Censeur

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Politique sous la Rome antique
Image illustrative de l'article Censeur
Page d'aide sur les redirections Cet article concerne le magistrat romain. Pour les autres sens de censeur, voir Censeur (homonymie).

Le censeur (en latin censor) est un magistrat romain. Deux censeurs sont élus tous les cinq ans parmi les anciens consuls par les comices centuriates. Le pouvoir des censeurs est absolu : aucun magistrat ne peut s’opposer à leurs décisions, seul un autre censeur qui leur succède peut les annuler. Après 18 mois de mandat, ils président une grande cérémonie de purification, le lustrum, à la suite de laquelle ils abdiquent. La censure est la seule magistrature romaine qui n’autorise pas la réélection. Les censeurs ne sont plus élus à partir de la dictature de Sylla, et leurs pouvoirs sont repris par les empereurs romains.

Évolution historique[modifier | modifier le code]

Période républicaine[modifier | modifier le code]

À l'origine réservée aux patriciens, la fonction de censeur est créée l'an 444 av. J.-C. en réaction à la concession politique faite aux plébéiens qui leur permettait l’accès à la magistrature de tribun militaire à pouvoir consulaire. Selon Tite-Live, les consuls accaparés par les opérations militaires souhaitent se décharger du recensement, fonction qu’ils jugent fastidieuse et accessoire. Le sénat approuve et les tribuns de la plèbe n’y font aucune opposition[1].

Au nombre de deux, les censeurs doivent exercer les fonctions pendant cinq ans, intervalle entre deux recensements ; mais dès 434 av. J.-C., dans la crainte qu'ils n'abusent de leur autorité, le dictateur Aemilius Mamercus fait voter par le peuple l'abaissement de leur mandat à dix-huit mois[2].

Après le vote de la Lex Ovinia en 318 avant J.-C., la censure devient un poste extrêmement prestigieux. En effet, cette loi confère aux censeurs le droit de choisir les personnes qui pourront siéger au Sénat. Pour avoir sa place au sein de cette institution, il faut avoir un bon capital, un bon cursus et surtout être un modèle des vertus républicaines. Le censeur est donc détenteur d'un regimen morum, c'est-à-dire qu'il a le pouvoir de décider ce qui est bien ou mal au sein de la république. Ce statut confère à cette magistrature une importance capitale, c'est donc un poste qu'on occupe en toute fin de cursus honorum.

Les premiers plébéiens qui accèdent à la censure grâce à leurs qualités individuelles et leurs alliances politiques sont Caius Marcius Rutilus en -351, puis Quintus Publilius Philo.

Cette magistrature devient systématiquement accessible aux plébéiens l'an 339 av. J.-C., en vertu d'une loi proposée par le consul Quintus Publilius Philo, imposant qu’un des deux censeurs soit plébéien.

Période impériale[modifier | modifier le code]

La censure, temporairement supprimée par Sylla, fut exercée de façon intermittente par Auguste, pour avoir une estimation globale sur l'Empire de la population et de ses richesses : en 29/28 av. J.-C., en qualité de consul et avec Agrippa comme collègue, puis pour des recensements complets ou partiels en 18, 12/11, 8, 3/2 av. J.-C.[3], 4 et 14 ap. J.-C.. Les opérations furent décentralisées et étendues à toutes les populations de citoyens romains et de non-citoyens, qu'ils soient libres, alliés, fédérés ou sujets[4]. La surveillance des comportements exercée par le censeur fut transférée à un préfet des mœurs, fonction occupée personnellement par Auguste. Auguste et ses successeurs possédèrent la puissance censoriale qui leur permettait d’évincer du Sénat des sénateurs opposants, mais aussi par la procédure de l’adlectio d’introduire dans l'assemblée des personnes n’ayant pas occupé de magistratures.

Claude exerça la censure en 47/48, puis Vespasien et Titus en 73/74. Après eux, la censure disparut en tant que magistrature. Domitien devint en 84 censeur perpétuel, titre qui fut aboli à sa mort. Ses successeurs détinrent la puissance censoriale[4]. Selon l'Histoire Auguste, l'empereur Dèce (249-251) aurait proposé de rétablir cette magistrature, et de la confier à Valérien, ce que les historiens classent parmi les inventions de l'Histoire Auguste[5]. Constantin attribua le titre de censeur pour 333-334 à son demi-frère Flavius Dalmatius[6].

Rôle sous la République[modifier | modifier le code]

Rôle civil[modifier | modifier le code]

Article détaillé : cens.

Leur principale fonction est le recensement quinquennal des citoyens romains (census) par niveau de fortune, une pratique administrative qui remonte, selon la tradition, au roi Servius Tullius. Ils inscrivent les citoyens romains dans les registres de leur centurie et de leur tribu, passent en revue les chevaliers (la recognicio equorum) et dressent l’album sénatorial par la lectio Senatum.

À ce titre ils sont chargés de mettre à jour l'album, c'est-à-dire le registre des personnes admises au Sénat. Leur fonction les amène également à surveiller les mœurs. À cet effet, ils détiennent la cura morum qui leur permet de rayer de l’album sénatorial les sénateurs indignes, mais aussi de flétrir publiquement la réputation d’une personne par la nota censoria.

Ce dernier rôle est à l’origine du glissement de sens du mot « censeur » vers des connotations morales rigoristes et la censure.

Rôle économique[modifier | modifier le code]

Les censeurs ont un rôle d’administrateur de la fortune publique :

  • ils surveillent les adjudications des affermages de la collecte des impôts aux sociétés de publicains
  • ils attribuent les marchés de travaux publics d’investissement, tel que la construction des voies romaines ou d’entretien des biens publics (temples, etc.)

Par exemple le censeur Appius Claudius Caecus lança les travaux de construction de la voie Appienne, et Caton l'Ancien fit construire la basilique Porcia.

Censeurs célèbres[modifier | modifier le code]

Article connexe : Liste des censeurs romains.

Parmi ceux qui se distinguèrent dans cette magistrature, le plus célèbre fut Caton dit « le Censeur ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Tite-Live, livre IV, VIII
  2. Tite-Live, Histoire Romaine, livre IV, XXIV
  3. Nicolet 1988, p. 144, 278 n.28
  4. a et b Jacques et Scheid 2010, p. 91
  5. Histoire Auguste, traduction et commentaires d’André Chastagnol, éditions Robert Laffont, collection « Bouquins », 1994, (ISBN 2-221-05734-1), pp. 782-783
  6. Athanase d'Alexandrie, Apologie contre les Ariens, 66-67 ; Socrate le Scolastique, Histoire ecclésiastique, I, 27, 19-21

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Élisabeth Deniaux, Rome, de la Cité-État à l'Empire, Institutions et vie politique, Hachette,‎ 2001 (ISBN 2-01-017028-8)
  • François Jacques et John Scheid, Rome et l'intégration de l'Empire (44 av. J.-C.260 ap. J.-C.). Tome 1, PUF, coll. « Nouvelle Clio, l'histoire et ses problèmes »,‎ 2010 (1re éd. 1999), 480 p. (ISBN 9782130448822)
  • Claude Nicolet, L'inventaire du monde, Fayard,‎ 1988
  • Claude Nicolet, Censeurs et publicains, économie et fiscalité dans la Rome antique, Fayard,‎ 2000, 500 p. (ISBN 2-213-60296-4)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]