Pieter Bruegel l'Ancien
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| Pieter Bruegel l'Ancien | |
| Autoportrait. | |
| Naissance | vers 1525 Breda |
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| Décès | 9 septembre 1569 Bruxelles |
| Activité(s) | Artiste-peintre |
Pieter Bruegel l'Ancien (Brueghel, près de Breda, v. 1525 - Bruxelles, 1569) est un peintre flamand.
Sommaire |
[modifier] Biographie
La biographie de Pieter Bruegel l'ancien est extrêmement lacunaire et en l’absence de sources écrites, les historiens en sont souvent réduits aux hypothèses[1].
On sait que Bruegel est mort en 1569, « medio aetatis flore » (dans la fleur de l'âge) donc entre 35 et 45 ans. Il pourrait être né entre 1525 et 1530, ce qui en fait un contemporain de Philippe II d'Espagne.
Selon Carel van Mander[2] (Vide supra : « Fortune Critique ») il serait né près de Breda mais les historiens modernes soupçonnent une confusion possible entre Breda, ville du Brabant septentrional, sur le territoire hollandais et l'actuelle Bree (ou Breede, Brida ou Breda en latin) dans le Limbourg (Belgique) campinois.
La première date connue avec certitude est 1551, lorsque le nom de Peeter Brueghels apparaît dans les liggeren (registres) de la Guilde de Saint-Luc à Anvers où il a été reçu comme maître. Toujours selon Carel van Mander[2], il fut l'élève de Pieter Coecke van Aelst, artiste cultivé, doyen de la guilde des artistes, à la fois peintre et architecte. En 1552, il fit un voyage en Italie, poussant jusqu'à Rome où il est possible qu'il ait travaillé avec le miniaturiste Giulio Clovio. Le Port de Naples, le décor de La Chute d'Icare et du Suicide de Saül ainsi que quelques dessins témoignent de son périple.
Entre 1555 et 1563, il est établi à Anvers et travaille pour l'éditeur Jérôme Cock, réalisant des dessins préliminaires pour des séries d'estampes. A partir de 1559, il simplifie son patronyme, signant ses œuvres Bruegel au lieu de Brueghel. À Anvers, il fréquente un cercle d'artistes et d'érudits humanistes notamment le mécène Nicolas Jonghelinck qui possédait seize de ses œuvres. On sait qu'il fut l'ami d'Abraham Ortelius qui écrivit quelques lignes émouvantes à sa mémoire[3]. Mais sa vie sociale déborde largement de ce milieu intellectuel. Il fréquente volontiers les noces paysannes auxquelles il se fait inviter comme « parent ou compatriote » des époux[2].
En 1562 il s'installe à Bruxelles (où l'on peut toujours voir sa maison de la rue Haute) et c'est à l'église Notre Dame de la Chapelle qu'il épouse en 1563 "Mayken cocks" (sic), fille de son maître Pieter Coecke van Aelst.
En 1564 naît le premier de ses fils, Pieter Bruegel le Jeune, dit Bruegel d'Enfer. La situation politique et religieuse en Flandres se dégrade. En 1567 le Duc d'Albe entreprend une campagne de répression sanglante contre les rebelles, et c'est l'année même de l'exécution des comtes d'Egmont et de Horn que naît en 1568 son second fils, Jan, dit Bruegel de Velours. Il semble certain que Bruegel l'Ancien ait reçu la protection du gouverneur des Pays-Bas espagnols, Perrenot de Granvelle, collectionneur de ses œuvres.
Il meurt en 1569 et est enseveli à Notre Dame de la Chapelle à Bruxelles
On ignore tout de la personnalité du peintre, en dehors de ces quelques lignes de van Mander :
- « C'était un homme tranquille, sage, et discret ; mais en compagnie, il était amusant et il aimait faire peur aux gens ou à ses apprentis avec des histoires de fantômes et mille autres diableries. »
On retrouve son effigie dans Les effigies des peintres célèbres des Pays-Bas de Dominique Lampson.
[modifier] Sa descendance
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Pieter Bruegel l'Ancien |
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Pieter Bruegel le Jeune |
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Jan Bruegel le Jeune |
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Anna Bruegel |
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David Teniers le jeune | |||||||||||||||||||||
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Abraham Bruegel | |||||||||||||||||||||||||
[modifier] L'art de Bruegel
[modifier] La peinture
[modifier] Étude critique
La peinture de Bruegel est généralement présentée en trois périodes : les premières compositions qui fourmillent de personnages pris sur le vif ; le cycle des Mois qui raconte la marche du monde selon les lois de la Nature et les derniers tableaux où quelques grands personnages se détachent d'un paysage qui n'est plus qu'un fond.
Le peintre est en rupture avec ses prédécesseurs ou avec le goût italien de ce XVIe siècle. En faisant la jonction entre le Moyen Âge et la Renaissance, il dépasse l'art des Primitifs flamands et s'affranchit de celui des Italiens; l'unité de ses compositions, son talent narratif et son intérêt pour les « genres mineurs » en font un artiste inclassable dans l'histoire de l'art. Certains historiens se sont attachés à établir un lien entre Jérôme Bosch et Bruegel, unis par une tradition figurative. Bosch représente la fin du Moyen Âge, il est le dernier « primitif » et Bruegel commence un nouveau siècle, une ère moderne qui s'ouvre à la découverte de l'homme et du monde.
Cependant, l'œuvre de Bosch veut inspirer une terreur dévote, totalement absente de celle de Bruegel. Pour l'un, le monde n'est qu'un « rêve de Dieu » ou une tromperie du Diable ; la Nature est une tentation nuisible. Pour l'autre, l'action humaine prend au contraire toute sa valeur : joies ou défis au destin, l'homme doit tenter l'aventure malgré les menaces.
Contrairement aux peintres de la Renaissance, Bruegel n'a pas représenté de nu et ne s'est que fort peu intéressé au portrait. Ses personnages ronds sont très éloignés de la glorification des corps bien proportionnés. Dans ses tableaux dominés par la vie populaire, le peintre montre des paysans tels qu'ils sont dans leurs activités et divertissements. Pour la première fois dans l'histoire de la peinture, la classe rurale est humanisée dans une vision objective. Les têtes s'alignent et l'on sent l'artiste sensible aux émotions et aux faiblesses.
Même les scènes bibliques de Bruegel se situent pour la plupart dans un village et la description de la place publique qui fourmille de monde prend plus de place que le thème (voir le Dénombrement de Bethléem). Au XVIe siècle, en effet, la rue et la place étaient des lieux de rendez-vous et de divertissements : jeux d'hiver, carnaval, procession et kermesse, danses ou rites campagnards, tout était prétexte aux réjouissances et le peintre a su raconter ces rassemblements que Philippe II, d'ailleurs, voudra interdire.
Pour les stoïciens, le monde est une construction bien ordonnée dans laquelle l'homme occupe une place précise et accepte son destin. Cette conception s'exprime dans la série Les Mois qui montre l’union profonde des êtres vivants soumis aux cycles naturels. En revanche, dans d'autres toiles, Bruegel semble craindre l'orgueil et la rébellion de l'homme contre l'ordre de la création (c'est Nemrod et sa folle entreprise, Icare et son rêve ou encore la punition des Anges rebelles). La joie peut cohabiter avec le danger si l'homme se soumet à la fatalité et s'intègre dans la symphonie des éléments naturels.
[modifier] L'Œuvre peint (en cours)
Sont répertoriés aujourd'hui quarante-cinq tableaux comme étant de sa main, dont le tiers se trouve au Kunsthistorisches Museum de Vienne. Un grand nombre d'œuvres ont été perdues, et certains tableaux jadis attribués à Bruegel l'Ancien se sont avérés être des copies plus tardives réalisées par ses fils.
- Le Christ et les apôtres au lac de Tibériade, 1553, en collaboration avec Maarten de Vos, collection privée
- La Tentation de saint Antoine, 1557, National Gallery of Art, Washington (D.C.)
- Paysage fluvial avec la parabole du semeur, 1557, Timken Museum of Art, San Diego
- La Chute d'Icare, c.1558, Musées royaux des beaux-arts de Belgique, Bruxelles
- Proverbes flamands, 1559, Staatliche Museen zu Berlin – Gemäldegalerie, Berlin
- Le Combat de Carnaval et Carême, 1559, Kunsthistorisches Museum, Vienne
- Bataille navale dans le golfe de Naples, 1560, Galleria Doria-Pamphili, Rome
- Portrait d'une vieille femme, 1560,
- Les Jeux d’enfants, 1560, Kunsthistorisches Museum, Vienne
- Le suicide de Saül, 1562, Kunsthistorisches Museum, Vienne
- Les Deux Singes, 1562, Staaliche Museen, Gemäldegalerie, Berlin
- Le Triomphe de la Mort, c. 1562, Museo del Prado, Madrid
- La Chute des anges rebelles, 1562, Musées royaux des beaux-arts de Belgique, Bruxelles
- Dulle Griete (Margot la folle), c. 1562, Museum Mayer van den Bergh, Anvers
- La Tour de Babel, 1563, Kunsthistorisches Museum, Vienne
- La Fuite en Egypte, 1563, Courtauld Institute Galleries, Londres
- La Petite Tour de Babel, c. 1563, Musée Boymans-van Beuningen, Rotterdam
- La Mort de la vierge, 1564, Upton House, Banbury, Oxfordshire, UK
- Tête de paysanne, 1564, Alte Pinakothek, Munich
- Le Portement de croix, 1564, Kunsthistorisches Museum, Vienne
- L’Adoration des mages, 1564, National Gallery Londres
- La Montée au Calvaire, 1564, Kunsthistorisches Museum, Vienne
- Les mois, cycle de 6 ou 12 tableaux dont il ne reste que cinq pièces :
- Les Chasseurs dans la neige (déc.-jan.), 1565, Kunsthistorisches Museum, Vienne
- La Journée sombre (fév.-Ma.), 1565, Kunsthistorisches Museum, Vienne
- La Fenaison (juin-juillet), 1565, Narodni Galeri, Prague
- La Moisson (août.-Sept.), 1565, Metropolitan Museum of Art, New York
- La Rentrée des troupeaux (Oct.-Nov.), 1565, Kunsthistorisches Museum, Vienne
- Le Trébuchet, 1565, Wilton House, Wiltshire
- La Calomnie d’Apelles, 1565, British Museum, Londres
- Le Christ et la femme adultère, 1565, Courtauld Institute Galleries, Londres
- Le Massacre des innocents, c. 1565, Kunsthistorisches Museum, Vienne
- La Prédication de saint Jean Baptiste, 1566, Szépmüvészeti Muzeum, Budapest
- Le Recensement de Betleehem, 1566, Musées royaux des beaux-arts de Belgique, Bruxelles
- L'Adoration des Rois Mages,156?, Tüchlein Musées Royaux des Beaux-Arts, Bruxelles
- La Danse de la mariée en plein air, c. 1566, Detroit Institute of Arts, Detroit
- L'Adoration des mages dans un paysage d'hiver, 1567, collection Oskar Reinhart, Winterthur
- La Conversion de Saint Paul , 1567, Kunsthistorisches Museum, Vienne
- Le Pays de cocagne, 1567, Alte Pinakothek, Munich
- La Pie sur le gibet , 1568, Hessisches Landesmuseum, Darmstadt
- La Perfidie du monde ou Le Misanthrope, 1568, Tüchlein Museo Nazionali di Capodimonte, Naples
- La Parabole des aveugles , 1568, Tuchlein au Museo Nazionali di Capodimonte, Naples
- Le Repas de noces, 1568, Kunsthistorisches Museum, Vienne
- La Danse des paysans, 1568, Kunsthistorisches Museum, Vienne
- Les Mendiants, 1568, Louvre, Paris
- Le Proverbe du dénicheur , 1568, Kunsthistorisches Museum, Vienne
- La Tempête, inachevé, peut-être sa dernière œuvre, Kunsthistorisches Museum, Vienne
[modifier] Études d'œuvres
- La Chute d'Icare, 1558, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles.
- Le Combat de Carnaval et Carême, 1559, Kunsthistorisches Museum, Vienne.
- Le Triomphe de la Mort, 1562, Museo del Prado, Madrid.
- La Tour de Babel, 1563, Kunsthistorisches Museum, Vienne.
- Le Repas de noce, 1568, Kunsthistorisches Museum, Vienne.
- La Parabole des aveugles, 1568, Galerie nationale de Capodimonte, Naples.
[modifier] Les Gravures
[modifier] L'Œuvre gravé
Dès 1556, on trouve le nom de Bruegel associé à celui de l'éditeur Jérôme Cock à l'enseigne Aux quatre vents. Il dessine des planches satiriques comme les gros poissons mangent les petits. L'année suivante sort la fameuse série des Sept péchés capitaux suivie en 1558 des Sept vertus[4].
Bruegel est également l’inventor d'un grand nombre de gravures exécutées par d'autres artistes et publiées chez Jérôme Cock[5] : La cuisine maigre et la cuisine grasse, gravée par Pieter van Der Heyden (graveur) en 1563. Comme celles de Jérôme Bosch, ses œuvres continueront à être gravées après sa mort.
- Suite de douze Grands Paysages (1555-1556)
- Suite de douze Proverbes flamands (vers 1568), d'après Pieter Bruegel, gravés par Jan Wierix
- La suite des Vaisseaux de Mer, Frans Huys (Anvers, 1522 - 1562) vers 1561-1562.
- Le Printemps et L'Été par Pieter van Der Heyden (graveur) (Anvers , 1570 (les dessins préliminaires des deux autres saisons sont dus à Hans Bol).
[modifier] Index des Estampes
L'Œuvre gravé d'après de Bruegel l'Ancien approche la centaine selon le spécialiste Louis Lebeer.
[modifier] Index des Graveurs
De nombreux graveurs ont travaillé sur les dessins, voici la liste où chacun est suivi par les numéros d'estampes sur lesquels ils ont travaillé.
[modifier] Les Dessins
[modifier] L'Œuvre dessiné
Il subsiste un certain nombre de dessins préliminaires de la main de Bruegel conservés notamment à Berlin, Bruxelles
[modifier] Index des dessins
Vous pouvez consulter la Liste des dessins de Bruegel l'Ancien (en cours)
[modifier] Fortune Critique
- Van Mander
Toutes les recherches relatives à la vie, aux activités, à la personnalité, à l'esprit et à l'oeuvre de Pierre Bruegel l'ancien, tendent à compléter, à préciser sinon à corriger ce que -- le premier -- Carel Van Mander relata à leur sujet dans son Livre des Peintres, Het Schilder-Boeck dont la première édition, publiée à Harlem, date de 1604. C'est sous l'en-tête Pierre Bruegel ... de Bruegel, qu'il écrit ce qui suit sous le titre: Le Livre des Peintres de Carel Van Mander:
« La nature fit un choix singulièrement heureux le jour où elle alla prendre, parmi les paysans d'un obscur village brabançon, l'humoristique Pierre Breughel pour en faire le peintre des campagnards. Né dans les environs de Bréda, au village dont il prit le nom pour le transmettre à ses descendants, Pierre Breughel fut d'abord l'élève de Pierre Coeck dont il épousa plus tard la fille qu'il avait portée dans ses bras quand elle était enfant. Il passa ensuite chez Jérôme Cock, puis alla en France et en Italie. Les oeuvres de Jérôme Bosch avaient fait l'objet spécial de ses études et, à son tour, il fit beaucoup de diableries et de sujets comiques, si bien qu'on le surnomme Pierre le Drôle. En effet, il est peu d'oeuvres de sa main qu'on puisse regarder sans rire et le spectateur le plus morose se déride à leur aspect. Breughel, au cours de ses voyages, fit un nombre considérable de vues d'après nature, au point que l'on a pu dire de lui qu'en traversant les Alpes il avait avalé les monts et les rocs pour les vomir, à son retour, sur des toiles et des panneaux, tant il parvenait à rendre la nature avec fidélité. Il se fixa à Anvers et entra dans la gilde en 1551. Un marchand, du nom de Hans Franckert, lui commanda de nombreux tableaux. C'était un excellent homme qui était fort attaché au peintre. A eux deux, Franckert et Breughel prenaient plaisir à aller aux kermesses et aux noces villageoises, déguisés en paysans, offrant des cadeaux comme les autres convives et se disant de la famille de l'un des conjoints. Le bonheur de Breughel était d'étudier ces moeurs rustiques, ces ripailles, ces danses, ces amours champêtres qu'il excellait à traduire par son pinceau, tantôt à l'huile tantôt à la détrempe, car l'un et l'autre genre lui étaient familiers. C'était merveille de voir comme il s'entendait à accoutrer ses paysans à la mode campinoise ou autrement, à rendre leur attitude, leur démarche, leur façon de danser. Il était d'une précision extraordinaire dans ses compositions et se servait de la plume avec beaucoup d'adresse pour tracer de petites vues d'après nature. A Anvers, il vivait maritalement avec une servante dont il aurait fait sa femme, n'eût été que la fille était une incorrigible menteuse. Il fit avec elle cet accord qu'il marquerait tous ses mensonges sur Pierre, étudia chez Égide van Coninxloo, et peint des portraits d'après nature; l'autre, Jean, qui apprit de sa grand'mère, la veuve de Pierre Coeck, l'art de peindre à la détrempe, vint étudier ensuite la peinture à l'huile chez un nommé Pierre Goetkindt qui possédait beaucoup de belles choses. Il alla à Cologne et gagna l'Italie, où il s'est fait un grand nom comme peintre de paysages et d'autres sujets d'un très petit format, en quoi il excelle.[6] »
- Ortelius
Les témoignages des contemporains, notamment dans le milieu de l'art et de l'édition anversois, montrent que Bruegel avait de nombreux amis et admirateurs. Le cartographe flamand Abraham Ortelius lui rend hommage dans son Album amicorum :
« Le peintre Eupompos, à qui on demandait qui de ses prédécesseurs il considérait comme son maître, répondit en désignant la foule: "Il faut imiter la nature elle-même, non un artiste". Phrase qui sied si bien à notre ami Bruegel que je l'appellerai non le peintre des peintres, mais la nature des peintres: j'entends dire par là qu'il mérite d'être imité par tous. Comme le dit Pline à propos d'Apelle, notre Bruegel a peint bien des choses qui ne peuvent être peintes. Dans toutes ses œuvres, il y a toujours plus de pensée que de peinture. Eunapius en dit autant au sujet de Timanthe [...] Les peintres qui représentent des êtres gracieux, dans la fleur de l'âge, et veulent ajouter à la peinture un je ne sais quoi d'élégance charmante qu'ils tirent d'eux-mêmes, dénaturent tout à fait l'image représentée et en s'éloignant du modèle choisi, ils s'éloignent aussi de la beauté vraie. Notre Bruegel est pur de cette tache[7]. »
- Guichardin
Francesco Guicciardini, érudit italien installé à Anvers, le cite dans sa Descrittione de' Paesi Bassi (« Description des Pays-Bas») parue chez Christophe Plantin en 1567 : « Pierre Bruegel de Breda, grand imitateur de la science et de la fantaisie de Jérôme Bosch, ce qui lui a valu aussi le surnom de Second Jérôme Bosch ». Bruegel a acquis une notoriété suffisante pour être mentionné par Giorgio Vasari qui lui consacre cette mention dans ses Vite : « Ils célèbrent aussi comme bon peintre [ .. ] Pierre Breughel d'Anvers, maître excellent[8]. »
- Lampsonius
Dominique Lampson, - Lampsonius - qui travaille pour le même éditeur que Bruegel, Jérôme Cock, et connaît les écrits de Guiccardini, en fait ce panégyrique et adresse à Pierre Breughel les vers suivants:
« Est-ce un autre Jérôme Bos,
Qui nous retrace les vives conceptions de son maître,
Qui, d'un pinceau adroit, fidèlement nous rend son style,
Et même, en le faisant, encore le surpasse ?
Tu t'élèves, Pierre, lorsque par ton art fécond,
A la manière de ton vieux maître tu traces les choses plaisantes.
Bien faites pour faire rire; avec lui tu mérites
D'être loué à l'égal des plus grands artistes.[9]. »
Le témoignage de Dirck Volkertszoon Coornhert, graveur lui-même, montre l'estime dans laquelle le peintre était tenu par ses collègues. Coornhert décrit ici son plaisir devant La Mort de la vierge[10] dans une lettre à Ortelius datée du 15 juillet 1578 : « Cher Ortelius, votre précieux cadeau m'est bien parvenu et je ne sais comment vous exprimer ma gratitude. J'en ai hautement apprécié la finesse du dessin et la qualité de la gravure. Bruegel et Philippe (Galle) se sont surpassés. Je considère même qu'ils n'ont jamais été meilleurs. La bonté de leur ami Abraham Ortelius permet de mieux faire connaître leur talent, de sorte que les passionnés d'art des temps à venir pourront s'en délecter. Je crois bien n'avoir jamais vu plus belle représentation dessinée ou gravée que cette triste chambre. Que dis-je? Il me semble véritablement entendre les paroles d'affliction, les sanglots, les larmes et l'expression du malheur. les plaintes et les gémissements deviennent ici réalité; Dans cette œuvre, nul ne peut pas s'empêcher de participer avec ferveur à la tristesse de l'événement.Il s'agit d'une chambre mortuaire, et pourtant tout paraît vivant, tant l'authenticité est grande[11]. »
Le peintre Giovanni Paolo Lomazzo, considéré comme un des pionniers de l'histoire de l'art, cite Bruegel avec admiration : « [..]des flamands j'ai vu certains tableaux à l'huile faits récemment [ ... ] et ils sont admirables: et les peintres qui les ont exécutés, Gill Mostraert, Pier Breughel ne méritent pas peu d'éloges ...[12] »
Le nom du peintre figure ensuite dans toutes les anthologies de la peinture :
« Quelques-unes de ses principales œuvres sont à présent chez l'Empereur, à savoir un grand tableau représentant la Tour de Babel, où il entre beaucoup de bel ouvrage, et par en haut on voit à l'intérieur: un autre tableau de la même histoire, en petit, ou au moins plus petit. (folio 154)
Il avait beaucoup travaillé dans la manière de Jérôme de Bois-le-Duc, et il fit, lui aussi,beaucoup de pareilles sorcelleries et figurations plaisantes;c'est pourquoi beaucoup le surnommèrent Pierre le Drôle.Aussi voit-on peu d'œuvres de sa main que le spectateur arrive à considérer sérieusement, sans rire; si sourcilleux, morose ou solennel qu'il soit, le spectateur au moins sourit ou ricane (folio 233a) » Carel van Mander, Het Schilder-Boeck, Amsterdam 1604, seconde édition 1618 ;
« Il apprit aussi beaucoup des travaux de Jérôme Bosch, et fit aussi beaucoup d'œuvres amusantes et de diableries, pour quoi on l'appelle souvent Pieter den Drol[13]. »
« [..] il ne peignit que des choses burlesques et ridicules, non pas tant par la couleur et le dessin qui étaient nobles et dignes d'un maître, que par la matière et l'invention. » P. A. Orlandi, Abecedario pittorico, 1719 ;
« ... Brueghel faisait des esquisses pendant les fêtes et les noces paysannes, qu'il peignait admirablement à l'huile et à la détrempe. Né pour ce genre de thèmes, il eut été le premier- dans son art, sans Téniers. Ses compositions sont très bien imaginées; le dessin est correct, les costumes de bonne qualité, les têtes, les mains sont saisies dans leur valeur spirituelle. » J.-B. Descamps, La vie des peintres flamands, 1753 ;
« Ce peintre ignorait tout à fait n'importe quelle forme de technique de la peinture; mais dans ce tableau [14] il y a beaucoup d'idées, une représentation vive et variée du désespoir: autant qu'il en faut pour vingt modernes. Sous cet aspect, l'auteur [...] se distingue des versificateurs d'aujourd'hui qui ne portant en eux aucune pensée d'un poids quelconque, tombent facilement dans le faux galop de vers ridiculisé par Shakespeare dans As You Like it. » Josuah Reynolds, Journey to Flanders and Holland, 1797 ;
| Cet article fait partie de la série Peinture |
[modifier] Voir aussi
[modifier] Articles connexes
[modifier] Bibliographie
- Tout l'œuvre peint de Bruegel, Rose-Marie et Rainer Hagen, Benedikt Taschen, Cologne, 1994, 2000, (ISBN 3-8228-5949-4)
- Bruegel, P. Francastel, Ed. Hazan, Paris, 1995
- Bruegel, A. Wied, Gallimard Electa, Paris, 1997
- Pieter Bruegel l'Ancien, Kundhistorisches Museum, Vienne, 1999
- La Renaissance dans les pays du Nord, C. Harbison, Flammarion, Paris, 1995
- Bruegel l'Ancien, Piero Biaconi, Rizzoli
- Catalogue raisonné des Estampes de Bruegel l'Ancien, Louis Lebeer, 1991
[modifier] Liens externes
- (fr) (en) (de) (it) (nl)Breugelius: Bibliographie, Catalogue de tout l'oeuvre peint, gravé et dessiné (environ 300 publications)
- (fr) Biographie et présentation d'oeuvres
- (fr) Biographie et analyses d'oeuvres
- (en) Pieter Bruegel l'Ancien dans Artcyclopedia
- (fr) Site commercial proposant la consultation gratuite de 51 tableaux de Pieter Bruegel l'Ancien
- http://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Pieter_Brueghel_the_Elder
[modifier] Notes et références
- ↑ « C'est donc ainsi que cela se passe pour le projet « Breughel » et, à propos, Walter ne serait pas mécontent qu'on s'entende un peu sur l'orthographe, car messieurs les connaisseurs proposent Breugel ou Bruegel, ou encore Brueghel ou Breughel. Si déjà nous ne tombons pas d'accord là-dessus, messieurs, qu'est-ce que ça promet pour l'avenir de ce film, je vous le demande ! » Belladonna, Hugo Claus, Editions de Fallois, 1995, Paris.
- ↑ a b c Het Schilder-Boeck (Le Livre des peintres), Amsterdam, 1604
- ↑ Documents pour la compréhension du contexte humaniste
- ↑ Vie et œuvres de Bruegel
- ↑ Site de l'université de Liège
- ↑ 'Het Schilder-Boeck, Harlem, 1604, traduction publiée par H. Hymans, pp. 299-305, 1884
- ↑ Abraham Ortelius, Album amicorum, Manuscrit, Cambridge, Pembroke College, 1550 et sq.
- ↑ Georgio Vasari, Le Vite de' più eccellenti pittori, scultori e architettori, 2(de) édition revue et augmentée, Lorenzo Torrentino, Florence, 1568
- ↑ Domenicus Lampsonius, Pictorum aliquot celebrium Germaniae inferioris effigies (Les Effigies des peintres célèbres des Pays-Bas), Jérôme Cock, Anvers, 1572
- ↑ Numéro 86 au catalogue de Louis Lebeer
- ↑ Abraham Ortelius Epistolæ, J. H. Hessels, ?
- ↑ Giovanni Paolo Momazzo, Trattato dell' arte della pittura diviso in sette libri, Paolo Gottardo Pontio, Milan, 1584
- ↑ Cornelius de Bie, Het Gulden Cabinet van de Edel Vry Schilderconst, Jan Meyssens, Anvers, 1661
- ↑ le Massacre des Innocents, que Reynolds ne connaissait que par une copie

