de l'air : chronique d'une conquête, Paris, Editions France-Empire, , 470 p. (ISBN 978-2-7048-0714-7, OCLC 29224684).
  • François Maurice (préf. Geneviève Darrieussecq), Le ciel est à elles : les premières aviatrices à Mont-de-Marsan, Biarritz, Atlantica, , 119 p. (ISBN 978-2-7588-0227-3, OCLC 501135851).
  • Albéric de Palmaert, La grande épopée de la traversée de la Manche, Éditions du Rocher, 2009, (ISBN 978-2-268-06823-7)
  • [Marc Lévy, L'étrange voyage de monsieur Daldry : roman, Paris, Laffont, (ISBN 978-2-221-11679-1).
  • Jacqueline Picot, Béatrice Didier (dir.), Antoinette Fouque (dir.) et Mireille Calle-Gruber (dir.), Le dictionnaire universel des créatrices, vol. 1, Éditions des femmes, , « Bolland, Adrienne (Arcueil 1895- Paris 1975) », p. 580.

Articles de journaux[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]