Lustration

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La lustration, du latin lustratio, ou le lustre, de lustrum, est une cérémonie de purification de la Rome antique. Elle s'effectuait en versant de l'eau, ou en aspergeant de l'eau au moyen d'un rameau de laurier ou d'olivier, ou encore à l'aide d'un instrument appelé aspergillum.

L'effet de cette purification était censé être équivalent à la fumée de matériau brûlé. Elle était également souvent associée aux sacrifices d'animaux, promenés rituellement autour de la personne ou de l'objet à purifier.

Dans la Grèce antique[modifier | modifier le code]

Dans les usages de la Grèce antique, la cérémonie était liée à la notion de souillure : elle était initiée par un individu ou une cité pour se purifier lorsqu'un crime avait été commis, ou encore pour purifier un lieu sacré qui aurait été souillé.

Dans la Rome antique[modifier | modifier le code]

Dans la religion romaine, la cérémonie avait pour objectif d'assurer la bénédiction et la protection de la divinité, sans qu'il y ait forcément eu une faute de commise : on pouvait purifier des champs (les Ambarvales, cérémonie des frères Arvales), ou des troupeaux (les Palilia, comprenant un sacrifice à la déesse Palès).

Les armées romaines venaient se faire purifier avant de partir en campagne, et la cérémonie était renouvelée avant chaque bataille.

La cité même de Rome procédait à cette cérémonie de lustration en cas de prodiges ou de calamités. Cette cérémonie était renouvelée régulièrement tous les cinq ans (les « lustres »), au moment où les censeurs quinquennaux, ayant achevé le recensement, abdiquaient solennellement.

La cérémonie, qui remonterait à Servius Tullius, sous le règne duquel aurait été effectué le premier recensement, comportait le sacrifice des Suovetaurilia (c'est-à-dire un porc, un mouton et un taureau) devant la population réunie au Champ de Mars.

Liturgie catholique[modifier | modifier le code]

Dans la liturgie de l'Église catholique, la lustration est un rite d'exorcisme et de purification qui s'inscrit dans la cérémonie de la dédicace des églises ou intervient à la suite de la profanation d'un lieu de culte.

Elle s'effectue avec de l'eau mêlée de sel, de cendre et de vin - l'eau lustrale - préalablement confectionnée par le pontife et dont sont aspergés successivement les membres de la congrégation, l'autel, les murs intérieurs, extérieurs et le pavement de l'église.

La lustration en Europe centrale et orientale[modifier | modifier le code]

La chute du rideau de fer a entraîné, dans les pays d'Europe orientale, la publication, plus ou moins précoce, plus ou moins complète et plus ou moins bien encadrée de listes de collaborateurs, potentiels ou réels, des services secrets des anciens régimes communistes.

Dans presque tous les cas, ces démarches ont nourri des rumeurs et des chantages, par manque de transparence. Au fil des années, des lois ont été adoptées pour réguler l’accès aux dossiers et accompagner la publication de listes de juridictions ad hoc chargées de trancher une collaboration effective ou supposée.

La redécouverte de ce passé est indispensable, mais elle a lieu dans un climat de suspicion et d’amertume, de honte et de douleur. Pour désigner cette opération, le terme « lustration » s’est imposé dans tous les pays (Allemagne, Tchéquie, Pologne, pays baltes, Roumanie, Slovaquie, Hongrie, Bulgarie, ex Union soviétique).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Franz Cumont, Lux perpetua, Librairie orientaliste Paul Geuthner, 1949. Lire en ligne sur archive.org
  • (fr) Robert Schilling, Rites, cultes, dieux de Rome, Klincksieck, 1979.
  • (fr) Corinne Bonnet, Carlo Ossola, John Scheid, Rome et ses religions : culte, morale, spiritualité : en relisant "Lux perpetua" de Franz Cumont, Caltanissetta, Salvatore Sciascia editore, 2010.