Ruta graveolens

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La Rue des jardins ou Rue fétide (Ruta graveolens L., littéralement « Rue à odeur forte », du latin gravis, « lourd », et olor, « odeur »[1]) est une espèce de sous-arbrisseau de la famille des Rutacées, cultivé pour ses feuilles utilisées pour leurs qualités aromatiques et médicinales

Noms communs : herbe de grâce, péganion, rue domestique, rue officinale[2], rue des jardins, rue des jardiniers, herbe de la rue, rue fétide, rue odorante.

Autres langues : de : Weinraute ; en : common rue ; es : ruda ; it : ruta.

Description[modifier | modifier le code]

C'est un sous-arbrisseau de 70 cm à 100 cm de haut environ, très ramifié et ligneux à la base. Ses feuilles d'un vert glauque, semi-persistantes, sont alternes, pennatiséquées (souvent trilobées) et de consistance un peu charnue. Ses fleurs sont petites, de couleur jaune verdâtre, et regroupées en corymbe.

La plante dégage une odeur forte et pénétrante avec un fond rappelant le coco, souvent perçu comme désagréable, et a un goût amer.

La fécondation du gros pistil trapu par les étamines qui l'entourent, présente une double curiosité. Les étamines se relèvent les unes après les autres dans un ordre bien caractérisé : une étamine sur deux se redresse successivement (pas en même temps) pour toucher le stigmate du pistil, chaque étamine (hormis la première) heurtant celle qui l'a précédée et la remettant en place ; appelons celles-ci les étamines "impaires" (1,3,5,7, etc). lorsque les étamines "impaires ont ainsi effectué le tour du pistil, les étamines "paires" commencent le même tour. Les étamines sont ainsi mues par un raccourcissement rapide de la face interne de leur filet (leur pédoncule), filet composé de grandes cellules contenant eau et tanins en assez grande quantité et fonctionnant de la même façon que les pulvinus du mimosa pudique[3].

Distribution[modifier | modifier le code]

  • Habitat et répartition :
    • Habitat type : garrigues méditerranéennes occidentales
    • Aire de répartition : européen méridional

données d'après : Julve, Ph., 1998 ff. - Baseflor. Index botanique, écologique et chorologique de la flore de France. Version : 23 avril 2004.

Plante originaire du Sud-Est de l'Europe (Ukraine, Albanie, Bulgarie, ex-Yougoslavie). Elle est largement naturalisée dans toute l'Europe et en Afrique du Nord. La rue est aussi largement répandue en Amérique du Sud, à l'état sauvage ou cultivée pour ses propriétés médicinales.

Culture[modifier | modifier le code]

Demande un sol léger et sec, calcaire et bien exposé au soleil. Multiplication par semis ou par boutures. La récolte intervient à partir de l'année suivante. On prélève l'extrémité des tiges avant floraison.

Une taille de rabattement au printemps favorise l'apparition de nouvelles pousses.

La plante se ressème facilement.

Histoire[modifier | modifier le code]

Photodermatites de contact chez les personnes à la peau sensible
Extrait du Tacuinum de Paris ; jardin médicinal, culture de rue présentée comme élément chaud et sec au troisième degré. Optimum : Celle qui est cultivée à proximité d'un figuier. Améliore (selon cet ouvrage) la vision et favorise la dissipation des flatulences, en augmentant la quantité de sperme mais diminuant le désir de coït.

La rue était autrefois largement connue comme plante abortive, et comme telle avait mauvaise réputation[3]. Sa culture a pour cette raison été interdite par une loi de 1921[4],[5]. Elle est toxique à forte dose ; une rumeur veut que Julia Titi, la fille de Titus serait morte après en avoir consommé lors d'un avortement forcé[6].

La rue vineuse était autrefois considérée comme une plante magique associée à la magie blanche[réf. souhaitée]. Elle fut utilisée dès l'Antiquité, notamment chez les Romains. Les Pharisiens payaient la dîme sur la menthe et la rue [7] ce qui veut dire qu'ils payaient la dîme sur toute chose, même sur les plantes aromatiques). Elle figurait dans la liste des plantes potagères recommandées dans le capitulaire De Villis (liste des plantes cultivées dans les jardins de monastères sous Charlemagne).

Avec la sauge, la menthe, le romarin, l'absinthe et la lavande, le camphre, la cannelle et le clou de girofle, elle entrait au Moyen Âge dans la composition du vinaigre des quatre voleurs censé protéger de la peste[6].
Au XIIe siècle Sainte Hildegarde indique qu'elle est censée « apaiser les bouillonnement excessifs du sang chez l'homme ». Pour adoucir la matrice, les femmes buvaient de la rue mélangée à d'autres plantes après avoir pris un bain de vapeur[8].

Comme poudre de rue, elle entrait dans la composition du diaphoenix, remède de la pharmacopée maritime occidentale au XVIIIe siècle [9].

Les feuilles fraîches peuvent être utilisées pour assaisonner les sauces et les plats de viande. À utiliser modérément à cause du goût amer et des risques de toxicité.

En Italie du Nord, elle est utilisée pour parfumer l'eau-de-vie (grappa alla ruta). En Éthiopie, on en met une brindille dans les tasses de café.

On extrait de la rue officinale une huile essentielle utilisée en parfumerie.

La rue officinale est aussi utilisée en homéopathie (sous forme de granules).

Le contact de la sève peut provoquer des photodermatites de contact chez les personnes à la peau sensible[10]. À petite dose, la rue a la réputation d'avoir des vertus toniques et stimulantes qui facilitent la digestion. Elle contient une substance qui lui doit son nom, la rutine (ou rutoside), proche de la vitamine C2 (autrefois nommée "vitamine P"), aux propriétés anti-oxydantes[11],[12]

C'est un répulsif pour les insectes, notamment les puces[13] et les pucerons[14].

Elle est également réputée éloigner les vipères[15]. Cette plante peut servir aussi à éloigner les chats[16].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. François Couplan, Les plantes et leurs noms : Histoires insolites, Editions Quae,‎ 2012 (lire en ligne), p. 156
  2. Rue officinale sur mr-plantes
  3. a et b Pelt Jean-Marie. Les langages secrets de la nature - la communication chez les animaux et les plantes. Ed. Fayard, Livre de Poche n° 144435, 1996. Chapitre 12 Des plantes mobiles, pp. 155-156.
  4. Clothilde Boisvert et Annie Hubert (1977). Herbes et épices. Albin Michel, ISBN 978-2-226-00430-7
  5. La rue sur le site Autour des roses]
  6. a et b herbier de Port-Royal
  7. Saint Luc (XI-42)
  8. Les plantes magiques du jardin des neuf carrés de l'abbaye de Royaumont, guide de visite
  9. D'après Dorvault, dans l'ouvrage de Yannick Romieux, De la hune au mortier, Éditions ACL, Nantes, 1986.
  10. Arias-Santiago, SA; Fernández-Pugnaire, MA; Almazán-Fernández, FM; Serrano-Falcón, C; Serrano-Ortega, S (2009). Phytophotodermatitis due to Ruta graveolens prescribed for fibromyalgia. Rheumatology (Oxford, England) 48 (11): 1401. doi:10.1093/rheumatology/kep234. PMID 19671699.
  11. (en) Jessica Tabart, Claire Kevers, Joël Pincemail, Jean-Olivier Defraigne et Jacques Dommes, « Comparative antioxidant capacities of phenolic compounds meausured by various tests », Food Chemistry, vol. 113,‎ 2009, p. 1226-1233
  12. site autour des roses
  13. pépinières Deloulay
  14. ferme de sainte-Marthe
  15. site dédié
  16. « Trucs & astuces contre pipis et poils de chat », sur http://www.unamourdechat.com (consulté le 9 juin 2012)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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