Tarquin le Superbe

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Tarquin le Superbe
Illustration.
Titre
7e roi de Rome
535509 av. J.-C. (~26 ans)
Prédécesseur Servius Tullius
Successeur Avènement de la République
ou Porsenna
Biographie
Dynastie Étrusque
Nom de naissance Lucius Tarquinius Superbus
Date de décès 495 av. J.-C. (Cumes)
Père Tarquin l'Ancien
Mère Tanaquil
Conjoint Tullia I puis Tullia II
Enfant(s) Titus Tarquin et Arruns Tarquin
Sextus Tarquin et Tarquinia

Tarquin le Superbe
Louve capitoline
Liste des rois de Rome
Série Rome antique

Tarquin le Superbe[1] (Lucius Tarquinius Superbus en latin), fils de Tarquin l'Ancien et beau-fils de Servius Tullius, fut le septième et dernier roi de Rome. Il régna de 534 av. J.-C. au 24 février 509 av. J.-C., et mourut en 495 av. J.-C..

Le dernier roi de Rome est un concentré de négativité : il fera figure de repoussoir, à la fois moral et politique. Cependant, l'histoire est écrite par les républicains et le renversement de la monarchie profita surtout aux patriciens de Rome[2]. De nombreux historiens modernes discutent en totalité ou en partie l'historicité du récit du renversement de la royauté[3],[4],[5].

Le récit traditionnel[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Fils ou petit-fils de Tarquin l'Ancien, Lucius Tarquinius et son frère Arruns Tarquinius sont mariés aux filles de Servius Tullius, le roi pensant ainsi se prémunir contre les risques de complot dont avait été victime son prédécesseur, Tarquin l'Ancien[6].

Or Tullia, l'ambitieuse épouse d'Arruns, ne tarde pas à tromper son paisible mari (et au mépris de sa propre sœur) avec Lucius, son beau-frère. Ce ménage dura quelque temps, Tullia communiquant sa folle ambition au jeune Tarquin, puis les deux époux encombrants disparurent opportunément. Devenus libres, les deux amants maudits purent donc s'épouser, malgré la désapprobation du père/beau-père[7].

Renversement de Servius Tullius[modifier | modifier le code]

Poussé par sa femme, Tarquin entreprend alors de faire reconnaître ses droits sur le trône : il cherche appui auprès des sénateurs, puis forme une escorte de jeunes gens avec laquelle il envahit le forum. Il crée du tumulte puis s'assoit sur le trône du roi[8]. Servius intervient, furieux. Pris de court, Tarquin le saisit par la taille et le jette au bas des marches, avant de le faire assassiner par ses gardes. Tite-Live raconte que, rentrant chez elle, Tullia aurait roulé sur le corps ensanglanté de son père[9] avec son char à deux roues (carpentum).

Un véritable tyran[modifier | modifier le code]

Maître du trône par un crime (534 av. J.-C.), c'est par des violences sans fin qu'il prétend s'y maintenir. Il commence par interdire qu'on ensevelisse son beau-père et liquide les sénateurs qui avaient soutenu Servius Tullius[10] :

« Craignant que l'exemple qu'il avait donné en s'emparant injustement du pouvoir ne se retourne contre lui, il se fit accompagner d'une garde armée : c'est par un coup de force en effet qu'il avait acquis le pouvoir, sans passer par les suffrages populaires ou l'avis du Sénat. Il ne pouvait pas davantage espérer l'amour de ses sujets et ne devait compter que sur la terreur pour asseoir son autorité. Pour augmenter son effet, il instruisait seul et sans consulter personne les causes capitales ; sous ce prétexte, il tuait, envoyait en exil, condamnait à la confiscation des biens les suspects, ses ennemis ou même ceux dont il n'avait rien à attendre que les dépouilles.
Ses coups frappaient surtout le Sénat : il élimina beaucoup de membres et décida qu'ils ne seraient pas remplacés afin d'affaiblir l'ordre : privé de son prestige, il s'indignerait moins de n'être plus consulté sur rien »

— Tite-Live, Histoire romaine, I, 49

Sans cesse en guerre contre les Latins, il élimine ses opposants par la ruse (Turnus Herdonius d'Aricie)[11], il triomphe des Volsques et s'empare de Suessa Pometia puis de Gabies sans coup férir, grâce à une ruse de son fils, Sextus Tarquin[12]. Le roi fait alors la paix avec les Èques et renouvelle le traité avec les Étrusques. Il termine les grands travaux (égouts, cirque etc.), réorganise l'armée et construit sur le Capitole un temple dédié à Jupiter[13].

Instauration de la République[modifier | modifier le code]

Sextus, aussi violent que son père, tombe amoureux de Lucrèce, femme d'un de ses parents et général, Tarquin Collatin, et la viole[14]. Lucrèce s'étant suicidée de honte, Tarquin Collatin soulève le peuple[15] avec l'aide de son cousin Lucius Junius Brutus, de son beau-père Spurius Lucretius Tricipitinus et de Publius Valerius Publicola[16],[17].

Eutrope résume fort bien cet épisode :

« VIII. - Lucius Tarquin le tyrannique, le septième et le dernier des rois, vainquit les Volsques, nation située à peu de distance de la Ville, sur la route de la Campanie. Il soumit la cité de Gabies et Suessa Pometia, fit la paix avec les Toscans, et construisit sur le Capitole un temple à Jupiter. Plus tard, au siège d'Ardée, cité située à dix-huit milles de la Ville, il perdit la couronne. En effet, son fils, un Tarquin lui aussi, Tarquin le Jeune, avait violé une femme de la plus haute noblesse, Lucrèce, la très vertueuse épouse de Collatin, et celle-ci, après s'être plainte de cette injure à son mari, à son père et à ses amis, s'était tuée sous leurs yeux. Pour la venger, Brutus, bien que parent lui-même de Tarquin, ameuta le peuple et ôta la royauté à Tarquin. Bientôt l'armée, qui sous les ordres du roi lui-même assiégeait la cité d'Ardée, abandonna elle aussi ce prince, et quand il vint pour entrer dans la Ville, il en trouva les portes fermées et s'en vit exclu. Après avoir exercé le pouvoir pendant vingt-cinq ans, il s'enfuit avec sa femme et ses enfants. Ainsi vit-on à Rome pendant deux cent quarante-trois ans sept rois se succéder, alors que Rome ne possédait encore qu'un empire s'étendant à peine, tout au plus, au quinzième milliaire. »

— Eutrope, Abrégé de l'histoire romaine (traduction de Maurice Rat)

Le roi et sa famille, chassés de Rome se réfugièrent en Étrurie et la République fut proclamée en 509 av. J.-C. Selon Tite-Live : « Rome était désormais libre ». Sextus meurt assassiné à Gabies peu après[18].

La fête romaine antique Regifugium, ou Fugalia, célébrait cette destitution le 24 février (ou le 23 ?).

Tentatives de reprise du pouvoir et décès[modifier | modifier le code]

Un de ses autres fils s'entretue avec Brutus peu de temps après, et Tarquin est défait lors de cette bataille[19]. L'année suivante, il convainc le roi de Clusium de marcher sur Rome, mais Porsenna renonce devant les exploits des Romains[20]. Quelques années plus tard, avec son gendre Octavius Mamilius, commandant des Latins, il est une nouvelle fois défait à la bataille du lac Régille[21], et se retire à Cumes, où il meurt en 495 av. J.-C., et fait de son hôte Aristodème son héritier[22].

Un autre récit[modifier | modifier le code]

Plutarque donne dans ses Vies parallèles une brève description du règne de Tarquin le Superbe dans l'introduction au livre consacré à Publicola et aux évènements qui marquèrent la fin de la royauté et le début de la république.

« Tarquin le Superbe n'avait pas acquis le pouvoir par des voies honorables, mais au mépris de la piété et des lois ; il ne l'exerça pas comme doit le faire un roi, mais avec l'insolence d'un tyran. Le peuple le trouvait odieux et détestable ; il prit occasion, pour se révolter, du malheur subi par Lucrèce, laquelle avait été violée et s'était suicidée. Lucius Brutus, qui avait décidé de changer de régime politique, alla aussitôt trouver Valérius, et avec son soutien le plus ardent, il chassa les rois. »

— Plutarque, Vies parallèles, Publicola, I, 3[23]

Analyse historique moderne[modifier | modifier le code]

Article détaillé : République romaine.

Sources[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'expression « Superbe » n'a plus la même signification aujourd'hui, elle est à prendre au sens d'orgueilleux, de barbare. Par ailleurs pour certains auteurs la traduction latine n'est pas appropriée, comme Nonius Marcellus qui interprète superbus comme asper ou truculentus, c'est-à-dire « cruel ».
  2. Cette thèse est elle-même remise en question. Par exemple par Marcel le Glay, Histoire romaine, PUF, p. 51, qui indique que la plèbe semble au contraire bénéficier d'une représentativité augmentée après la chute des Tarquins. Tout cela, il est vrai dans une agitation politique qui durera plusieurs dizaines d'année.
  3. François Hinard, Histoire romaine, Tome 1, p. 942 donne une importante bibliographie relative à la discussion de ce point
  4. Selon Léon Homo, « Le récit traditionnel de l'expulsion des rois étrusques, sous la forme que lui donnent les historiens de l'époque classique, constitue un pur tissu de légendes. L'épisode de la mort de Lucrèce n'a rien à voir avec l'histoire. » p. 31
  5. Voir aussi Theodor Mommsen, Histoire romaine Tome I, p.186 et suivantes, Coll. Bouquins, Laffont
  6. Tite-Live, Histoire romaine, I, 42
  7. Tite-Live, Histoire romaine, I, 46
  8. Tite-Live, Histoire romaine, I, 47
  9. Tite-Live, Histoire romaine, I, 48
  10. Tite-Live, Histoire romaine, I, 49
  11. Tite-Live, Histoire romaine, I, 50-52
  12. Tite-Live, Histoire romaine, I, 53-54
  13. Tite-Live, Histoire romaine, I, 55-56
  14. Tite-Live, Histoire romaine, I, 57-58
  15. Le thème de la concordance des ordres (patriciens, plèbe) sera constamment un idéal proclamé des politiciens romains. (Briquel, Histoire romaine, p. 131)
  16. Tite-Live, Histoire romaine, I, 59
  17. Dominique Briquel, Histoire romaine, Tome I p. 132
  18. Tite-Live, Histoire romaine, I, 60
  19. Tite-Live, Histoire romaine, II, 6
  20. Tite-Live, Histoire romaine, II, 9-15
  21. Tite-Live, Histoire romaine, II, 18-20
  22. Tite-Live, Histoire romaine, II, 21
  23. Plutarque, Quarto, Gallimard, p. 228

Références[modifier | modifier le code]