Temple de Saturne

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Temple de Saturne
Temple de Saturne
Temple de Saturne

Lieu de construction Forum Romanum
Date de construction 497 av J.-C.
Ordonné par Monarchie romaine ou Sénat romain
Type de bâtiment Temple
Le plan de Rome ci-dessous est intemporel.
Planrome2b.png
Temple de Saturne
Localisation du temple dans la Rome antique (en rouge)
Coordonnées 41° 53′ 33″ N 12° 29′ 03″ E / 41.8924, 12.4841 ()41° 53′ 33″ Nord 12° 29′ 03″ Est / 41.8924, 12.4841 ()  
Liste des monuments de la Rome antique

Le temple de Saturne (en latin : Templum Saturni ou Aedes Saturni) est un des plus anciens temples romains de Rome. Dédié à Saturne, il est construit sous la monarchie romaine ou au début de la République romaine sur le Forum Romanum.

Localisation[modifier | modifier le code]

Le temple est établi au sud-ouest du Capitole, au pied du versant oriental de la colline, à proximité de la basilique Julia[a 1],[a 2]. En avant du temple, une route pentue relie le vicus Iugarius au Clivus Capitolinus. Juste avant l'intersection des deux voies, enjambant le vicus Iugarius, se dresse un arc de triomphe que Tibère a fait élever en 16 pour commémorer les victoires de Germanicus et dont les fondations sont encore visibles entre le temple et la basilique[1] (voir le plan).

Fonction[modifier | modifier le code]

Le culte de Saturne est un des cultes les plus anciens de Rome. La tradition romaine fait du dieu déchu Saturne, réfugié dans le Latium, le fondateur d'une cité mythique sur le Capitole, Saturnia[2]. La divinité aurait alors appris aux Romains à cultiver la terre. Un autel lui était dédié au pied du Capitole et c'est en avant de cet autel archaïque qu'est construit le temple[1].

Sous la République, le temple abrite le trésor public de l’État (Ærarium), ainsi que les lois gravées dans le bronze, les décrets du Sénat et d’autres registres importants[a 3],[a 4]. Ces documents officiels pouvaient être fixés à l'extérieur sur un grand panneau le long du haut podium afin d'être lus par tout le monde[3]. L’Ærarium devait être entreposé dans la pièce située sous l'avant-corps du podium, à laquelle on accède par une porte située à l'est dont le seuil subsiste encore[1]. Le trésor déposé dans cette pièce abrite également en temps de paix (Pax Romana) les enseignes des différentes légions[a 5]. Vers la fin de la République, l'Ærarium est déplacé dans un autre bâtiment et les archives sont transférées dans le Tabularium.

Histoire[modifier | modifier le code]

Antiquité[modifier | modifier le code]

Les auteurs antiques ne s'accordent pas sur l'histoire du monument, surtout en ce qui concerne la date de sa construction[4]. Selon Tite-Live, la construction du temple débute sous le consulat de Titus Larcius Flavus et de Quintus Cloelius Siculus, en 498 av. J.-C. Il est achevé en 497 av. J.-C., année durant laquelle il est consacré par les consuls Aulus Sempronius Atratinus et Marcus Minucius Augurinus[5],[a 6]. Mais selon Denys d'Halicarnasse, c'est durant le premier consulat de Titus Larcius Flavus avec Postumius Cominius Auruncus pour collègue qu'est décidée la construction du temple. Par ailleurs, le Sénat charge par décret Postumius Cominius Auruncus de dédicacer le temple[a 2]. L'anniversaire de cette consécration, le 17 décembre, marque le début de la fête des Saturnales. D'autres sources avancent que le temple a en fait été voué par Tarquin le Superbe, dernier roi de Rome, et construit peu avant d'être déposé. Il aurait été consacré une première fois entre 501 et 498 av. J.-C.[1]

Le temple semble avoir été de nouveau consacré par Lucius Furius après le sac de Rome de 390 av. J.-C. En 174 av. J.-C., un portique est construit entre le Capitole et le temple, reliant ce dernier à la Curie, sur le Comitium[a 7].

En 42 av. J.-C., le temple est entièrement reconstruit par Lucius Munatius Plancus[a 8], qui finance les travaux grâce au butin amassé lors de ses victoires sur les peuples alpins de Rhétie, à moins que le butin ne provienne de la guerre en Syrie. Le temple est mentionné par Tacite pour l'année 16 alors qu'il signale la construction d'un arc de triomphe à proximité[a 9]. Une dernière restauration importante a lieu en 283, après le grand incendie qui a éclaté sous le règne de Carin.

Vestiges[modifier | modifier le code]

Les ruines du temple visibles aujourd'hui comprennent huit colonnes et une partie de l'entablement, datant probablement de la restauration du IIIe siècle, comme l'indique l'inscription sur la frise[1]. Les six colonnes en façade sont en granit gris, les deux autres sur les côtés sont en granit rose. Leurs bases inégales indiquent un réemploi de matériaux[6].

Les vestiges de l'imposant podium en opus caementicium revêtu de travertin qui sert de soubassement date de la reconstruction de Munatius Plancus[1].

Architecture[modifier | modifier le code]

Extérieur[modifier | modifier le code]

Entablement du temple de Saturne.

Le temple, long de 40 mètres et large de 22,5 mètres[3], hexastyle d'ordre ionique, conserve malgré ses nombreuses reconstructions les traits particuliers aux temples italiques. Les six colonnes en façade, de onze mètres de haut et de 1,43 mètre de diamètre à la base, sont en granit gris, les autres sur les côtés sont en granit rose. Le podium s'élève à neuf mètres au-dessus de l'esplanade du forum. On accède au pronaos grâce à un grand escalier frontal qui, du fait de la différence de hauteur entre les deux côtés du temple, ne couvre que le tiers de la largeur du temple[3]. Le porche, plus petit que la cella, est profond de trois entrecolonnements. Au-delà du porche, les colonnes latérales sont engagées dans les murs extérieurs de la cella. Sur l'entablement frontal, la frise porte l'inscription suivante : SENATUS POPULUSQUE ROMANUS INCENDIO CONSUMPTUM RESTITUIT, soit le Sénat et le Peuple romain ont reconstruit [le temple] détruit par un incendie, faisant probablement référence à l'incendie de Carin. D'après Macrobe, le faîte du fronton est décoré par une groupe statuaire représentant des tritons et des chevaux[7].

« J'ajouterai qu'on posait sur le faîte des temples de Saturne des Tritons, la trompette en bouche ; parce que, depuis son époque jusqu'à la nôtre, l'histoire est claire et comme parlante ; tandis qu'elle était auparavant muette, obscure et mal connue ; ce qui est figuré par la queue des tritons, plongée et cachée dans l'eau. »

— Macrobe (trad. de M. Nisard, 1875), Saturnales, livre I, VIII.

Intérieur[modifier | modifier le code]

Selon les sources antiques, la statue de Saturne dans la cella, taillée dans le bois et remplie d'huile, est recouverte d'un voile et munie d'une faux. Les jambes de la statue sont enroulées dans des bandes de laine qui ne sont retirées que le 17 décembre, premier jour des Saturnales.

« Verrius Flaccus dit qu'il ignore pourquoi Saturne est représenté dans des entraves. Voici la raison que m'en donne Apollodore. Il dit que Saturne est enchaîné durant l'année, d'un lien de laine, qu'on délie le jour de sa fête, au mois de décembre, où nous nous trouvons ; et que de là est venu le proverbe que : « les dieux ont les pieds de laine ». [...] On dit qu'il est lié, parce que les diverses portions du temps sont unies ensemble par les lois régulières de la nature ; ou bien parce que la substance des fruits est formée de nœuds et de fibres enlacés. Enfin, la fable veut que sa faux soit tombée en Sicile, parce que cette contrée est très fertile. »

— Macrobe (trad. de M. Nisard, 1875), Saturnales, livre I, VIII.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  • Sources modernes :
  1. a, b, c, d, e et f Filippo Coarelli, Rome and environs, an archaelogical guide, University of California Press, 2007, pp. 65-66.
  2. Luc Duret et Jean-Paul Néraudeau, Urbanisme et métamorphose de la Rome antique, Realia, Les Belles Lettres, 2001, p. 76.
  3. a, b et c Samuel Ball Platner & Thomas Ashby, A topographical dictionary of Ancient Rome, Oxford University Press, 1929, pp. 463-465.
  4. Lawrence Richardson, A New Topographical Dictionary of Ancient Rome, Johns Hopkins University Press, 1992, p. 343.
  5. Robert E.A. Palmer, Rome and Carthage at Peace, Franz Steiner, 1997, p. 63.
  6. Pietro Romanelli (trad. Olivier Guyon), Le Palatin, Istituto Poligrafico dello Stato, Rome, 1971, p. 32.
  7. Luc Duret et Jean-Paul Néraudeau, Urbanisme et métamorphose de la Rome antique, Realia, Les Belles Lettres, 2001, p. 145.
  • Sources antiques :

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Plan du Forum Romain
Plan du forum à la fin de l'époque républicaine.
Plan du forum à la fin de l'Empire.