Supraconductivité

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

La supraconductivité (ou supraconduction) est un phénomène caractérisé par l'absence de résistance électrique et l'expulsion du champ magnétique — l'effet Meissner — à l'intérieur de certains matériaux dits supraconducteurs. La supraconductivité découverte historiquement en premier, et que l'on nomme communément supraconductivité conventionnelle, se manifeste à des températures très basses, proches du zéro absolu (−273,15 °C). La supraconductivité permettrait notamment de transporter de l'électricité sans perte d'énergie, les applications potentielles sont donc stratégiques.

Dans les supraconducteurs conventionnels, des interactions complexes se produisent entre les atomes et les électrons libres et conduisent à l'apparition de paires liées d'électrons, appelées paires de Cooper. L'explication de la supraconductivité est intimement liée aux caractéristiques quantiques de la matière. Alors que les électrons sont des fermions, ces paires d'électrons se comportent comme des bosons, de spin égal à 0, et sont « condensées » dans un seul état quantique, sous la forme d'un superfluide de paires de Cooper.

Un effet similaire de la supraconductivité est la superfluidité ou suprafluidité, caractérisant un écoulement sans aucune résistance, c'est-à-dire qu'une petite perturbation que l'on soumet à ce type de liquide ne s'arrête jamais, de la même façon que les paires de Cooper se déplacent sans aucune résistance dans un supraconducteur.

Il existe également d'autres classes de matériaux, collectivement appelés « supraconducteurs non conventionnels » (par opposition à la dénomination de supraconductivité conventionnelle), dont les propriétés ne sont pas expliquées par la théorie conventionnelle. En particulier, la classe des cuprates (ou « supraconducteurs à haute température critique »), découverte en 1986, présente des propriétés supraconductrices à des températures bien plus élevées que les supraconducteurs conventionnels. Toutefois, ce que les physiciens nomment « haute température » reste extrêmement bas comparativement aux températures à la surface de la Terre (le maximum est 133 K, soit −140 °C)[1],.

Bien que ce sujet soit, depuis le début des années 1990, un des sujets les plus étudiés de la physique du solide, en 2010 aucune théorie ne décrit de façon satisfaisante le phénomène de la supraconductivité à haute température critique.

Aimant en lévitation magnétique au-dessus d'un supraconducteur à haute température critique. L'expulsion du champ magnétique du matériau supraconducteur (effet Meissner) est responsable de cet effet de lévitation.

Historique[modifier | modifier le code]

Le liquéfacteur d'hélium utilisé par K. Onnes et son équipe lors de la découverte de la supraconductivité dans le mercure - Museum Boerhaave, Leiden.

Le phénomène fut découvert en 1911 par un physicien néerlandais Heike Kamerlingh Onnes et son équipe composée de Gilles Holst, Cornelis Dorsman, et Gerit Flim. Kamerlingh Onnes avait réussi à liquéfier pour la première fois de l'hélium en 1908 ce qui lui permit de mener des mesures physiques jusqu'à des températures de 1,5 K (-271,6 °C). Il entreprit alors un programme de mesures systématiques des propriétés de la matière à très basse température, en particulier la mesure de la résistance électrique des métaux. Le 8 avril 1911, l'équipe mesure que la résistivité électrique (ou résistance électrique) du mercure devient nulle en dessous d’une certaine température appelée température critique Tc, de l'ordre de 4,2 K pour le mercure. C'est la première observation d'un état supraconducteur. Des légendes attribuaient le mérite de la découverte seulement à l'étudiant de K. Onnes, Gilles Holst, mais le cahier d'expérience découvert récemment écrit de la main même de Kamerlingh Onnes montre que ce dernier était bien aux commandes de l'expérience ce jour-là, Gilles Holst mesurant la résistance électrique avec un Pont de Wheatstone, Cornelis Dorsman, et Gerit Flim s'occupant des aspects de cryogénie[2]. Pour l'ensemble de son travail lié à la liquéfaction et l'utilisation de l'hélium liquide, Kamerlingh Onnes a reçu le prix Nobel de physique en 1913.

Animation expliquant la courbe obtenue par K. Onnes montrant la découverte de la supraconductivité

Des expériences avec de nombreux autres éléments montrèrent que certains possédaient des facultés de supraconductivité, mais d'autres non : citons en 1922, le plomb à 7 K[3] et en 1941, le nitrure de niobium à 16 K[4].

En 1933, Meissner et Ochsenfeld découvrent que les supraconducteurs repoussent le champ magnétique, un phénomène connu sous l'appellation d'effet Meissner[5]. En 1935, les frères Fritz et Heinz London ont montré que l'effet Meissner est une conséquence de la minimisation de l'énergie libre transportée par le courant supraconducteur[6].

C'est en 1950 que l'on constate que la température critique dépend de la masse isotopique[7],[8].

En 1950, une théorie phénoménologique dite de Ginzburg-Landau fut élaborée par Lev Landau et Vitali Ginzburg[9]. Cette théorie a été un succès pour expliquer les propriétés macroscopiques des supraconducteurs en utilisant l'équation de Schrödinger. En particulier, Alexei Abrikosov montra qu'avec cette théorie on peut prévoir qu'il existe deux catégories de supraconducteurs (appelés type I ou type II)[10]. Abrikosov et Ginzburg ont reçu le prix Nobel 2003 pour ce travail (Landau étant décédé en 1968).

En 1957, un chimiste Hollandais découvrit le premier supraconducteur organique-synthétique: le Ditétraméthiltétrasélénofulvalinehexafluorophosphate (le nom scientifique le plus long au monde, avec 52 lettres)

Une théorie complète de la supraconductivité fut proposée en 1957 par John Bardeen, Leon Cooper et John Schrieffer[11]. Connue comme théorie BCS, d'après leurs initiales, elle explique la supraconductivité par la formation de paires d'électrons (paires de Cooper) formant alors des bosons interagissant avec des phonons. Pour leur travail, les auteurs reçurent le prix Nobel de physique en 1972.

En 1959, Gorkov montra que la théorie BCS se ramène à la théorie de Ginzburg-Landau au voisinage de la température critique d'apparition de la supraconductivité[12].

En 1962, les premiers fils supraconducteurs (un alliage de niobium-titane) sont commercialisés par Westinghouse. La même année, Brian Josephson prévoit théoriquement qu'un courant peut circuler à travers un isolant mince séparant deux supraconducteurs[13] ; ce phénomène qui porte son nom, l'effet Josephson, est utilisé dans les SQUIDs. Ces dispositifs servent à faire des mesures très précises de h/e, et combiné avec l'effet Hall quantique, à la mesure de la constante de Planck h. Josephson a reçu le prix Nobel en 1973.

En 1986, Johannes Bednorz et Karl Müller ont découvert une supraconductivité à une température de 35 K dans des matériaux de structure perovskite de cuivre à base de lanthane[14] (Prix Nobel de physique, 1987).

Très rapidement en remplaçant le lanthane par de l'yttrium, c'est-à-dire en produisant de l'YBa2Cu3O7, la température critique est montée à 92 K[15], dépassant la température de l'azote liquide qui est de 77 K. Cela est très important car l'azote liquide est produit industriellement à bas prix et peut même être produit localement. Beaucoup de cuprates supraconducteurs ont été produits par la suite et les mécanismes de cette supraconductivité sont encore à découvrir. Malheureusement, ces matériaux sont des céramiques et ne peuvent être travaillés aisément. De plus, ils perdent facilement leur supraconductivité à fort champ et donc les applications se font attendre. Les recherches se poursuivent pour diminuer la sensibilité aux champs et pour augmenter la température critique. Après la température de l'azote liquide, atteinte, le seuil psychologique et économique est celle de la glace carbonique, 195 K (-78,5 °C).

Le 31 mai 2007, une équipe de physiciens franco-canadienne a publié dans la revue Nature une étude[16] qui, selon un communiqué du CNRS[17], permettrait d'avancer sensiblement dans la compréhension de ces matériaux.

En janvier 2008, l'équipe du professeur Hosono du Tokyo Institute of Technology a rapporté l'existence d'une nouvelle classe de supraconducteurs (les pnictides, de type ROFeAs ; où R est une terre rare) dopé avec du fluor sur le site de l'oxygène[18]. La température critique maximale était de 28 K. Cette découverte a surpris l'ensemble de la communauté scientifique en raison de la présence du fer dans un supraconducteur ayant une aussi haute température critique. En août 2008, il semble y avoir un consensus indiquant que le fer joue un rôle majeur dans la supraconductivité de ces matériaux. Actuellement, des centaines de travaux sont publiés montrant l'enthousiasme de la communauté scientifique à propos de cette découverte. Un certain nombre de groupes ont rapporté une température critique maximale de l'ordre de 56 K dans le cas où R est une terre non magnétique. Fin mai 2008, le groupe du professeur Johrendt de l'université de Munich rapporte la supraconductivité dans le composé Ba0,6K0.4Fe2As2 avec une Tc de l'ordre de 38 K[19]. Ce composé possède une structure cristallographique très proche de celle de LaOFeAs. Cette découverte est importante car elle montre que l'oxygène n'a aucun rôle dans le mécanisme de supraconductivité dans cette nouvelle classe de supraconducteurs. Le magnétisme semble en cause, comme pour les cuprates.

Propriétés élémentaires[modifier | modifier le code]

Un supraconducteur est un matériau qui, lorsqu'il est refroidi en dessous d'une température critique Tc, présente deux propriétés caractéristiques, qui sont :

L'existence de ces caractéristiques, communes à tous les supraconducteurs conventionnels, permet de définir la supraconductivité comme résultant d'une transition de phase. L'étude des variations des propriétés physiques des supraconducteurs lorsqu'ils passent dans l'état supraconducteur confirme ceci et établit que la transition supraconductrice est une véritable transition de phase.

Résistivité nulle[modifier | modifier le code]

Câbles d'alimentation des expériences du CERN : en haut, les câbles du LEP ; en bas, les câbles du LHC, supraconducteurs (même puissance).

L'absence totale de résistance électrique d'un supraconducteur parcouru par un courant limité est évidemment leur propriété la plus connue. C'est d'ailleurs celle-ci qui a donné son nom au phénomène.

Effet Meissner[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Effet Meissner.

L'effet Meissner, nommé d'après Walther Meissner qui l'a découvert en compagnie de Robert Ochsenfeld en 1933[5], est le fait qu'un échantillon soumis à un champ magnétique extérieur expulse celui-ci lorsqu'il est refroidi en dessous de sa température critique, et ce, quel que soit son état antérieur.

D'après les équations de Maxwell, dans tout matériau dont la résistance est nulle, le champ magnétique doit rester constant au cours du temps. Cependant, l'existence de l'effet Meissner montre que la supraconductivité ne se résume pas à l'existence d'une conductivité infinie.

Expérimentalement, on montre l'effet Meissner en refroidissant un échantillon supraconducteur en dessous de sa température critique en présence d'un champ magnétique. Il est alors possible de montrer que le champ magnétique à l'intérieur de l'échantillon est nul, alors que pour un hypothétique conducteur parfait, il devrait être égal au champ magnétique appliqué lors de la transition.

Note : certains supraconducteurs, dits de type II, ne présentent l'effet Meissner que pour de faibles valeurs du champ magnétique, tout en restant supraconducteurs à des valeurs plus élevées (cf. infra).

Théories[modifier | modifier le code]

Théorie de Ginzburg-Landau[modifier | modifier le code]

Article détaillé : théorie de Ginzburg-Landau.

La théorie développée par Ginzburg et Landau en 1950[9] introduit un paramètre d'ordre complexe ψ(r) caractérisant la supraconductivité dans le cadre général de la théorie de Landau des transitions de phase du second ordre. La signification physique de ce paramètre est que n_s(\mathbf{r}) =
{\vert \psi(\mathbf{r})\vert}^2 est proportionnel à la densité d'électrons supraconducteurs (i.e. d'électrons constituant des paires de Cooper). Le postulat de départ de la théorie est que la densité d'énergie libre fs peut être développée en une série du paramètre d'ordre près de la transition supraconductrice sous la forme suivante :


f=f_{n0} + \alpha \left| \psi \right|^2 + \frac{\beta}{2} \left|
\psi \right|^4 + \frac{1}{2m^*} \left| \left(-\imath\hbar\nabla -
q^* \textbf{A} \right) \psi \right|^2 + \frac{\mathbf{B}^2}{2\mu_0}

fn0 est la densité d'énergie libre dans l'état normal en champ nul, A est le potentiel-vecteur et B est l'intensité locale de l'induction magnétique.

Les deuxième et troisième termes sont le développement au second ordre en |ψ|², le troisième peut être vu comme l'expression invariante de jauge de l'énergie cinétique associée aux « porteurs de charge supraconducteurs », de masse m* et de charge q* tandis que le quatrième est simplement la densité d'énergie magnétique.

Dans l'état supraconducteur, en l'absence de champ et de gradients, l'équation précédente devient :


f_s -f_n = \alpha {\left| \psi \right|}^2 + \frac{1}{2} \beta
{\left| \psi \right|}^4

β est nécessairement positif car sinon, il n'y aurait pas de minimum global pour l'énergie libre, et donc pas d'état d'équilibre. Si α > 0, le minimum a lieu pour ψ = 0 : le matériau est dans l'état normal. Le cas intéressant est donc celui où α < 0. On a alors, à l'équilibre, \left| \psi \right|^2 = \left| \psi_\infty \right|^2 \equiv -\alpha/2\beta, d'où :


f_s - f_n = \frac{{\mathbf{B}_C}^2}{2\mu_0} = -\frac{\alpha^2}{2 \beta}

Supraconducteurs de type I[modifier | modifier le code]

Un supraconducteur de type I est un supraconducteur possédant un seul champ magnétique critique. Il a la propriété de repousser tout champ magnétique extérieur, et on le retrouve dans deux états selon sa température critique et le champ magnétique critique à savoir :

  • L'état normal : le domaine où H>Hcritique et T>Tcritique
  • L'état supraconducteur gouverné par la loi de Meissner

Supraconducteur de type II[modifier | modifier le code]

Un supraconducteur de type II est un supraconducteur possédant deux champs magnétiques critiques. On peut le retrouver dans plusieurs états, selon sa température et les champs magnétiques critiques :

  • L'état normal
  • L'état supraconducteur: effet Meissner
  • L'état mixte : il possède des zones supraconductrices et des zones non conductrices appelées "vortex". Ce sont des tubes de champ magnétique par lesquels le matériau se laisse pénétrer par le champ extérieur.

Théorie BCS[modifier | modifier le code]

Article détaillé : théorie BCS.

Cette théorie est fondée sur le couplage des électrons d'un métal en paires : les paires de Cooper. Elles forment un état unique, cohérent, d'énergie plus basse que celle du métal normal, avec des électrons non appariés.

Le problème est d'expliquer cet appariement compte tenu de la répulsion coulombienne. Un modèle qualitatif simple consiste à considérer des électrons dans un métal interagissant avec le réseau cristallin formé d'ions positifs. Ceux-ci attirent les électrons et se déplacent légèrement (les ions positifs ont une grande inertie). Les physiciens ont donné le nom de phonons à ces vibrations atomiques naturelles. Cette interaction entre les électrons et les phonons est à l'origine de la résistivité et de la supraconductivité : attirés par le passage très rapide d'un électron (106 m/s), les ions se déplacent et créent une zone locale électriquement positive. Compte tenu de l'inertie, cette zone persiste alors que l'électron est passé, et peut attirer un autre électron qui se trouve ainsi, par l'intermédiaire d'un phonon, apparié au précédent, ce malgré la répulsion coulombienne. L'agitation thermique finit par détruire ce fragile équilibre d'où l'effet néfaste de la température pour la supraconductivité.

Une particularité des paires de Cooper est que leur moment magnétique intrinsèque (aussi appelé spin) est nul. En effet, les deux électrons appariés ont le même spin (1/2, spin caractéristique des fermions), mais de signe opposé. C'est la condition pour que l'énergie de la paire soit inférieure à la somme des énergies des deux électrons. Ils forment alors un ensemble qui se comporte comme un boson (particule de spin entier obéissant à la statistique de Bose-Einstein) : les paires se déplacent sans rencontrer la moindre résistance, d'où la supraconductivité.

La différence d'énergie entre l'état supraconducteur et l'état normal est appelée gap d'énergie. C'est l'énergie nécessaire pour passer de l'état supraconducteur à l'état normal en brisant les paires de Cooper. Cette énergie tend vers zéro lorsque la température tend vers la température critique.

L'interaction électron-phonon joue un rôle essentiel pour l'appariement des électrons donc pour la supraconductivité.

Cette théorie a été imaginée avant la découverte des matériaux supraconducteurs à hautes températures critiques. Une question se pose alors : les supraconducteurs à hautes Tc contredisent-ils la théorie BCS ? Les théoriciens ne s'entendent pas sur ce sujet. Certains sont d'avis que le couplage entre les électrons n'est plus dû au réseau (donc aux phonons), mais à d'autres interactions (électroniques, magnétiques, les deux, …). D'autres proposent des modèles entièrement nouveaux. Le sujet reste encore ouvert…

Classes de supraconducteurs[modifier | modifier le code]

Supraconducteurs conventionnels[modifier | modifier le code]

Certains physiciens définissent les supraconducteurs conventionnels comme étant ceux qui sont bien décrits par la théorie BCS. D'autres, plus spécifiques, les définissent comme ayant un mécanisme de formation de paire de Cooper qui fait intervenir l'interaction électrons – phonons[20].

Supraconducteurs non conventionnels[modifier | modifier le code]

Les supraconducteurs non conventionnels (parfois appelés "exotiques" ou "nouveaux supraconducteurs") désignent des matériaux souvent synthétisés artificiellement en laboratoire qui ne peuvent pas être décrits avec la théorie BCS, ou dont on ne comprend pas encore théoriquement l'origine de la supraconductivité. Ils diffèrent des supraconducteurs conventionnels en particulier dans le mécanisme à l'origine de la formation des paires d'électrons, dites paires de Cooper, responsables de la supraconductivité.

Plusieurs familles de matériaux sont considérées comme non conventionnelles : les fermions lourds, les supraconducteurs organiques ou moléculaires (sels de Bechgaard), les cuprates, ou les pnictures.

Certaines familles de matériaux présentent une supraconductivité à plus haute température que les alliages ou métaux, mais dont l'origine est expliquée par la Théorie BCS : les fullerènes de type AnC60 (où A est un alcalin), dont la température critique s'élève jusqu'à 33 K, ou le diborure de magnésium MgB2 dont la température critique s'élève jusqu'à 39 K. Il ne s'agit donc pas au sens strict de supraconducteurs non conventionnels, mais on les distingue quand même des supraconducteurs conventionnels.

Les supraconducteurs non conventionnels les plus étudiés à ce jour sont les cuprates, découverts par Johannes Georg Bednorz et Karl Alexander Müller en 1985[14]. Il s'agit d'oxydes sous forme de céramique composés d'oxydes mixtes de baryum, de lanthane et de cuivre dont la température critique est d'environ 35 K (-238 °C). Cette température était bien supérieure aux plus hautes températures critiques connues à cette époque (23 K) ; cette nouvelle famille de matériau fut appelée supraconducteur à haute température. Bednorz et Müller reçurent en 1987 le prix Nobel de physique pour leur découverte.

Depuis lors, de nombreux autres supraconducteurs à haute température ont été synthétisés. Dès 1987, on atteignit la supraconductivité au-dessus de 77 K[15], la température d'ébullition de l'azote, ce qui est très important pour les applications technologiques car l'azote liquide est bien moins onéreux que l'hélium liquide qui devait être utilisé jusqu'alors. Exemple YBa2Cu3O7, Tc = 92K.

La température critique record est d'environ 133 K (-140 °C) à la pression normale et des températures légèrement plus élevées peuvent être atteintes à des pressions plus élevées. L'état actuel des recherches ne permet pas de savoir si on pourra un jour obtenir un matériau à base de cuprate supraconducteur à température ambiante.

Supraconductivité calorifique[modifier | modifier le code]

La propriété de l'hélium superfluide de conduire la chaleur sans perte a été attribuée à des mécanismes analogues ; on dit que c'est un supraconducteur thermique.

Applications[modifier | modifier le code]

Canon magnétique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Canon magnétique.

Électro-aimants[modifier | modifier le code]

La réalisation d'électro-aimants supraconducteurs constitue certainement l’application la plus courante de la supraconductivité. On les retrouve dans les domaines :

  • de l’imagerie médicale pour laquelle un champ magnétique de plusieurs teslas est produit par un solénoïde supraconducteur. Ils permettent également de produire un champ magnétique très homogène, ce qui permet d'obtenir une image de grande qualité : centre Neurospin de Saclay ;
  • des accélérateurs de particules : projet LHC (Large Hadron Collider) du CERN : 1700 tonnes de matériau supraconducteur[21] ;
  • de la lévitation magnétique, avec notamment les trains à sustentation électromagnétique (le Maglev chinois, voir Sustentation électromagnétique) et certains accumulateurs électromécaniques à volant d'inertie ;
  • de la fusion nucléaire par confinement magnétique : pour le confinement des plasmas chauffés entre 10 et 100 millions de kelvins, un champ magnétique de l'ordre de 5 à 10 teslas doit être créé au centre d'un tore, dont la version la plus avancée est appelée tokamak. Ces champs énormes peuvent être maintenus pendant la dizaine de minutes grâce à des bobines à enroulements supraconducteurs : c'est le cas du tokamak Tore-Supra de Cadarache et du futur Tokamak ITER (International Tokamak Experimental Reactor) qui est en cours de construction également à Cadarache pour une première décharge plasma en 2018.

Transport de l'énergie[modifier | modifier le code]

  • La ligne à haute tension supraconductrice de 48 km doit être testée en Corée du Sud, destinée à transporter 50 MW[22]. Le gain de place est important, mais le refroidissement à l'azote liquide nécessite une infrastructure importante.
  • Construit par l'entreprise française Nexans en avril 2008, près de New York, un câble électrique supraconducteur de 600 m de long, qui permet de transporter une puissance de 574 MW, alimente 300 000 foyers dans l'île de Long Island. Il s'agit de quatre fois plus de puissance qu'un câble de cuivre classique de même section, grâce à un matériau supraconducteur à base de cuivre et de bismuth (Bi-Sr-Ca-Cu-O). Certes, ce projet soutenu par le département de l'Énergie américain coûte considérablement plus cher qu'une ligne classique, en raison de l'azote liquide requis à -196 °C. Toutefois, il se continue afin que cette technologie s'améliore[23].

Stockage de l'énergie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : SMES.

Une bobine supraconductrice est connectée au réseau par l'intermédiaire d'un convertisseur alternatif-continu réversible. La bobine est alimentée par le redresseur qui permet de stocker de l'énergie sous la forme ½ L×I2. En cas de besoin (défaut de la ligne) l’énergie stockée dans la bobine supraconductrice est retransférée à l'installation via l'onduleur. En France, les plus gros prototypes (plusieurs centaines de kJ) ont été réalisés à Grenoble[24], au département MCBT de l'Institut Néel avec l'aide de partenaires comme la DGA et Nexans.

La propriété de lévitation des supraconducteurs peut aussi être mise à profit pour faire du stockage d'énergie. C'est le cas des accumulateurs d'énergie cinétique rotative (par volant d'inertie, en anglais Flywheel). Dans ces applications, une roue aimantée est placée en lévitation au-dessus d'un supraconducteur. La roue est mise en rotation (idéalement dans le vide pour minimiser les frottements) au moyen d'un moteur (phase de charge). Une fois la roue « chargée », elle conserve l'énergie sous forme d'énergie cinétique de rotation, avec peu de perte, puisqu'il n'y a quasiment aucun frottement. L'énergie peut être récupérée en freinant la roue.

SMES (Superconducting Magnet Energy Storage) et Flywheel sont donc deux solutions technologiques qui pourraient remplacer une batterie traditionnelle, bien que le maintien des températures cryogéniques soit énergivore.

Confinement électromagnétique[modifier | modifier le code]

Dans le but de réaliser la fusion thermonucléaire contrôlée : les tokamaks ou les stellarators sont des enceintes toriques à l'intérieur desquelles on confine des plasmas sous des pressions et à des températures considérables[25].

Article connexe : ITER.

Cavités radiofréquences/accélérateurs de particules[modifier | modifier le code]

La supraconductivité est aussi utilisée pour la fabrication des cavités accélératrices radiofréquence qui permettent de stocker et d’amplifier le champ électrique destiné à accélérer le faisceau de particules chargées. Pour pouvoir obtenir des champs accélérateurs de l’ordre de 45 MV/m (presque 100 MV/m près de la surface) il faut injecter une onde radiofréquence dans la cavité. Des densités de courants de l’ordre de 1010 à 1012 A/m2 circulent sur la surface interne de la cavité et provoquent un échauffement des parois. On ne pourrait pas obtenir de champs aussi élevés en continu avec un conducteur normal : les parois se mettraient à fondre. En radiofréquence, la résistance d’un supraconducteur n’est pas rigoureusement nulle, mais elle reste environ 100 000 fois plus faible que celle du cuivre, d’où l’intérêt principal de cette technologie pour les cavités accélératrices. Mais ce n’est pas le seul avantage : l’utilisation de cavités supraconductrices influence aussi le design de l’accélérateur et la qualité des faisceaux obtenus. Par exemple, leurs formes plus ouvertes facilitent l’alignement du faisceau ; quand celui-ci doit se faire sur plusieurs dizaines de kilomètres, cela devient un argument conséquent.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Il s'agit du HgBa2Ca2Cu3O8, une céramique. William D. Callister, Science et génie des matériaux, Modulo Éditeur, 2001, p.620 (traduit en français)
  2. Dirk Van Delft, Peter Kes, Physics Today, Sept. 2010, p.38-43
  3. (en) H.A. Boorse, D.B. Cook et M.W. Zemansky, « Superconductivity of Lead », Phys. Rev., vol. 78, no 5,‎ 1950, p. 635–636 (DOI 10.1103/PhysRev.78.635)
  4. G. Aschermann, E. Friederich, E. Justi et J. Kramer, dans Phys. Z., vol. 42, 1941, p. 349-360
  5. a et b (de) W. Meissner et R. Ochsenfeld, « Ein neuer Effekt bei Eintritt der Supraleitfähigkeit », Naturwissenschaften, vol. 21, no 44,‎ 1933, p. 787–788 (DOI 10.1007/BF01504252)
  6. (en) F. London et H. London, « The Electromagnetic Equations of the Supraconductor », dans Proceedings of the Royal Society of London. Series A, Mathematical and Physical Sciences, vol. 149, no 866, 1935, p. 71–88 [ « première page » ]
  7. (en) E. Maxwell, « Isotope Effect in the Superconductivity of Mercury », Phys. Rev., vol. 78, no 4,‎ 1950, p. 477 (DOI 10.1103/PhysRev.78.477)
  8. (en) C.A. Reynolds, B. Serin, W.H. Wright et L.B. Nesbitt, « Superconductivity of Isotopes of Mercury », Phys. Rev., vol. 78, no 4,‎ 1950, p. 487 (DOI 10.1103/PhysRev.78.487)
  9. a et b (en) V.L. Ginzburg et L.D. Landau, « On the Theory of superconductivity », Zh. Eksp. Teor. Fiz., vol. 20,‎ 1950, p. 1064-1082
  10. A. Abrikosov, dans Dokl. Acad. Nauk 86, 1952, 489.
  11. (en) J. Bardeen, L.N. Cooper et J.R. Schrieffer, « Theory of Superconductivity », Phys. Rev., vol. 108, no 5,‎ 1957, p. 1175-1204 (DOI 10.1103/PhysRev.108.1175)
  12. (en) L.P. Gor'kov, « Microscopic Derivation of the Ginzburg-Landau Equations in the Theory of Superconductivity », Soviet Physics JETP, vol. 36, no 9,‎ 1959, p. 1364-1367 (lire en ligne)
  13. (en) B.D. Josephson, « Possible new effects in superconductive tunnelling », Physics Letters, vol. 1, no 7,‎ 1962, p. 251-253
  14. a et b (en) J.G. Bednorz et K.A. Müller, « Possible high Tc superconductivity in the Ba−La−Cu−O system », Z. Phys. B, vol. 64, no 2,‎ 1986, p. 189-193 (DOI 10.1007/BF01303701)
  15. a et b (en) M.K. Wu, J.R. Ashburn, C.J. Torng, P.H. Hor, R.L. Meng, L. Gao, Z.J. Huang, Y.Q. Wang et C.W. Chu, « Superconductivity at 93 K in a new mixed-phase Y-Ba-Cu-O compound system at ambient pressure », Phys. Rev. Lett., vol. 58, no 9,‎ 1987, p. 908-910 (DOI 10.1103/PhysRevLett.58.908)
  16. (en) Nicolas Doiron-Leyraud, Cyril Proust, David LeBoeuf, Julien Levallois, Jean-Baptiste Bonnemaison, Ruixing Liang, D. A. Bonn, W. N. Hardy et Louis Taillefer, « Quantum oscillations and the Fermi surface in an underdoped high-Tc superconductor », Nature, vol. 447,‎ 31 mai 2007, p. 565-568 (DOI 10.1038/nature05872)
  17. Voir ce « communiqué de presse », sur CNRS (consulté le 28 août 2010)
  18. (en) Yoichi Kamihara, Takumi Watanabe, Masahiro Hirano et Hideo Hosono, « Iron-Based Layered Superconductor La[O1-xFx]FeAs (x = 0.05−0.12) with Tc = 26 K », J. Am. Chem. Soc., vol. 130, no 11,‎ 2008, p. 3296-3297 (DOI 10.1021/ja800073m)
  19. (en) Marianne Rotter, Marcus Tegel et Dirk Johrendt, « Superconductivity at 38 K in the Iron Arsenide (Ba1-xKx)Fe2As2 », Phys. Rev. Lett., vol. 101, no 10,‎ 2008, p. 107006 (DOI 10.1103/PhysRevLett.101.107006)
  20. Cours de Louis Taillever, Université de Sherbrooke, janvier 2010.
  21. Site du CERN.
  22. « Veille technologique », sur Synergie Space (consulté le 16 août 2010)
  23. Le Figaro, Les 100 ans de la supraconductivité, le 8 avril 2011, p.10
  24. (en) P. Tixador, M. Deléglise, A. Badel, K. Berger, B. Bellin, J.C. Vallier, A. Allais et C.E. Bruzek, « First tests of a 800 kJ HTS SMES », IEEE Transactions on Applied Superconductivity, vol. 18, no 2,‎ juin 2008, p. 774-778 (DOI 10.1109/TASC.2008.921319)
  25. Voir : « Tore Supra », sur CEA (consulté le 28 août 2010)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]