Mystères d'Éleusis

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Déméter remettant à Triptolème les graines sous les yeux de Coré. Musée national archéologique d'Athènes.

Dans la religion grecque antique, les mystères d’Éleusis (en grec : Ἐλευσίνια Μυστήρια) faisaient partie d'un culte à mystères, de nature ésotérique, effectué dans le temple de Déméter à Éleusis (à 20 km au nord-ouest d'Athènes). Ils sont consacrés à Déméter et sa fille Perséphone. Tout homme ou femme, libre ou esclave, parlant grec, pouvait y être initié.

Origine mythologique du culte[modifier | modifier le code]

Selon la mythologie grecque, Hadès enleva Perséphone, au cours d'une cueillette de fleurs dans les prairies d'Enna (Sicile), pour l'épouser et en faire la reine des Enfers. Les cultures cessèrent de croître dans les champs alors que Déméter parcourait le monde à la recherche de sa fille. Un jour, alors qu'elle errait sur les terres de Grèce sous les traits d'une vieille mendiante, elle entra dans la cité d'Éleusis et demanda l'hospitalité. Les citoyens l'accueillirent avec une grande générosité et, en reconnaissance, la déesse dévoila sa véritable identité et récompensa ses bienfaiteurs : elle leur dévoila ses mystères et la maîtrise de l'agriculture.

Par la suite, Déméter retrouva Perséphone qui ne put être entièrement libérée des Enfers, puisque ceux qui mangent la nourriture des morts ne peuvent retourner chez les vivants et que Perséphone avait mangé sept pépins de la grenade (fruit associé au mariage) offerte par Hadès. Zeus décréta toutefois que Perséphone passerait la moitié de l'année sur terre (durant la saison des cultures) avec sa mère et le reste de l'année (l'hiver) en compagnie d'Hadès.

Le culte des mystères[modifier | modifier le code]

Déméter et Perséphone accueillant une procession des mystères. Plaque votive en terre cuite peinte, milieu du IVe siècle av. J.-C. Musée national archéologique d'Athènes.

Les rituels des mystères étaient toujours accomplis par les prêtres de Déméter. Parmi les plus connus d'entre eux, on retrouve Céléos et son fils Triptolème, à qui Déméter avait donné la tâche d'enseigner l'agriculture et de semer le blé sur Terre. Ce prêtre avait aussi institué les Éleusinies, fêtes associées au culte. Parmi les autres premiers prêtres se trouvent Dioclès, Eumolpos et Polyxène. On célébrait le culte dans le télestérion d'Éleusis. L'aspect principal de ce culte se construisait autour de la culture du blé et le cycle vie entreposage–semis–renaissance des cultures. Tous les initiés préservaient les secrets de la religion et croyaient fermement qu'ils connaîtraient eux aussi une vie après la mort à cause de leur initiation à ces mystères. Comme la divulgation des rites était strictement défendue et qu’aucun auteur n’a trahi ce secret, aucun écrit ne documente avec précision les cérémonies.

L’Hymne homérique à Déméter est la principale source de données sur les rituels.

Annuellement, il existait deux célébrations des mystères d’Éleusis : les Grands mystères et les Petits mystères. Ces derniers avaient généralement lieu au printemps. C’était alors que les prêtres purifiaient les mystes et que l’on sacrifiait un cochon à Déméter.

Les Grands mystères duraient neuf jours, d’après la durée de l’errance de Déméter à la recherche de sa fille. En septembre, avant l’automne, on se préparait aux cérémonies préliminaires qui se déroulaient à l’extérieur et qui sont donc mieux documentées. La première partie du rituel débutait par une procession durant laquelle on transportait des reliques sacrées (les hiéra) jusqu’à Athènes pour les placer dans l’Éleusinion, un sanctuaire à la base de l’Acropole. Les mystes (candidats dignes des mystères) se plongeaient dans la mer pour se purifier. Une période de jeûne s’écoulait avant que la procession des mystes suive la statue d'Iacchos, les hiéra et les prêtres en direction d’Éleusis le long de la Voie sacrée. Dans le télestérion, après avoir rompu le jeûne en consommant le kykéôn (nourriture à base de blé), le rite secret d’initiation avait lieu et les mystes recevaient des révélations des initiés et accédaient au salut et à la vie après la mort.

Quiconque parlait le grec et n’avait pas commis d’homicide pouvait être admis à participer aux rituels. Les participants étaient constitués des mystes (nouveaux initiés) qui y participaient pour une première fois pour y être initiés, des mystes initiés y retournant une seconde fois pour passer à un niveau supérieur, des époptes qui étaient passés à ce niveau et des prêtres qui présidaient aux rites. Parmi ceux qui dirigeaient la cérémonie, on trouvait quatre ministres, le Hiérophante (celui qui révèle les choses sacrées), le Dadouque (chef des lampadophores), le Hiérocéryce (chef des hérauts sacrés), et l'Assistant (dont le costume symbolisait la lune). L'archonte-roi d'Athènes était le surintendant de la cérémonie. La cérémonie était également dirigée par une multitude de « ministres » subalternes répartis en différentes classes. Les mystères étaient ouverts à tous, riches et pauvres, hommes libres et esclaves, hommes et femmes. La plupart des empereurs romains se feront d'ailleurs initier à ces mystères.

Les mystères d'Éleusis auraient une signification spécifique en matière de chamanisme. En effet, certains auteurs contemporains[1] ont supposé l'idée d'une consommation contrôlée de grains de blé fermentés ou contaminés par l'ergot de seigle préparée par les convertis (prêtres) aux mystères [2]. Le carpophore de l'ergot de seigle contient un hallucinogène proche dans sa nature de celui du LSD, l'acide amide lysergique, c'est d'ailleurs en travaillant à l'élaboration de médicaments ayant les mêmes propriétés médicales que l'ergot (Ergotamine, Ergométrine...), qu'Albert Hoffman le découvrit par erreur dans un premier temps et accidentellement en absorba une infime quantité qui s'avéra riche en expériences. On peut d'ailleurs voir sur les gravures relatant les mystères d'Éleusis ou en rapport avec eux, des représentations de personnages sacrés portant à la main des gerbes de blé ou de seigle parasités par le champignon de l'ergot (Art Grec du VIe siècle au IVe siècle av. J.-C. représentation de Déméter, Perséphone, Proserpine, Triptolème, Cérès). Certains ethnobotanistes pensent alors au fameux Soma des chamanes du Nord et indo-asiatiques[réf. nécessaire].

Inscription des comptes des épistates éleusiniens et des trésoriers de Déméter et de Korè, datés de 329/8 av. J.-C. (IG II² 1672) (Musée épigraphique d'Athènes).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Textes éleusiniens (Eleusinia)[modifier | modifier le code]

  • Trad. et texte grec d'écrits éleusiniens (dès 610 av. J.-C. avec l'Hymne de Démeter) : Giorgio Colli, La sagesse grecque, L'éclat, t. I : Dionysos, Apollon, Éleusis, Orphée, Musée, Hyperboréens, Énigme, p. 92-115.
  • Hymne de Déméter (610 av. J.-C.) [1]
  • Nombreuses citations chez Victor Magnien, Les Mystères d'Éleusis. Leurs origines, le rituel de leurs initiations, Payot, 1929, 3° éd. 1950 [2]

Études[modifier | modifier le code]

  • Paul Foucart, Les Mystères d'Éleusis (1914), Pardès, 1992, 508 p.
  • Georges Méautis, Les dieux de la Grèce et les mystères d'Éleusis, PUF, 1959.
  • Robert Turcan, Les Mystères d'Éleusis, la quête du bonheur suprême" in Religions & Histoire n° 24, Jan - Fév 2009, Ed. Faton, 2009, p. 26 - 35.
  • Dictionnaire critique de l'ésotérisme, PUF.
  • Le chimiste Albert Hofmann, qui synthétisa le LSD, ainsi que Robert Gordon Wasson et Carl A. P. Ruck publièrent une étude sur les plantes utilisées dans les Mystères d'Éleusis : The Road to Eleusis : Unveiling the Secret of the Mysteries, Harcourt, Brace, Jovanivich, New York, 1978.

Fiction[modifier | modifier le code]

  • Le Mystère d'Éleusis, troisième tome de la série romanesque Titus Flaminius.
  • Dans Mémoires d'Hadrien, autobiographie imaginaire de l'empereur éponyme, Marguerite Yourcenar fait évoquer par son narrateur son initiation au culte d'Éleusis, ainsi qu'à d'autres pratiques ésotériques grecques et orientales.
  • Dans le Symbole Perdu de Dan Brown, l'auteur fait référence aux mystères d'Éleusis en disant que Socrate, voulant garder son droit de libre parole, avait toujours refusé de participer formellement aux mystères d'Éleusis.
  • Dans le jeu Titan Quest par THQ, où l'on peut traverser une zone représentant « la vieille cité d'Éleusis ».
  • Dans le jeu de rôle Nephilim, les Mystères d'Éleusis sont une composante de l'Arcane mineure de l'Épée, les Mystères du Septentrion, qui a récupéré une des 22 Lames Majeures d'Akhenaton et construit un culte autour de Perséphone pour cacher son secret. (Cf. Nephilim Révélations - Les Arcanes Mineures).
  • Dans Le Palimpseste d'Archimède, roman écrit par Eliette Abécassis et paru en 2013, les Mystères d'Éleusis sont au coeur de l'intrigue.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Albert Hoffman, R.E. Shultes, Les plantes des Dieux, mais aussi Les mystères d'Éleusis par G. Wasson, Carl A. P. Ruck.
  2. Peter Webster, Daniel M. Perrine,Carl A. P. Ruck, « Mixing the Kykeon »,‎ 2000