Pieter Bruegel l'Ancien

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Pieter Brueghel ou Bruegel (/ˈpitəɾ ˈbɾøːɣəl/)[n 1] dit l'Ancien est un peintre brabançon né à Bruegel (près de Bréda) vers 1525 et mort le 9 septembre 1569 à Bruxelles.

Avec Jan van Eyck, Jérôme Bosch et Pierre Paul Rubens, il est considéré comme l'une des quatre grandes figures de la peinture flamande.

Biographie[modifier | modifier le code]

La biographie de Pieter Brueghel l'Ancien est extrêmement lacunaire et en l’absence de sources écrites, les historiens en sont souvent réduits aux hypothèses. Le lieu, la date de sa naissance se prêtent à beaucoup de conjectures, tout comme l'orthographe exacte de son nom[n 2],[n 3].

Naissance[modifier | modifier le code]

Grâce à la date de sa mort (1569), « dans la fleur de l'âge » (« medio aetatis flore ») soit entre 35 et 45 ans, et celle de son admission comme maître dans les liggeren (« registres ») de la Guilde de Saint-Luc à Anvers (en 1551[1]), soit habituellement entre 21 et 25 ans[2], on peut situer la date de naissance de Brueghel entre 1525 et 1530, ce qui en fait un contemporain de Charles Quint et de son successeur Philippe II d'Espagne.

Selon Carel Van Mander, Pieter serait né « non loin de Breda, dans un village qu'on appelait naguère Bruegel, nom qu'il conserva pour lui-même et pour ses descendants »[n 4]. Or, il y eut deux villages ayant porté le nom de Brueghel ou Brogel, l'un situé dans le duché de Brabant du Nord, à environ 55 km de l'actuelle ville hollandaise de Bréda, l'autre — qui était double et dénommé Grote (Grand) Brogel et Kleine (Petit) Brogel — situé dans l'actuel Limbourg belge, à environ 71 kilomètres de Bréda, et appartenait à l'époque à la principauté de Liège. Divers biographes et historiens ont par la suite établi que Kleine-Brogel et Grote-Brogel étaient à environ 5 km de Bree qui, au XVIe siècle, s'appelait Breede, Brida ou en latin Bréda. Van Mander n'aurait pas pensé que Breda en Brabant-Septentrional puisse être confondu avec Breede - Brida - Bréda en Limbourg. La question n'est donc pas résolue[3].

Carrière[modifier | modifier le code]

Toujours selon van Mander[4], il fut l'élève de Pieter Coecke van Aelst, artiste cultivé, doyen de la guilde des artistes, à la fois peintre et architecte. En 1552, il fait un voyage en Italie, poussant jusqu'à Rome où il a pu travailler avec le miniaturiste Giulio Clovio. Le Port de Naples, le décor de La Chute d'Icare et du Suicide de Saül ainsi que quelques dessins témoignent de son périple.

Entre 1555 et 1563, il est établi à Anvers et travaille pour l'éditeur Jérôme Cock, réalisant des dessins préliminaires pour des séries d'estampes.

À Anvers, il fréquente un cercle d'artistes et d'érudits humanistes notamment le mécène Nicolas Jonghelinck qui possédait 16 de ses œuvres. On sait qu'il fut l'ami du cartographe Abraham Ortelius qui écrivit quelques lignes émouvantes à sa mémoire[5]. Mais sa vie sociale déborde largement de ce milieu intellectuel. Il fréquente volontiers les noces paysannes auxquelles il se fait inviter comme « parent ou compatriote » des époux.

En 1562, à la demande de sa future belle-mère[n 5], il s'installe à Bruxelles dans le quartier des Marolles au 132 rue Haute dans une maison à pignons à gradins de style médiéval flamand typique du XVIe siècle. C'est à l'église Notre-Dame de la Chapelle qu'il épouse en 1563 Mayken Coecke, fille de son maître Pieter Coecke van Aelst.

En 1564 naît le premier de ses fils, Pieter Brueghel le Jeune, dit Bruegel d'Enfer. La situation politique et religieuse en Flandres se dégrade. En 1567 le duc d'Albe entreprend une campagne de répression sanglante contre les rebelles, et c'est l'année même de l'exécution des comtes d'Egmont et de Horn que naît en 1568 son second fils, Jan Brueghel l'Ancien, dit Brueghel de Velours. Il semble certain que Brueghel l'Ancien ait reçu la protection du gouverneur des Pays-Bas espagnols, Perrenot de Granvelle, collectionneur de ses œuvres.

On ignore presque tout de la personnalité de Brueghel, en dehors de ces quelques lignes de Carel van Mander :

« C'était un homme tranquille, sage, et discret ; mais en compagnie, il était amusant et il aimait faire peur aux gens ou à ses apprentis avec des histoires de fantômes et mille autres diableries. »

Van Mander narre quelques anecdotes, plutôt fantaisistes, comme ses intrusions dans les mariages avec son ami Hans Frankaert, joaillier à Anvers :

« En compagnie de Franckert, Bruegel aimait aller visiter les paysans, à l'occasion de mariages ou de foires. Les deux hommes s'habillaient à la manière des paysans, et de même que les autres convives, apportaient des présents, et se comportaient comme s'ils avaient appartenu à la famille ou étaient de l'entourage de l'un ou l'autre des époux. Bruegel se plaisait à observer les mœurs des paysans, leurs manières à table, leurs danses, leurs jeux, leurs façons de faire la cour, et toutes les drôleries auxquelles ils pouvaient se livrer, et que le peintre savait reproduire, avec beaucoup de sensibilité et d'humour, avec la couleur, aussi bien à l'aquarelle qu'à l'huile, étant également versé dans les deux techniques. Il connaissait bien le caractère des paysans et des paysannes de la Campine et des environs. Il savait comment les habiller avec naturel et peindre leurs gestes mal dégrossis lorsqu'ils dansaient, marchaient ou se tenaient debout ou s'occupaient à différentes tâches. Il dessinait avec une extraordinaire conviction et maîtrisait particulièrement bien le dessin à la plume. »

Brueghel meurt en 1569 et est enseveli dans l'église Notre-Dame de la Chapelle à Bruxelles.

On retrouve son effigie dans Les Effigies des peintres célèbres des Pays-Bas de Dominique Lampson. Ce portrait du peintre, attribué au graveur Jean Wierix, est publié avec un poème de Lampsonius en 1572.

Descendance[modifier | modifier le code]

L'art de Brueghel[modifier | modifier le code]

Les peintures[modifier | modifier le code]

La Chute des anges rebelles (détail), 1562, Bruxelles.

La peinture de Brueghel est généralement présentée en trois périodes :

  • les premières compositions qui fourmillent de personnages pris sur le vif ;
  • le cycle des Mois qui raconte la marche du monde selon les lois de la Nature
  • les derniers tableaux où quelques grands personnages se détachent d'un paysage qui n'est plus qu'un fond.

Le peintre est en rupture avec ses prédécesseurs ou avec le goût italien de ce XVIe siècle. En faisant la jonction entre le Moyen Âge et la Renaissance, il dépasse l'art des Primitifs flamands et s'affranchit de celui des Italiens; l'unité de ses compositions, son talent narratif et son intérêt pour les « genres mineurs » en font un artiste inclassable dans l'histoire de l'art. Certains historiens se sont attachés à établir un lien entre Jérôme Bosch et Bruegel, unis par une tradition figurative. Bosch représente la fin du Moyen Âge, il est le dernier « primitif » et Bruegel commence un nouveau siècle, une ère moderne qui s'ouvre à la découverte de l'homme et du monde.

Cependant, l'œuvre de Bosch veut inspirer une terreur dévote, totalement absente de celle de Bruegel. Pour l'un, le monde n'est qu'un « rêve de Dieu » ou une tromperie du Diable ; la Nature est une tentation nuisible. Pour l'autre, l'action humaine prend au contraire toute sa valeur : joies ou défis au destin, l'homme doit tenter l'aventure malgré les menaces.

Contrairement aux peintres de la Renaissance, Bruegel n'a pas représenté de nu et ne s'est que fort peu intéressé au portrait. Ses personnages ronds sont très éloignés de la glorification des corps bien proportionnés. Dans ses tableaux dominés par la vie populaire, le peintre montre des paysans tels qu'ils sont dans leurs activités et divertissements. Pour la première fois dans l'histoire de la peinture, la classe rurale est humanisée dans une vision objective. Les têtes s'alignent et l'on sent l'artiste sensible aux émotions et aux faiblesses.

Même les scènes bibliques de Bruegel se situent pour la plupart dans un village et la description de la place publique qui fourmille de monde prend plus de place que le thème (voir le Dénombrement de Bethléem). Au XVIe siècle, en effet, la rue et la place étaient des lieux de rendez-vous et de divertissements : jeux d'hiver, carnaval, procession et kermesse, danses ou rites campagnards, tout était prétexte aux réjouissances et le peintre a su raconter ces rassemblements que Philippe II, d'ailleurs, voudra interdire.

Dans la série Les Mois qui montre l’union profonde des êtres vivants soumis aux cycles naturels, s'exprime la conception stoïcienne selon laquelle le monde est une construction bien ordonnée dans laquelle l'homme occupe une place précise et accepte son destin. En revanche, dans d'autres toiles, Bruegel semble craindre l'orgueil et la rébellion de l'homme contre l'ordre de la création (c'est Nemrod et sa folle entreprise, Icare et son rêve ou encore la punition des Anges rebelles). La joie peut cohabiter avec le danger si l'homme se soumet à la fatalité et s'intègre dans la symphonie des éléments naturels.

Cette idée de la nature l'a fait s'intéresser à l'alchimie. D'où L'Alchimiste (1558 ?)[6].

Sont répertoriés aujourd'hui une cinquantaine de tableaux comme étant de sa main, dont le tiers se trouve au Kunsthistorisches Museum de Vienne. Un grand nombre d'œuvres ont été perdues, et certains tableaux jadis attribués à Bruegel l'Ancien se sont avérés être des copies plus tardives réalisées par ses fils.

Études d'œuvres[modifier | modifier le code]

Les dessins[modifier | modifier le code]

L'Été, 1568, (22 × 28,6 cm) Hambourg.

À l'aube du XXIe siècle, il subsiste peu de dessins de la main de Bruegel l'Ancien, beaucoup ayant été réattribués à d'autres artistes, principalement par l'étude des filigranes et des monogrammes du papier, qui vont démontrer la postériorité des dessins.

À Roelandt Savery (1576 - 1639) ont été attribués les célèbres dessins Naer't leven – sur le vif – et plusieurs Grands Paysages semblent bien être de la main de son frère aîné Jacob Savery (ca 1565 - 1603). Des artistes encore anonymes appelés « le Maître des paysages de montagne »[7] - qui pourrait être Roelandt Savery ou Jacob Savery[8] -, « le Maître des petits paysages »[9] - qui pourrait être Joos van Liere[10] ou encore Cornelis Cort[11] -, mais aussi Jérôme Bosch, Pieter Balten, la famille Coecke, les propres fils de Brueghel - Pieter et Jan - ou encore son entourage, se partagent la paternité d'autres compositions, paysages, personnages et scénettes champêtres. Il semble aussi que le grand succès des compositions de Bruegel l'Ancien ait attiré les faussaires[8].

Le dernier catalogue raisonné des dessins de Pierre Bruegel l'Ancien[12] décrit 61 dessins autographes et six connus par une copie. Sur ces 67 items, trente-cinq sont achevés dans le but d'être gravés. Quatre-vingt-quatre gravures furent publiées (sans compter celles d'après peinture ou posthume). Il manque donc au moins quarante-neuf dessins[13].

Les gravures[modifier | modifier le code]

Le Printemps, 1565.

L'Œuvre gravé d'après Brueghel l'Ancien approche la centaine selon le spécialiste Louis Lebeer.

Dès 1556, on trouve le nom de Brueghel associé à celui de l'éditeur Jérôme Cock à l'enseigne Aux quatre vents. Il dessine des planches satiriques comme Les gros poissons mangent les petits. L'année suivante sort la série des Sept Péchés capitaux suivie en 1558 des Sept Vertus[14].

La Chasse au lapin sauvage - réalisé en 1560 - est la seule gravure que Brueghel l'Ancien va exécuter lui-même, et qui sera publié par Jérôme Cock. Le dessin original est connu[15]. Longtemps considéré comme une copie, il a été récemment réattribué au maître[16]. Il pourrait illustrer le vieux proverbe « courir deux lièvres à la fois » [17]. par les effets de lumière et l'atmosphère, il préfigure déjà les deux grands tableaux Chasseurs dans la neige et Le Retour de la harde[18] ou le caractère diurne et saisonnier joue un grand rôle[19].

Brueghel est également l’inventor d'un grand nombre de gravures exécutées par d'autres artistes et publiées chez Jérôme Cock[20] : La Cuisine maigre et la Cuisine grasse, gravée par Pieter van Der Heyden en 1563. Comme celles de Jérôme Bosch, ses œuvres continueront à être gravées après sa mort.

  • Suite de Douze grands paysages (1555-1556)
  • Suite de Douze proverbes flamands (vers 1568), d'après Pieter Bruegel, gravés par Jan Wierix
  • La suite des Vaisseaux de mer, Frans Huys (Anvers, 1522 - 1562) vers 1561-1562.
  • Le Printemps et L'Été par Pieter van Der Heyden (Anvers , 1570 (les dessins préliminaires des deux autres saisons sont dus à Hans Bol).

Fortune critique[modifier | modifier le code]

Carel van Mander[modifier | modifier le code]

Portrait de Carel van Mander à l'âge de 56 ans, (1604).

Toutes les recherches relatives à la vie, aux activités, à la personnalité, à l'esprit et à l'œuvre de Pierre Brueghel l'Ancien, tendent à compléter, à préciser sinon à corriger ce que, le premier, Carel Van Mander relata à leur sujet dans son Livre des Peintres (Het Schilder-Boeck dont la première édition), publiée à Harlem, date de 1604. C'est sous l'en-tête « Pierre Bruegel, de Bruegel », qu'il écrit ce qui suit sous le titre Le Livre des Peintres de Carel van Mander[4] :

« La nature fit un choix singulièrement heureux le jour où elle alla prendre, parmi les paysans d'un obscur village brabançon, l'humoristique Pierre Breughel pour en faire le peintre des campagnards.
Né dans les environs de Bréda, au village dont il prit le nom pour le transmettre à ses descendants, Pierre Breughel fut d'abord l'élève de Pierre Coeck dont il épousa plus tard la fille qu'il avait portée dans ses bras quand elle était enfant.
Il passa ensuite chez Jérôme Cock, puis alla en France et en Italie. Les œuvres de Jérôme Bosch avaient fait l'objet spécial de ses études et, à son tour, il fit beaucoup de diableries et de sujets comiques, si bien qu'on le surnomme Pierre le Drôle. En effet, il est peu d'œuvres de sa main qu'on puisse regarder sans rire et le spectateur le plus morose se déride à leur aspect. Breughel, au cours de ses voyages, fit un nombre considérable de vues d'après nature, au point que l'on a pu dire de lui qu'en traversant les Alpes il avait avalé les monts et les rocs pour les vomir, à son retour, sur des toiles et des panneaux, tant il parvenait à rendre la nature avec fidélité. Il se fixa à Anvers et entra dans la gilde en 1551. Un marchand, du nom de Hans Franckert, lui commanda de nombreux tableaux. C'était un excellent homme qui était fort attaché au peintre. À eux deux, Franckert et Breughel prenaient plaisir à aller aux kermesses et aux noces villageoises, déguisés en paysans, offrant des cadeaux comme les autres convives et se disant de la famille de l'un des conjoints.
Le bonheur de Breughel était d'étudier ces mœurs rustiques, ces ripailles, ces danses, ces amours champêtres qu'il excellait à traduire par son pinceau, tantôt à l'huile tantôt à la détrempe, car l'un et l'autre genre lui étaient familiers. C'était merveille de voir comme il s'entendait à accoutrer ses paysans à la mode campinoise ou autrement, à rendre leur attitude, leur démarche, leur façon de danser. Il était d'une précision extraordinaire dans ses compositions et se servait de la plume avec beaucoup d'adresse pour tracer de petites vues d'après nature. »

Abraham Ortelius[modifier | modifier le code]

Les témoignages des contemporains, notamment dans le milieu de l'art et de l'édition anversois, montrent que Brueghel avait de nombreux amis et admirateurs. Le cartographe flamand Abraham Ortelius lui rend hommage dans son Album amicorum[21] :

« Le peintre Eupompos, à qui on demandait qui de ses prédécesseurs il considérait comme son maître, répondit en désignant la foule : « Il faut imiter la nature elle-même, non un artiste ». Phrase qui sied si bien à notre ami Bruegel que je l'appellerai non le peintre des peintres, mais la nature des peintres : j'entends dire par là qu'il mérite d'être imité par tous. Comme le dit Pline à propos d'Apelle, notre Bruegel a peint bien des choses qui ne peuvent être peintes. Dans toutes ses œuvres, il y a toujours plus de pensée que de peinture. Eunapius en dit autant au sujet de Timanthe […] Les peintres qui représentent des êtres gracieux, dans la fleur de l'âge, et veulent ajouter à la peinture un je ne sais quoi d'élégance charmante qu'ils tirent d'eux-mêmes, dénaturent tout à fait l'image représentée et en s'éloignant du modèle choisi, ils s'éloignent aussi de la beauté vraie. Notre Bruegel est pur de cette tache. »

Francesco Guicciardini[modifier | modifier le code]

Francesco Guicciardini, érudit italien installé à Anvers, le cite dans sa Descrittione de' Paesi Bassi[22] (« Description des Pays-Bas») parue chez Christophe Plantin en 1567 :

« Pierre Bruegel de Breda, grand imitateur de la science et de la fantaisie de Jérôme Bosch, ce qui lui a valu aussi le surnom de Second Jérôme Bosch ».

Brueghel a acquis une notoriété suffisante pour être mentionné par Giorgio Vasari qui lui consacre cette mention dans ses Vite :

« Ils célèbrent aussi comme bon peintre. [...] Pierre Breughel d'Anvers, maître excellent. »

Dominique Lampson[modifier | modifier le code]

Portrait gravé de Lampsonius par ? vers 1585.

Dominique Lampson[23] — également connu sous le nom de Lampsonius — qui travaille pour le même éditeur que Brueghel, Jérôme Cock, et connaît les écrits de Guiccardini, en fait ce panégyrique et adresse à Pierre Breughel les vers suivants :

« Est-ce un autre Jérôme Bos,
Qui nous retrace les vives conceptions de son maître,
Qui, d'un pinceau adroit, fidèlement nous rend son style,
Et même, en le faisant, encore le surpasse ?
Tu t'élèves, Pierre, lorsque par ton art fécond,
À la manière de ton vieux maître tu traces les choses plaisantes.
Bien faites pour faire rire; avec lui tu mérites
D'être loué à l'égal des plus grands artistes. »

Dirck Volkertszoon Coornhert[modifier | modifier le code]

Le témoignage de Dirck Volkertszoon Coornhert, graveur lui-même, montre l'estime dans laquelle le peintre était tenu par ses collègues. Coornhert décrit ici son plaisir devant La Mort de la Vierge[24] dans une lettre à Ortelius datée du 15 juillet 1578[25] :

« Cher Ortelius, votre précieux cadeau m'est bien parvenu et je ne sais comment vous exprimer ma gratitude. J'en ai hautement apprécié la finesse du dessin et la qualité de la gravure. Bruegel et Philippe (Galle) se sont surpassés. Je considère même qu'ils n'ont jamais été meilleurs. La bonté de leur ami Abraham Ortelius permet de mieux faire connaître leur talent, de sorte que les passionnés d'art des temps à venir pourront s'en délecter.
Je crois bien n'avoir jamais vu plus belle représentation dessinée ou gravée que cette triste chambre. Que dis-je? Il me semble véritablement entendre les paroles d'affliction, les sanglots, les larmes et l'expression du malheur. Les plaintes et les gémissements deviennent ici réalité; Dans cette œuvre, nul ne peut pas s'empêcher de participer avec ferveur à la tristesse de l'événement. Il s'agit d'une chambre mortuaire, et pourtant tout paraît vivant, tant l'authenticité est grande. »

Giovanni Paolo Lomazzo[modifier | modifier le code]

Le peintre Giovanni Paolo Lomazzo, considéré comme un des pionniers de l'histoire de l'art, cite Brueghel avec admiration[26] :

« Des flamands, j'ai vu certains tableaux à l'huile faits récemment […] et ils sont admirables : et les peintres qui les ont exécutés, Gill Mostraert, Pier Breughel ne méritent pas peu d'éloges… »

Michel de Ghelderode[modifier | modifier le code]

L'auteur bruxellois Michel de Ghelderode a éprouvé durant sa vie une grande admiration des tableaux de Brueghel, qu'il cite d'ailleurs souvent dans ses œuvres, comme Les Aveugles, inspirée par le tableau La Parabole des Aveugles.

Dans la pièce La Balade du Grand Macabre, pièce dont l'atmosphère et les personnages ne sont pas sans rappeler Le Combat de Carnaval et Carême et Le Triomphe de la Mort. Le pays où se déroule l'histoire est lui-même nommé « Brueghellande », référence directe à l'artiste.

Autres[modifier | modifier le code]

Le nom du peintre figure ensuite dans diverses anthologies de la peinture :

P. A. Orlandi, Abecedario pittorico, 1719 :

« [..] Il ne peignit que des choses burlesques et ridicules, non pas tant par la couleur et le dessin qui étaient nobles et dignes d'un maître, que par la matière et l'invention. » ;

J.-B. Descamps, La Vie des peintres flamands, 1753 :

« … Brueghel faisait des esquisses pendant les fêtes et les noces paysannes, qu'il peignait admirablement à l'huile et à la détrempe. Né pour ce genre de thèmes, il eut été le premier dans son art, sans Téniers. Ses compositions sont très bien imaginées; le dessin est correct, les costumes de bonne qualité, les têtes, les mains sont saisies dans leur valeur spirituelle. »

Josuah Reynolds, Journey to Flanders and Holland, 1797 :

« Ce peintre ignorait tout à fait n'importe quelle forme de technique de la peinture; mais dans ce tableau [le Massacre des Innocents, que Reynolds ne connaissait que par une copie], il y a beaucoup d'idées, une représentation vive et variée du désespoir: autant qu'il en faut pour vingt modernes. Sous cet aspect, l'auteur […] se distingue des versificateurs d'aujourd'hui qui ne portant en eux aucune pensée d'un poids quelconque, tombent facilement dans le faux galop de vers ridiculisé par Shakespeare dans As You Like it. »

L'entourage, les suiveurs et les copistes[modifier | modifier le code]

Cornelis van Dalem, Paysage avec une métairie, 1564. Munich, Pinacothèque.

L'engouement pour Breughel l'Ancien culmine aux alentours de 1600. En 1594, lorsqu'il fait sa joyeuse entrée à Anvers, l'Archiduc Ernest d'Autriche se voit offrir une série de tableaux du maître représentant les mois de l'année, un cadeau de prestige assurément[27]. En 1609, son fils Jan Brueghel l'Ancien écrit au cardinal Federico Borromeo, archevêque de Milan et créateur de la Bibliothèque Ambrosienne, qu'il n'est pas en mesure de lui procurer des tableaux de son père, à l'exception de celui qu'il possède lui-même, le Christ et la Femme adultère. Cette situation résulte, explique-t-il de ce que l'empereur a offert les prix les plus élevés pour acquérir toutes les œuvres de Brueghel[28].

Un tel contexte est favorable à la prolifération des copies, pastiches et contrefaçons[29]. Et en effet, c'est alors que voient le jour de nombreux dessins à la plume, qu'un « Maître des petits paysages » a manifestement réalisé dans le style de Brueghel. Il en est ainsi d'un groupe de 25 dessins, portant la signature de Bruegel et daté de 1559-1562. On sait aujourd'hui qu'ils ont été exécutés à la fin du XVIe siècle, probablement par Jacob Savery ou encore Cornelis Cort[30], et peut-être dans un but frauduleux[31]. La même hypothèse doit être envisagée pour les célèbres Paysages de montagne, ou Vues des Alpes, longtemps considérés comme des chefs-d'œuvre de Bruegel. En réalité la plupart de ces dessins ont été exécutés à la fin du XVIe siècle[32].

Dans les arts[modifier | modifier le code]

Pieter Brueghel fait l'objet d'un film, sorti le 28 décembre 2011 en France et qui est réalisé par Lech Majewski : Bruegel, le moulin et la croix (The Mill and the Cross). Il a été coécrit avec l'historien d'art Michael Gibson d'après son livre[33],[34]. Dans le film, le spectateur est amené à suivre le parcours des personnages du tableau qu'on trouvera dans l'Œuvre peint de Pieter Brueghel l'Ancien[33],[34] et ci-contre.

Le Portement de Croix.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Bruegel, le moulin et la croix, film polono-suédois de Lech Majewski avec Rutger Hauer, Charlotte Rampling, Michael York. 2011

Influence[modifier | modifier le code]

Technique[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le nom possède différentes orthographes : Bruegel, comme Pieter l'Ancien signait son nom depuis 1559; Brueghel, qu'utiliseraient tous les autres membres de sa famille, y compris tous ses descendants et continuateurs; Breughel; ou encore Brueghels (voir plus bas). Par souci d'homogénéité, la graphie la plus répandue (avec « h ») a été retenue comme titre de l'article. D'autres noms vernaculaires circulaient comme: Boeren-Bruegel, Vieze Bruegel et Piet ou Peer den Drol
  2. « C'est donc ainsi que cela se passe pour le projet « Breughel » et, à propos, Walter ne serait pas mécontent qu'on s'entende un peu sur l'orthographe, car messieurs les connaisseurs proposent Breugel ou Bruegel, ou encore Brueghel ou Breughel. Si déjà nous ne tombons pas d'accord là-dessus, messieurs, qu'est-ce que ça promet pour l'avenir de ce film, je vous le demande ! » in Hugo Claus, Belladonna, éditions de Fallois, Paris, 1995.
  3. Dans la 1re édition du Schilder-Boeck de Carel Van Mander, le nom de l'artiste est toujours orthographié Brueghel. Dans la 2e édition de 1618, c'est l'orthographe Breughel qui est adoptée, sauf trois fois. En fait, jusque vers 1557-1558, le prétendu élève de Pieter Coecke van Aelst, signa ses dessins et estampes Brueghel, en caractères cursifs, et à partir de cette époque Bruegel en capitales romaines. Seuls ses fils ont adopté à côté d'autres, l'orthographe Breughel. Aussi bien convient-il de tenir la forme Bruegel pour celle que, pour des raisons ignorées jusqu'à présent, le peintre choisit finalement lui-même pour signer, entre autres, ses dessins et estampes. On ne peut invoquer l'irrégularité avec laquelle on orthographiait phonétiquement les noms dans les anciens documents, pour ne point tenir compte des deux façons dont Bruegel écrivit son nom, puisque jusqu'en 1557-1558, il écrivit lui-même d'une façon constante son nom Brueghel pour ne plus l'écrire que Bruegel par après (Lebeer, ibidem, 1991)
  4. Van Mander rapporte que Pierre Brueghel l'Ancien aurait fait sien le nom de son village d'origine pour le transmettre, ensuite, à ses descendants. Or, il est de fait que depuis le XIVe siècle existaient déjà des noms de famille. Ensuite, il ne faut pas ignorer l'étude que consacra Alphonse Wauters à la famille Breughel (Société d'archéologie de Bruxelles, 1888, pp. 7-79 ) et où le savant archiviste prouva, documents à l'appui, qu'à l'époque du peintre Pierre Brueghel, vivait à Bruxelles un professeur en médecine, nomme, lui aussi, maître Pierre, meester Peetren, Bruegelio ; qu'en outre un conseiller de la ville, nommé Guillaume Van Breughel, né à Oirschot, non loin de Bois-le-Duc, entra en fonction à Bruxelles en 1572 et y mourut le 9 juin 1609, âgé de 65 ans. Le nom de famille Bruegel - Breughel, existait donc déjà. Max Friedländer (Max Friedländer XVI, p. 1) a fait remarquer que le génitif Peeter Brueghels adopté pour l'inscription, en 1551, de Brueghel aux Liggeren (Registres, de la corporation des peintres d'Anvers) se rapporte à son ascendance plutôt qu'à son lieu d'origine. Comme c'est régulièrement le cas, il faudrait donc lire : fils de Brueghel et non natif de Brueghel. F. Grossman (p. 11) écrit que cette question est d'un intérêt plus qu'académique car si l'on rejette l'assertion de Carel Van Mander selon laquelle Bruegel serait originaire du village du même nom, seuls resteraient les sujets de quelques tableaux pour entretenir ce qu'il y a lieu d'appeler la légende du Bruegel-le-paysan, du Boeren-Bruegel.
  5. « Aussi longtemps qu'il habita à Anvers, il vécut avec une servante qu'il aurait souhaité marier si ce n'avait été que de sa malheureuse propension au mensonge, ce qui répugnait à son amour de la vérité. Il passa une entente avec elle selon laquelle il ferait une encoche sur une perche de bois à chaque fois qu'il la surprendrait à mentir. Il choisit un bâton assez long, et il la prévint que si le bâton devait être couvert d'entailles, il reviendrait sur sa décision de la demander en mariage. Ce qui advint après peu de temps. Sur ces entrefaites, la veuve de Pieter Cock avait finalement choisi de s'installer à Bruxelles, et il tomba amoureux de la fille de son défunt maître. Il l'avait souvent prise dans ses bras alors qu'elle était jeune. Il décida de la marier, et se rendant à la requête de sa belle-mère, quitta Anvers et prit résidence à Bruxelles, de façon à s'éloigner et oublier cette fille avec laquelle il avait entretenu précédemment une relation amoureuse. » Carel Van Mander cité dans Schilder-Boeck.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Louis Lebeer, Catalogue raisonné des estampes de Breughel l'Ancien, 1991
  2. Bedaux et Van Gool, 1974 ; Briels, 1980
  3. Voir René Van Bastelaer et G. Hulin de Loo I, p. 45, appuyé par le chanoine J. Coenen (in Het oude Land van Loon IX, 2, 1954, pp. 56-61 sous le titre Waar werd Pieter Bruegel geboren) mais contredit par l'historien Charles Terlinden (Ch. Trelinden, pp. 233-234) et l'inscription entourant le portrait de Brueghel gravé en 1606 par Egidius Sadeler d'après Barthélemy Spranger et libellée : Petrus Bruegel ex ambivaritis, Belga pictor aevi hujus inter principes?, « ambivarite » (selon A. Wauters, p. 19) étant pris ici pour habitant du marquisat d'Anvers, dont Bréda et ses environs étaient considérés comme des dépendances. Ou Guicciardini qui parle de Pietro Brueghel di Breda dans son ouvrage Descrittione di tutti i Paesi Bassi (paru à Anvers en 1567 chez Sylvius, à la p. 99), donc encore du vivant de Pierre Brueghel l'Ancien.
  4. a et b 'Het Schilder-Boeck, Harlem, 1604, traduction publiée par H. Hymans en 1884, pp. 299-305
  5. Documents pour la compréhension du contexte humaniste
  6. A. A. Brinkman, « Brueghel's Alchemist and Its Influence, in Particular on Jan Steen » in Janus n°61 (1974), p. 233-269.
  7. groupe de 19 paysages controversés
  8. a et b Orenstein, 2001, ibidem
  9. Corpus d'une vingtaine de paysages controversés
  10. E. Haverkamp, 1979
  11. Rotterdam-Maastricht 2003
  12. Hans Mielke, The Drawings of Pieter Bruegel the Elder; Brepols, Tournhout 1996. 255 p, 1996
  13. Martin Royalton Kish, Pieter Bruegel as a Draftsman, Yale University Press, 2001
  14. Vie et œuvres de Bruegel
  15. Institut néerlandais, Paris, collection Frits Lugt. (21,3 × 19,6 cm)
  16. Mielke, 1996, qui souligne la technique typique du dessin du feuillage
  17. Orenstein Nadine, Catalogue, n° 81 & 82, Rotterdam 2001
  18. Vienne, musée des Arts Anciens
  19. Orenstein 2001, ibidem
  20. Notice de Pieter Brueghel (Collections artistiques de l'Université de Liège)
  21. Abraham Ortelius, Album amicorum, Cambridge, Pembroke College, Manuscrit,‎ 1550 et sq.
  22. Georgio Vasari, Le Vite de' più eccellenti pittori, scultori e architettori, 2eme édition revue et augmentée, Florence, Lorenzo Torrentino,‎ 1568
  23. Domenicus Lampsonius, Pictorum aliquot celebrium Germaniae inferioris effigies (Les Effigies des peintres célèbres des Pays-Bas), Anvers, Jérôme Cock,‎ 1572
  24. Numéro 86 au catalogue de Louis Lebeer
  25. Abraham Ortelius Epistolæ, J. H. Hessels,‎ ?
  26. Giovanni Paolo Momazzo, Trattato dell' arte della pittura diviso in sette libri, Milan, Paolo Gottardo Pontio,‎ 1584
  27. Bucchanan 1990
  28. Crivelli, 1868, p.119
  29. Allard, 2001, p.47
  30. Rotterdam-Maastricht, 2003
  31. Mielke 1996, pp. 80-85
  32. Mielke 1996, pp. 74-80
  33. a et b Production: The Mill And The Cross wraps shoot Film New Europe. 17 août 2009
  34. a et b (fr)Libération, « Un tableau de Bruegel prend vie au Louvre », consulté le 12 juillet 2011.