Mont Palatin

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41° 53′ 18″ N 12° 29′ 13″ E / 41.8883, 12.4869 ()

Mont Palatin

Le mont Palatin (Mons Palatinum en latin, Monte Palatino en italien) est une des sept collines de Rome. Quadrilatère irrégulier d'environ 2 kilomètres de circonférence et d'une altitude de 70 mètres, le Palatin est constitué de deux sommets  : le Germal (Germalus) à l'ouest et le Palatual à l'est, et occupait une position centrale dans l'ancienne Rome. il donne sur le Forum Romain au nord et sur le Circus Maximus au sud.

L'église de San Bonaventura al Palatino (1625) située sur le plus haut sommet de la colline du Mont Palatin.

Sous l'Empire, le Palatin fut occupé par d'imposantes demeures construites pour les empereurs, ce qui a donné naissance au mot « palais ». Leurs ruines occupent aujourd'hui une grande partie de la colline.

Le Palatin et la fondation de Rome[modifier | modifier le code]

Fonds de cabanes du VIIIe siècle av. J.-C., avec leur trous de poteaux sur le Germal

Selon la mythologie romaine contée par Tite-Live dans son Histoire romaine (Livre I), la fondation de Rome trouve son origine sur le mont Palatin. En effet, la légende nous dit que c'est sous un figuier sauvage (le Ficus Ruminalis) situé devant l'entrée de la grotte du Lupercal qui se trouve au pied de la colline (dont la découverte a été annoncée en novembre 2007), que Romulus et Remus furent découverts par la louve qui les nourrit. Le berger Faustulus trouva ensuite les deux enfants abandonnés dans la forêt au bord d'une berge et, avec sa femme, Acca Larentia, les éleva[1]. Plus tard, c'est sur cette même colline que Romulus décida de fonder la ville. Il s'agit de l'une des parties les plus anciennes de la cité.

Il faut également noter l'existence dans la mythologie romaine d'une autre légende citée par Tite-Live[2] selon laquelle le nom de la colline trouverait son origine dans une ville baptisée Pallantium qui aurait été fondée sur celle-ci par le roi Évandre, venu d'Arcadie en Grèce, et serait donc à l'origine de la ville de Rome. Une étymologie moderne propose une influence moins légendaire en rapprochant le mot Palatum du mot étrusque falad, désignant le ciel[3].

Les Romains conservèrent pieusement sur le Germal une cabane, dite « maison de Romulus » ou « maison de Faustulus »[4], qui était encore citée au IVe siècle dans l'inventaire du Curiosum[5]. Dans le secteur du Germal, près du site de la maison de Livie, trois fonds de cabanes creusés dans le tuf volcanique de la colline ont été repérés en 1907, et mis au jour en 1948. Ils sont datés du VIIIe siècle av. J.-C., ainsi que deux citernes du VIIe siècle av. J.-C. creusées dans le tuf et partiellement couvertes d'une coupole[6].

Des fouilles récentes ont démontré qu'une population italique vivait déjà à cet endroit au Xe siècle av. J.-C. : découverte des fondations de deux villages (qui se fédérèrent par la suite) sur chacun des sommets du Palatin, ainsi que la présence d’une tombe à urne d’incinération entre ces deux groupes de cabanes permettant de supposer l’existence d’un espace dégagé entre ces deux établissements, probablement une nécropole (les rites funéraires se déroulaient alors en dehors des groupes d'habitations).

Le Palatin sous la République[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Temple de Magna Mater.

En 294 av. J.-C., le consul Lucius Postumius Megellus dédie un temple à la Victoire sur le Palatin après sa victoire sur les Samnites[7].

En 204 av. J.-C. durant la seconde guerre punique, Rome adopte le culte de Magna Mater également nommée Cybèle. À la suite de la suggestion formulée dans les Livres Sibyllins, les Romains importent sa statue depuis Pessinonte, et lui édifient un temple sur le mont Palatin, inauguré en 191 av. J.-C.. Il a subi des incendies en 111 av. J.-C. et 2 ap. J.-C. et fut restauré à chaque fois. On voit encore ses vestiges à proximité des cabanes archaïques et de la maison d'Auguste[7].

Dans les derniers siècles de la République, le Palatin était recouvert par les résidences des patriciens et des chevaliers les plus aisés[8]. D'après les textes, les personnages suivants ont eu leur maison sur le Palatin Gnaeus Octavius, Tiberius Sempronius Gracchus, père des Gracques, Marcus Fulvius Flaccus, les orateurs Lucius Licinius Crassus et Quintus Hortensius Hortalus, le tribun Marcus Livius Drusus. Pour des raisons de prestige, Cicéron venu d'Arpinum acheta une maison sur le Palatin, ainsi que son frère et Milon. Marc Antoine, Tibérius Claudius Néro, père de Tibère y habitaient, et Auguste naquit sur le Palatin, et y demeura toute sa vie, préfigurant l'implantation du palais impérial[9].

Les Résidences impériales[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Palais d'Auguste, Domus Aurea et Domus Augustana.

Les empereurs de Rome bâtissent les uns après les autres leurs palais sur le mont Palatin.

Octavien après son retour de Sicile en 36 av. J.-C. achète plusieurs maisons sur le Palatin, dont celle de l'orateur Hortensius et une autre dite maison de Livie, les aménage pour un usage en partie public en partie privé, et construit à proximité et par dessus d'anciennes maisons un temple à Apollon qui fut inauguré en 28 av. J.-C.. Cet édifice fut identifié à tort par les fouilleurs du XIXe comme temple de Jupiter Victor (c'est-à-dire Vainqueur). Ces édifices ont été fouillés au XIXe et au XXe siècle, révélant des restes de peinture de grande qualité du second style pompéien[10].

Tibère est le premier à avoir construit un véritable palais, la domus Tiberiana, dans l'espace entre le temple de Cybèle et le forum. Ce palais est agrandi par Caligula pour communiquer avec le forum.

Les constructions sur le Palatin furent touchées par le Grand incendie de Rome sous Néron. Néron débute la reconstruction par la gigantesque villa de la Domus Aurea, qui s'étale jusqu'aux pentes de l'Oppius et du Caelius, mais son projet est abandonné peu après sa chute[11].

L'incendie de 80 qui dévaste le Palatin est l'occasion pour Domitien (81-96) de faire construire un palais grandiose, la Domus Augustana qui occupe toute la partie est du Palatin. Échelonné sur plusieurs niveaux, il comprend de très grandes salles de réception, des nymphées, et un hippodrome ou Stadion en contrebas. Le prolongement par Domitien de l'aqueduc de Claude jusqu'au Palatin à travers la dépression qui sépare le Caelius et le Palatin permet l'approvisionnement de la colline en eau, problématique jusque là. Hadrien (117-138) complète l'hippodrome par une tribune en exèdre. Septime Sévère (193-211) restaure le palais endommagé par l'incendie de 191, et le termine en créant sur le côté sud une loge dominant le Circus Maximus, des thermes et une fontaine monumentale au flanc de la colline, le Septizonium[12]. Enfin Héliogabale (218-222) aménage un temple sur la terrasse nord-est, dans lequel il rassemble les objets les plus sacrés de Rome, comme le feu de Vesta et le Palladion[13].

Les ruines des palais d'Auguste, de Tibère et de la Domus Augustana peuvent être visitées, en même temps que celles du forum. Le site est en partie recouvert par le jardin Farnèse. Il n'a donc pu être fouillé qu'en périphérie[14].

Antiquité tardive et Moyen Âge[modifier | modifier le code]

L'abandon de Rome comme résidence habituelle à partir de Dioclétien marque le début du lent déclin du Palatin, même s'il reste officiellement une des résidences impériales[15]. Le palais impérial n'occupe d'ailleurs que la partie sud-ouest du Palatin, partagé avec plusieurs temples et d'autres constructions privées : Selon le descriptif des régions de Rome dressé par la Notitia et le Curiosum, on compte vers 350 dans la regio X Palaltium 89 domus privés et plus de 2600 insulae, ainsi que 48 bains, 48 entrepôts (horrea) et 20 boulangeries[16]. Vu ce nombre, on peut penser que malgré la richesse intérieure de beaucoup d'édifices, ils devaient être serrés les uns contre les autres de façon peu harmonieuse sur cette superficie restreinte[13].

Au IVe siècle, l'empereur Honorius séjourne au Palatin[17]. En 454, Valentinien III y tue de sa main son général Aétius[18]. Théodoric le Grand, roi des Ostrogoths effectue des restaurations sur les bâtiments impériaux. Après avoir âprement disputé Rome et l'Italie aux Ostrogoths, le général byzantin Narsès termine ses jours en résidant sur le Palatin. Toutefois, la coupure des aqueducs durant le siège de Rome interrompt l'approvisionnement en eau sur les collines, et provoque leur désertion. Le Palatin demeure en théorie une résidence impériale, jusqu'à la fin de l'exarchat de Ravenne en 751.

Le christianisme consacre quelques édifices de culte sur le pourtour de la colline tandis que la partie centrale est délaissée : la basilique Sainte-Anastasie est construite vers le Vélabre à la fin du IIIe siècle ou au début du IVe siècle ; l'église Sainte-Lucie in Septisolio est bâtie dans les ruines du Septizonium ; à l'emplacement du temple solaire d'Héliogabale fut consacrée une chapelle qu'on associa à saint Sébastien, martyrisé en ces lieux selon la tradition chrétienne. Il s'y développe ensuite un monastère, dit de Sainte Maria in Pallara, rappelant le Palladium apporté en ces lieux par Héliogabale. Le pape Gélase II fut élu dans ce monastère en 1118[19].

Au XIe siècle, le Palatin n'est plus qu'un champ de ruines, tandis que les familles aristocratiques romaines se disputent le contrôle de la ville, région par région. Les Frangipane fortifient leurs positions autour de la partie est du Palatin, depuis les ruines du Septizonium jusqu'à l'arc de Titus et transforment le Colisée en forteresse[15].

Renaissance et époque moderne[modifier | modifier le code]

Nymphée des Jardins Farnèse

La colline reprend vie au XVIe siècle durant la Renaissance, les riches familles y aménagent des vignes et des jardins d'agrément : les Barberini près de saint Sébastien, les Ronconi au sud, les Magnani au centre par-dessus les ruines de la Domus Augustana. Le cardinal Alexandre Farnèse fait créer sur les restes de la Domus Tiberiana les splendides Jardins Farnèse ou Horti Farnesiani, toujours en place[15].

Ces aménagements provoquent les premières excavations du terrain antique, essentiellement pour récupérer des matériaux tels que les marbres, et des œuvres d'art. Le pape Sixte Quint n'est pas en reste dans ce pillage et fait détruire en 1588-1589 ce qui reste du Septizonium pour récupérer des matériaux de construction[15].

Les premières recherches commencent au XVIIIe siècle, qu'on ne peut pas qualifier de fouilles archéologiques, car les méthodes de cette discipline n'étaient pas encore mises au point. Le duc de Parme François Ier, héritier des Jardins Farnèse, fait effectuer des recherches de 1722 à 1724 par l'abbé Francesco Bianchini. Il repère des salles de la Domus Flaviana. Deux statues colossales en basalte vert, un Hercule et un Bacchus, sont extraites de la salle dite Aula Regia et ajoutées à la collection Farnèse du musée de Parme, puis les excavations sont rebouchées. L'abbé publie en 1738 dans un ouvrage sur ses travaux, titré Palazzio dei Cesari[20],[12].

Un demi-siècle plus tard, l'abbé Rancoureuil dégage l'étage inférieur de la Domus Augustana et des vestiges situés sur la flanc sud du Palatin. Il extrait notamment un Apollon sauroctone, conservé depuis au Musée Pio-Clementino du Vatican[20].

En 1860, Napoléon III, amateur d'histoire romaine, rachète les Jardins Farnèse et confie les fouilles à Pietro Rosa, qui dégage la maison de Livie, et un temple, qu'il identifie à tort comme le temple de Jupiter Vainqueur. La chute de Napoléon en 1870 et le rattachement des États de l'Église au royaume d'Italie transfere la propriété du centre du Palatin à l'État italien. Les propriétés voisines dont les vignes Barberini et le monastère de la Visitation construit sur la Domus Augustana passent ensuite au domaine public. Pietro Rosa poursuit ses fouilles et dégage le stade de Domitien et les constructions datant des Sévères. Les fouilles se poursuivent au XXe siècle, sous la direction de Giacomo Boni, qui découvre des édifices sous le niveau de la Domus Flaviana, comme la villa des Griffons ou des vestiges de la Domus Transitoria de Néron. A. Bartoli lui succède, qui démolit entre 1926 et 1928 les dernières constructions modernes, achève le dégagement complet de la Domus Augustana. De 1948 à 1949, Romanelli fouille le secteur du temple de Magna Mater et exhume les cabanes dites de Romulus[20].

Les vestiges archéologiques sont toutefois incomplètement dégagés, les Jardins Farnèse recouvrent encore la Domus Tiberiana, et la vigne Barberini demeure sur l'esplanade du temple d'Héliogabale.

Les travaux archéologiques les plus récents concernent la restauration des fresques de la maison d'Auguste, et la découverte en 2007 au pied du Palatin d'un édifice voûté complètement enseveli, qui serait l'aménagement de la grotte du Lupercale réalisé par Auguste.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. Tite-Live, livre I, 4
  2. Tite-Live, Histoire romaine, livre I, 5
  3. Ernout et Meillet, Dictionnaire étymologique de la langue latine, éd. Klincksieck, 2001, (ISBN 9782252033593)
  4. Denys d'Halicarnasse, I, 79
  5. André Piganiol, Ve siècle, le sac de Rome, Albin Michel, Collection Le mémorial des siècles, Paris, 1964, p 145
  6. Filippo Coarelli, traduit de l’italien par Roger Hanoune, Guide archéologique de Rome, édition originale italienne 1980, Hachette, 1998, (ISBN 2012354289), p. 93-94
  7. a et b Filippo Coarelli, ouvrage précité, p. 95.
  8. Manuel Royo, « Le quartier républicain du Palatin, nouvelles hypothèses de localisation », Revue des études latines, 65 (1987), pp. 89-114.
  9. Filippo Coarelli, ouvrage précité, p. 93
  10. Filippo Coarelli, ouvrage précité, p. 98
  11. Filippo Coarelli, ouvrage précité, pp. 100-105
  12. a et b Bernard Andreae, L’art de l’ancienne Rome, Mazenod, 1973, réédité en 1988, (ISBN 2850880043), p. 511-512
  13. a et b Romanelli 1971, p. 11
  14. Filippo Coarelli, ouvrage précité, pp. 99-100
  15. a, b, c et d Romanelli 1971, p. 12
  16. Notitia et Curiosum, Regio X, [1]
  17. Claudien, Panégyrique sur le sixième consultat d'Honorius
  18. Marcellinus Comes, Chronaca, II
  19. Romanelli 1971, p. 13
  20. a, b et c Romanelli 1971, p. 13

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Filippo Coarelli (trad. Roger Hanoune), Guide archéologique de Rome, Hachette,‎ 1998 (1re éd. 1980), 346 p. (ISBN 2012354289)
  • P. Romanelli, Le Palatin, Istituto poligraphico dello stato - Rome,‎ 1971, 96 p.
  • (en) Samuel Ball Platner, A Topographical Dictionary of Ancient Rome, Oxford university Press, 1929, Palatinus