Robec

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49° 26′ 09″ N 1° 06′ 03″ E / 49.43583333, 1.10083333 ()

Robec
Le Robec à Rouen
Le Robec à Rouen
Caractéristiques
Longueur 9 km [1]
Bassin 62 km2
Bassin collecteur la Seine
Débit moyen 0,4 m3/s (Darnétal (rue Charles-Benner))
Régime pluvial océanique
Cours
Source source
· Localisation Fontaine-sous-Préaux
Confluence la Seine
Géographie
Pays traversés Drapeau de la France France
Régions traversées Haute-Normandie
Principales villes Darnétal, Rouen

Le Robec est une petite rivière de la Seine-Maritime, affluent de la Seine.

Géographie[modifier | modifier le code]

D'une longueur de 9 km environ[1], la rivière prend sa source à Fontaine-sous-Préaux, traverse Darnétal en longeant puis en rejoignant l'Aubette à Rouen, avant de se jeter dans la Seine, en face de l'île Lacroix.

De la source en passant par Darnétal, de la rue des Petites-Eaux-du-Robec à la place Saint-Hilaire à Rouen, la rivière suit son cours, endiguée à l'air libre. Ensuite, elle coule dans des canalisations souterraines en centre-ville de Rouen.

En effet, partiellement recouverte en 1880, elle a été définitivement « enterrée » entre 1938 et 1941, c'est-à-dire canalisée et détournée dans des conduits enfouis sous terre. Cependant, un cours d'eau artificiel a été reconstitué rue Eau-de-Robec en surface de son cours traditionnel. Il est actionné par un système de pompe et alimenté par l'eau de la ville. Le véritable Robec suit, quant à lui, un parcours souterrain jusqu'à la Seine.

Hydronymie[modifier | modifier le code]

Le nom du ruisseau (hydronyme) est attesté au Moyen Âge sous les formes Rodobech vers 1020 et Rodhebec en 1024[2].

Il est issu du norrois rauðr bekkr « rouge ruisseau ».

L'appellatif toponymique bec, issu du vieux scandinave, est à l'origine du nom de nombreux cours d'eau, villages et villes de Normandie[3] en -bec ou plus simplement le Bec (cf. Bolbec, Orbec, le [ou la] Sébec, le Bec-Hellouin, Foulbec, Houlbec, etc.[4]). Le premier élément rauðr > Rod- est sans rapport avec Ro- du lieu homophone de Robecq (Pas-de-Calais, Rosbeccam 1104) qui représente le nom vieux bas francique du roseau, * raus (> ancien français ros, diminutif rosel > roseau) dont l'homonyme étymologique est Rebets (Rosbacium 854) en Seine-Maritime. Par contre, on rencontre rauðr vraisemblablement dans Rouelles (Rotuella, Rodewella en 1035), associé également à un élément hydrique : wella ou vella « source ».

La couleur rouge évoque peut-être l'argile charriée par le ruisseau, voire le sang des victimes du siège de Rouen par les Vikings selon une légende. Homonymie avec Rødbæk, Danemark.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le Ruisseau de Robec à Rouen, huile sur toile de Claude Monet réalisée en 1872 et conservée au musée d'Orsay à Paris.

De Darnétal à Rouen, la rivière a joué un rôle important dans le développement économique de la cité.

À cheval sur les deux communes se dressent les murs de briques rouge sombre de l'actuelle École nationale supérieure d'architecture de Normandie. C'est une ancienne fabrique caractéristique du style industriel du XIXe siècle. Un entrepreneur, Lucien Fromage, y produisait une fibre élastique destinée à la fabrication des bretelles.

Des moulins disposés dans le lit du cours d'eau fournirent jusqu'au XXe siècle la force motrice nécessaire au fonctionnement des meules destinées à moudre le grain pour le réduire en farine, à broyer les écorces de chêne pour produire la poudre de tan (pour tanner) et à broyer les plantes tinctoriales pour créer des teintures. Certains ont fait fonctionner des foulons ou des machines à coudre.

En 1828, sur la partie proprement rouennaise du cours du Robec, on ne comptait pas moins de 16 moulins. Ils arrêtèrent de fonctionner l'un après l'autre avec l'avènement de la machine à vapeur.

Le moulin le plus ancien, qui comme beaucoup d'autres a changé souvent de destination, est celui de la Pannevert situé au carrefour du Cat Rouge (pour carrouge « carrefour » en ancien français, cf. Carrouges), dont les origines remonteraient au XIIe siècle, un document le mentionne effectivement en 1199, l'année même du décès de Richard Cœur de Lion, duc de Normandie.

En face se situe un four à pain traditionnel, caractéristique de la technique de construction à colombage employée en Haute-Normandie. Il est encore utilisé aujourd'hui par une association pour la sauvegarde du patrimoine qui y cuit du pain une fois par semaine.

Des vestiges de la Chartreuse Notre-Dame de la Rose ont été préservés en contrebas du cours de la rivière, dont l'ancien séchoir. Cet établissement religieux fondé au XIe siècle comptait une quinzaine de moines chartreux. Il a périclité dès le début du XVIIIe siècle. Henry V d'Angleterre s'y installa avec sa suite en 1418 - 1419, lors du siège qui vit la chute de Rouen. Aux XVIe siècle, l'établissement servit à nouveau aux troupes anglaises qui vinrent prêter main-forte aux protestants rouennais.

Le moulin des Dames de Saint-Amand tient son nom de l'abbaye des bénédictines de Saint-Amand fondée en 1030. Ce monastère était jadis situé non loin de l'abbaye de Saint-Ouen, où il en subsiste d'ailleurs quelques éléments. Sous l'Ancien Régime, seuls la ville de Rouen, le clergé et la noblesse avaient le droit de moudre le blé et ce moulin faisait fonctionner plusieurs meules. Au milieu du XIXe siècle, l'établissement, devenu privé, est rebâti en brique sombre sur le modèle anglais. Il fait faillite à la fin du même siècle et va être converti en fabrique textile. La force hydraulique entraîne une quarantaine de machines à coudre. Puis, avec l'abandon de ce mode d'énergie, la bâtisse va continuer d'être utilisée par l'industrie textile jusque dans les années 1980.

Moulin des Dames de Saint-Amand

Lors des Journées européennes du patrimoine caché des 15 et 16 septembre 2012, les vannages restaurés et une nouvelle roue à aubes ont été mis en service au moulin des Dames de Saint-Amand.

La présence de la rivière attire aussi des teinturiers, dont l'activité est mentionnée dès le XIIe siècle, sans doute est-elle antérieure, mais on n'en conserve pas trace. Les « garanciers » et les « voiderons » se partageaient le privilège de teindre en rouge pour les premiers et en bleu pour les seconds à heures fixes, les eaux de la rivière.

Le Robec et l'ancienne teinturerie Auvray

Parmi eux se distingue Jean-Baptiste-François Auvray, gendre d'un certain Vincent qui dès 1756 obtient un rouge d'une excellente qualité presque capable de rivaliser avec le rouge d'Andrinople en Turquie. J.-B. Auvray hérite donc du procédé qui va lui permettre de faire fortune en établissant une teinturerie moderne pour l'époque sur la partie rouennaise du Robec, quartier Saint-Hilaire. Ces bâtiments sont construits dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, avant la Révolution française. L'essentiel du bâti se compose de l'importante maison du fabricant, qui a peut-être abrité aussi des ateliers et de la teinturerie proprement dite, directement située au bord de la rivière. Contrairement au moulin des Dames de Saint-Amand, la brique utilisée ici est plus rouge, car elle est cuite non pas au charbon mais au feu de bois. Une partie moderne a été adjointe à l'ensemble des bâtiments qui ont été rénovés dans les années 2000 pour accueillir l'Auberge de jeunesse en 2010.

Aménagement[modifier | modifier le code]

Le SAGE des vallées du Cailly, du Robec et de l'Aubette est en cours d'élaboration. Il portera notamment sur la lutte contre les inondations dont ces trois vallées ont été victimes ces dernières années.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Delahayes, Les Sources de la rivière de Robec et l'Alimentation d'eau potable de la ville de Rouen, Rouen, E. Cagniard,‎ 1864, 14 p.
  • Maurice Lemoine (préf. Dorival, ill. Pierre Hodé), Le Robec, Rouen, D. Wolf,‎ 1916, 20 p. (OCLC 458033411)
  • La Route des moulins : les vallées du Robec et de l'Aubette : préinventaire du patrimoine historique, industriel, archéologique, naturel, Saint-Martin-du-Vivier, Centre d'histoire sociale de Haute Normandie,‎ 1986, 123 p. (ISBN 2-86743-046-1)
  • Lucien-René Delsalle, Entre Robec et Aubette : mille ans d'histoire à l'est de Rouen, Bois-Guillaume,‎ 1994, 480 p. (ISBN 2-9507266-0-7)
  • Lucien-René Delsalle, « D'anciens établissements industriels sur le Robec » in Bulletin des amis des monuments rouennais, octobre 1989 - septembre 1990. p. 75 à 86.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

Références
  1. a et b Sandre, « Fiche cours d'eau - Le Robec (H5028000) » (consulté le 17 mars 2013)
  2. Jean Renaud, Vikings et noms de lieux de Normandie, Cully, OREP éditions, 2009 (ISBN 9782915762891), p. 43.
  3. François de Beaurepaire (préf. Marianne Mulon), Les Noms des communes et anciennes paroisses de la Seine-Maritime, Paris, A. et J. Picard,‎ 1979, 180 p. (ISBN 2-7084-0040-1, OCLC 6403150), p. 12
  4. Jean Renaud, op. cit.